La Justice du 1er au 12ème degré
G∴ P∴
A La Gloire
Du Grand Architecte De L’Univers
Ordo ab chao – Deus meumque jus
Au Nom et Sous la Juridiction du Suprême Conseil
pour la France
Des Souverains Grands Généraux du
33ème et
Dernier Degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté
L’évocation proprement dite de la justice, basée notamment sur la poursuite des trois mauvais compagnons est plus particulièrement marquée au cours des grades d’élus. Toutefois en procédant à une analyse attentive de l’univers crée dans les différents grades, nous nous apercevons que la justice depuis notre initiation est déclinée sous divers angles et à tous les degrés soit clairement soit au détour d’une allusion, ce qui nous montre, si besoin est, l’importance de l’appréhension que nous devons avoir de la Justice. Elle peut être abordée sous plusieurs angles comme le concept philosophique appelé à régir la vie en société, et le principe moral préservant à l’individu le respect d’autrui.
En tout état de cause chaque réception de grade m’a permis d’élargir mon raisonnement et par voie de conséquence d’éveiller ma conscience. Je vais tenter, mes Frères, de vous communiquer mon ressenti en quelques lignes.
A plusieurs titres la mort d’Hiram nous a marqué et, légitimement, on pouvait s’interroger entre autre sur le sort qui pourrait être réservé à ses meurtriers. Déjà le seul fait d’y penser nous engage sur la voie d’un ordre moral à respecter et c’est, sans doute, dans ce sens que plusieurs grades, notamment du 9ème au 11ème degré, souvent appelés grades de vengeance, viennent concrétiser la volonté du roi Salomon de châtier les trois compagnons meurtriers du Maitre, parce que le crime ne peut rester impuni et l’ordre doit être rétabli.
Rétablir la justice pour que la paix et la concorde règne et que l’œuvre à édifier puisse se poursuivre ; c’est dans cet esprit que les prévôts et Juges sont prêts à toute heure à servir l’ordre et rendre la justice afin de maintenir la paix et l’harmonie et faire avancer l’œuvre. Une justice impartiale est rendue à tous les ouvriers. L’ordre est rétabli sur le chantier : chaque ouvrier reprend sa place en toute justice.
La justice comme le souligne René Guénon « est une expression humaine de l’équilibre et de l’harmonie, c’est-à-dire un des aspects du maintien de la stabilité cosmique ».
Certes, la justice est recherchée par toute société afin de ne pas céder à la haine et à la vengeance. L’institution d’un tribunal, tiers social, vient contrecarrer et détourner le désir de faire justice soi-même. Il ouvre un espace où le coupable et la victime (ou tout autre tiers) ne se trouvent pas dans un face à face solitaire et mortel comme on a pu le vivre au 9ème degré. Johaben dans un esprit de vengeance tue Abiram, un des meurtriers et devient à son tour meurtrier.
La vengeance, nous le voyons, est antinomique de la justice. Elle est, au sens courant, le fait d’un individu voulant rendre à autrui le mal, vrai ou parfois supposé, qu’autrui lui a fait ; cette application de la loi du Talion, totalement dépassée dans notre culture actuelle, bien qu’encore malheureusement appliquée sous certains régimes politiques, ne peut qu’être reprouvée.
Toutefois, Johaben est devenu digne de siéger parmi les élus, non pas évidemment pour l’acte vengeur qu’il a commis mais bien parce qu’il a pris conscience du mal qui était en lui, il est ressorti « juste » de la caverne, en ordre avec lui-même. Johaben est ainsi passé de la vengeance à la justice.
La suite du rituel nous conduit vers une autre forme de justice. Ici tout se déroule au grand jour sous mandat du souverain (représentant la société) mais la justice implacable décidée par Salomon est pratiquée avec une certaine barbarie qui ne peut nous laisser indifférent. De la justice rendue à ce 10ème degré on peut logiquement être choqué mais à y réfléchir ne pouvons- nous pas y voir la sentence, à nous promise, en cas de parjure, au second degré et rappelée au huitième : d’« avoir le cœur arraché, le corps brûlé et mes cendres jetées au vent… ». Il est vrai que nos sens à l’écoute de cette sentence exprimée au figuré n’avaient pas été éveillés comme ils ont pu l’être par une vision de l’action plus concrète.
De toute évidence, ce mythe ressemble fort à une provocation qui peut se vouloir salutaire car elle nous contraint à réfléchir, à dépasser les apparences pour en trouver un sens profond.
En effet, bien qu’il s’agisse d’un ordre de vengeance, c’est à la notion de justice qu’il nous pousse à réfléchir, d’autant qu’on ne peut qu’être interpellé par ce qui peut nous sembler être une parodie de justice sans qu’aucun procès ne soit intervenu, ne serait ce que pour tenter de comprendre les motivations des coupables, aussi sordides fussent-elles.
Mais je dois garder présent à l’esprit que pour avoir acquis certaines qualités au cours de mon travail initiatique j’ai été armé de l’épée de justice, élevé au grade de sublime chevalier élu, Salomon m’a investi d’une charge que je dois assumer avec une inflexible volonté et une ferme détermination. Rejetant l’idée de vengeance et d’actes primaires de châtiment, il me convient désormais de m’investir dans une volonté de justice et de purification, dans une justice qui ne saurait être une justice sociale ou politique mais une justice de conscience plus librement choisie. Je me dois d’agir en fonction d’une réelle capacité à respecter et à faire respecter l’ordre sans haine ni compromission, sans faiblesse de cœur ni sensiblerie, mais simplement parce que c’est juste ! Souvenons nous qu’au second degré le rituel nous enseignait « que nous devons être droits et justes dans nos relations avec nos semblables » ajoutant que « c’est la source de l’Amour qui conduit à la Justice et l’équité ».
Nous sommes nous déjà posé cette question : Suis-je juste ? Evidemment oui, car à la réflexion, la véritable difficulté n’est pas d’être juste mais de voir pourquoi nous ne le sommes pas alors que nous prétendons agir dans le sens d’une certaine justice. Il est vrai que nous jugeons toujours en fonction de nous-même, nous comparons, nous jugeons les autres sans distinguer leurs valeurs humaines ni, bien sûr, les nôtres mais trop souvent en référence à un idéal virtuel derrière lequel nous nous réfugions.
Nous sommes également fréquemment prisonniers de ce que nous sommes et trop souvent nous mimons la sagesse et à y réfléchir je me rends à l’évidence que trop souvent mes propres jugements sont corrompus car je ne peux être juste que lorsque je cesse d’être déterminé par les circonstances de la vie ; or trop fréquemment je juge en fonction de mes finalités politiques, religieuses, familiales et de ce fait, je n’ai plus le même discernement ni la liberté d’être juste mais seulement (le loisir) d’être conforme à une référence.
Aussi pour évoluer, il ne faut pas que je me conforme à un modèle mais à ma conscience, à mon libre-arbitre. Je dois apprendre à me connaître, à me juger par rapport à moi-même avant de juger les autres, et ainsi me construire sur une base solide. Mon perfectionnement nécessite que j’aie le courage de m’interpeller et d’assainir ma propre situation et je dois reconnaître qu’il est certes plus facile d’être franc avec les autres qu’avec soi-même. Pour pouvoir aimer les autres il faut déjà que je m’aime moi-même. Comment Puis-je être juste sans vivre dans mon Etre un bon équilibre ?
« Savoir obéir à la voix de sa conscience, vous garderez alliance entre votre corps, votre raison, votre esprit, vous aurez trouvé le trésor de la sagesse » nous rappelle notre rituel au 5ème degré.
Il ne saurait y avoir non plus une appréhension juste de la justice sans l’amour et le respect de l’autre. Pour Platon « l’homme juste est celui qui est à la fois sage, courageux et tempérant. Etre juste c’est donner à chaque partie de l’Ame respectivement à la raison, au cœur et au désir la part et la place qui lui reviennent ».
Salomon n’a-t-il pas fait preuve de générosité et de tolérance lorsqu’il a pardonné à Johaben à chacune de ses transgressions (secrétaire intime et élu des 9). Ne s’est-il pas montré compréhensif et à l’écoute des suppliques des autres élus, faisant ainsi preuve de sagesse et sûrement d’amour, nous démontrant ainsi qu’un maçon doit être un homme de cœur ? Ne nous dit on pas au second degré que « c’est la source de l’amour de nos semblables qui conduit à la justice et à l’équité » et au 7ème degré « Dieu me garde en Vérité, en Justice et en Equité ».
Certes, il faut reconnaître que cette conception de la justice n’est pas celle qui a cours aujourd’hui dans notre société, l’aura-t-elle simplement un jour. Quoiqu’il en soit pour nous Franc-maçons le critère d’humanité doit être l’objet incessant d’attention, bien que cela soit parfois mal- aisé de croire que la haine peut être vaincue par l’Amour et non compensée par une haine réciproque, alors nous provoquerons en nous une grande avancée sur le sens que nous pouvons donner à notre vie. La clé d’ivoire que nous a remis le trois fois puissant Maître lors de notre réception au grade de Maître Secret doit nous servir à ouvrir notre cœur pour en faire un instrument d’équité et de sagesse.
Naître à la lumière spirituelle impose de briser la chrysalide intellectuelle de nos préjugés dont nous sommes trop souvent prisonniers, ils entravent notre recherche de la vérité et l’accès à une autre dimension d’intériorité et d’affinement de la conscience, qui doivent nous conduire à une sagesse dans notre jugement. L’équerre, symbole de la justice, donne au niveau du raisonnement l’ordonnancement dans les idées afin que l’édifice tienne en place.
Maître secret, nous avons été initiés sous le laurier et l’olivier, le laurier symbolisant la victoire sur nous-mêmes et l’olivier la paix intérieure, celle qui guidera notre conscience à défendre, certes, une justice sociale mais surtout une justice de cœur avec ce sens du Devoir que nous n’avons cessé de travailler pour qu’aujourd’hui sans s’ériger dans le rôle d’un juge nous devons nous attacher à rendre une justice de vie, d’Amour et d’équité et garder toujours à l’esprit cette sentence du rituel qui me permettra de conclure « bien voir, bien comprendre,bien agir ».
J’ai dit.