14°
#411012
Les cercles et les portes
M∴ L∴
Trois Fois
Puissant et vous tous mes F
Grand Elus de la Voûte Sacrée, Parfaits & Sublimes Maçons
Grand Elus de la Voûte Sacrée, Parfaits & Sublimes Maçons
Lorsque j’ai souhaité présenter une planche au 14ème et alors que je cherchais un thème de travail, un frère bien intentionné m’a suggéré de réfléchir sur les cercles, les portes et plus particulièrement la 11èmedont les mystères sont découverts à partir de la légende des Trois Mages de notre Rituel de passage au 13ème Degré. Je me suis donc lancé et pour cela, nous allons faire un voyage « aller retour » dans la symbolique du grade.
Mais rappelons brièvement la Légende.
Alors qu’ils exploraient les ruines de l’ancien Temple, les trois Mages furent attirés par un objet brillant au fond d’une excavation. Ils décidèrent de s’en emparer.
Le mage initié descend le premier dans le puits aperçoit dix zones annulaires autrement dit 10 cercles. Et lorsque tous trois descendent ils vont franchir successivement 10 portes puis en ouvrir une onzième. Ces deux mots, cercles et portes successifs, disposés ensembles expriment une notion de paliers les uns à la suite des autres et de franchissements qui me semble correspondre à notre démarche initiatique.
Cette recherche dans le sens descendant au travers de voûtes est permise grâce à la mise bout à bout des trois ceintures des mages symbolisant ainsi les trois étapes du développement de la personnalité de l’être humain .
–Les trois cerveaux, le reptilien (respiration gestes réflexes), le limbique (réflexes sociaux et affectifs) et le cortical (élaboration des concepts)
–ou bien les trois états de l’âme, appétitive (le ventre), l’âme affective (le cœur), et l’âme intellectuelle (le cerveau).
Lors de la cérémonie du 13ème l’impétrant circule au travers de l’arbre des séphitoths ou arbre de vie, celui-ci se décompose aussi en 3 niveaux de ternaires
– monde de l’Emanation
– monde de la formation
– monde de la création
L’absence du Maître est ici sensible. Dans ce rituel des 3 mages, seul un a acquis la connaissance et sert de guide.
La recherche de l’étincelle de divin qui brille en chacun de nous n’est plus une recherche extravertie où l’expérience de l’autre peut être calquée. Chacun avec « ce pourquoi il a été créé » avec ses aptitudes propres, entreprend SA descente, seul avec lui-même grâce à l’arbre des séphitoths
Tout d’abord les trois voyageurs se retrouvent devant la première porte dont ils n’ont pas la clé mais leur « guide», ou leur « maître» comme il est nommé, possède, lui, la faculté de passer cette porte grâce à un mot qui correspond au nom d’une séphiroth. Les noms des autres séphitoths serviront de « sésame » pour les portes suivantes.
– La première porte ouvre sur un royaume appelé Melkuth, elle est en bronze avec une couronne royale entourée d’un cercle composé de 22 points. Le rapport entre royaume et couronne est évident, car qui dit royaume dit roi et la couronne est son emblème. Le cercle donne une autre indication puisqu’il symbolise le spirituel.
Quant aux 22 points il est dit qu’ils représentent les 22 lettres de l’alphabet hébraïque qui expriment l’univers et la manifestation de l’être dans sa diversité, dans l’espace et dans le temps. Rappelons qu’en rapport des 22 lettres hébraïques, l’Ancien Testament compte 22 livres et l’Apocalypse 22 chapitres et le Tarot 22 arcanes majeurs.
Après avoir emprunté un escalier de 3, 5, 7 et 9 marches qui nous rappellent les trois degrés des Ateliers bleus, nous trouvons ensuite neuf autres portes. Sur chacune il y a un cercle de 22 points qui entoure une représentation symbolique, toujours en relation avec la séphira, qui nous permet de l’ouvrir.
– La deuxième porte pour laquelle le mot de passe est Yésod est ornée d’une pierre d’angle qui là aussi concrétise le sens: le fondement du monde. C’est la stabilité nécessaire à toute construction.
– la troisième a pour mot de passe Hod (le gloire) et pour ornement un soleil rayonnant symbolique de la vie sous les aspects de la chaleur, de la lumière, de l’éclat et de la puissance.
– la quatrième dont le mot de passe est Nitsah (la victoire) porte une tête de lion emblème de la puissance souveraine et de la force noble.
– le cinquième s’ouvre au nom de Tiphereth (la beauté) et s’orne d’une lune resplendissante (beauté intérieure et extérieure)
– la sixième pour laquelle le maître prononce le mot Geburah (le courage) porte une règle, symbole de la rectitude, instrument par excellence de la construction donc manifestation universelle.
– la septième s’ouvre au nom de Hesed (le miséricorde) et s’orne d’une courbe molle et gracieuse (la compassion opposée à la rigueur de la règle).
– la huitième a pour mot de passe Binah (l’intelligence ) et pour ornement un œil (discernement et analyse).
– la neuvième s’ouvre au nom Crochai (sagesse) et s’orne d’un rouleau de la loi (règles établies par les plus sages).
– la dixième est reliée à Kether (le couronne) et s’orne d’une couronne comme la première porte. La couronne est une forme qui entoure le lieu et le temps et qui signifie pour les kabbalistes « ici et maintenant », c’est-à-dire la capacité d’assumer avec sérénité.
– quant à la onzième, elle est ornée d’un vase brisé. Pour les Kabbalistes, la deuxième étape du processus de la création se nomme Chevira Kelim, c’est-à-dire « brisure de vase ».
Dans les textes du Tsimtsoum de Dieu ou Tsimtsoum du Monde, la Lumière qui vient de En Soph était contenue dans des vases qui ne résistèrent pas à se force. Des étincelles de sainteté sont alors tombées dans le monde, mais sont impossible à atteindre. Le travail de l’Homme reste alors de briser leur protection et de les libérer.
Cette porte s’est ouverte maïs de façon catastrophique au nom de En Soph prononcé au hasard, l’Infini ,le Tout Infini, qui n’est pas une séphiroth. La porte s’ouvrit avec fracas et un vent violent renversa les imprudents.
Et c’est à ce moment-là que nous avons refait, (comme les mages), à toute vitesse et en sens inverse le chemin parcouru jusqu’à l’extérieur.
Alors que retirer de cette légende vécue par chacun d’entre nous et que comprendre ?
Les mots de passe sont les noms des séphiroth qui sont, selon la tradition hébraïque, des émanations de Dieu et constituent un chemin entre lui et les hommes – du moins jusqu’à un certain point – et les portes qu’elles ouvrent nous permettent de passer de palier en palier dons ce qui est une descente mais qui, selon la phrase célèbre « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas »,pourrait bien être aussi une ascension.
Les dix cercles vont en diminuant et forment une sorte de spirale. Et la particularité de la spirale est de finir en un point. Nous connaissons l’importance du point central dans un cercle puisque c’est de lui que naît cette figure géométrique.
En ce point, nous pouvions dire : « je suis, ce que je suis, j’ai été au centre de l’endroit le plus sacré du monde ». J’ai été, le temps de conjugaison utilisé indique qu’il y aura nécessairement un retour. Presque toujours la progression initiatique maçonnique est faite de cycles qui nous font « passer par le centre de l’idée », mais nous le verrons les Mages vont ressortir du puits et repartir au pas lents de leurs chameaux guidés par les trois étoiles d’Orion.
Lorsque j’ai accompli le voyage « aller » je suis descendue en parcourant des cercles de plus en plus petits, reliés entre eux jusqu’à un centre. Et ces cercles je les ai parcourus lentement en suivant un maître qui m’a révélé comment passer de l’un à l’autre en ouvrant chaque fois une porte devant laquelle nous marquions un arrêt jusqu’à la onzième porte où nous aurions dû nous arrêter comme lui.
La première porte s’est ouverte et le chemin pour atteindre la deuxième était long et accidenté ce qui est normal car nous étions là avec toutes les imperfections sur lesquelles nous devions travailler,
Au fur et à mesure que nous avançons, de palier en palier, de porte en porte, nous constatons que chaque étape comporte un travail qui consiste d réfléchir sur les séphitoths, à essayer de pénétrer leur signification profonde sans oublier qu’elles constituent une structure : elles sont reliées les unes aux autres et cette interdépendance, (les supérieures contiennent les inférieures puisque l’énergie passe de l’une à l’autre) nous oblige également à avoir un regard d’ensemble. Plus nous descendons et plus leur côté abstrait et immatériel augmente.
Nous avons besoin de cette vue d’ensemble pour comprendre comment nous sommes structurés ou comment nous structurer nous-mêmes et elles ont été laissées à notre portée pour être utilisées, pour peu que nous fassions un effort pour les retrouver.
En suivant ces cercles nous allons du plus matériel au plus spirituel à notre rythme, le rythme humain. Les portes avec leur mot de passe et leurs ornements nous obligent à faire le point, à prouver qu’un travail a été accompli avant de pouvoir les franchir et continuer au-delà. Et la descente ne se fait pas rapidement même si la circonférence à parcourir diminue.
A la dixième porte nous avons parcouru les cercles et franchi les autres portes qui nous ont conduits dans la 9° voûte où nous devenons maçons couronnés en récompense de nos efforts et c’est juste puisque nous avons atteint Kether, la couronne. A ce moment-là nous découvrons quelques réponses à des questions que nous nous posons depuis longtemps.
Tout d’abord nous retrouvons la parole perdue – c’est le nom ineffable et cela nous permet de clore une étape de notre recherche. Mais ce nom, nous ne pouvons le prononcer mais seulement l’épeler (comme l’apprenti) alors est-ce bien une fin ou bien y aura-t-il une autre étape?
Puis on nous dit que nous sommes au centre de l’Idée: cette idée paraît symboliser l’Unité d’où est issue la Création : nous sommes peut-être arrivés au centre de nous-mêmes, jusqu’à cette petite étincelle qui est notre part de divin et que nous cherchions, ou plus profond de nous-mêmes et dans le secret.
Avons-nous alors un début de réponse aux sempiternelles questions que nous nous posons d’où venons-nous ? Qui sommes-nous ?
II est manifeste que nous avons fini un cycle : neuf portes ont été franchies jusqu’à le neuvième voûte dans laquelle nous trouvons ces éléments de réponses et nous avons par cette descente relié la première et la dixième porte qui sont ornées du même symbole : la couronne. La boucle est bouclée. Du Royaume, réceptacle de tout ce qu’a émané la Couronne nous sommes arrivées jusqu’à elle. Sans couronne pas de royaume et sans royaume pas de couronne. Couronne et royaume ne font qu’un et nous l’avons compris en arrivant au centre. Et la 10° porte (1 + 0 = 1) indique un nouveau départ. Désormais un autre cycle peut commencer.
Mais cette dernière et 11° porte, ouverte un instant avec précipitation, curiosité ou surcroît d’assurance et qui a failli nous anéantir, que représente-t-elle?
L’ouverture de cette porte n’a été possible qu’avec la transgression commise ou grâce à elle. II peut paraître paradoxal, d’aborder ce qui représente une entorse à un ordre établi. Pour autant si l’on souhaite un jour progresser et dépasser ses limites il faut un jour pouvoir transgresser un interdit. On peut retrouver cette conception dans le monde profane avec des actes de désobéissance civile tel l’objection de conscience par exemple qui sont dictés par sa propre moralité et sa propre philosophie de la vie. II en est de même en F :.M :. , ou le Maître Maçon « homme libre et de bonnes mœurs» peut être amené à être en conflit par rapport à une situation qui paraît ne pas correspondre à se propre éthique.
Nous avons eu alors le privilège de comprendre ou du moins, d’entrevoir le processus de la Création. Nous avons refait le chemin de l’éclair primordial qui partant de l’Infini (En Soph) et en se plaçant en Kether, a parcouru toutes les séphitoths dans un ordre établi et cohérent, pour se concrétiser en Melkuth qui est, pour nous, la manifestation la plus connue de cette énergie primordiale, le macrocosme dans lequel nous nous trouvons.
Pourquoi ne nous a-t-il pas été possible de franchir cette 11° porte ?
A ce stade de mon travail, je voudrais faire un parallèle avec la Divine Comédie de DANTE.
Cette descente par l’arbre séphitothique m’a fait penser au Purgatoire, deuxième partie de l’œuvre de Dante, dans lequel il gravit une montagne en parcourant sept corniches qui courent sur ses flancs et qui rétrécissent en allant vers le sommet. Le chemin lui semble de plus en plus facile car son corps, grâce à la disparition des péchés au fur et à mesure qu’il monte, perd de son poids traduisant ainsi l’importance grandissante que prend se part de spirituel.
Au sommet il arrive dans l’Éden dont l’homme a été chassé pour s’être éloigné de Dieu, son Créateur et avoir oublié son origine divine.
Jusqu’à cet instant Dante n’a eu qu’un seul guide, Virgile, qu’il appelle très souvent a mon maître » et qui l’a tiré de plus d’un mauvais pas grâce à se sagesse et à sa connaissance. Maïs lorsque à ses yeux apparaît Béatrice sur un char, Dante s’aperçoit avec stupeur que Virgile o disparu. Or Virgile dans cette œuvre symbolise, entre autre, la raison humaine. II est donc clair que Dente est arrivé à un palier, à un stade où la raison humaine rencontre une limite et doit s’arrêter car aller au delà lui est impossible.
Je me suis donc demandé si le chemin que j’avais parcouru n’était pas un peu semblable. En descendant le long de l’arbre séphirotique nous avons accompli un chemin à rebours, une espèce de régression, en nous-mêmes et dans le Temps, jusqu’à un état adamique, un état originel. Nous retrouvons une conscience de plus en plus claire de notre moi, nous nous le réapproprions : maïs d’une part notre raison, humaine évidemment et donc limitée, ne nous permet pas d’aller au-delà et d’autre part notre corps fait lui aussi barrage sans oublier le danger encouru.
Cet infini ne serait-il pas l’Orient Éternel ?
Le but ultime de notre cheminement, le lieu où nous retournerons et où nous rejoindrons finalement l’énergie primordiale, la materia prima dont nous sommes issus et dont nous portons en nous une infime partie ?
Dante, lui, avec son nouveau guide (Béatrice) continue son voyage ascensionnel qui le conduit de ciel en ciel vers la lumière même si pour arriver jusqu’au premier mobile et à la contemplation de la rose mystique, un troisième guide (Saint Bernard) lui est nécessaire.
Pour notre part, la transgression n’a pas suffit, l’ouverture de la 11ème porte nous a fait reculer et nous a obligé à un retour arrière.
Les Mages dans la légende ont repris leur chemin, c’est-à-dire leur recherche car contrairement à barre la station finale symbolisée par le Paradis dans la Divine Comédie n’est pas pour nous encore pour aujourd’hui, cette 11ème porte nous montre alors clairement que la recherche n’est pas terminée et que le voyage initiatique se poursuit.
Revenons quelques instants à la symbolique de la Kabbale, fil rouge de ce grade,
Les vases brisés attachés à cette porte, outre leur signification première dans les textes du Tsimtsoum, ne représentent-ils pas le risque de déflagration encouru par tout individu présomptueux qui voudrait franchir la limite de l’Inconnaissable?
Cette frontière qui définit la limite de la connaissance humaine, face à l’infini de la connaissance principielle nous ramène face à notre propre réalité de « cherchant », dont le chemin initiatique reste encore très long et probablement jonché d’embûches. Tous les aspects de la condition humaine constituent un danger, à l’image des trois mauvais compagnons du troisième degré, prêts à tout pour assouvir les travers de la réalité de la condition humaine, C’est-à-dire toutes les imperfections que le ciseau et le maillet mettront encore longtemps à tenter de supprimer.
Cette légende nous montre qu’il faut parcourir et re-parcourir, chaque fois avec une conscience plus élargie, ce chemin qui nous mène de la circonférence au centre et du centre à la circonférence grâce notamment à l’arbre séphirotique axe du monde, intermédiaire entre l’Invisible et le Visible, l’Infini et le fini, le Divin et l’humain, l’Un et le multiple’ c’est donc une nécessité pour chaque Maçon.
Je terminerai ce travail par ce poème d’Edmond Rostand (le Cantique de l’Aile)
Ils
perdirent L’Etoile un soir, Pourquoi perd-on
L’Étoile? Pour l’avoir trop regardée.
Les deux rois blancs étant des savants de Chaldée
Tracèrent sur le sol des cercles au bâton.
Ils firent des calculs, grattèrent leur menton,
Mais l’Etoile avait fui comme fuit une idée,
Et ces hommes dont l’âme avait soif d’être guidée
Pleurèrent en dressant les tentes de coton.
Mais le pauvre roi noir, méprisé par les deux autres
Se dit «pensons aux soifs qui ne sont pas les nôtres
Il faut donner quand même à boire aux animaux…»
Et tandis qu’il tenait son seau par son anse
Dans l’humble rond du ciel du buvaient les chameaux
Il vit l’Etoile d’Or qui dansait en silence.
L’Étoile? Pour l’avoir trop regardée.
Les deux rois blancs étant des savants de Chaldée
Tracèrent sur le sol des cercles au bâton.
Ils firent des calculs, grattèrent leur menton,
Mais l’Etoile avait fui comme fuit une idée,
Et ces hommes dont l’âme avait soif d’être guidée
Pleurèrent en dressant les tentes de coton.
Mais le pauvre roi noir, méprisé par les deux autres
Se dit «pensons aux soifs qui ne sont pas les nôtres
Il faut donner quand même à boire aux animaux…»
Et tandis qu’il tenait son seau par son anse
Dans l’humble rond du ciel du buvaient les chameaux
Il vit l’Etoile d’Or qui dansait en silence.