Le Temple de Salomon au 14ème degré
Non communiqué
Depuis mon initiation, je suis passé de la carrière au chantier de construction, du temple à la salle d’audience du roi Salomon, de l’achèvement du temple à sa destruction, de la voûte sacrée à la « société des bons Maçons » répartie de par le monde. J’ai construit et je me suis construit. Que, à ce 14e degré, le temple de Salomon soit démoli, n’a plus d’importance car ce temple a permis la construction de l’homme qui s’engage à aider les autres dans leur chantier d’édification. C’est ce cheminement que je vais résumer ce midi.
Dans les deux premiers degrés symboliques, il n’est pas fait vraiment mention du temple de Salomon : le maçon taille sa propre pierre, travaille à sa propre édification. Il doit se connaitre et s’ouvrir aux autres pour accéder au grade de maître. Il y découvre la légende d’Hiram et la construction du temple de Salomon. A ce degré de construction personnelle, il s’aperçoit aussi que, malgré le travail réalisé, il doit continuer sa lutte contre les mauvais compagnons qu’il abrite.
Au 4e degré, devenu lévite, il est chargé de poursuivre l’œuvre d’Hiram dans l’achèvement du temple. Le bandeau qui le privait de la vue lors de son initiation est remplacé par un voile, montrant ainsi que sa perception n’est pas complète. Parmi les sentences entendues ce jour-là, je retiens celle-ci : Vous ne vous forgerez point d’idoles humaines pour agir aveuglément sous leur impulsion, mais vous déciderez par vous-mêmes de vos opinions et de vos actions. Par la suite,Le TFPM remet au maître secret la clé permettant l’accès au « Saint des saints », lui confirmant une fois de plus que de son travail dépend son évolution.
Jusqu’au
8e degré, je vais m’employer à
réorganiser le chantier, afin de poursuivre l’œuvre.
Cela commence par les funérailles d’Hiram : celui-ci est
enseveli dans un
mausolée de marbre noir et blanc, alors que son cœur repose au sommet
d’un
obélisque. Le corps, la matière retourne à la terre tandis que le cœur
s’élève vers
le divin. A moi de réfléchir à cette construction permettant de passer
de l’un
à l’autre, du carré au cercle. Je dois construire un tronc à cet
obélisque pour
relier corps et esprit et rétablir le ternaire.
Cela sera fait, grâce à mon zèle, au 6e degré.
Le ternaire,
interrompu depuis la mort d’Hiram, est reformé et permet la poursuite
du
chantier. Le zèle manifesté à ce degré peut être compris comme de la
curiosité,
de l’ardeur, de la transgression. Cette transgression surtout est
nécessaire,
comment sans elle chercher avec assiduité un nom ineffable, comment
rechercher
la Vérité ? Comment évoluer, progresser, si je me contente de
reproduire ?
Prévôt et Juge, je veille à la concorde entre les ouvriers. En d’autres
termes,
je dois mettre en adéquation mes pensées et mes actions avec les
règles. La
balance qui m’est confiée permet d’équilibrer matérialité et
spiritualité en
moi afin de construire mon humanité, mon harmonie.
Pour le 8e degré, le rituel indique que
l’intendant des Bâtiments « s’attache
à construire son Temple intérieur ». Tout est dit !
L’instruction du
grade précise : Salomon veut faire
construire une chambre secrète, proche de la Voûte sacrée… ».
Comme
lors de mon initiation, on me dit de retourner en moi si je veux
m’élever et le
programme est fixé : agir, intercéder, prier, aimer ses Frères
et les
secourir. Mais l’Intendant des Bâtiments, même s’il a « été
jugé digne
d’occuper la place d’Hiram », ne peut le remplacer seul car il
ne maîtrise
qu’une partie de son art. Il doit être aidé par quatre autres
Intendants. Cela
montre qu’il faut différentes visions pour construire sa chambre
secrète.
Les 9 et 10e degrés sont consacrés à la recherche et aux châtiments des 3 mauvais compagnons. Ceux-là étaient toujours tapis en nous, prêts à ressurgir. Il est temps d’identifier et de neutraliser nos vieux démons en y consacrant l’énergie nécessaire et en acceptant l’aide d’autrui.
Après avoir vu ce qui doit mourir en nous afin de révéler notre humanité, au 11e degré, nous sommes admis Chevalier « parce que nous avons pris possession de notre monture, de la totalité de notre corps, pour réaliser concrètement les vertus qui sont les nôtres et servir le Seigneur du Royaume, celui de notre Royaume intérieur, représenté par le Roi Salomon » (PVI 60, page 183).
Au 12e degré, ayant acquis les connaissances nécessaires, le Grand Maître Architecte peut poursuivre la construction du Temple, « symbole de l’Univers, dont l’homme lui-même est l’image en tant que microcosme » dit le rituel de ce grade. Ne possédant qu’un mot substitué et même si j’ai relevé la construction déjà réalisée par Hiram, l’édifice sera différent de celui prévu. Mais est-ce important ?
Au 13e degré, « le Mot de maitres est retrouvé dans la plus profonde des neuf voûtes du Temple antédiluvien d’Enoch. ». Cette découverte n’est pas le résultat d’un dévoilement ou d’une communication mais celle d’une recherche rendue possible grâce au travail réalisé dans les degrés précédents. Le nouveau Chevalier de la Royal Arche a su chercher au plus profond de lui-même pour retrouver cette trace divine dissimulée aux temps primordiaux. La construction du temple intérieur se poursuit.
Et
me voilà à ce 14e
degré après 20 ans de travail, à m’interroger sur mon cheminement.
J’ai tenu à réaliser ce survol des degrés précédents car ma présence
ici est le
résultat du travail de construction réalisé jusqu’à ce degré. Le 14e
degré voit
l’achèvement du Temple de Salomon, donc l’aboutissement de ce cycle de
construction
personnelle. Mais j’assiste aussi à la destruction de ce temple et à la
perspective d’un monde différent.
Le
rituel indique où se tient la loge au 14e
degré :
– Sur le parvis du Temple avec la mer d’airain
– Dans le Saint des Saints, avec la table des Pains de proposition
– Sous la Voute Sacrée, contenant le triangle d’or avec le Nom ineffable
– A proximité du Buisson ardent afin de rappeler l’endroit où l’Eternel
révéla
son nom à Moïse.
Cette localisation multiple permet d’imaginer un cheminement depuis
l’extérieur
avec la purification à la mer d’airain, puis le partage du pain et
l’alliance
dans le Saint des saints. Ensuite le Grand Elu, Parfait et Sublime
Maçon reçoit
à nouveau le Nom ineffable qu’il enfouit dans son cœur. Et enfin le
TFPGM lui imprime
la marque du Grand Architecte de l’univers, afin de brûler indéfiniment
de ce
désir de pratiquer la Vertu.
Le 14e degré voit la chute de Salomon, vaincu comme Hiram par ses démons intérieurs. Le Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon se souvient de la sentence entendue au 4e degré : vous ne vous forgerez point d’idoles humaines. Il se rend compte que le temple intérieur ne sera jamais terminé et qu’il lui faudra toujours lutter contre ses propres démons.
Le 14e degré voit la destruction du temple de Salomon, mais le Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon n’est pas surpris : son cheminement au travers des 13 degrés précédents lui a appris que le véritable temple n’est pas celui de Salomon, un ouvrage de pierre construit par l’homme, mais le temple qu’il construit en lui.
Le 14e degré voit la destruction des tables de la Loi et le martelage du Nom gravé sur le triangle d’or, comme si on voulait effacer toute trace divine. Ces pièces sont ensuite jetées dans un puits. Pour moi, ce puits représente le cœur du Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon qui a recueilli, accueilli et accepté sa part de spiritualité.
Le 14e degré voit la remise d’un anneau « symbole de l’alliance contractée avec la Vertu et les hommes vertueux. » Cette alliance, signe d’un commencement pour moi, en liaison avec mes FF, me place au pied de nouvelles responsabilités et dans une lignée de fraternité.
Pour
moi, à ce degré, le Temple de Salomon n’est plus.
Il a été bâti de degré en degré afin de contenir l’Arche d’Alliance et
le Nom
ineffable et m’a permis d’organiser ma réflexion et ma progression
parmi et
avec vous. Ce temple, exotérique, a servi à la construction de mon
temple
intérieur. Un cycle s’achève et mon évolution continue différemment. Je
sais
maintenant que l’essentiel est dans le cœur et que je dois travailler à
l’épanouissement
de cet Etre spirituel en moi.
A la fin de l’initiation au 14e degré, il est
dit « Ils
quittèrent Jérusalem et le royaume de Juda et se dispersèrent parmi les
nations
de la terre afin de leur enseigner la vérité de l’Art Royal ».
Le temple est
détruit, la reconstruction du temple peut commencer. Le ciel et la
terre ne
communiquait plus, à nous de rétablir cette communication, de tenter
d’organiser harmonieusement l’humanité par notre exemple.
Se construire pour aider les autres à se construire, tel est le programme ! Les mauvais compagnons me rappellent régulièrement la relativité de la Vérité que je détiens et je ne peux donc que répandre une faible Lumière. Mais je sens qu’en suivant la voie vers cette lumière intérieure, cette étincelle divine, je ne pourrai que rayonner davantage.
Etincelle divine, part de spiritualité, Dieu, Vérité ou Grand Architecte De L’Univers, peu importe le nom donné, l’essentiel est d’appréhender au cours de sa progression les divers aspects de ce Mot qui évolue sans cesse. Pour ma part, ce cheminement avec vous m’aura permis d’y réfléchir.
Le
temple de Salomon achevé aurait pu représenter le
monde fini, accompli mais nous savons que tel n’est pas le cas et le
temple ne
pouvait qu’être démoli.
La destruction du temple de Salomon a été la conséquence de la rupture
du lien
avec Dieu. Pour moi, il reste tout le cheminement réalisé jusqu’à ce
jour. Lors
de ma réception au 14e degré, j’ai juré de
suivre la voix de ma
conscience et de pratiquer la vertu. A moi d’écouter cette voix et de
rester
sur la voie vertueuse, la voie du cœur !
J’ai dit, TFPGM.