13° #410012

Le Double Cube

Auteur:

J∴ P∴ C∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué


Le double cube occupe une place importante dans le rituel de l’Arche où il est décrit ainsi :



« Au centre du caveau se dressait un bloc de marbre blanc, un double cube taillé comme l’autel des parfums. »


Remarquons tout d’abord que le double cube se présente comme un équivalent dans l’espace à trois dimensions du double carré, qui caractérise la forme de la Loge. Ce double cube pourrait donc tout aussi bien être appelé un « cube long ». Dans les Loges des « Anciens » de la Grande Loge d’Atholl, comme encore aujourd’hui dans les Loges du Rite d’York, l’autel est en principe un cube parfait sur lequel reposent les trois Grandes Lumières. Il est placé au centre de la Loge ou plus exactement, en un point situé un peu à l’Orient du centre géométrique, là où se trouve régulièrement le double cube dans un Chapitre de l’Arche Royale.


Les Anciens connaissaient aussi une pierre en forme de « cube long », appelée « perpend ashlar », dont la fonction était d’être placée en travers du mur pour relier ensemble les deux parois, les deux « peaux » de pierre de la construction. Cette pierre jouait donc un rôle unificateur de cohésion, de nature à assurer la solidité de la construction.



Ce qui est à noter, c’est qu’une pierre ainsi placée réalise un pont entre les deux cotés du mur ; elle relie plus qu’elle ne sépare les deux parties de l’espace qui se trouvent de chaque coté, et nous savons que le symbolisme du pont est traditionnellement celui du passage, le pont étant ce qui permet de passer au-delà, c’est-à-dire de changer de lieu ou d’état pour celui qui a obtenu la « liberté de passage » et qui a ainsi la possibilité d’atteindre le but et d’achever sa quête. C’est bien pourquoi le titre de faiseur de pont, de « Pontifex Maximus » était attribué à la plus haute dignité de l’Empire romain, comme il l’est encore aujourd’hui au successeur de Pierre.



Revenons à notre double cube, « taillé comme l’autel des parfums » et allons voir, comme le rituel nous y invite, ce qui est dit dans la tradition hébraïque de l’autel des parfums. La description que l’Eternel en donne à Moïse, est rapportée dans le livre de l’Exode, au chapitre 30 :


« Tu feras un autel pour brûler des parfums, tu le feras de bois d’acacia ; sa longueur sera d’une coudée, et sa largeur d’une coudée ; il sera carré, et sa hauteur sera de deux coudées. Tu feras des cornes qui sortiront de l’autel. Tu le couvriras d’or pur, le dessus, les cotés tout autour et les cornes, et tu y feras une bordure d’or tout autour. (…) Aaron y fera brûler du parfum odoriférant ; il en fera brûler chaque matin, lorsqu’il préparera les lampes ; il en fera brûler aussi entre les deux soirs, lorsqu’il arrangera les lampes. C’est ainsi que l’on brûlera à perpétuité du parfum devant l’Eternel parmi vos descendants. »


Le fait que l’autel soit en bois et non en pierre ne doit pas étonner. Comme le Tabernacle et l’Arche d’Alliance, l’autel des parfums devait être adapté à la vie errante du peuple hébreu à cette époque, c’est-à-dire à l’époque de la « Première Loge ou Loge Sainte », alors que le culte de l’Eternel n’était pas encore fixé dans le Temple de Jérusalem.


La présence de cornes fichées dans les angles de l’autel est bien connue en Maçonnerie, notamment outre-atlantique, comme on peut le voir dans la description que donne Mackey dans son encyclopédie :



« La forme d’un autel maçonnique doit être un cube d’environ 3 pieds de haut et autant pour la largeur et la longueur, et ayant en imitation de l’autel hébraïque, 4 cornes, une à chaque angle. »


Un rapprochement s’impose avec la tradition grecque. Il y avait à Délos, à coté de l’autel cubique utilisé pour le culte d’Apollon, un autel appelé Keraton, qui était entièrement formé de cornes de bœufs et de chèvres solidement assemblées et qui était lui aussi rapporté à Apollon, plus précisément à Apollon Karneios, c’est-à-dire à l’Apollon hyperboréen. Et ce qui est étrange, c’est qu’on rapporte que l’oracle d’Apollon, ayant été consulté pour mettre fin à une épidémie de peste qui ravageait le pays, ordonna de doubler le cube de l’autel.



Il pourrait être intéressant de savoir pourquoi, du coté hébraïque comme du coté grec, on attache une telle importance à la forme géométrique de l’autel à travers lequel s’exerce la médiation entre l’homme et l’influence spirituelle qui préside à sa destinée. Il serait d’autant plus utile pour nous de le savoir que tout ce qui nous a été transmis concernant le culte d’Apollon à Délos relève d’un symbolisme polaire, qui semble avoir été très à l’honneur dans l’ancienne Maçonnerie opérative, héritière directe des collèges antiques et de Pythagore, dont le nom d’ailleurs est un nom d’Apollon, puisqu’il signifie celui qui conduit la Pythie, en d’autres termes l’inspirateur de ses oracles. En tout cas il semble clair que la divinité qui demande de doubler un cube ou qui ordonne de construire un double cube, ne peut être qu’un dieu constructeur et même plus précisément un dieu géomètre.



Maçonniquement, le cube est toujours considéré comme un symbole de perfection. Le double cube correspondrait alors à une double perfection, une sorte de « super-perfection » qui pourrait être rapprochée de la « plus-que-perfection » des alchimistes.



On pourrait aussi envisager des développements plus ou moins connexes en rapprochant le cube du carré et donc de l’équerre, symbole du principe substantiel, de la Terre, de la stabilité et figure de la Jérusalem Céleste.



Mais ces approches du symbolisme du double cube seraient insuffisantes si elles devaient se limiter aux considérations géométriques qui lui sont propres, sans prendre en compte la spécificité de son incorporation dans le Suprême degré de la Maçonnerie, où le double cube occupe à l’évidence la position la plus centrale.



Dans tout le développement de son rituel, et jusque dans les moindres détails de son symbolisme, l’Arche Royale tend à dépasser le domaine individuel, dont la perfection a été obtenue, en principe ou virtuellement, par le Maître Maçon admis à pénétrer dans la Chambre du Milieu grâce à la connaissance d’un mot de passe qui atteste de sa « possession du monde ». Ce dépassement des limites individuelles est omniprésent dans la Maçonnerie de l’Arche, où il se manifeste sous les formes les plus variées, allant de l’autorité collégialement exercée par les trois Principaux, à l’exécution de la batterie ou la communication des mots et jusque dans la constitution du Nom Sacré et Mystérieux lui-même.



Mais cette exceptionnelle qualité que nous reconnaissons à notre rituel pourrait donner lieu à une objection : L’autel qui reçoit le rayon du soleil « à son méridien », assure une fonction totalisatrice, qui ne relève pas du symbolisme du double cube, car la synthèse que l’autel est censé réaliser pour donner accès à « l’œil du dôme », doit être régulièrement envisagée en tenant compte de la conception traditionnelle des trois mondes qui constituent le macrocosme, et qui sont en correspondance analogique directe avec la constitution ternaire de l’homme. Il apparaît donc nécessaire de compléter le double cube en lui adjoignant un troisième élément. Dans le rite Domatic, ce troisième élément, symbole du « Spiritus Mundi », est représenté par la plaque d’or, portant le cercle et le triangle, « qui ont toujours été considérés comme des emblèmes de la divinité » et qui contiennent même, de la façon la plus explicite, « le Nom Sacré et Mystérieux de Dieu, l’Etre Eternel, le Très Haut ».



Dans d’autres rituels, le double cube est surmonté d’une sphère lumineuse, au moins pendant une partie de la cérémonie. La correspondance avec les 3 mondes est alors rigoureusement conforme au symbolisme traditionnel, la superposition verticale des 3 mondes représentant l’axe selon lequel s’effectue le passage de l’un à l’autre.



Il y aurait à ce sujet d’intéressants rapprochements à faire avec les 3 briques superposées qui constituent l’autel védique, et qui symbolisent de manière tout à fait explicite les trois mondes et le rayon solaire qui les traverse.



Pourtant, il pourrait encore subsister une difficulté. Si la représentation du monde corporel ou sensible par le cube est habituelle, il n’en est pas tout à fait de même pour le deuxième cube représentant le monde intermédiaire, dont la forme la plus courante, dans le symbolisme architectural est l’octogone, qui assure la transition entre la base cubique de l’édifice et la coupole hémisphérique qui le coiffe.



En fait, il semble bien que la disposition retenue soit ici destinée à marquer aussi nettement que possible, la rupture qui caractérise le passage « from square to arch », en français « de l’équerre au compas » ou encore des petits mystères aux grands mystères, en rapprochant dans un double symbole les deux domaines corporel et psychique qui constituent l’individu comme tel. Vu sous cet angle, le double cube trouve parfaitement sa place dans un Chapitre de l’Arche Royale, surtout disposé verticalement, car il apparaît alors comme une « exaltation » du carré long situé dans le plan horizontal de la Loge bleue. Quant à l’Orient semi-circulaire qui complète le carré long de la Loge bleue, il se retrouve transfiguré dans la forme entière de sa perfection sur la plaque d’or illuminée par le rayon céleste. Mais ici, dans la Sainte Arche Royale de Jérusalem, la Lumière ne vient plus de l’Orient, mais du Zénith, et son parcours, qui relie le pôle céleste au pôle terrestre, rend manifeste le Nom divin lui-même, sur lequel s’arrête le rayon solaire qui permet justement de voir distinctement ce double cube, « que jusqu’alors nous n’avions que si imparfaitement distingué » .


On pourrait encore établir, à un point de vue sensiblement différent, une relation entre, d’un coté les trois Grandes Lumières de la Maçonnerie bleue, et de l’autre, le double cube et la plaque d’or qui l’accompagne. Et le fait que, dans les trois premiers grades, le Volume de la Loi Sacrée, c’est-à-dire la Parole du Grand Architecte, supporte l’équerre et le compas, c’est-à-dire le Ciel et la Terre, alors que dans le Chapitre, le Nom de « Dieu, l’Etre Eternel, le Très Haut » domine les deux composantes du monde du devenir, est une illustration remarquable d’un aspect essentiel de l’exaltation dans ce suprême degré, qui n’est pas sans rappeler cette Parole bien connue : « Le Ciel et la terre passeront mais mes Paroles ne passeront pas »



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