12° #409012

Le Génie

Auteur:

H∴ V∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A. L. G. D. G. A. D. L. U.
Ordo ab chao
Deus meumque jus
Sous la Juridiction du Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
du 33e et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France
S. G. M. et vous tous mes Frères G. M. A.

Quand j’entends le mot génie, immédiatement me vient à l’esprit le nom d’Einstein puis celui de Galilée. Deux scientifiques, mais c’est ma formation. Ce sont des génies parce qu’ils ont changé le monde ou plus exactement le monde a changé après qu’ils en aient expliqué certaines règles de fonctionnement. Ces lois physiques existaient bien avant qu’ils les démontrent et elles régissaient l’ordonnancement de l’univers, mais l’homme ne comprenait pas son fonctionnement. Et ces deux génies, l’un de 1564 à 1642, l’autre au début du XXème siècle (1879-1955) par leurs découvertes fondamentales ont non seulement engendré des transformations techniques inouïes, mais aussi, une mutation de la pensé humaine car le raisonnement des hommes a été profondément modifié. Tout au moins pour ceux qui se posaient des questions.

Dans le domaine que je qualifierais de « philosophique », sans vouloir opposer la technique à la philosophie, Luther au début du XVIème siècle (1483-1546) était aussi un génie car la critique qu’il a fait du fonctionnement de l’Eglise à son époque a non seulement engendré le schisme mais a aussi certainement permis qu’éclose en chaque individu la notion de liberté individuelle et toutes les conséquences que cela a eu ensuite.

Certains Médicis furent aussi des génies car ils ont permis la Renaissance. Quel joli mot pour qualifier cette époque qui par le bouillonnement des arts et de la pensée a vraiment transformé le monde occidental d’abord puis le monde tout entier. Ils n’ont pas fait de grandes découvertes mais ils ont laissé la pensée s’exprimer à la lumière des connaissances de leur époque.

D’autres personnages historiquement connus ont changé le monde mais je n’en parlerais pas car je ne leur accorde pas le titre de génie. Leurs actes étaient immoraux et contre nature. Ce sont souvent des hommes politiques. Ils étaient uniquement motivés par le génie des ténèbres.

Ainsi le génie est la possibilité d’inventer et aussi l’ouverture d’esprit qui permet de voir et de découvrir quelque chose qui jusqu’alors était inconnu.

Nous qui sommes F M nous devons avoir ce génie qui nous permettra de découvrir à la fois ce que nous sommes réellement et aussi le fonctionnement du monde. Et ce génie, nous le deviendrons progressivement par notre parcours initiatique. C’est notre cheminement, qui petit à petit développe en nous le sens critique indispensable, la bonne vision des choses en se débarrassant du superflu. C’est aussi par le travail assidu, le raisonnement et l’intuition, avec la rigueur, le respect des règles de la Maçonnerie et l’aide de Dieu que le génie qui sommeille en chacun de nous s’éveillera.

Bien entendu, nous avons aussi en nous le génie des ténèbres, mais celui là, nous le combattons. C’est ce que signifie Rectificando de V. I. T. R. I. O. L., c’est encore la signification de l’épreuve de la caverne lors de la réception au 9ème degré avec la mort donnée au meurtrier d’Hiram.

Cet assassinat enseigne qu’il faut quelquefois transgresser les ordres reçus et agir par surprise pour se débarrasser de ses métaux qui sont l’ignorance, la vanité, le fanatisme et l’orgueil. A ce degré de « Maître Elu des Neuf » apparaît pour la première fois le mot « élu ». Pour franchir cette étape une intervention extérieure est présente, ce n’est pas moi seul qui décide. A la question : « Etes-vous Elu ? »La réponse est : « Le sort en a décidé ». Et parmi les neufs partis à la recherche du meurtrier d’Hiram, un seul brandira le poignard. Son action ira au delà de celle de ses compagnons et on peut affirmer que c’est son génie qui l’entraîne à exécuter son geste à l’encontre des ordres reçus du roi Salomon. Galilée aussi transgressait l’ordre établi au péril de sa vie.

Ces quelques génies comme tous les autres ne sont pas partis de rien, tous étaient des spécialistes de haut niveau dans leur domaine et ils sont devenus des génies parce qu’ils ont su observer leur sujet au travers de tous leurs savoirs sous des angles différents, avec une curiosité encore plus forte. A sa manière le F M s’il veut progresser sur son chemin initiatique vers la Lumière doit systématiquement regarder les choses sous un autre angle, il ne doit pas hésiter à reprendre à la base sa réflexion afin de ne pas tomber dans la routine.

C’est l’enseignement de la cérémonie de réception au 4ème degré : il faut chercher l’idée sous le symbole, ne pas donner le nom de Vérité aux conceptions humaines, et se méfier des mots. Il faut travailler avec acharnement et faire une œuvre avec un regard toujours nouveau, avec un regard toujours neuf sur le détail ou sur l’ensemble, sur l’unique comme sur le multiple, comme un tout jeune enfant qui découvre le monde. Et la phrase d’Arthur Schopenhauer : « tout enfant est en quelque façon un génie, et tout génie un enfant » ne veut pas dire autre chose.

Alors pourquoi sommes-nous dans un Ordre si systématiquement nous devons entretenir en nous cet esprit contestataire ? Tout simplement parce que c’est le seul moyen de ne pas tomber dans l’anarchie qui conduit à la récession et à la barbarie. Nous respectons et appliquons librement les règles de notre Ordre mais cela ne nous dispense certainement pas, bien au contraire, de sens critique et le 4ème degré insiste sur ce point. C’est parce que nous avons un garde-fou que nous pouvons aller le plus loin possible dans cette contestation, sans le risque d’être entraîné vers la folie.

Et même si Aristote a dit : « Il n’y a pas de génie sans un grain de folie ». Cette « folie » nous l’atteignons en participant aux tenues et tout particulièrement quand l’Egrégore est créé, cet état psychologique particulier qui donne une force aux F F de la Loge. Certains peuples se livrent à des danses qui les mettent en transe, les Celtes se livraient à des beuveries, pour d’autres, c’est l’ascétisme qui leur permet de se rapprocher de Dieu.

Mais qu’est ce qui nous pousse à vouloir découvrir on ne sait quoi, alors que nous pourrions rester bien tranquilles dans notre petit confort. Nous n’avons absolument pas l’assurance que ce ne sera que du bonheur. Et malgré tout, nous avons entrepris cette quête et nous la poursuivons malgré les dérangements qu’elle occasionne. Il faut bien être un peu fou. Pensons encore à Galilée et à Giordano Bruno.

Au 12ème degré, le G.M.A. travaille dans un atelier qui reste porte ouverte et qu’on nomme Boulomie dont la signification est : l’endroit où l’on veut.

L’ouverture des travaux à ce degré est une sorte de rappel des connaissances que le G.M.A. a acquis jusqu’alors : la Mathématique, l’utilisation du compas, l’Architecture avec l’apprentissage de travaux élémentaires. Et au 12ème  il veut et il construit, dit le Rituel. Mais le G.M.A. commence les travaux quand le Génie parle en lui, et les cesse quand il se tait.

Ainsi donc nous sommes à une étape ou pour travailler, le F M n’a plus besoin d’être à couvert mais il doit être inspiré par son Génie. C’est à dire que l’œuvre qu’il réalise est totalement  intérieure, en profondeur et le profane ne peut la découvrir. Mais la construction de son Temple ne se réalise qu’avec l’aide du Génie. Nous avons accumulé une masse de connaissances jusqu’à ce degré, mais si nous ne savons pas transmuter cet ensemble en une véritable Connaissance, la construction de notre Temple ne pourra se poursuivre. Tous les érudits à chaque époque ont le même niveau de connaissance, mais Galilée et Einstein  ont par leur Génie su et pu aller plus loin. Et la question est : Pourquoi eux et pas un de leur confrère ? Pourquoi Einstein et pas Poincaré ? Une réponse se trouve dans la définition de génie, c’est un mot qui vient du latin Genius, c’est l’esprit divin qui préside à la naissance.

Ainsi donc sans l’intervention de Dieu nous sommes incapables de développer notre propre Génie. Le Génie peut s’apparenter en une sorte de liaison entre le F M et le G.A.D.L.U. Ce serait donc une révélation ou la conséquence pour le F.M. de s’être suffisamment rapprocher de la Lumière.

Sans Génie, le G.M.A. ne peut pas poursuivre la construction de son Temple, il a appris les techniques, il a participé à certains travaux sous la direction de F F plus expérimentés, mais à ce degré, c’est à lui d’imaginer la finition de l’œuvre. Il ne doit plus se contenter de reproduire, il doit innover et son Génie est là pour lui indiquer la marche à suivre. Son pouvoir créateur doit s’exprimer et doit être porté à ses plus hautes limites. Il construit son propre Temple, et cela personne ne peut le découvrir, seul la transformation de son être est visible de tous, mais cela n’a pas d’importance, bien au contraire.

En conclusion, je dirai que le Génie est une faculté qui nous est donnée mais que nous devons aller chercher au plus profond de nous-mêmes. Le vieil adage : « Aide toi et le ciel t’aidera » illustre parfaitement cela. Et ce Génie qui est une force alliée à une volonté, va nous permettre d’agir sur nous-mêmes, de construire notre Temple à notre image pour recevoir la Lumière comme nous le souhaitons. Notre Maître Hiram est mort, la parole est perdue et pour la retrouver, nous avons besoin du Génie.

La Genèse décrit la création du monde. Génie et Genèse ont la même étymologie, le Génie doit nous permettre de créer notre propre monde. Il comprend aussi le mot gène qui nous rappèle notre hérédité et notre originalité.

Notre Génie, c’est l’approche, plus « intelligente » et empreinte d’une grande sagesse des phénomènes, qui est impérative pour réaliser notre Temple sur la base de notre être authentique. Et ce Génie, c’est la Providence qui, en moi, lui donne la parole, à condition que mon cheminement initiatique et mon travail m’y préparent.

J’ai dit S G M

Vous devez être abonné pour accéder à ce contenu


S'abonner

Retour à l'accueil