14° #411012

Où en est-on de la Parole au 14ème degré ?

Auteur:

M∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS
ORDO AB CHAO – DEUS MEUMQUE JUS


SOUS LA JURIDICTION DU SUPREME CONSEIL
DES SOUVERAINS GRANDS INSPECTEURS GENERAUX
DU TRENTE TROISIEME ET DERNIER DEGRE
DU RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE POUR LA FRANCE


T.F.P.G.M. et vous tous mes FF. G.E.D.V.S.

Approche symbolique de la Parole

L’explication sémantique du mot « Parole » nous conduit vers son sens symbolique: le mot latin « verbum » veut dire mot, parole, et traduit l’hébreu ‘dabar’ qui signifie ‘parole’, ‘événement’. La notion hébraïque de ‘parole’ est beaucoup plus large et moins abstraite que le concept grec de ‘logos’ ( ‘raison’, ‘sagesse’) et dépasse en signification le mot latin ‘verbum’. La Parole, donc, dont il est question ici est vivante et agissante. Ce n‘est pas un vulgaire mot issu d’un esprit d’homme, c’est le pont spirituel divin comprenant un descripteur de surface, des constantes, des attributs, des méthodes et… un destructeur. La Parole est force créatrice, salvatrice et c’est par elle que Dieu a créé le monde. Aussi, la Parole de Dieu contient le Verbe qui a constitué l’homme. Osons affirmer que Vérité et Parole ne sont qu’une seule et même chose, à la fois vecteur de transmission et chose transmise.

La Parole, depuis le cabinet de réflexion jusqu’au moment où le génie se tait.

On devient Franc-Maçon parce que nous sentons qu’il nous manque quelque chose, que nous ne sommes pas « complets ». Cette « incomplétude » de l’être se fait sentir plus ou moins fortement selon les individus, mais ceux dont la destinée les a conduit vers la Franc-Maçonnerie pressentent rapidement qu’elle est une clé qui va leur permettre la recherche de ce morceau d’eux-mêmes dont ils ressentent confusément l’absence.

La 1ère manifestation de la Parole est rude, extrêmement riche et à peu près incompréhensible pour l’intellect qui la reçoit. Car le cabinet de réflexion porte en lui la quasi intégralité de la recherche maçonnique. Nous pourrions nous attarder sur le soufre, le sel et le mercure qui donnent l’orientation de l’enseignement spirituel, mais nous préférons déchiffrer l’acronyme V.I.T.R.I.O.L. : « Visita Intériora Terrae Rectificando Invenies Occulta Lapidem ». Car cette phrase extra-ordinaire décrit parfaitement le chemin de notre recherche intérieure dont la Parole balisera le parcours.

« Visite l’Intérieur de la terre, » c’est la phase de découverte de notre imperfection et l’apprentissage du travail sur nous-même.

« En rectifiant, » c’est l’émergence progressive du Plan divin en nous et la mise en oeuvre de notre Devoir d’homme qui est de nous y conformer.

« Tu trouveras la pierre cachée » est la réalisation du Temple divin en nous, selon le plan du G.A.D.L.U.

La 2nde manifestation de la Parole est omniprésente sur l’autel des serments, quoique souvent ignorée par nos oreilles : « Au commencement était la Parole et la Parole était près de Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement, près de Dieu. Tout a été fait par Elle, et rien de ce qui a été créé n’a été fait sans Elle. »

Puisque « Tout a été fait par Elle, » nous en concluons que notre corps, notre Temple intérieur, est divin, qu’il est érigé par la Parole divine et que, partant, la recherche de cette Parole est l’unique objet de la Tradition. Dès lors, les différents degrés ne doivent être considérés que comme les ponts successifs à franchir pour atteindre Son Royaume.

Donnez-moi la Parole demande-t-on au 1er degré, à quoi l’Apprenti répond qu’il ne sait ni lire ni écrire et qu’il ne peut qu’épeler. L’apprentissage, ici, concerne la lettre, et pas encore le mot. L’Apprenti découvre un monde nouveau et commence par en situer les contours.

Etonnamment, le rituel demande la Parole au 1er degré, alors que nous n’en sommes qu’au balbutiement du mot sacré, pâle reflet du mot divin. C’est que la Franc-Maçonnerie ne triche pas avec ceux qui lui font confiance et annonce clairement son objectif, même si l’œil de ceux qui regardent n’est pas encore ouvert.

Le Compagnon, à la demande du Mot Sacré, répond qu’il doit être prudent et qu’il ne peut pas le prononcer, mais l’épeler. Il connaît le mot mais son usage lui est difficile. Nous sommes en pleine période de transformation de l’esprit et le Compagnon est invité à s’exprimer avec une certaine autonomie. Le Compagnon est en phase d’assemblage du mot, en pleine découverte de lui-même et du monde et cela aboutit aux deux sphères du 4ème voyage. Car la Parole se manifeste là, entre ces deux mondes terrestre et céleste, à la croisée des plans.

Quant à Hiram, sa mort nous prive tout simplement de l’accès au mot ineffable, tout en nous laissant un pâle succédané, les mots substitués. Hiram me semble représenter la nature réelle de l’Homme qui, par essence, fait partie du Plan divin. Mais les mauvais Compagnons (l’ensemble de nos passions) masquent cette nature originelle. La mort d’Hiram, c’est l’occultation complète de la Parole divine en nous, Parole qui, seule, permettait le tracé du Plan de notre Temple intérieur.

Ce qui nous reste, les mots substitués donc, sont une conception atrophiée de ce que nous sommes. Et ce défaut de perception se révèle dans le processus permanent d’identification au préjugé, à l’opinion, au parti-pris, au faux, à l’idole.

La première et véritable difficulté du chemin de l’initié, c’est de « prendre conscience » de ce processus d’identification auquel notre regard est soumis. Le 4ème degré permet au Maître Secret de résoudre cette épreuve en mettant l’accent sur la nécessité de porter son regard vers l’intérieur. Le Maître Secret vit un premier choc existentiel en découvrant que le monde de l’esprit est libérateur des flux des divers conditionnements. Et ceci grâce à la Parole qui s‘exprime au-travers des quatre voyages : l’Idée est une valeur constante de la Parole, la Vérité est un de ses attributs, la Loi unique et multiple est son Verbe, la Justice est une de ses actions.

Abordons ensuite le Plan du Temple intérieur que doit tracer le Grand Maître Architecte, inspiré par la Parole. « Tout a été fait par Elle, et rien de ce qui a été créé n’a été fait sans Elle. » On est alors placé devant un doute: le Plan est-il vraiment pure création par l’humain? Comme c’est le Verbe qui agit et l’Idée qui inspire, la propre volonté du Grand Maître Architecte est-elle vraiment créatrice ? Il semble que le plan du temple ne soit pas un libre tracé par le Grand Maître Architecte, mais bien plutôt un RE-tracé du plan divin, une émergence à la lumière de l’esprit d’une Idée parfaite qui est, dans ce cas, l’Architecture intérieure de l’Homme. Observons que, à ce grade, la Parole n’est encore ni dévoilée ni perçue et que seul son Verbe transparaît. Seul le Génie parle.

La Parole et la découverte de l’être intérieur.

Le Chevalier de Royal-Arche va vivre, lui, le second choc existentiel du Chemin initiatique. Car arrivé à ce point de sa quête, la Parole va enfin être aperçue par lui.

Tout d’abord, il découvre que la sphère terrestre, la sphère de ses connaissances, celle qu’il a arpentée et travaillée pendant des années sera toujours limitée par sa propre nature et que le dépassement de Jakin et Boaz est donc impossible.

De même que dans le naos du prêtre égyptien, dans le saint des saints du temple hébreu ou à l’extrémité du labyrinthe, il n’y a aucun accès horizontal vers l’Etre. C’est en changeant de plan, en passant à l’intériorité verticale, que le Chevalier de Royal-Arche va se lancer à la découverte de l’Idée.

Mais qu’est-ce que l’Idée ? Certainement pas un produit de la pensée humaine, traversée en permanence par les images fournies par la mémoire, elle-même activée par tous les stimuli des sens. Non, il s’agit ici de l’Idée au sens platonicien du terme. Lorsque notre pensée découvre une nouvelle Vérité, nous constatons que ce n’est pas une création ex- nihilo de notre mental mais plutôt le dévoilement soudain d’un aspect de la Réalité qui pré-existait là depuis toujours mais qui nous était restée cachée par notre absence de lucidité et l’étroitesse de nos conceptions humaines. Il ressort de cela que tout homme est né parfait et a accès en lui à l’ensemble de la Connaissance. Mais que l’aveuglement de son esprit lui cache sa divine nature.

Car l’empreinte de la Parole divine est gravée dans l’intériorité de chaque forme humaine et l’Idée en est une constante.

La Parole, donc, est le pont spirituel divin. Et il comprend :


un descripteur de surface c’est le mot en lui-même, dont on retrouve la présence dans toutes les Traditions,


un constructeurqui fait naître un lien vers la Parole divine dans

chaque forme humaine


ses constantesles Idées


ses attributs    rappelons-nous les 99 attributs de Dieu de la

tradition coranique qui sont autant de projections divines dans le monde humain, la Justice étant le 30ème attribut


ses méthodesle Verbe-action, l’Amour et la Compassion


et son destructeurqui est.. l’ego

Le Chevalier de Royal-Arche ne pourra pas assimiler immédiatement l’intégralité de cette Parole, il n’a pas encore cette capacité. Il va commencer par la découverte des constantes de la Parole, il va descendre au centre de l’Idée.

Pour se situer dans le plan vertical de l’humain, le Chevalier de Royal-Arche va devoir se soumettre entièrement à la volonté divine. L’abandon de nos conceptions humaines est le geste qui nous fait basculer vers les profondeurs de notre être. La lumière douce et intense de la 9ème voûte, centre de l’Idée, ne provient donc pas de l’action humaine, mais est totalement l’œuvre de la Grâce divine.

Et c’est cette Grâce agissante qui permet à l’initié d’approcher enfin le vrai nom de Dieu, mais avec l’interdiction de le prononcer. Plutôt qu’une interdiction, nous verrons d’ailleurs plutôt ici une incapacité à prononcer le Nom puisque celui qui est dans l’état de le contempler n’est plus dans la dimension du Savoir.

Et puis, il y a le vase brisé et le souffle puissant de l’infini qui s’engouffre par l’ouverture de la 11ème porte. Dans la description de la Parole, nous avons remarqué les puissantes énergies qu’elle véhicule au-travers de ses multiples aspects. Le Chevalier de Royal-Arche ne découvre ici qu’un seul de ses aspects, le monde des Idées. Il ne connaît pas encore les 99 attributs divins, il ne s’est pas encore uni au Verbe-action, il n’a encore découvert ni l’Amour, ni l’Action, ni la Compassion, il n’a pas encore compris qu’il n’était Rien et que Lui, le G.A.D.L.U., était Tout. C’est pourquoi l’ouverture soudaine de la 11ème porte balaie furieusement sa conscience et le laisse vide et désemparé. Il n’est pas préparé à s’unir au grand Souffle de la Création divine, dimension ultime que peut atteindre la forme humaine en retrouvant le néant dont elle est issue. Le Chevalier de Royal-Arche a par contre découvert la véritable nature de son intériorité et cela lui permet de constater : « Je suis ce que je suis ».

La Franc-maçonnerie, au-travers des 13ème et 14ème degrés, montre bien la nature du Chemin Initiatique qu’elle propose à ses adeptes et l’éveil spirituel dont il est ici question est le but de toute Tradition tournée vers la Transcendance de l’être, vers le dépassement de la conscience humaine.

Cet éveil est donc instant d’ouverture à notre réalité. Il y a le premier éveil, au 13ème degré qui nous fait traverser le miroir. Mais par la suite, et c’est le but du 14ème degré, il se présente d’autres instants d’ouverture, toujours différents, qui sont cette fois l’exploration de cette réalité. Ces moments se vivent à la mesure de notre facilité à s’abandonner à l’instant. Rien n’est donc acquis car chaque percée de conscience est subordonnée à un travail sur l’être.

Cela se traduit par la Promesse solennelle du 14ème degré : s’engager à pénétrer les mystères dont le G.E.D.V.S. a été entretenu. Pour cela, il devra découvrir les diverses facettes de la Création en étudiant chacune des 10 puissances de son être.

Il découvrira alors en profondeur la nature du monde sorti du néant, organisé entre le concret et l’abstrait, parfaitement structuré entre le fini et l’infini, créé par la Parole et traversé par le Nom.

La contemplation permanente du véritable nom de Dieu lui sera enfin permise. Il découvrira alors l’Amour qui est le parfum de Son Mouvement, la Beauté qui est le parfum de Son Regard et l’Action qui est le Verbe de Sa Parole.

Conclusion

Cette planche a été volontairement limitée à quatre pages. Et j’ai bien conscience que de nombreux aspects de la Parole (la Transgression, le Néant, la Conscience et l’Etre, par exemple) n’ont pu être développés. Je n’ai donc retenu que les aspects les plus utiles dans cette descente vers les profondeurs de l’Etre.

Arrivé au 14ème degré, grâce à la recherche de la Parole au long du processus maçonnique, le F.°.M.°. aura donc vécu quatre grands moments, quatre modifications de ses états de conscience ainsi que deux chocs existentiels :

En tant que Maître Secret, l’influence de la Parole divine aura démarré en lui le processus intérieur grâce à un ébranlement de la conscience. Ce premier choc existentiel l’amènera à développer un état d’attention, d’écoute, de persévérance et de lucidité. Sa conscience d’être aura commencé son processus d’élaboration.

En tant que Grand Maître Architecte, l’influence de la Parole l’engagera dans une exploration active de lui-même. Il tentera alors de comprendre et de répondre aux grandes questions de l’existence et de résoudre le mystère de sa propre vie en faisant émerger à la lumière de sa conscience le Plan divin qu’il porte en lui.

En tant que Chevalier de Royal-Arche, la Parole lui sera présentée, lui permettant de contempler le Nom ineffable et d’en faire l’expérience intérieure. Mieux encore, l’approche de la Parole provoquera un second choc existentiel en lui faisant vivre le mystère de l’Unité.

En tant que G.E.D.V.S., la quête de sa propre complétude reste inachevée. Il a commencé a rassembler en lui, en un tout harmonieux et dense, ce qui était épars, mais il lui reste de nombreuses étapes avant de vivre définitivement la Parole en lui, avant de pouvoir prononcer le Nom. Et son espérance d’accéder à la Connaissance est à l’image de la sincère alliance qu’il a contractée avec la F.°.M.°. au 4ème degré

J’ai dit, T.F.P.G.M. 

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