Le FM peut-il prétendre acquérir une sagesse semblable à celle du Roi Salomon ?
P∴ C∴
A la Gloire
du Grand Architecte de l’Univers
Deus Meumque Jus
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
Ordo ab Chao
Au Nom et sous les Auspices du SUPRÊME CONSEIL DE FRANCE
Liberté – Egalité –
Fraternité
Le libellé de ce sujet paraît singulier car il n’y est fait nulle part référence à une thématique des degrés qui nous réunissent ce soir. Aussi, ai-je placé ma réflexion dans la perspective plus générale du Rite Ecossais Ancien et Accepté, tel que j’ai pu l’appréhender jusqu’à ce jour. Analysons chacun des mots qui constitue ce sujet :
Le verbe « prétendre » tout d’abord. Est il prétentieux de chercher à devenir sage ? Le F M se doit-il d’être prétentieux pour atteindre ce but ? A l’inverse, quelle attitude adopter pour chercher à devenir sage ? Et pourquoi rechercher à devenir sage ? Et puis, le verbe « acquérir » : la sagesse peut-elle s’acquérir ? Peut on par le travail devenir sage ? Et si oui, comment ?
Ensuite, la Sagesse : de quoi parle-t-on ? Existe t il une seule sagesse ? Y a t il un absolu de la sagesse ? Enfin, Salomon, ce roi connu justement pour sa sagesse, et qui est très présent dans nos rituels : outre le jugement qui porte son nom, en quoi ce Roi était-il Sage ?
Pour répondre à ces interrogations, je parlerai dans un premier temps de la Sagesse en général et de celle de Salomon en particulier. Dans un second temps, j’évoquerai les moyens que la Maçonnerie met à notre disposition pour nous aider dans notre recherche de la sagesse.
La sagesse tout d’abord.
Le dictionnaire définit la sagesse comme la connaissance critique et la juste appréciation des choses, fondée sur la raison et sur l’expérience. Elle caractérise celui qui est en accord avec lui-même et avec les autres, avec son corps et ses passions, et qui a cultivé ses facultés mentales. En général, elle s’accompagne d’un bonheur suprême et correspond à l’état de perfection le plus élevé que puisse atteindre l’humain et son esprit. Pour espérer atteindre cet idéal, plusieurs chemins sont possibles, qui ont varié dans l’espace, le temps et selon les cultures.
Dans la tradition judéo-chrétienne, la sagesse désigne l’Omniscience, le discernement parfait entre le bien et le mal, la bonté infinie et la sainteté. Mais il s’agit alors d’attributs inhérents à la personne divine, et c’est le sens de la pratique religieuse que de donner à l’homme les moyens de tendre vers cet idéal.
À partir du XVIème siècle, des mouvements comme l’humanisme et plus tard la Philosophie des Lumières, vont progressivement instituer d’autres formes de sagesses, proposant d’améliorer la condition humaine par la foi en la raison, le progrès technique et la science, au détriment des dogmes religieux. C’est cette approche qui a inspiré notre démarche Maçonnique.
Ainsi, c’est la sagesse
que nous invoquons lors de l’ouverture de nos travaux en Loge
Bleue : elle est, parmi les trois piliers, celui qui préside
à la construction de notre édifice et le premier
à éclairer le Temple. Elle est donc au centre de
nos préoccupations de Maçons. Pourquoi cette
sagesse s’incarne-t-elle en Salomon dans notre rituel ? En
quoi Salomon est-il légitime pour incarner cette sagesse
(« instrumentalisation ») ?
Salomon fut le troisième Roi d’Israël. Il
succéda à son père David et son
règne dura de 970 à 931 avant notre
ère, même si tout cela reste approximatif.
Il est connu pour l’édification du Temple qui
porte son nom.Mais Salomon se révèlera
également un roi particulièrement sage et
d’une grande intelligence émotionnelle. Ces
qualités sont illustrées dans Bible par
l’épisode fameux du jugement qui porte son nom,
qui est connu de tous et qu’il m’a
semblé inutile de vous rappeler.
En revanche, j’ai souhaité m’attarder sur la façon dont Salomon a acquis cette sagesse (1 Rois 3.1-15). Ainsi, quelques versets avant le récit du jugement, la Bible raconte un rêve de Salomon, où il voit apparaître D-ieu, qui lui propose alors d’exaucer un souhait. En synthèse, Salomon répond : « je suis très jeune, et si je veux être un bon roi, donne moi un cœur intelligent, capable de juger ton peuple, sachant distinguer le bien du mal ». En réponse, D-ieu lui donne non seulement ce cœur intelligent et la sagesse, mais il reçoit en plus la richesse et la gloire.
Je retiendrai deux choses de ce récit :
Premier point, peut-être anecdotique : je ne sais pas si Salomon est devenu sage grâce à cette intervention divine, mais en tout cas, il est certain qu’il était un malin et qu’il savait négocier ! Mais ce que je retiendrai surtout de ce passage, c’est l’humilité dont il fait preuve pour demander à acquérir cette sagesse. Cela fait écho à une de mes interrogations du début, concernant la nécessaire humilité que nous devons alors adopter, nous Maçons, dans notre cheminement vers la sagesse (« on reste toujours Apprenti »).
Ces épisodes viennent, me semble-t-il, confirmer la légitimité de Salomon comme « référentiel » de sagesse.
Second point, avec cette fois-ci un impact important pour nous Maçons : Salomon a acquis la sagesse grâce à une intervention divine. Pour des raisons évidentes, nous ne pourrons pas nous contenter de cette approche. Il va donc nous falloir travailler pour acquérir cette Sagesse. Ce qui me permet de faire le lien avec la suite de mon travail : comment Salomon est-il « mis en scène » par le Rite Ecossais Ancien et Accepté, et comment cela nous permet-il de progresser vers la sagesse ?
Dès le premier degré, le nouvel initié découvre le Temple qui porte son nom et commence à appréhender la richesse symbolique de ce lieu.
Salomon clôt le cycle de l’initiation des trois premiers degrés par un épisode dramatique, le meurtre de l’architecte du Temple par trois mauvais compagnons. Un meurtre, mais également une renaissance, non seulement celle d’Hiram, mais aussi celle du nouveau Maître, laissant penser qu’il y a une suite à cette histoire.
Salomon ouvre ensuite les degrés de nos loges de perfection, en poursuivant ce qu’il est coutume d’appeler la légende salomonienne, qui, au fur et à mesure de notre progression dans les grades, nous délivrera des messages formant un tout cohérent. Il est utilisé comme « support » pour aborder des thématiques nouvelles, comme la vengeance, la justice ou la transgression, nous permettant ainsi de poursuivre le travail sur nous-mêmes et de progresser sur notre chemin vers la sagesse.
Ainsi, au 4ème degré, la loge est présidée par Salomon, Roi d’Israël. Le rituel raconte que Salomon, surmontant sa douleur après le meurtre d’Hiram, organise néanmoins la suite de la construction du Temple, qu’il confie à un Collège de sept Maîtres. Je retiendrai de ce degré un des messages communiqué aux récipiendaires lors du quatrième voyage : celui qui nous enjoint à aimer la Justice, à la révérer, à marcher dans ses voies, à la servir de tout son cœur et de toute son âme.
Au 6ème degré, Salomon et Hiram, roi de Tyr, président aux activités de la loge. A ce degré, Salomon pardonnera à un visiteur curieux, Johaben, d’être venu s’informer en toute bonne foi. Le rituel insiste alors sur la curiosité utile, celle qui excite l’intelligence pour connaître la Vérité.
Arrêtons nous un instant aux 9ème, 10ème et 11ème degrés, grades d’Elus ou grades de vengeance. Dans la progressivité de la démarche maçonnique au Rite Ecossais Ancien et Accepté, ces grades succèdent aux grades de perfectionnement.
Comme beaucoup, j’ai été surpris par l’histoire qui nous est contée à ces degrés et par la violence qui en émane. Aussi, dans une forme de catharsis, laissez moi vous expliquer comment elle s’inscrit dans ma réflexion de ce soir.
Au 9èmè degré, Salomon envoie 9 Maîtres pour appréhender le meurtrier d’Hiram et le livrer à la justice. L’un d’entre eux, le zélé Johaben, déjà rencontré comme Secrétaire Intime au 6ème degré, outrepasse à nouveau sa fonction en exécutant le mauvais compagnon au lieu de le livrer à la justice et ne doit son salut qu’à ses pairs qui plaident pour lui devant Salomon.
Que décrit le rituel ? Un individu dans une caverne, c’est le meurtrier endormi. Autour de lui, des symboles. Citons-les principaux : Un buisson ardent – La fontaine – Le poignard – La lampe. Devant la caverne, l’Elu se trouve ébloui par l’éclat du buisson ardent, allégorie évidente à la divinité porteuse du commandement « Tu ne tueras point », et placé là pour lui rappeler la limite de son action et l’aider à obtenir la « bonne réponse » : se saisir du meurtrier et l’amener devant la justice.
Ainsi, Johaben connaît le chemin à parcourir pour accomplir sa mission, mais il est seul et démuni. Il n’a ni outils, ni équerre ni compas, et il n’est pas accompagné de ceux avec qui il a entamé sa quête. Il aperçoit un poignard – posé là par qui ? -, instrument de la tentation purificatrice.
Seul avec sa loi morale encore fragile et sa soif de vengeance, c’est la première fois qu’il se trouve devant son devoir. Auparavant, il ne s’est qu’engagé à le faire, maintenant il doit l’accomplir. Qu’elle va être sa réaction ? Il décide d’avancer, d’avancer seul et se dirige vers la caverne, dépasse le buisson ardent et poursuit son chemin.
Il n’est pas à cet instant dans un état de calme réflexion mais sous l’emprise du tumulte de l’émotion. Il entre alors dans la caverne où dort l’assassin d’Hiram, et se saisissant du poignard, il frappe. Au front d’abord pour effacer le geste mortel ayant mit fin aux jours de l’Architecte, puis au cœur pensant recréer l’harmonie détruite, sans percevoir qu’en agissant ainsi, en se conduisant lui-même comme un assassin, il a détruit la sienne. Enfin, il parachève l’extinction de sa soif de vengeance d’abord en le décapitant, matérialisant ainsi ce qu’il considère comme son triomphe, puis en se purifiant à la source.
C’est dans les yeux de ses compagnons qu’il lit alors la bassesse de son comportement, découvre que, ses passions ayant asservi son zèle, la sauvagerie de son action a fait de lui un être aussi méprisable que celui qu’il a châtié.
Sensible à l’intervention fraternelle des autres Elus en faveur du pardon pour un acte outrancier mais réalisé par devoir au nom de la justice, Salomon réussit à surmonter une phase d’emportement, pour évoluer vers plus de discernement. Il pardonne, donnant ainsi une nouvelle leçon à Johaben.
Là encore, Salomon agit en modèle de sagesse pour nous.
Cette histoire est édifiante par la pertinence de sa démarche éducative. En ce sens, elle contribue à aider notre progression vers plus de sagesse.
Car, voilà Johaben, un homme curieux par essence, instruit d’humanisme, déjà prévenu des conséquences possibles de ses errements au 6ème degré, et qui échoue, instantanément, encore emporté par ses passions.
Je vois dans ce psychodrame une expérience aussi nécessaire que les travaux pratiques complétant un cours magistral. C’est grâce à ce parcours, démarche nécessaire, que la connaissance théorique et livresque de la vengeance se métamorphose en connaissance pratique par la vengeance.
Le 10ème et le 11ème degré poursuivent le récit en décrivant la capture des deux autres mauvais compagnons, leur exécution, et la récompense accordée aux vengeurs d’Hiram. Salomon, toujours lui, choisit, par tirage au sort, douze d’entre eux pour commander les 12 tribus d’Israël et être en charge de l’inspection des travaux du temple. Cette récompense traduit leur changement d’état sur la voie spirituelle, grâce au pouvoir de l’esprit imprégné d’un idéal de justice et d’équité, triomphant de l’ignorance et du fanatisme grâce au progrès conjoint de la connaissance et de la morale.
La méthode maçonnique, progressive, spirale ascendante revenant cycliquement sur les enseignements précédents, les a transformés en hommes sages, maîtres de leurs passions.
Dans ces grades d’Elus, le Rite Ecossais Ancien et Accepté, appuyé en cela par la stature de Salomon, nous rappelle par la pratique que, puisque l’ennemi est en nous, l’esprit humain ne peut chercher la sagesse qu’en luttant contre ses propres imperfections. Pour atteindre cette sagesse, la transgression expérimentale, les erreurs, sont nécessaires à condition qu’elles soient a posteriori analysées pour se nourrir de leur enseignement et alimenter sa réflexion. C’est par ces actions, ces expériences pratiques de la vie initiatique continuée à l’extérieur du Temple que l’initié trouve, ou retrouve, l’étincelle qui est en lui et qu’Alain Pozarnik nomme l’Etre intérieur. Il est aidé en cela par la démarche maçonnique, par les symboles semés dans l’inconscient par l’expression d’un dessein intelligent qui le guide alors vers plus de spiritualité, donc de sagesse. Avec la Justice et la Vérité, la transgression est pour moi un des messages clés que je retiendrai de mon travail à ces degrés. Elles contribuent alimenter ma réflexion et à consolider mon édifice personnel vers plus de sagesse.
En conclusion, l’un des principes fondamentaux de la méthode proposée par le Rite Ecossais Ancien et Accepté est le respect d’une progressivité lente de la démarche initiatique, au juste rythme de chacun. Cette méthode, telle que mise en œuvre par la succession de ses degrés, nous ouvre ainsi une voie, qui peut nous permettre de prétendre atteindre la sagesse, en nous appuyant notamment sur le personnage de Salomon.
Cette voie est longue car constituée de nombreux passages successifs, mais chaque fois, nous sommes aidés à trouver les outils nécessaires à l’accomplissement des tâches imposées et en apprendre l’usage.Cette voie est également difficile, car les rituels sont des constructions et des déconstructions alternatives, des morts et des renaissances initiatiques qui deviennent autant de transformations chargées de sens qu’il faut assumer. Cette voie, enfin, est collective, car la dynamique de groupe est toujours présente. L’organisation de cette structure implique de plus en plus de discipline, d’abord extérieure, ensuite intérieure. Les Neuf Elus, dans leur mission, en sont l’exemple, malgré la défection de Johaben.
Pour construire cet édifice cohérent qu’est le Rite Ecossais Ancien et Accepté, il est ainsi indispensable de disposer d’un mythe, et nous venons de voir l’importance du mythe salomonien. Mais il faut également disposer d’un rite, et c’est ce que constitue l’ensemble des rituels que nous mettons en œuvre dans nos ateliers.
Ainsi, c’est cette alliance harmonieuse entre le rite et le mythe qui donne naissance au rythme.
Permettez-moi une dernière remarque : J’ai longuement évoqué la sagesse de Salomon. On sait peut-être moins que, le temps passant, et parce que peut être trop de Sagesse nuit à la Sagesse, la fin de sa vie fut plus chaotique. Pensant être protégé par sa sagesse et à l’abri de toutes déchéances, Salomon transgressera les lois… Il épousera plus que les dix huit femmes autorisées à un Roi, amassera des richesses, de l’or, de l’argent et possédera trop de chevaux… Les constructions et les dépenses somptuaires de la cour entraîneront une augmentation excessive des impôts, il en résultera un soulèvement conduit par Jeroboam, et ce schisme conduira à la division du Royaume.
La fin du roi Salomon ne fut donc pas très brillante, sa Sagesse légendaire l’ayant abandonnée. Le message est clair, Mes Frères : les mauvais compagnons seront toujours en nous, et il nous faut travailler sans relâche à lutter contre nos mauvais penchants. C’est tout l’objet de la démarche maçonnique, que de collectivement, travailler sur nous-mêmes pour nous éviter la chute.
Quelques commentaires additionnels :
A quoi cela sert-il au Franc Maçon de devenir sage ? Ne pas perdre de vue que le but ultime est le perfectionnement de l’humanité (Chapitre I de la constitution). Enrichissement vie maçonnique par la vie profane : relecture de mes anciens travaux : très alignés, j’ai cherché à sortir du modèle de réflexion ancien. Je cherche à ramener le curseur.
Salomon / Schlomo Instrumentalisation de Salomon
C’est pourquoi nous devons toujours nous considérer comme des Apprentis.
Les messages délivrés en LP forment un tout cohérent. Lequel ?
Message général sur la vengeance ? Idem Justice ? Idem Transgression ? Quels liens avec la sagesse ?
Rituel du 12ème degré
D – Êtes-vous Grand
Maître Architecte ?
R – je connais parfaitement ce que renferme un
étui de mathématiques.
D – Que renferme un étui de mathématiques ?
R – Une équerre, un compas simple, un compas
à quatre pointes, une règle, un compas de
proportion, un aplomb et un demi-cercle.
D – Qu’enseignent les instruments de cet étui ?
R – La rectitude, la sincérité,
le travail et l’émulation.
D – Quelle est la
légende du grade ?
R – C’est la suite de la légende d’HIRAM. Sa
mort prématurée a interrompu au
troisième niveau l’édification du Temple.SALOMON a établi une école
d’architecture.
Le nouveau Grand Maître Architecte doit reprendre et achever la construction du Temple consacré à Dieu. Pour succéder à HIRAM, il doit pouvoir énumérer tous les instruments renfermés dans un étui de mathématiques, distinguer les cinq ordres d’architecture (le dorique, l’ionique, le corinthien, le toscan et le composite.), se servir du compas et comprendre la philosophie, lumière jetée par l’esprit et l’intelligence de l’homme sur les choses de la nature. Il doit admirer l’étoile polaire figurée au Septentrion de la loge.
D – Quel est le signe du grade ?
R – Placer la main droite dans le milieu de la gauche,
sur laquelle on feint de tracer un plan avec le pouce, en regardant le
Grand Maître Architecte.
D – Quelle est la batterie ?
R – Trois coups, par un et deux : lll
D – Quelle est la marche ?
R – Trois pas en équerre, en partant du pied
gauche, le premier lent, les deux autres
précipités.