12° #409012

Je connais le cercle et sa quadrature

Auteur:

J∴ L∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Dans les instructions du 5ème degré de notre rite, il est posé la question suivante : « Etes-vous Maître Parfait ». La réponse est « Je connais le cercle et sa quadrature ». Elle vient confirmer le fait que le MP connait d’une part l’équerre et le carré, et d’autre part le compas et le cercle. Il ne prétend pas résoudre le problème, mais connaître son existence.

L’affirmation est claire. Elle fait référence à l’édification du mausolée de marbre noir et de l’obélisque. Elle signifie : Je sais construire. Cette maîtrise est confirmée par le Roi Salomon par la phrase « Tout est parfait ».

Les instructions du 5ème degré font références au carré, au chiffre 4 et au cercle : Quatre colonnes blanches et 4 étoiles pour décorer le temple, une pierre cubique, 4 voyages, 4 pas en carré pour la marche, 16 ans (4x 4), ouverture des travaux à 4 heures, batterie 4 coups, 3 cercles concentriques avec une pierre cubique au milieu, enfin le tableau de loge représentant en son centre 3 carrés dans 3 cercles.

Pour l’harmonie, l’équilibre esthétique et technique du bâtiment, les opératifs pour édifier les cathédrales connaissaient le cercle et sa quadrature. La question posée de la quadrature du cercle était de trouver une méthode géométrique basée sur la règle et le compas permettant de construire un carré de même surface (ou de même périmètre) qu’un cercle donné.

Résoudre le problème est une gageure que les anciens opératifs et mathématiciens ont tenté de résoudre sans succés d’autant que le cercle fait appel à un nombre irrationnel (pi 3,14116…) alors que le carré relève des nombres entiers. De même je remarque que c’est du nombre 5 (5° degré) que l’on extrait la section dorée (Phi R 5+1/2 = 1.6180…) nombre également irrationnel.

Ainsi on ne peut que s’approcher d’une solution pour résoudre le problème posé. C’est la différence, la relativité entre l’égalité et l’équivalence. Les architectes d’antan ne pouvaient souhaiter qu’un apparemment parfait. Ainsi l’Homme peut s’approcher de la perfection sans jamais l’atteindre… Notre cheminement initiatique prend ici tout son sens.

Il ne peut être symbolisé par un nombre entier car se serait alors arrêter toute recherche. Il appartient donc au domaine des nombres irrationnels puisqu’ils sont sans fin, infinitésimaux, comme l’est (à mon degré) la recherche de la vérité et de la parole perdue.

Apprenti nous avons fait silence et lâché prise au monde extérieur. On nous a confié une règle pour tracer les lignes droites en nous laissant entrevoir d’autres outils. Plus avancé que l’apprenti et moins que le maître, le compagnon éprouvé par l’équerre voit pour la première fois une pointe du compas découverte. L’outil du Maître sera donc le compas. Les 2 pointes sont maintenant découvertes et nous pouvons donc tracer. Nous sommes passés de l’équerre au compas, du tangible au domaine des idées. Le Maître Secret passe du monde des idées à celui de l’esprit. Le Maître Parfait maitrise déjà l’équerre et le compas, il connait le cercle et sa quadrature. Il ne prétend pas résoudre le problème mathématique, mais tenter spirituellement de répondre à certaines questions soulevées par le problème.

Le CERCLE est la 1er figure symbolique, simple et parfait il est du domaine du divin. Son outil est le compas. Là où le maître maçon pose la pointe du compas, il détermine le cadre de ses tracés et de sa construction. Là où il est, il est toujours au centre il peut ainsi déterminer l’ouverture du compas, c.à.d. la circonférence et l’amplitude de son cercle en fonction de son degré et de ses connaissances. Après avoir ouvert le compas et m’être enrichi de connaissances initiatiques, je le referme. Les deux pointes rejoignent le centre car c’est en mon centre que je trouverais ce que je recherche. Le centre du cercle se confondrait avec le centre de gravité de ma recherche spirituelle. Le compas ne peut aller au-delà de certaines limites, même s’il se doit de rechercher la vérité et surtout d’avancer. L’interdit n’existe pas car tous les moyens sont bons exceptés les excès de zèle ou de curiosité (Johaben 6° et 9°). Mais la transgression est génératrice…

Ainsi le cercle bien plus qu’une circonférence ou une surface est d’abord un centre. Le centre est suggestif d’une idée de principe supérieur, de GADLU. Selon l’adage Dieu est le cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part, ou encore selon Plotin « le centre est le père du cercle ». Le GADLU est le géniteur de notre environnement.

Le CARRE est un espace à mesure humaine Son outil est l’équerre (celui du compagnon) c.à.d. un instrument de construction. Il représente la stabilité, l’équilibre, le rationnel. Dans le tableau de loge, l’un des 3 carrés entourés de 3 cercles, (dont on pourrait y voir un sens trinitaire avec le J central), je suis le carré, dans le carré, au milieu du carré, et je m’efforce de tendre vers le cercle qui m’enveloppe. Je suis au centre du carré. J’étouffe dans mon univers borné. Je ne supporte pas mon enfermement, je suis ambitieux mais pas belliqueux. J’ai soif de connaissance, mais conscient de mon ignorance, je demeure humble mais non timoré. Je suis accroupi la tête entre mes genoux engoncé dans le cube de ma vie. Je me redresse, c’est mon initiation. Je suis maintenant au milieu du carré et donc du cercle, les bras en croix je repousse chaque coté du carré, en créant des polygones aux cotés infinis et qui approche le cercle sans pour autant l’atteindre. Chaque coté repoussé me rapproche du cercle vers une meilleure connaissance de moi-même. L’exploration de ce qui est en moi, m’ouvre à la connaissance du cercle et de sa quadrature.

En même temps que je repousse les cotés du carré, je prends conscience que je suis au centre du carré et du cercle et que c’est par ce point que je m’élève. Si le centre est divin, c’est qu’il est le chemin vers lequel doit cheminer tout maçon. La verticalité ascensionnelle fait que mes bras en croix repoussant le carré tendent maintenant vers le haut vers le divin. Je suis dans une sphère et non plus dans un cercle. Le mouvement ascensionnel de mon esprit témoigne de la spiritualité de ma quête.

Je suis le géomètre de ma vie, de ma recherche. Je maîtrise l’équerre et le compas, celui du passage des angles aux courbes. Entre le nombre pi (ou le nombre d’or), et les nombres entiers, c’est le monde des idées du fini et de l’infini, des nombres irrationnels et entiers. C’est le domaine des calculs infinitésimaux. Symboliquement c’est l’ouverture des portes sur des perspectives infinies le monde de l’esprit.

La connaissance du cercle passant par celle de la quadrature, je suis celui, qui construit son Temple en maitrisant les assises, les fondations et qui aspire à élever son temple au delà de cette base. La maîtrise du compas m’ouvre des domaines que je ne connais pas, mais ma main ne tremble pas lors de son ouverture puisqu’elle est en confiance et suit son cheminement initiatique.

Au-delà du cercle et de sa quadrature et sans quitter mon sujet, se pose le cruel dilemme qui est d’être toujours entre d’équerre et l’équerre ou (et) entre le compas et le compas. Fini dans un monde fini ou en cours de finition dans un monde infini.

L’équerre rassure et fini par bien se maîtriser au travers de nos avancements. Elle est l’outil du compagnon nous suit pour nous rappeler nos racines. Trop d’excès, de rigueur, de logique, de matérialité nous empêche de saisir le compas. L’équerre risque de nous figer dans la rationnel, le palpable, l’utilitaire. Entre l’équerre et l’équerre, j’étouffe dans un monde clos sans épanouissement spirituel.

Entre le compas et le compas, le danger est similaire puisque ma quête consisterait à rechercher l’absolu, l’infini et les dérives sont nombreuses pour s’égarer du chemin initiatique. Entre ma démarche spirituelle et (ou) philosophique et celle du REAA qui ne prône aucune limite à la recherche de la vérité et de la parole perdu (Cf. le devoir du MS), j‘ai comme tout H des difficultés à maîtriser mes dérives. On dit communément que la folie est limite du génie, il faut peut-être frôler les frontières pour apercevoir d’autres horizons. Enfreindre les règles par excès de zèle, de curiosité et d’initiatives malheureuses constitue notre chemin initiatique (Johaben 6 et 9). Entre l’équerre et le compas, le juste milieu est une attitude médiane qui n’améliore pas un choix final.

Mais qu’il est difficile dans notre vie profane d’être à la fois juge des autres et même de notre vie, et procureur (c.à.d. compas et équerre). Salomon dans l’équité de son jugement est dans l’idéal. Est-il seulement Compas ? Etre Compas met-t-il au dessus les lois quant bien même il serait le législateur, donc l’équerre ?

Pour la bonne tenue de cet exposé, et le respect de mon degré, je reste entre l’équerre et le compas, tout à fait carré et en devenir de cercle, mais bien au centre d’un tout, une attente sur la verticalité du cheminement initiatique.

Je demeure le carré qui s’expanse vers le cercle. Je suis le cube dans la sphère. Le divin étant inaccessible par définition, je ne peux résoudre la quadrature du cercle. A trop me rapprocher, surement trop tôt dans mon cheminement, je m’approche des limites humaines de ma démarche.

Pour conclure mon propos, à trop chercher d’équivalences je m’éloigne de l’égalité. A tenter de rechercher l’égalité je deviens Johaben, passage obligé de mon cheminement, sans pour autant être Icare.

Les nouvelles théories du cosmos laissent à penser que celui-ci ne serait pas en expansion mais au contraire en rétractation, pour un jour ne faire plus qu’UN. Aussi peut-être un jour imploserais-je dans les hautes sphères de la spiritualité et me confondrais-je dans une passivité habitée et contemplative, reconnaissant le géniteur du cercle et de sa quadrature ?

J’ai dit.

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