#406012

Nekam

Auteur:

G∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
NP
A La Gloire Du Grand Architecte De L’Univers
Ordo ab chao – Deus meumque jus
Au Nom et Sous la Juridiction du Suprême Conseil
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
du 33ème et Dernier Degré du Rite Ecossais Ancien et Accepte pour la France

Nekam

A091-5-1

A091-5-2

Mes très chers F, nous nous sommes tous reconnus dans le personnage de Johabert.

J’ai déjà transgressé une première fois les ordres du Roi Salomon : c’était au 6ème degré. Animé par ma curiosité et pour protéger mon Roi, j’ai écouté à la porte. J’ai été condamné, puis gracié et enfin promu Secrétaire Intime. Déjà s’était posée à moi la question : où est mon Devoir ? Dois-je laisser faire ou écouter à la porte pour analyser le risque et protéger mon Roi ?

Maître Secret, j’ai appris qu’il était plus difficile de définir mon devoir que de l’accomplir.

L’épreuve qui m’attend au 9ème est encore plus redoutable, car cette fois je suis élu et à ce titre j’ai le Devoir de remplir une mission, une mission très difficile : celle de ramener à Salomon Abiram, le premier assassin d’Hiram-Abi ; Devoir individuel et aussi Devoir collectif puisque nous sommes 9 élus.

Sur le chemin, je brûle d’impatience et suis assoiffé de vengeance ; je devance les autres et arrive en premier devant la caverne ; j’aperçois Abiram endormi dans la pénombre, un poignard à ses pieds ; l’assassin peut se réveiller à tout moment et m’agresser ; ai-je le temps d’attendre mes 8 autres Frères élus ? Je sens que le temps m’est compté ; Cette situation nécessite une décision urgente ; Ce court instant pour décider est aussi court que la lueur d’une étincelle dans la nuit éternelle. Je vais rentrer dans les ténèbres de la caverne et je dois accomplir mon Devoir. Mais quel est-il ?

  • Attendre mes 8 Frères à l’entrée de la Caverne au risque de voir Abiram s’échapper ?
  • Entrer seul et tenter de neutraliser Abiram au risque de perdre le combat et de le laisser filer ?
  • Qu’à cela ne tienne, mon esprit de vengeance l’a déjà emporté sur ma raison : je ne réfléchis pas, je rentre, je frappe mortellement Abiram à la tête et au cœur, je le décapite, et ainsi je venge moi-même mon bien aimé Maître Hiram-Abi.

Je transgresse et deviens un assassin moi-même ! Et l’assassin me renvoie mon image, puisqu’il me lance dans son dernier soupir un NEKAM, c’est à dire VENGEANCE, et je réalise que mes passions ont vaincu ma raison. Je lui réponds d’ailleurs inconsciemment un NEKAH, qui signifie : « j’ai pénétré » « j’ai traversé » « j’ai transgressé ».

Le premier niveau d’enseignement du grade est assez clair : La vengeance n’est pas la justice. La loi du talion est révolue. Le sang ne peut pas effacer le sang. Dans le rituel, nous avons entendu tout à l’heure le Très Souverain Maître nous dire : je cite : « Malheureux, tu es devenu toi-même un meurtrier. Cette lame sanglante m’inspire le dégoût. Réponds, qui t’a accordé le droit de juger et de châtier ? Mes Frères, cet homme a osé croire que le crime peut être au service de la vérité. Il a placé la passion personnelle au-dessus de l’Équité. Il a été inspiré par un fanatisme aveugle, et un stupide orgueil ». Fin de citation.

On peut définir la vengeance comme une justice individuelle expéditive, sous l’impulsion de la passion et de l’aveuglement. Renoncer à la vengeance personnelle pour s’en remettre à la justice collective est le propre de la véritable maîtrise qui contribue à étendre l’équité au niveau de la Société.

Pour aller chercher le deuxième niveau d’enseignement de ce 9ème degré, j’ai essayé d’aller chercher le sens derrière les symboles, et ils sont nombreux.

Si par infortune, vous étiez un jour assassiné, vous viendrait-il à l’idée dans votre dernier soupir de crier vengeance à l’égard de votre agresseur ? J’ai buté quelques semaines sur cette question. J’ai d’ailleurs découvert dans certains livres maçonniques que certains auteurs avaient contourné la difficulté en laissant prononcer le mot hébreux NEKAM par Johabert lui-même. L’agresseur crie vengeance en enfonçant sa lame de couteau : cela est simple et plus logique, mais ce n’est pas ce qui est écrit dans le rituel !

Pour avoir interrogé quelques psychologues dans mon entourage, qui ont étudié ces derniers moments de vie, il semblerait que dans la plupart des cas, les derniers mots sont consacrés à Dieu ou à la mère. Ainsi l’on crie miséricorde ou maman, mais jamais VENGEANCE !

Alors quelle est la signification de tout cela ? Il me plait de penser que Johabert en entendant Abiram crier NEKAM dans son dernier soupir perçoit son image, image détestable dans laquelle il reconnaît un mauvais morceau de lui-même. Comme si Johabert se regardait dans un miroir. D’ailleurs, on peut constater qu’Abiram est l’anagramme d’Hiram-Abi et cette inversion nous suggère cet effet de reflet. En regardant agoniser Abiram dans les yeux et en l’entendant gémir NEKAM, c’est lui-même qu’il regarde et c’est lui-même qui souffle le mot NEKAM, non pas par menace, mais plutôt par culpabilité. Il se regarde dans un miroir et lit dans ses yeux la bassesse de son comportement social ; il découvre que ses passions ont asservi son zèle et que la sauvagerie de son action a fait de lui un être aussi méprisable que celui qu’il a châtié. Ainsi, c’est un bout de lui-même que Jahobert a tué, et l’enseignement du 9ème degré prend alors une toute autre dimension.

Permettez-moi une petite digression sur le symbole du miroir. Le symbolisme du miroir est essentiellement lié à la croyance que l’image réfléchie révèle et contient l’âme de la personne. Cela explique les superstitions relatives au miroir, notamment les 7 ans de malheur prédits lorsque l’on en casse un, qui pourraient s’expliquer par la crainte de casser l’âme. De même, de nombreux mythes et légendes présentent certaines créatures extraordinaires (les vampires et les démons notamment) comme étant dépourvues de reflet. Le miroir renvoie le vide de ces êtres. Le miroir a aussi une valeur de passage d’un monde à l’autre. Il est la porte magique qui ouvre sur une autre dimension. On peut penser à la curieuse Alice, de Lewis Carroll, qui rejoint le Pays des merveilles en traversant la glace au dessus de sa cheminée. Dans ce très beau symbole du miroir, dont certains ont dit qu’il était le symbole même du symbolisme, on peut interpréter en analysant 3 éléments : le sujet devant le miroir, l’image reflétée et enfin le Monde inconnu, extraordinaire, mystérieux et angoissant derrière lui. Si Dieu nous a fait à son image, il a pu vraisemblablement se dispenser d’un miroir pour nous fabriquer. Nous les petits hommes, nous avons besoin d’un miroir pour percevoir notre image et notre identité, et entrapercevoir notre âme. Le miroir peut servir les narcisses ; il peut également déclencher un sentiment de terreur qu’inspire parfois la connaissance de soi.

Pour nous Francs-maçons, le miroir est présent dès le Cabinet de Réflexion pour regarder notre âme et rédiger en toute connaissance de cause notre testament philosophique de profane. Il nous permet de définir l’état zéro de notre âme au début de notre parcours maçonnique. On le retrouve également pendant la cérémonie d’initiation. Le Vénérable Maître nous laisse entendre en nous demandant de nous retourner face au miroir que ce n’est pas toujours devant soi qu’on rencontre des ennemis. C’est déjà un message fort au début de notre parcours initiatique pour nous indiquer que nos principaux ennemis sont les mauvais compagnons qui sommeillent en nous, comme Abiram dans la caverne. Et qui a-t-il derrière le miroir ? Notre parrain qui nous montre le chemin, comme l’étranger ou le chien sur le chemin difficile et tortueux vers la caverne.

Serais-je hors sujet avec cette digression du miroir ? Je ne pense pas. Je pense qu’il faut associer NEKAM au moment où Jahobert (c’est à dire moi) se reconnaît en Abiram, comme si je me regardais dans une glace et que je percevais de moi une image détestable. Je reconnais le mauvais compagnon qui sommeillait en moi et qui me barrait le chemin de la Connaissance.

Dans ces conditions, ce n’est plus Abiram qui crie NEKAM, c’est mon mauvais reflet qui réclame vengeance contre moi-même. Je me venge du temps perdu dans la recherche de la Connaissance et je tue par vengeance ce mauvais compagnon qui dormait en moi et qui symbolise l’ignorance. Dans cette interprétation, la caverne symbolise donc ma conscience et NEKAM ma prise de conscience. Est-il choquant alors que je me fasse justice moi-même ? Beaucoup moins car je me juge et me punis par moi-même. Je rentre dans la caverne comme dans le ventre de la terre Mère. Je viens à l’intérieur de la terre pour rectifier une mauvaise partie de moi-même. Je la fais mourir par le poignard qui me fait passer de l’autre côté du miroir où je renais partiellement. Ai-je découvert une première pierre cachée ? Y en a-t-il d’autres ?

Pour appuyer cette interprétation, il est intéressant de revenir sur le mot de passe du Grade : BEGOHAL-KOL qui peut être traduit par : « avoir en horreur ». Gohal signifie en effet « aversion, dégoût ». Ce que j’ai en horreur, ce sont ces mauvais compagnons qui sont en moi et cette horreur m’incite à les supprimer.

Qui sont ces mauvais compagnons ? Il semblerait que dans ce 9ème degré, nous n’ayons éliminé que le premier d’entre eux : l’Ignorance.

Dans le rituel, ce sont bien sûr les 3 meurtriers d’Hiram :

  • Abiram : qui peut être traduit par « le rejet du Père » Cela est intéressant car la traduction de Johabert est « fils de Dieu ». Ce coup de poignard peut donc symboliser le crime du Père par le Fils. On dit souvent en psychologie qu’il faut tuer symboliquement le Père et la Mère pour progresser et devenir adulte, aller vers son identité et la connaissance de soi.
  • Les deux autres meurtriers s’appellent ROMVIL et GRAVELOT. Allons-nous les retrouver ?

D’un point de vue symbolique les mauvais compagnons s’appellent : IGNORANCE, FANATISME et AMBITION, avec des cousins qui s’appellent VANITE et ORGUEIL.

En conclusion mes Frères, l’enseignement de ce 9ème degré est très riche. Le chemin du Devoir pour nous, Maîtres Elus des Neufs, consiste à partir à la recherche de tous les mauvais compagnons qui sommeillent en nous. Il est de notre devoir de les supprimer ou de les maîtriser, de les transmuer en bons compagnons en changeant :

  • L’ignorance en Connaissance
  • Le fanatisme en Tolérance
  • L’ambition en Détachement
  • La vanité en Simplicité
  • L’orgueil en Humilité

Et à chaque fois que derrière notre miroir, nous verrons agonir l’un d’entre eux, nous nous réjouirons mes Frères et nous souviendrons de la première étape, celle où nous avons entendu au fond de nous pour la première fois :

J’ai dit Très Souverain Maître Grand Maître Architecte

Bibliographie :
La Maîtrise parfaite, Jean-Claude Mondet, éditions du Rocher.
Symbolique des Grades de Perfection et des Ordres de Sagesse, Irène Mainguy, éditions Dervy.
Symboles et Initiation maçonnique, Julien Behaeghel, éditions du Rocher.
La Quête d’un Franc-maçon, Claude Delbos, éditions Detrad aVs.
La Symbolique de le Loge de Perfection, Raoul Berteaux Edimaf.
Les 33 Degrés Ecossais, Georges Lerbet, éditions Véga.
Dictionnaire des Symboles, Jean Chevalier, Alain Gheerbrant, Robert Laffont.
Dictionnaire des Symboles, Mythes et Croyances, Corinne Morel l’Archipel.
Petit Larousse des Symboles, Larousse.

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