9° #406012 Blanc – Rouge – Noir Auteur: Non communiqué Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué L’action se passe dans la salle d’audience du palais du Roi Salomon. Cette pièce est tendue de noir parsemé de flammes argentées et soutenue par des colonnes rouges et blanches. Dans les montagnes à l’est de Jaffa un être monstrueux du nom d’Abibala vient d’être tué à l’entrée de la nuit par l’un des neuf maîtres élus qui le recherchaient. Il se cachait au fond d’une caverne dont l’ouverture était obstruée par un buisson.Le décor est en place, le drame s’est déroulé, il faut maintenant s’en inspirer. La caverne témoigne de la prégnance du monde chronique dans les affaires des vivants. Elle symbolise la conscience de l’Etre qui ne peut être éclairé par la lumière en raison du buisson qui masque l’entrée. Le buisson étant ici les passions qui obscurcissent et aveuglent notre entendement. Car cette abomination, maintenant disparue, désignée sous le nom d’Abibala, n’est pas un monstre comme les autres. En le châtiant définitivement avec son poignard, l’arme d’exécution et de vengeance par excellence, le maître vengeur se fait meurtrier. En effet, tuant celui qui, bien que fautif demeure son frère en humanité, il le rejoint alors dans la même démarche mortelle. Un compagnon tue le maître, un maître tue le compagnon, leur lieu commun est le crime. Unis l’un à l’autre par le sang versé, ils demeurent à jamais le témoignage éclatant de ce à quoi mène l’aveuglement des passions. Oh combien est épais ce buisson qui voile la lumière, et combien est impénétrable la nuit qui obscurcis mes sens au moment de la mort. Et comme la grotte qui maintenant me sert de sépulcre est froide, en l’absence de toute chaleur humaine ou ignée. Moi aussi, ma chair quitte mes os, et de moi que reste-t-il sinon un nom que la mémoire des vivants oubliera bientôt. Rouge est le sang de mon frère, et rouge aussi est le mien. Rouge est le sang répandu, et noir est le sang séché. Noir aussi est la grotte en cette heure tardive de la journée, de même que la salle des audiences où nous nous trouvons à cette heure même. Rouge encore est le creuset de l’alchimiste alors que son feu ébloui de blancheur à la cour de l’athanor. Rouge enfin est la gueule du monstre qui va nous dévorer et que d’aucun assimile à l’enfer alors que la blancheur de ses crocs nous promet une mort prompt et sans souffrances. Mais au fait, le dedans de m’on corps n’est-il pas rouge lui aussi ? Et mon cour qui palpite ne témoigne-t-il pas lui aussi de la vie par le rouge qu’il anime ? Mais la lame du premier surveillant reste blanche, car Salomon arrête enfin l’enchaînement meurtrier et fige ainsi le foisonnement des sens qu’il ne nous reste plus qu’à ordonner, sinon à éclairer. Car toute cette agitation a un sens, elle est même une apologie de l’action en trois couleurs définitivement campées : le noir, le blanc, le rouge. Noir, ainsi est le plomb, vil métal figurant l’indifférencié, et pourtant prêt pour la transformation alchimique. Noir aussi est la nuit des grottes et des eaux profondes. Noir enfin est la robe des derviches et des prêtres catholiques. Il témoigne dans cette aventure de l’état initial de l’homme qui, sans autre lumière que son intelligence, est réduit au désespoir et au crime par ses errements dans l’obscurité des sens. Et pourtant, le salut n’est pas si éloigné. Car cette obscurité est aussi celle du renoncement, de l’abandon de ce qui est vil car sans finalité. Là est le sens de la fuite pour celui que la vie du monde laisse insatisfait, et qui cherche ailleurs ce qu’il espère devoir le combler. Et ainsi donc, dans le creux de la grotte obscure de notre corps, derrière le buisson de notre ego vit autre chose que le désordre. Quand bien même est-il roi, l’homme n’est rien par lui-même. Blanc, ainsi se présente la lumière ; celle de l’astre du jour au petit matin. Celle de Séléné, pourtant moins brillante que lui, l’égale et même le surpasse en blancheur. Blanc aussi est le reflet de la lame du poignard du premier surveillant et celle des flammes d’argent. L’œuvre au blanc est la deuxième étape du processus alchimique. La transmutation est commencée, et l’argent apparaît. C’est la couleur des initiés, de ceux qui sont en état de bascule, qui on découvert quelque chose et qui vont se lancer peut-être. Car après la fuite vient l’errance. Comment trouver ce que l’on cherche si l’on n’erre pas ? C’est bien de fuir, mais encore faut il transformer cette fuite en action. Et donc, si Abibala s’est replié en sa grotte, Johaben erre au hasard pour devenir lui aussi criminel. Si le blanc est la couleur de l’argent, celle de l’aube, ou de a lune, c’est aussi la chemise blanche des condamnés, la robe blanche des noces, celle du pape ou des vierges de toutes les époques. C’est le rôle du prêtre de se tenir ainsi en équilibre, et d’essayer de donner sens à ce qui apparemment n’en a pas pour faire lien avec le sacré. Quand bien même est-il prêtre, l’homme n’est rien par lui-même.Rouge, ainsi se présente le creuset de l’alchimiste lors de l’œuvre au rouge. L’or n’est pas bien loin, mais il faut persévérer. C’est la chaleur matricielle, le feu central, celui du cœur. C’est la vision de l’enfer et de ses flammes médiévales autant que celle de la transmutation qu’évoque Dame Pernelle. C’est aussi la couleur de ceux qui savent. L’heure n’est plus à la fuite, et l’errance a enfin cessé. C’est l’heure de la quête. L’homme sait enfin quel est son chemin. Son errance a un sens et il peut commencer sa quête. Il a enfin la vision de ce qui l’attend, de ce qui est devant lui. Un homme vivant cela s’appelle un prophète. Il est le prophète de lui-même. Quand bien même est-il prophète, l’homme n’est rien par lui-même. Mais est-ce bien sur ? Car il est un personnage dont le rôle n’est pas encore évoqué, c’est celui du Roi Salomon. Les couleurs de sa salle des audiences, c’est-à-dire du lieu ou il parle et que l’on peut assimiler à sa grotte, reprennent ces trois couleurs. Ne serait-il pas le prototype de celui qui sait, ne serait-il pas Roi, Prêtre et Prophète à la foi ? Ne serai-ce pas la le message final de ce degré à travers ces trois couleurs. Saint Marc, (9, 2-5) nous confirme ce processus qui nous décrit Moïse, prêtre égyptien et guide de son peuple, Elie le prophète assimilé au feu rougeoyant et le Maître Jésus éblouissant de blancheur sur le même sommet. Errer, explorer notre propre grotte, tuer la bête en nous, progresser vers la lumière de la connaissance, quel programme ! N’est ce pas finalement à l’escalade de notre propre montagne que nous invite ce neuvième degré, ce degré de l’action ? Car sans l’action nous ne sommes rien. Ne nous indique-t-il pas la nécessité de la fuite, de l’errance et de la quête pour pouvoir devenir enfin le roi, le prêtre et le prophète de nous-mêmes ? Imitant en cela le roi Salomon ? Ce neuvième degré, appelé traditionnellement et de vengeance, est en réalité celui de l’action fructueuse, celui de la quête. Et c’est à cette quête que tous ensembles nous participons. J’ai dit, Trois Fois Puissant Maître. Navigation des articles Planche Précédente "Maintenant et à l’heure de notre mort" Planche Suivante "De la caverne à la lumière, de la vengeance au pardon"