12° #409012

Ordo ab chao – Deus Meumque Jus

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
Non communiqué
Loge:
NP
A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers

Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil pour la France

Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier

degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté

A vous trois Fois Puissant Maître et à vous mes Frères


 en vos degrés et qualités

Ordo ab chao – Deus Meumque Jus

A120-7-1

Ordo ab chao, deus meumque jus. Il s’agit là de la devise de l’Ordre, inscrite sur son blason et que l’on voit à chacune de nos tenues. Sa traduction est « l’ordre nait du désordre, Dieu et mon droit ».

L’histoire de la naissance du REAA et du Suprême Conseil est quelque peu difficile à éclaircir en raison des nombreux acteurs tant en France qu’aux Amériques. Retenons simplement les dates suivantes : 1762, rédactions des Constitutions par un Conseil des Princes Sublimes aux Orients de Paris et Berlin qui prévoient 25 grades, 1786 Grandes Constitutions du «  Rit Ancien Accepté Ecossais » signées par Frédéric II Roi de Prusse qui attestent de l’existence de 33 degrés et de la création des Grands et Suprêmes Conseils, 1801 création du Suprême Conseil pour la France à Charleston, en Virginie.

Ordo ab chao. L’ordre mentionné ici est-il le nôtre, ce qui pourrait être le cas, car lors de sa création la période était trouble. Querelles maçonniques entre Ancients et Moderns, velléité d’indépendance des colonies Américaines qui amèneront à la guerre d’Indépendance, révoltes dans les colonies…

Les termes utilisés par Frédéric II dans son discours sur les bases fondamentales insistent sur les dissensions traversées par la Maçonnerie de l’époque ( graves atteintes, divisions, soupçons, méfiance) et le besoin de rétablir l’ordre pour éviter sa ruine.

Il se pose en défenseur de l’Ordre et réunifie les divers rites existant sous le nom de Rite Ecossais Ancien et Accepté.

D’ou il me plait de penser que ce roi philosophe avait un sens aigu de l’humour et a doté sa création d’une maxime en forme de clin d’œil, «  l’Ordre nait du désordre. ».

Ouvrons ici un parenthèse héraldique.

Le blason représente un aigle bicéphale becqué et membré d’or,coiffé d’une couronne elle même surmontée d’un triangle rayonnant inversé au 33, aux pattes tenant un glaive nu avec 17 étoiles à senestre et 16 à dextre, sur une bannière auDeus meumque jus.

La première représentation d’un aigle bicéphale remonte à la civilisation hittite qui s’épanouit en Asie Mineure entre le XX et le XXIII avant notre ère. Il s’agit de sceaux cylindriques servant à marquer des marchandises. Traversant les âges ce symbole se retrouve chez les Seldjoukides et les Turcomans et s’installe définitivement comme symbole de l’empire byzantin et sur les drapeaux de plusieurs pays de l’Europe de l’Est , comme la Russie, la Pologne, la Serbie ou l’Albanie.

Pourquoi bicéphale ?

Plusieurs explications possibles : ceci symbolise la double souveraineté temporelle et spirituelle à laquelle aspiraient les basileus de l’église byzantine, mais explique également le titre d’Empereur d’Orient et d’Occident, une tête tournéevers chaque horizon. Certains y voient une allusion à Melkisedekh le Roi de Justice, Roi de paix.

L’aigle à deux têtes apparaît en Maçonnerie sur une lettre datée de 1761 et envoyée par des Maçons de Metz à des Frères Lyonnais ou il est mention du grade de Grand InspecteurGrand Elu ou chevalier Kadosh.

Dieu et mon droit : cette devise fut adoptée par l’Angleterre sous le règne de Henri V au XV° siècle car la noblesse anglaise s’exprimait alors en français, héritage de la conquête de la perfide Albion par Guillaume le Conquérant.

Elle apparaîten 1190, prononcée par Richard de Lion à la bataille de Gisors et l’orthographe correcte serait d’ailleurs «  Dieu est mon droit » car les Plantagenêt sont Ducs de Normandie par la grâce de Dieu et non par concession des rois de France.

Voici posé un bref aperçu de l’histoire de l’Ordre avant deplonger dans la physiqueet la philosophie.

Philosophiquement, la théorie du chaos peut réconforter ceux qui considèrent qu’ils occupent une place sans importance dans l’univers. Des choses sans importance peuvent avoir une influence immense. C’est la théorie du battement d’aile du papillon à Tokyo qui déclenche une tempête à San Francisco. Un système chaotique contient une imprécision qui s’amplifie de manière exponentielle et donc a pour résultat une non connaissance du résultat final, mais chaos ne signifie pas absence d’ordre.

Auteur de «  Le chaos et l’harmonie », l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan est un des tenants du principe d’anthropie selon lequel la succession des évènements depuis l’origine prépare la venue de l’homme sur la planète. Parti de rien, l’univers est une ascension vers la complexité. Il traduit ordo ab chao par : «  la structure a surgi du manque de structure, l’ordre du désordre, la complexité de la simplicité. »

Pour Ilya Prigogine, prix Nobel de chimie 1977, l’émergence soudaine de l’ordre hors du chaos est la règle plutôt que l’exception. Plusieurs expériences physiques permettent d’établir que l’équilibre est synonyme de non-structure et de stérilité alors que le non équilibre implique organisation et créativité.

La réaction de Belossov-Jabotinski , un simple mélange chimiqueinjecté dans un bain de molécules coloréesen rouge et en bleu provoquant au-delà d’un seuil critique le basculement total d’une couleur à une autre, puis l’apparition de structures spatiales concentriques ou en spirales, attestant ainsi de la présence d’une auto-organisation au sein de la matière.

J’en termine du chaos vu par la physique en citant Mandelbrot, auteur d’un ouvrage en 1967 sur les fractales ou il est établi qu’une forme naturelle a priori quelconque, voire chaotique, n’est en fait que le grossissement de milliers de formes identiques et plus petites et que ceci se répète à l’infini, du plus grand au plus petit, attestant ainsi d’un principe d’organisation de la nature.

Le chaos a d’ailleurs de nombreux partisans parmi les bricoleurs qui dans un fatras abominable savent ( et ils sont bien les seuls ) ou est rangé la boite à clés alène, et aussi parmi les adolescents adeptes du non rangement de leur chambre qui affirment haut et fort que « le désordre est une forme d’ordre ! »

La doctrine naturaliste d’Aristote était que le monde est éternel, la matière ne pouvant apparaître du néant. C’est la théorie des moteurs.

St Augustin, un des pères de l’Eglise, s’interroge longuement dans ses Confessions sur le chaos, se demandant comment le définir, s’il est œuvre divine ou s’il était là avant Dieu.

Maïmonide, célèbre philosophe juif auteur du « guide des égarés » au XII°siècle s’est aussi longuement penché sur la création et l’éternité du monde, et penche en faveur d’une création du monde par Dieu, donnant ainsi un modèle conceptuel cohérent avec l’affirmation d’un homme libre et responsable.

A la Renaissance, c’est Isaac Louria, célèbre kabbaliste qui s’interroge sur la provenance de la matière primordiale et apporte en réponse sa théorie du « TsimTsoum » ou retrait de Dieu en lui-même pour créer l’univers.

Après Ain- Sof, l’infini et inconnaissable source de tout survient la contraction, le Tsim-Tsoum et apparaît alorsun rayon de lumière. Louria définit ce monde par « olam ha tohu » ou le monde du chaos, que l’on retrouve dans l’expression française tohu bohu.

Si on admet que tout est dans tout, alors le chaos est bien œuvre du Grand Architecte et point de création ex nihilo, car comme l’a joliment dit le génial physicien Stephen Hawking, avant le Big Bang n’existe ni temps ni espace au sens humain et ni la raison ni la physique ne peuvent actuellement prouver qu’il y avait déjà quelque chose, ou rien…

Et comme le disait si bien Raymond Devos, « une fois rien, c’est rien, deux fois rien, c’est rien, mais trois fois rien ca commence à faire quelque chose… »

Ordo ab chao : d’un point de vue symbolique maçonnique, je dirais que le désordre est la situationdu Maître Maçon qui lutte contre son tumulte intérieur. Il a déjà combattu le fanatisme, l’orgueil et l’intolérance, mais du 4° au 12° voici venir la curiosité qui en fait n’est que du zèle (6°) suivie de la recherche de la Vérité (7°) et de l’éveil de sa conscience pour dépasser l’afflictionet construire son temple intérieur (8°) pour ne pas céder à la vengeance aveugle (9,10,11°).

Pour Plotin, l’ordre règne dans l’univers parce que toutes choses procèdent d’un principe unique, l’Ame universelle.

L’apparition de l’ordre est la manifestation de la volonté exercée par le cherchant, c’est le cheminement spirituel de l’homme qui apprend à se maîtriser, qui doit vaincre l’intolérance et le fanatisme et exercer la justice avec équité, fermeté et impartialité sans faiblesse, d’un cœur purifié de toute haine.

En agissant ainsi il avance sur le chemin de sa réalisation intime et peut alors réaliser sa transcendance dans son immanence.

Pour ce faire il bénéficie de deuxalliés que sont « Dieu et mon droit ».

Les exégètes de l’Ordre interprètent ceci comme Dieu est la loi incontournable et mon droit est la possibilité de l’utiliser à bon escient.

Il est bien demandé par le Vénérable Maître au profane lors de l’initiation « en qui mettez vous votre confiance ? » et la réponse soufflée par le Maître des Cérémonies est « en Dieu ». Tous les travaux effectués et les serments prêtés le sont d’ailleurs à la gloire du grand Architecte.

Mon droit me semble digne d’intérêt car le concept ne recouvre pas ici un droit que l’on s’arroge, mais bien un droit que l’on a reçu pouvoir d’exercer mais que l’on doit s’appliquer d’abord à soi-même.

Dieu et mon droit donne donc au vrai Maçon le pouvoir d’être un outil appliquant la loi divine en en respectant les commandements.

Cette maxime nous renvoie vers la qualité de Chevalier par la détermination sans faille dans l’action, au service des causes justes, des pauvres et des affligés, ou de la veuve et de l’orphelin.

Ainsi, depuis plus de deux siècles nous travaillons en loge de Perfection, fidèle à la tradition et à nos illustres prédécesseurs. Se perfectionner, c’est tendre à devenir parfait. Je conclurai en citant St François de Sales : l’homme est la perfection de l’Univers, l’esprit est la perfection de l’homme, l’amour est la perfection de l’esprit, et la charité est la perfection de l’amour.

J’ai dit. 

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