Pourquoi l’admiration est-elle tempérée par la discrétion au 3ème signe du 14ème degré ?
M∴ R∴
Rite Ecossais Ancien et Accepte
Suprême Conseil de France
Liberté –Egalité – Fraternité

Introduction
Le rituel du 14ème degré nous permet de nous enrichir sur les deux plans spirituel et initiatique et contribue efficacement à notre progression sur le chemin de la Connaissance.
Aux 13ème et 14ème degrés, le mot du Maître est retrouvé dans la plus profonde des neuf voûtes du Temple d’Enoch. Ainsi, ceux deux degrés marquent la fin de la légende salomonienne.
Ces deux grades complémentaires et indépendants en même temps développent des aspects de la légende d’Hiram et annoncent l’accomplissement de l’Ancienne Loi par la découverte du Mot Sacré, celui que maître Hiram avait emporté, faisant connaître le Dieu de l’Ancien Testament. Au 13ème, le nom Ineffable est retrouvé. Le 14ème degré marque l’ultime degré de l’ancienne maçonnerie liée à la construction du temple du Roi Salomon.
Au cours de cette réflexion, je m’efforcerai de répondre à la question posée.
Le treizième degré développe le thème de la découverte d’un écrit sacré sur une plaque laissée au fond d’un souterrain oublié, la découverte de la pierre cubique et la lumière du Saint des Saints. Ainsi, sous la neuvième arche, le soleil pénètre au travers des trappes successives et diffuse ses rayons sur une pierre triangulaire où étaient écrits les mots sacrés du Royale Arche. Guibulum fut pénétré d’abord d’admiration et fait le geste que Salamon avait fait avec les mains lorsqu’il leur a dit Allez et Dieu vous le donnera un jour.
L’on peut observer que la couleur dominante de la loge au 14ème est le rouge, couleur vive : « Le temple est tendu de rouge, avec de nombreuses colonnes de couleur feu », 24 étoiles rouges symbolisant les degrés de la maçonnerie symbolique ; la table est drapée de rouge ; une coupe de vin rouge pour la libation.
En Egypte, le rouge symbolisait l’amour divin. C’est la couleur du sang frais et du feu qui, selon les anciennes croyances a créé le monde et le détruira. Il symbolise la vie, la chaleur et la génération, mais aussi la destruction. Le rouge vif, ou clair est la force vitale, la richesse et l’amour. Mais, sous son aspect infernal, le rouge correspond à l’égoïsme, à la haine et à l’amour infernal.
Dans les textes sacrés des Chrétiens, des Egyptiens, des Hébreux et des Arabes, cette couleur a toujours été associée au feu et à l’amour divin, et a symbolisé la divinité et le culte. La force symbolique du rouge est confirmée :
Adam et Eve croquent
la pomme…rouge,
Le linceul blanc de jésus est maculé
de…rouge,
Satan est lui aussi vêtu de rouge,
La femme accouche dans la douleur et dans le sang…rouge
(d’où la couleur traditionnelle de la robe de
mariée jusqu’à la fin du XVIIe siècle.
L’Admiration, 1er signe du 13ème degré :
Au 13ème degré, la descente vers la neuvième arche, au plus profond se fait d’une façon graduelle, marquant symboliquement cette descente au fond de soi, entamée au 1er degré symbolique, dans le cabinet de réflexion. Il convient de rappeler, qu’arrivé sous la neuvième arche, Guibulum voit son flambeau s’éteindre, mais les rayons du soleil pénétrèrent jusqu’à lui et, le rituel dit, « illuminent directement et brillamment une plaque d’or de forme triangulaire richement ornée de pierres précieuses ».
Le rituel du 13ème rajoute : « l’éclat lumineux fut tel que Guibulum en fut presque aveuglé et qu’il fit le signe d’admiration, ce même signe que Salomon et Hiram de Tyr avaient fait devant lui quand, avec ses deux compagnons, il s’était présenté et avait émis le vœu d’être admis dans la Crypte Secrète et dans le Sublime Degré ». Remonté par Johaben et Stolkin, Guibulum décrit les choses stupéfiantes qu’il avait vues sous la Neuvième Arche.
Le geste d’admiration fait avec les mains est comme celui d’un prêtre qui dit Dominus Vobis Cum (Que le Seigneur soit avec vous), il laissa tomber le flambeau à ses pieds. Ce signe signifie que Guibulum est en train de vivre quelque chose d’extraordinaire et d’exceptionnelle : ressentir la Shekina (lumière divine créée), cette présence de Dieu qui reste invisible par les yeux.
Lors de l’initiation à ce grade, nous sommes mis dans une posture de prosternation, genou droit en terre, la main gauche derrière le dos et la main droite devant les yeux en raison des rayons trop forts du soleil. C’est, pour nous, une lumière irréelle sans source visible, qui éclaire cette pierre surmontée d’une pyramide avec en son sommet une pierre d’agate triangulaire resplendissante sur laquelle est gravé les lettres « YHVH ».
Du point de vue symbolique, cet épisode indique que pour tout maçon qui désire progresser dans la voie de la connaissance, doit traverser des réelles épreuves pour trouver la voie du milieu. Toute progression suppose une régression. Par la descente dans le puits de la connaissance qui mène à la voie de la vraie lumière, nous passons d’un cheminement horizontal à une descente verticale dans le puits. C’est l’axe de l’œuvre qui demande de passer inlassablement de la perpendiculaire du niveau, et ce quelque soit l’étape initiatique franchie.
Comment parvenir à cette grande Lumière qui provoque l’admiration ? Cette lumière n’est que la Vérité qui éclaire le lieu obscur au fond de nous-mêmes. Cette approche de la lumière infinie Ein-Sof (le Principe, l’Ineffable) passe par l’anéantissement complet de l’être. Cette aura de lumière, objet de l’admiration, provient d’un rayon qui pénètre de la périphérie vers le centre. La puissance d’Ein Sof est telle qu’il a eue pour effet immédiat d’ouvrir la onzième porte avec une telle violence que les grands lampadaires sont immédiatement éteints. Ainsi, après avoir goûté à la sérénité de la Lumière ineffable un court moment, après avoir approché la vérité, enrichis, nous repartons tels les rois mages vers le monde des apparences pour accomplir le devoir de transmission. En poussant la onzième porte, en passant outre l’interdit, je voudrais juste rappeler le thème de la transgression, qui n’est pas le sujet de cette réflexion, mais qui pose néanmoins une question : comment approcher de l’infini alors que nous sommes enfermés dans des limites définies ? Le respect de ses propres limites est une condition pour accéder à la plénitude, mais comment savoir qu’on est arrivé au maximum de ses possibilités, si l’on n’essaie pas d’aller plus loin. Ainsi, depuis son accession à la maîtrise, le maître maçon est confronté au pouvoir de la transgression (trois mauvais compagnons transgressant l’interdiction d’Hiram, celle de Johaben au grade de Secrétaire intime et du Maître Elu des Neufs. Je m’arrête là en précisant qu’il ne s’agit en aucun cas d’une transgression contre l’esprit car elle peut amener à contrevenir au chemin initiatique et à s’en détourner, mais elle doit être motivée par une volonté pure et désintéressée d’aller plus loin dans notre quête.
L’admiration 14ème :
La loge au 14ème degré se tient symboliquement près du buisson ardent où Dieu révéla à Moïse le nom de l’Ineffable. Elle représente une crypte souterraine voûtée. La légende rappelle que Galaad choisit d’être enseveli sous les ruines du temple plutôt que de révéler par sa fuite l’existence du précieux trésor. Les GEPSM retrouvèrent le triangle d’or scellé sur la pierre d’agate et s’écrièrent le grand mot de passe « Maha Imaha Rabach » « dans elle est ce qui est dans la caverne ». Ils se mirent immédiatement à marteler le Nom Sacré pour le rendre illisible, ils placèrent la plaque d’or dans l’Arche d’Alliance qui contenait aussi les Tables de la Loi et brisèrent la pierre d’agate (ils ne pouvaient pas l’emporter). Ensuite, ils creusèrent un puits de vingt-sept pieds de profondeur et y enfouirent l’Arche et sa contenance. Puis ils enlevèrent à Galaad ses ornements de chef des Lévites… « Discrétion oblige ! ».
Les GEPSM ont décidé de ne faire confiance qu’à leur propre mémoire pour transmettre à la postérité le Nom Ineffable, en gardant dans leur cœur ce précieux trésor puis ils se dispersèrent parmi les nations de la terre afin d’enseigner la vérité de l’Art Royal. Leur amour de la vertu fit l’admiration des peuples et décida bien des hommes à entrer dans la société de ces bons maçons, à être admis à l’initiation à leurs mystères.
Le Grand Elu parfait et sublime maçon contracte lors de sa réception à ce grade une double alliance avec la vertu et les hommes vertueux. Par conséquent, l’axe de son action au quotidien devient la pratique de la vertu.
Les GEPSM emportent avec eux en quittant la Voûte Sacrée un ardent désir de pratiquer la vertu, ils voyagent par toute la terre pour faire connaître la Vérité et enseigner la pure morale de la franc-maçonnerie. C’est la fin du temple de Salomon situé à Jérusalem mais c’est surtout le début de la construction, pour chacun des GEPSM, d’un autre temple, à travers la terre, celui de soi-même, celui de la Vérité, avec l’espoir de voir, un jour, ce temple achevé par les francs-maçons de toute la terre.
Les signes du grade :
Le 14ème degré possède trois signes qui, avec les mots couverts et les mots de passe résumant le chemin initiatique parcouru par le maître maçon.
Le signe du serment : il se fait en portant la main droite au côté gauche de l’abdomen, puis en la retirant horizontalement vers le côté droit et la laisser retomber le long du corps ; c’est un rappel du serment contracté par le Maître maçon au 3ème degré symbolique.
Le signe du feu : porter la main gauche ouverte sur la joue droite, la paume en dehors et soutenir le coude gauche avec la main droite. Cela rappelle le geste fait par Moïse en présence du Buisson Ardent, pour se protéger les yeux d’une lumière trop intense.
Le troisième signe est appelé le signe d’admiration et de discrétion. Il consiste en levant les deux mains vers le ciel puis les laisser retomber et porter l’index et le médius de la main droite sur les lèvres.
Le signe d’admiration et de discrétion :
Ce signe est composé de deux parties : la première partie est le signe d’admiration, premier signe du 13ème degré. C’est le début de la fin. C’est lorsque Guibulum pénètre sous la neuvième arche, comme je l’ai indiqué un peu plus haut, des morceaux de pierre et de mortier tombèrent soudain de la voûte. Son flambeau s’éteignit. Les rayons du soleil pénétrèrent jusqu’à lui et illuminèrent directement et brillamment une plaque d’or triangulaire ornée de pierres précieuses. L’instruction du 13ème au 14ème degré indique : « l’éclat lumineux fut tel que Guibulum en fut presque aveuglé et qu’il fit le signe d’admiration ».
A ce citre, on peut se poser la question suivante : est-ce vraiment les rayons du soleil ou plutôt cette présence qui éclaire le monde dont je parlais ci-dessus.
C’est l’admiration du GEPSM qui reçoit la lumière de la Connaissance et de la Vérité et qui en témoigne par le signe d’admiration, en étendant les mains et en regardant le firmament.
Je me permets de faire ici un parallèle avec la légende de trois mages. Lorsque les Mages entrent dans la neuvième voûte, elle n’était point plongée dans l’obscurité, mais au contraire, elle était brillamment éclairée. Dans le milieu, étaient placées trois lampadaires ayant trois branches, sur chacune d’elles il y avait trois lampes. Ces lampes, nous dit la légende, « brûlaient depuis des siècles, malgré la destruction du Royaume du Juda ».
La deuxième partie du signe consiste à porter les deux doigts sur les lèvres. Cela rappelle le signe du Maître secret, premier signe du cycle de perfection qu’il clôt également. Il nous rappelle qu’on ne peut transmettre qu’à celui qui a la qualité pour recevoir. Après la mort de Galaad, les GEPSM ont gardé dans leur cœur le précieux trésor. De même, les GEPSM, en décidant de ne plus faire confiance qu’à leur propre mémoire pour transmettre dans les formes traditionnelles le Nom Ineffable, épeler lettre par lettre le plus saint des Noms, sans jamais former une syllabe. Agir avec discrétion est un devoir du franc-maçon, à l’instar des GEPSM, à l’instar du respectable maître Hiram.
Cette discrétion ou précaution est rappelée également dans le deuxième attouchement : se prendre la main droite par la griffe du maître. L’un dit : allez-vous plus loin ? Puis chacun avance sa main droite sur l’avant bras et prend le coude de l’autre. En même temps, chacun pose sa main gauche sur l’épaule droite de l’autre puis on se balance trois fois d’avant en arrière. Cet attouchement montre la précaution que l’on doit prendre lorsqu’il s’agit de reconnaître un frère comme grand élu parfait et sublime maçon. Cette précaution (discrétion) rejoint ce que j’avais évoqué lorsque les GEPSM avaient décidé de garder dans leur cœur le précieux trésor et de le transmettre avec discrétion.
De même, la discrétion est symbolisée par l’endroit même où se trouve la Voûte sacrée :
Où se trouve
la Voûte Sacrée ?
Dans un lieu souterrain, situé
symboliquement à proximité du Buisson Ardent
où Dieu révéla à
Moïse son Nom Ineffable.
Quelque soit le degré auquel nous avons été admis et auquel nous aspirons, nous avons le devoir de discrétion. Nous prêtons, à chaque fois, serment, de ne révéler aucun des secrets qui nous ont été confiés.
Dès notre accession aux grades de perfection, le grade du maître secret est placé sous le signe du silence. Lors de la cérémonie de réception, le trois fois puissant maître appose sur nos lèvres le sceau du secret.
A la menace du signe pénal de l’apprenti, le maître secret substitue un pouvoir d’action autonome. Le silence n’est plus imposé impérativement de l’extérieur, ni vers l’extérieur. Il y a une démarche volontaire de la part du maçon, du 4ème au 14ème degré, en mettant les deux doigts sur les lèvres et non en couvrant celle-ci, en signe de discrétion et non pas en signe de silence absolu auquel nous sommes tenu au 4ème degré. Le GEPSM prouve sa maîtrise du verbe par une discrétion significative. Le silence de l’apprenti est remplacé par la discrétion du GEPSM qui se l’impose à lui-même. Le GEPSM assume pleinement conscient de ce qu’on lui a appris et de ce qu’il lui reste à apprendre. A ce titre, la discrétion s’impose comme une discipline intérieure pratique.
Conclusion :
La légende du 14ème degré, s’inscrivant dans la continuité de la légende du 13ème se distingue par la tristesse en raison du malheur qui est arrivé aux GEPSM, à la suite du délaissement du Roi Salomon. La guerre, l’invasion, la destruction du temple, la mort de Galaad, chef des Lévites, la dispersion parmi les nations de la terre, autant d’éléments dans ce grade qui laissent à penser que ce grade est dominé par la tristesse et le malheur, similitude avec le 3ème degré symbolique où un malheur a frappé la franc-maçonnerie par la mort de notre respectable maître Hiram.
Admiration et Discrétion ; c’est l’admiration des GEPSM devant cette lumière qui éclaire leur conscience et les conduit à œuvrer pour que tous les frères soient éclairés par la lumière de la Connaissance, du Beau et du Vrai.
A l’instar de Guibulum, il faut descendre dans les profondeurs pour comprendre le vrai sens de notre quête.
Toute cette symbolique marque la volonté du Grand Elu d’accéder à la perfection. Cependant une question reste posée, est-ce que la perfection est de ce monde ? On peut espérer que chacun s’efforce d’y arriver. Cette quête exige que nos cœurs soient remplis d’amour pour la Vertu, que nous effacions en nous toutes traces de vengeance, d’iniquité et d’injustice. En quoi consiste le travail du GEPSM ? Je pense que son travail est d’agir, tout en faisant preuve de la plus grande discrétion ; sinon, l’admiration qu’il manifeste à la vue du Triangle d’Or, au lieu de se transformer en Amour, peut devenir catastrophe.