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#409012
La Boulomie : Volonté et Liberté
J∴ B∴
3 mots dont unqui m’est d’autant plus inconnu que les 2 derniers me semblaient familiers.
Dans le 12 ème degré, nous sommes dans la BOULOMIE : l’endroit où l’on veut, nous dit le rituel.
Est-ce que BOULOMIE se rapproche de BOULIMIE ? Que dit le ROBERT ? BOULIMIE vient du grec boulimia « faim dévorante » ;l’ancien français avait le mot bolisme (1372) pour « appétit insatiable ». Le moyen français BOLIME évincé par BOULIMIE (1590) . Au figuré, la boulimie est « le désir intense de quelque chose ».
Aboulie est le contraire : incapacité a prendre une decision
Une recherche plus approfondie m’apprend que BOULOMIE dériveraitde la BOULÊSIE, concept central de la philosophie grecque que l’on traduit par « VOLONTE », mais qui se rapprocherait davantage d’un« souhait ». La BOULESIE est un lieu où se croisent la penséerationnellecalculante et le désir. LaBoulomie serait donc le lieu nous donnant l’appétit d’agir, dans le souhait d’unité d’action avec le GADLU, sous –tendu par une fringale insatiable à chercher la nourriture de l’Esprit.
Je vais essayer de nous faire voyager dans les concepts de volonté et de liberté.
Qu’est ce que la « Volonté » ?Je cite le ROBERT ce mot est apparu vers 1360, vient du latin classique, « VOLUNTAS » bonne volonté,bienveillance, zèle. « Volontas » également utilisé dans la langue philosophiqueavec un sens abstrait est dérivé de « velle » « VOULOIR ». Le mot a d’abordsignifié au pluriel « passions, exigences, désirs ». Le mot est souvent accompagné : bonne volonté, volonté de vivre. Depuis 1370, le mot désigne la faculté de se déterminer librement à l’action, en pleine connaissance de cause, en relation avec le thème de la liberté ! (Les volontés sont libres. 1655). Puis le mot désigne l’ensemble des forces psychiques qui portent à l’action : il se dit de la faculté de vouloir, considérée comme une qualité morale individuelle, une qualité de caractère : « avoir de la volonté ». C’est manifester de la persévérancedans ses choix et de la fermeté dans ses décisions.
La volonté apparaîtdonc d’emblée comme une valeur positive.
La volonté est décrite comme un principe d’activité, dans lequel nous distinguons4 phases : la conception, la délibération, la décision et l’exécution , ou passage à l’acte. La conception et la délibération sont alimentées par la connaissance, l’entendement. La décision trouve sont principe dans les valeurs du sujet « libre », d’où la valeur juridique de « l’acte volontaire »….sans liberté de « décision », la volonté n’existe pas ! La volonté n’existerait donc que sans contrainte ? Mais sans connaissance ni entendement, pas de bons prémicesà la prise de décisions……
L’irruption de la liberté ou dulibre arbitredans le concept devolonté me donne une bonne transition !
Qu’est ce que la liberté ?
« La liberté réside dans le pouvoir qu’un être intelligent a de faire ce qu’il veut, conformément à sa propre détermination » : première phrase d’une définition de 14 pages de l’Encyclopédie !
La notion de liberté se concrétise bien par son contraire : « Esclavage ».
En chinois, Zi-You,on associe 2 radicaux « Zi, « soi-même » et « You » « cause » ou »raison ». Etre sa propre cause,s’appartenir, telle est la condition « d’homme libre » !
De même en russe, « svoboda »signifie qui s’appartient en propre et ne dépend pas d’un maître.
Le concept de liberté s’applique à la foi à la société, dans le sens de « liberté collective » mais il désigne aussi « la liberté de la personne ».
Aux trois « liberté », physique, intellectuelle, et morale , mes propos vont plutôt s’orientés vers les deux dernières.
1ère question à ce moment du propos. La liberté est -elle infinie ? Tout est- il permis ? Article 4 de la déclaration des droits de l’homme , « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi , l’exercicedes droits naturels de l’homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits . Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi ».
« Quand chacun fait ce qui lui paît, écrit ROUSSEAU, ou fait souvent ce qui déplaît à d’autres, et cela ne s’appelle pas un état libre ». Il n’y a pas de liberté sans lois, qui si elles limitent notre liberté, en sont pourtant la condition. Pourquoi ? Parce que l’homme ne peut pas exercer la phase de décision de sa volonté qu’en vertu de ses penchants, croyances, ou autres ; il faut que l’homme se détermine en fonction de la loi morale. Paradoxalement, la liberté est donc le pouvoir d’obéir à la loi morale : c’est l’autonomie de l’homme dans la société . Le rejet de la « loi morale » emmène la liberté vers « l’indépendance ». C’est très actuel de l’homme, en rejet des règles, des usages, des contraintes, de l’histoire : l’individualisme tel qui se développe est un grand danger pour la démocratie elle-même.
Je pourrais démontrer mais ce n’est pas le propos, que la liberté illimitée tuerait la liberté !
Parce que « l’homme est condamné à être libre » selon Sarthe , il est condamné à se frayer une voie étroite, à la lisière du blanc et du noir du pavé mosaïque.
2ème question : Sommes nous réellement libres ?
Casse tête philosophique s’il en est !
Avons-nous notre libre arbitre ?
Si la liberté physique se perçoit facilement, la liberté intellectuelle est plus difficile à percevoir. Notre volonté n’est elle pas déterminée à notre insu ? Dans la phase « décision » sommes nous libres de nos envies, nos croyances, notre histoire ? Quelle autre issue notre construction mentale –involontaire- nous laisse t-elle que d’être « d’accord avec »ou « opposé à ». Saint Thomas d’Aquin écrit « l’acte propre du libre arbitre est le choix, car nous sommes libres en tant que nous pouvons accepter une chose en en refusant une autre : ce qui est choisir ». Cette puissance n’est pas innée. Elle est le fait du travail, du travail sur soi, du travail de perception des autres. Elle s’acquiert dans le lacher prise des icônes de notre monde social, elle se fortifie dans la connaissance de notre ego et des tours qu’il nous joue, elle s’appuie sur des convictions qui ne sont plus des dogmes appris, mais des espaces de vues des champs que l’on a découverts en prenant de la hauteur, en maillant avec précaution entre l’ordre appris et le désordre….
Ainsi je vous avais proposé un voyage dans les concepts dont je n’ai pas exploré tous les méandres….
Au bout du chemin, comme Descartes l’a écrit, nous percevons intimement que « volonté et liberté sont deux concepts de la même chose ».
Me voilà donc dans la BOULOMIE ou archi-loge (ARCHI est un élément tiré
du grec « arkhein », prendre l’initiative, commencer….), appelé à construire en moi le Temple de l’Universel , maîtrisant ma volonté et goûtant ma liberté après un voyage compliqué, ou tour à tour j’ai cru comprendre, j’ai cru savoir, j’ai cru être arrivé à quelque chose,avant de comprendre que le but n’existe pas …et que seul le chemin compte …
Fin d’un voyage complexe depuis le 4ème degré et le basculement dans la 4ème dimension, celle de l’esprit ?
Les 3 premiers degrés de la maçonnerie avaient donné à l’homme les outils pour lui permettre de comprendre le monde matériel et les hommes.
A partir du 4ème degré, nous entrons dans une spirale symbolique qui va nous faire entrapercevoir les qualités morales nécessaires à la vie : l’accomplissement du devoir doit être la préoccupation constantedu MS,Le M.Parfait assista aux funérailles d’HIRAM et du admettre sa mort dans les épreuves du Deuil.
Secrétaire intime nous amène à percevoir la différence entre curiosité profane et désir légitime de savoir……..Découvrir que derrière le fait, c’est l’intention qui compte. Connaissance bien utile pour se mettre en situationde rétablir l’ordre sur le chantier, en toute justice, en tant que prévôt et juge.
Intendant des bâtiments, c’est avec zèle et constance que nous nous consacrons aux travaux susceptibles de donner la plus grande splendeur à notre temple.
Alors que nous acquérons les qualités morales énoncées ci-dessus, et pourrions nous croire sur le chemin de la sagesse, la rencontre avec le meurtrier d’IRAM nous fait transgresser l’ordre de le ramener vivant. Aveugler, nous le tuons, dans la caverne,après l’avoir découvertsur les indications d’un Inconnu, substituant par excès de zèle, la vengeance à l’œuvre de justice demandée. De façon aussi extraordinaire ,nous découvrons ,en suivant , le pardon pour l’excès de zèle !!Au 2ème degré d’analyse , dans la caverne, avec le poignard, n’était- ce- pas notre double que nous tuions ? Notre double négatif, celui qui sabote nos décisions ou notre volonté ,celui que nous découvrions dans notre dos lors de l’Initiation ?…… La descente dans la caverne symbolisantl’exploration du moi primitif, refoulé dans les profondeurs de l’inconscient.
La traque aux meurtriers se poursuit au 10ème grade et nous devons être choqué par la violence de l’issue… Cette violence doit nous réveiller.
Symboliquement ce mythe est un mythe de « libération de soi » par « accès à la connaissance de soi » et cela peut être douloureux sinon violent. Si au 9ème, nous étions seul dans la caverne, au 10ème nous sommes 3 puis 15 pour capturer les fugitifs : c’est donc avec l’aide des autres que nous pouvons approfondir notre connaissance de nous mêmeet venir à bout des vices des 3 compagnons: ignorance, fanatisme et ambition…..
Au 11ème degré, « la juste récompense attend ceux que le hasard va désigner ».
Et les autres qui n’ont pas démérités ? Maîtriser notre égo devant le hasardou une apparente injustice est l’épreuve du grade ! Méditonssur la notion de justice et humilité.
Sublime Chevalier Elu, nous devons maîtriser notre monture, c’est-à-dire nous même, pour les combats de l’Esprit qui nous attendent !
J’ai voulu retracer les différents grades et mettre en évidence les impactssymboliques des épreuves ou situations sur notre personnalité, consciente et inconsciente, et arriver à la conclusion que tout ce chemin nous donne la liberté, la vraie, détachée de notre égo, et consciente de notrefragilité d’homme. Et grâce à cette liberté acquise, conquise sur lui-même, le Grand Maître Architecte pourra exercer sa volonté sur la planche à dessin, ouvrir grand le compas de la Connaissance et passer à l’action.
Le philosophe disait « Que l’on se maîtrise que par la méditation, que l’on se comprend que par la réflexion et que l’on se connaît que par l’action. Après quoi, on peut aller dans la cité faire œuvre d’homme »…..
Allons faire œuvre d’homme,
J’ai dit