14° #411012

Entre la terre et l’infini, L’Homme

Auteur:

H∴ P∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Sous titre entre Malkuth et Einsoph : l’homme

Quelques propos liminaires en forme d’avertissement : il s’agit d’une planche très personnelle, symbolique surtout. Pour une fois, nous pourrons discuter de symbolisme, n’en déplaise à certains et ce sans agressivité aucune, c’est à dire confronter nos ressentis, nos vécus, nos réflexions. Aussi, ne soyez pas choqués du propos qui va suivre.

Cette planche m’a été inspirée par une des dernières élévations au Gr de G E et en particulier, par le Treizième Gr. Sans poste qui demande d’être attentif à ce qui se déroule, j’ai pu, à loisir, me laisser imprégner par la mise en scène, les dialogues de cette représentation et laisser mon esprit ouvert aux impressions, au ressenti du moment. Nous savons bien que c’est en revivant par procuration les différentes élévations, initiations que nous en saisissons mieux le sens profond puisque, spectateur et non plus acteur, nous ne sommes pas pris par l’émotion. La raison prend le pas sur la passion.

Revenons maintenant à l’objet du travail. Lors de l’initiation au 13° Gr, les trois impétrants se trouvent devant une porte fermée. Ils ont beau frapper selon leur grade, elle ne s’ouvre pas. Seule, la prononciation du mot « MALKUTH » va être la clé qui l’ouvrira. Clé du royaume mais quel royaume ? Le royaume des cieux : cela serait très étonnant voire baroque puisque nous sommes censés être sous terre selon la légende qui donne sens à postériori à cette cérémonie et que les mages sont bien des humains certes déjà initiés. Je postule une autre hypothèse. Ce royaume n’est autre que la Terre que nous occupons sans pour autant la connaître totalement et le reste de la cérémonie va donc être l’exploration de ce royaume. Une exploration bien particulière puisqu’il va s’agir non pas d’aller à l’aventure mais de suivre un chemin balisé par d’autres portes s’ouvrant elles aussi avec des mots signifiants. Pratiquement dans la légende, les trois mages s’enfoncent dans les entrailles de la terre. Je reviendrais sur cette descente. Ces mots de passage et non de passe car sacrés sont tous tirés de la Kabbale et en particulier de l’arbre des Sephirot. Rappelons que la Kabbale cherche à expliquer la genèse du monde par une savante et ésotérique recherche basée sur la valeur chiffrée des 22 lettres de l’alphabet hébraïque et sur les dix Sephirot représentant les principes de l’Unité. Ces derniers sont organisés selon un graphe formant un arbre appelé aussi « arbre de vie ». C’est cet arbre que les trois mages parcourent dans leur chemin initiatique, chacune des portes s’ouvrant avec un Sephira. Long chemin où GUIBULUM les guide de porte en porte avec à chacune un mot fortement signifiant : de MALKUTH (royaume ou monde matériel) à KETHER (couronne ou monde spirituel et même divinité. Bien sûr, je ne retiens pas cette dernière qui me semble personnellement très connotée. En reprenant une interprétation de la Kabbale, le parcours des trois mages se fait à rebours de l’ordre prescrit qui est de KETHER à MALKUTH, ce qui, à mon sens, est consciemment voulu par le ou les scripteurs du rituel. Il est fondamentalement différent d’aller du spirituel au matériel, sens où l’on peut entendre une petite musique créationniste qui me froisse les oreilles même si je peux comprendre qu’il ne s’agit que de la tradition hébraïque. Le sens de notre parcours me convient mieux qui va du matériel au spirituel selon un chemin qui me paraît bien mieux représenter la vie. Ainsi, l’arbre de vie que symbolisent les portes mérite bien son nom. Chaque porte franchie correspond à une étape de la progression vitale de l’homme et du FM.

La première, MALKUTH, nous fait entrer de plain pied, si j’ose dire, dans le monde matériel soit dans le réel de la vie. Nous sommes là sur nos deux pieds ancrés dans la terre qui nous permet de nous tenir debout. Il y a une analogie à penser avec le cabinet de réflexion qui fut, il y a quelque temps, notre porte d’entrée dans le temple et la terre qu’on fait fouler dans certains rituels à l’impétrant à son passage sous la porte basse. Toutes les possibilités nous sont offertes et suivant notre chemin, il nous appartient de remplir notre vie. La deuxième porte s’ouvre d’ailleurs au mot IESOD traduisible par fondation mais aussi imagination, illusion. Elle nous ouvre le vaste champ de la pensée, de la réflexion qui nous permettent de construire le monde devant nous tout en participant aussi à notre propre construction. En effet, il y a un double mouvement dans cette élévation, un mouvement individuel, personnel, intime et un mouvement pluriel tourné vers les autres. L’on ne se construit soi même que si l’on construit avec et pour les autres. Puis HOD ouvre la troisième porte. Si la traduction est « gloire », sa signification séphirotique est « raison ». Logiquement, la raison a pour but de tempérer « la folle du logis ». C’est la réflexion, l’analyse des faits et pensées qui autorisent une construction harmonieuse. C’est la raison qui vient empêcher l’érection de la  tour de BABEL devenue possible par une imagination débordante en la réfrénant et la limitant. La construction du monde mais aussi de l’homme ne peut se faire qu’avec logique même si l’intuition soit une forme d’imagination est aussi nécessaire. La quatrième porte ouvrant sur une autre crypte au son de NETSAM fait suite dans le parcours des trois mages et le nôtre, du moins si vous avez accepté de m’y suivre. Alors, NETSAM ou victoire et quelle victoire ?

Celle de la raison sur l’imagination, de la pensée ordonnée sur les fantasmes. L’on peut entendre ce mot de passe comme cela. Pourtant, le chemin n’est pas terminé même si une pause est marquée dans la progression. Toute évolution ou progrès ne se fait pas selon une ligne droite mais une ligne brisée par des paliers nécessaires à l’affermissement, l’appropriation des acquis.

Reprenant leur pérégrination, les trois mages qui nous symbolisent rencontrent une cinquième porte TIPHERET mot qui va éclairer le mot précédent puisque il signifie « équilibre » ou « harmonie ». Imagination, raison, victoire ont commencé à construire un parcours, un homme qui a su par la raison domestiquer son imagination lui conférant ainsi l’équilibre, l’harmonie entre le passionnel et le raisonnable. Il peut maintenant continuer son chemin, apaisé et assuré pour s’affronter à la sixième porte GUEBURAH. Là, c’est la justice mais aussi la destruction qui sont la traduction du mot. Nous connaissons bien ces deux concepts pour les avoir rencontrés dans les Gr précédents.

Une fois encore, alors que nous pensions la construction achevée et que nous aspirions au repos, il nous faut reconstruire patiemment guidés par la justice qui nous protège des sentiments de vengeance. C’est une métaphore double : d’abord, celle du parcours initiatique de chacun de nous où il nous a fallu recommencer, déconstruire ce que nous avions élaboré ; ensuite, celle du développement humain fait d’avancées, de régressions. Puis HESED la grâce, la miséricorde apaise les possibles ressentiments que nous pourrions éprouver. « L’enfer, c’est d’avoir perdu l’espoir » a dit MALRAUX et, d’une certaine manière HESED vient nous redonner cette espérance que tout est encore possible et qu’il ne faut pas désespérer de soi ni des autres. Au troisième voyage, les trois mages rencontrent la huitième porte : BINAH. Là, une autre dimension s’ouvre plus spirituelle. La compréhension, l’intelligence représentées par ce mot sacré peuvent maintenant s’épanouir sur les fondements précédemment découverts et utilisés. D’ailleurs, les deux mots suivants viennent parachever cette construction, ce chemin de vie : HOKHMA la sagesse enfin atteinte puis KETHER la couronne, l’accomplissement dans une entité que la Kabbale considère comme la fusion avec la divinité et qui pour nous, est le centre de l’Idée. Le rituel de R+C donne alors un des noms de DIEU : ADONAÏ repris dans sa forme originelle YHWH qui ne peut se prononcer dans la réalité phonologique mais aussi parce que le maillet du T F P G M en stoppe toute velléité. La treizième porte non figurée dans le rituel s’ouvre avec EINSOPH l’infini c’est à dire un espace sans limites que chacun peut appréhender comme il le souhaite : divinité, néant, inconnu… D’ailleurs, devant cela, les trois mages referment à grand peine la porte pour ne pas être emportés par le souffle puissant comme l’on tente de repousser les idées oppressantes ou obsédantes qui nous entrainent sur des voies périlleuses. Ainsi se termine l’arbre de vie sur un infini innommé et que chacun peut imaginer selon son inclination : rien ou le GADLU, le grand horloger de VOLTAIRE, une entité pas encore dénommée. Chacun se déterminera selon « le domaine exclusif de son appréciation individuelle ». Notre FF GOETHE a très justement écrit à ce propos « Veux-tu marcher dans l’infini ? Cherche d’abord en tout sens le fini ».

Pour moi et en toute humilité, ce qui se déroule au long de l’élévation au 13ème GR du Grand Maître architecte n’est au fond que la métaphore du développement d’un homme. De la naissance à la fin, de la terre à l’infini selon un chemin où le Grand Maître Architecte repasse dans les pas qu’il a déjà fait et préfigure les pas qui lui restent à parcourir. Si je résume ce qui précède au risque de le caricaturer : l’entrée sur terre, les mécanismes de la pensée puis la raison acquis, c’est l’enfance. Harmonie, équilibre avec l’expérience de la justice et de la destruction tempérée par l’espoir, n’est ce pas l’âge adulte. Puis  la sagesse et enfin l’accomplissement et l’infini soit la vieillesse et la mort.

Il s’agit bien si vous me suivez dans cette réflexion ou inverser l’arbre des SEPHIROT, métaphore de la création de l’homme, du monde à partir d’une entité divine conduit à imager la création d’un homme qui s’achemine ensuite vers une entité qui lui reste à définir selon sa philosophie. Entre la Terre et l’infini, l’homme. Mais j’allais oublier de vous parler de  l’énigme pour moi de la descente vers la crypte soit le centre de l’idée. Je n’ai pu m’empêcher aidé aussi par les différentes cryptes et mots sacrés de penser à la longue descente en soi d’une psychanalyse, dussé-je choquer certains d’entre vous. C’est aussi et plus maçonniquement parlant symboliser le travail d’analyse et de construction qui nous est demandé au long de notre vie M.

Mes FF G E G E D L V S, Parfaits et Sublimes M j’espère ne pas vous avoir assommés en ces temps post prandiaux. J’ai souhaité vous faire partager quelques réflexions sur ce rituel particulier.

« L’homme ne nait pas homme, il le devient » ERASME

Accès réservé aux abonnés

Cet article fait partie de l’espace privé de L’Édifice.
Abonnez-vous pour accéder immédiatement à la plus grande bibliothèque maçonnique sur internet

  • Plus de 5 000 planches véritables
  • Issues de plus de 100 obédiences
  • Du 1er au 33ème degré
Déjà abonné ? Se connecter