Le Devoir
G∴ G∴
Par la mort d’Abiram, vous voyez que le crime ne doit jamais rester impuni et que, tôt ou tard, le coupable doit être châtié.
D’abord au 4ème degré, Le Maître Secret accepte le Devoir de rechercher la parole perdue, le Devoir de garder le Secret, le Devoir de Fidélité, le Devoir de Deuil enfin de Devoir de mémoire (sépulture).
Au 5ème, le Devoir de mémoire se transforme en un devoir de pèlerinage, puis viennent s’ajouter de nouveaux devoirs : le Devoir de Vie, le Devoir d’Intelligence, le Devoir d’Amour, le Devoir d’Espérance, le Devoir de poursuivre l’œuvre, le Devoir de retrouver les meurtriers d’Hiram, le Devoir de liberté (la mort n’a plus d’emprise sur le Maître parfait) et enfin le Devoir d’obéir à sa conscience, c’est-à-dire à mettre en harmonie, le corps, l’âme et l’esprit.Ces Devoirs nouveaux s’égrènent au fil des réceptions.Mais au 9ème degré se joue un psychodrame au sein de la loge.
Pour tester la capacité du Maître parfait à remplir ce nouveau Devoir apparu au 5ème, (le Devoir d’obéir à sa conscience), le rite de l’élection va véritablement organiser de façon très théâtral, un simulacre de lutte entre l’inconscient et le conscient pour qu’enfin se réalise la prophétie, de poursuive l’Œuvre.
La Vengeance :
Il n’y a donc aucune place pour la vengeance dans la Justice. S’arroger le droit de juger et de châtier, tuer et devenir soi-même un assassin, la vengeance ne peut servir la justice. Et ce même si cette vengeance ou esprit de vengeance émane d’un juge ou d’un justicier et non de la victime. La loi du talion « œil pour œil, dent pour dent » n’apaise jamais la victime. Pire, elle la prive d’un procès juste puisque la vengeance est le fruit vénéneux de la haine et relève des passions et non de la raison. Toutes les sociétés matures ont renoncé à l’application de cette loi car seule la vengeance peut justifier le châtiment corporel et il n’y a que les sociétés jeunes ou brutales pour conserver par exemple la peine de mort ou infliger des peines corporelles.
Pour rendre la justice il faut être sans haine. La vengeance est donc antinomique de la justice. Il ne peut y avoir de justice s’il y a vengeance.
D’un point de vue maçonnique, rappelons que le mal n’est évidemment ni un but ni un moyen pour le Maçon et que celui-ci depuis l’initiation a toujours eu comme Devoir de vaincre ses passion. Comment pourrait-il justifier la vengeance. Le triomphe de la loi sur l’injustice est donc possible non pas s’il y a châtiment mais s’il y a jugement.
Le jugement en conscience, voilà peut- être le Triomphe de l’esprit sur la matière :
La capacité de jugement, de discernement et de tempérance devient l’élément du Devoir de se libérer de l’ignorance et de la violence exprimé dans notre rituel.
Johaben fait l’expérience des conséquences de son incapacité à repousser les mauvais guides de l’inconscient. Il écoute d’abord ses passions et notamment la volonté viscérale de venger le meurtre d’Hiram quoi qu’il advienne. Il suit ensuite aveuglément l’étranger qui le guide vers l’assassin et qui représente cet inconscient qu’il ne le connaît pas. Il obéit à la voix intérieure (de l’Expert) qui lui dicte sa conduite indigne dans la grotte. Il se satisfait de ses faiblesses, de sa volonté de plaire à son roi, de sa fierté d’avoir réussi là où les autres ont échoué. Enfin, il cherche à se retrancher derrière l’obéissance et le zèle pour justifier sa conduite coupable.
Johaben se montre incapable d’élever son niveau de conscience, il reste dans les ténèbres et la noirceur de son inconscient. Car la conscience, c’est la lumière, le lien qui nous unit au G A D L U et nous permet de nous élever quand tout nous incite à la facilité et à la bassesse. C’est cette part de divinité qui nous a été donnée et que nous avons le devoir d’entretenir et de développer. En n’écoutant pas sa conscience, Johaben est redevenu l’être ignorant et violent qu’il croyait avoir cesser d’être.
Mais il ne suffit pas d’avoir un niveau de conscience élevé. Encore faut-il mettre en harmonie le corps, l’âme et l’esprit, c’est-à-dire être capable de discernement, mais aussi de courage et suivre sa conscience dans les moments difficiles. Cette conscience ne doit pas restée virtuelle et doit traduire dans les choix de la vie. Alors seulement le Maître Elu des 9 pourra proclamer le triomphe de l’esprit sur la matière.
Le psychodrame du 9ème degré se joue en 2 temps sous la forme de la répétition du même scénario mais avec 2 issues. La première, je viens de vous le commenter. Elle est caractérisée par le mauvais choix de Johaben et pourrait s’intitulé « Vengeance et Châtiment ». La seconde version pourrait être titrée « Jugement, Pardon et Amour ».
En effet, lorsque les 9 Maîtres Elus reviennent devant le roi Salomon, l’histoire semble bégayer. Il y a de nouveau un assassin devant son juge. Qui plus est qu’il paraît devant le juge suprême, celui qui a droit de vie et de mort sur ces sujets ? Salomon juge Johaben car la justice est nécessaire, mais il le juge en conscience, sans suivre la colère légitime provoquée par la frustration de ne pouvoir juger lui-même l’assassin d’Hiram et la désobéissance de son sujet en qui il avait mis toute sa confiance. Il vainc ses passions, suit sa conscience et pardonne. Il met en harmonie, sa conscience et ses actes. Non seulement il dispense l’ignorant de la peine, mais il lui pardonne. Mieux, il l’aime. Il accomplit son Devoir d’amour. Comme le Christ pardonne aux hommes sur la croix, Salomon pardonne au maçon dans l’erreur et par amour le remet dans le droit chemin.
Nous sommes bien là au coeur de notre sujet, le chemin que nous propose le 9ème degré, par l’identification à Johaben, est significatif du processus nécessaire à ce travail de libération, d’actualisation de l’être. L’initiation au 9ème degré, conduit l’élu à « accomplir (nous dit le rituel) une action redoutable » : retrouver les meurtriers d’Hiram et les châtier. Cette confrontation constitue littéralement une épreuve, c’est-à-dire un moment de mise en difficulté. Un moment ou l’on éprouve et s’éprouve soi-même en allant au-delà des chemins du connu, en allant là ou nous « appelle le devoir » sans avoir pleinement conscience de son contenu.
L’acte est venu rompre le cercle vicieux du paradoxe. Johaben s’est souillé du sang de sa victime il est devenu lui-même un meurtrier. Johaben s’est institué juge suprême : capable de donner la vie et la mort. « Le front de Johaben s’assombrit il se rendait compte de la gravité de son crime ». Johaben est surpris de la portée de son acte, cette surprise ouvre un cheminement réflexif celui de la conscience après l’acte ; la culpabilité. Cette culpabilité, si elle ne prend pas les traits de la pathologie du scrupule, implique une véritable progression intérieure. Johaben ne fuit pas ses responsabilités, il se présente devant Salomon prêt à répondre personnellement de son acte. Salomon lui pardonne, et en ne le condamnant pas, il le laisse face à lui-même. Il l’oblige ainsi à s’humaniser ; c’est-à-dire devenir sensible au mal qu’il a commis et qui demeure irréparable. L’acte incontrôlé de Johaben le place dans l’étroitesse de ses limites et l’incite à plus de sollicitude à l’égard de lui-même et à l’égard d’autrui. Le meurtre commis par Johaben est l’expression d’un dualisme poussé à outrance : la victime et le coupable. Conflit diabolique ou tout est divisé, séparé. Par un paradoxal retournement, le coupable devient victime et la victime coupable. A l’image du processus symbolique, il s’opère, à l’occasion de cette initiation, la réunion des contraires. L’inacceptable, que Johaben projetait à l’extérieur de lui, revient tel un boomerang heurter et interpeller sa conscience fautive et l’oblige à rassembler ce qui était divisé.
Aristote nous dit :
Notre âme étant composée de trois parties, nous avons besoin de la prudence (ou réflexion ) pour diriger notre raison, du courage pour réfréner l’impétuosité de nos élans et de nos sentiments, et de la tempérance pour modérer nos désirs et nos besoins corporels. L’art d’harmoniser tous ces contraires constitue la justice.
D’un point de vue symbolique les mauvais compagnons s’appellent : IGNORANCE, FANATISME et AMBITION, avec des cousins qui s’appellent VANITE et ORGUEIL.
En conclusion mes Frères, l’enseignement de ce 9ème degré est très riche. Le chemin du Devoir pour nous, Maîtres Elus des Neufs, consiste à partir à la recherche de tous les mauvais compagnons qui sommeillent en nous. Il est de notre devoir de les supprimer ou de les maîtriser, de les transformer en bons compagnons en changeant :
L’ignorance
en Connaissance
Le fanatisme en Tolérance
L’ambition en Détachement
La vanité en Simplicité
L’orgueil en Humilité
Je pense qu’il faut associer NEKAM au moment où Jahoben (c’est à dire moi) se reconnaît en Abiram, comme si je me regardais dans une glace et que je percevais de moi une image détestable. Je reconnais le mauvais compagnon qui sommeillait en moi et qui me barrait le chemin de la Connaissance.
Et à chaque fois que derrière notre miroir, nous verrons agonir l’un d’entre eux, nous nous réjouirons mes Frères et nous souviendrons de la première étape, celle où nous avons entendu au fond de nous pour la première fois : que le crime ne doit jamais rester impuni et que, tôt ou tard, le coupable doit être châtié.
J’ais dit. G M A