14° #411012

Le Temple de Jérusalem à travers le rituel du 14ème degré

Auteur:

E∴ L∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
:  NC

Le Temple est détruit. Il n’est plus qu’un champ de ruines. Nous savons que les constructions humaines sont périssables, car elles ne sont que vanités. Le Temple de Salomon ne faisait pas exception, il était mortel comme toute civilisation.

Lors de l’initiation au 12ème degré, le Sublime Grand Maître interroge : « Quel est le symbole commun à tous les degrés de la Franc Maçonnerie Ecossaise ? » Le Premier Excellent Gardien répond : « C’est le symbole de la construction du Temple ». Dès mon entrée en Franc Maçonnerie, j’avais compris que c’était notre activité principale, notre idéal constant. Lors de mon augmentation de salaire, on m’avait enjoint de devenir l’une des colonnes inébranlables de notre Temple, ce à quoi je me suis efforcée. Alors, à quoi sert-il de s’être tellement préparée à construire, puisque rien n’était destiné à subsister ?

Comme tout objet terrestre, malgré sa superbe, le Temple édifié sous la direction des Grands Architectes était voué à l’effondrement et à la corruption. Certes, l’usure naturelle n’avait pas suffi : c’est Nabuchodonosor qui a détruit jusqu’aux fondations cet imposant bâtiment. Toutefois, il y avait été aidé par l’ennemi tapi à l’intérieur. Car celui qui avait été le meilleur des rois, le juge impartial au cœur sage et intelligent, avait connu la chute. Il avait cédé à la licence et au culte des idoles, de sorte que la visée qui avait animé le chantier n’était plus soutenue par l’action juste de celui qui l’avait commandé aux architectes les plus remarquables.

Cependant, bien qu’en ruines, le lieu conservait suffisamment de forces spirituelles pour attirer des chercheurs de bonne volonté, désireux de retirer quelque enseignement des traces de son passé magnifique.

Témoins d’un monde évanoui, ses restes sont encore pleins de signification. Dans le chaos des pierres dispersées, apparaissent à qui sait regarder des éléments des colonnes J et B. Sous leurs auspices, les initiés cherchent d’autres symboles ou d’autres indices dont ils ignorent la nature. Ils discernent alors une dalle dissimulée par des ronces. Cette trappe protège l’entrée d’un puits. Guidés par un éclat de lumière, ils empruntent le chemin vertical. Cette fois, ce n’est plus le fil à plomb qui plonge en eux, mais eux-mêmes qui s’enfoncent profondément dans la terre.

Conduits par le plus sage d’entre eux, ils suivent un chemin balisé par dix sephirot. Une succession de salles voûtées s’offre à eux jusqu’à ce qu’ils parviennent à la 9ème voûte baignée d’une lumière surréelle, dans laquelle de nouveaux symboles se dévoilent : l’autel de marbre blanc et la pierre d’agate portant le tétragramme. Puis en réponse à leur témérité, ils sont confrontés au souffle terrible d’En-Sof. Après avoir réussi à refermer la porte, ils retournent sur leurs pas dans le noir absolu. Enfin, les initiés ayant bravé tous les dangers se retrouvent au 14ème degré, sous la Voûte Sacrée, où va leur être communiquée l’explication de ce qui s’est passé au grade précédent.

A ce degré, la loge est présidée par Salomon, aidé d’Adoniram, intendant des Bâtiments et de Mohabon, ami d’Hiram-Abif. Nous retrouvons donc le fil rouge de la réalisation du Temple qui s’était éloigné dans les degrés précédents. Nous nous trouvons alors dans une loge, mais souterraine, avec 11 officières au lieu de 10 (peut-être en rappel des 11 portes du degré précédent ?). A la demande du Trois Fois Puissant Grand Maitre, la Grande Oratrice va expliciter le sens de l’initiation au 13ème degré : le Temple de Jérusalem n’est plus, et il n’en reste que des vestiges comme ces fragments des colonnes J et B. Du temps de leur splendeur, elles portaient gravé sur elles le livre d’Enoch, qui représentait l’ensemble des connaissances humaines. Elles sont maintenant éparses, mais elles continuent de manifester ce que le rituel nomme « les termes du binaire grâce auquel toutes les choses se construisent ». C’est pourquoi, après les avoir utilisées toutes les deux pour entrer dans le sanctuaire, les mages ne les voient plus lorsqu’ils en sortent, car ils ont totalement intégré la dualité et son paradoxe apparent. L’initié a appris que le binaire ne se résout pas en une opposition mais en une dialectique qui présuppose une unité fondamentale, chaque terme de la dialectique étant l’un des pôles

de la signification. La compréhension de cette unité primordiale à travers la dualité nous est accessible au moyen d’un dialogisme qui est propre à chacune d’entre nous : ombre/ lumière, horizontale/ verticale, construction/ destruction, obéissance/ transgression, Jérusalem/ Babylone, miséricorde/ rigueur, Malkut/Keter…

Cette nouvelle façon de voir s’accompagne d’un changement de paradigme. En effet, lors de l’initiation au premier degré, une explication du monde nous avait été présentée sur la base des quatre éléments, dont nous avons d’ailleurs retrouvé l’écho au cours de l’exploration des voûtes souterraines : nous avons plongé dans le puits qui a gardé l’empreinte de l’eau, nous avons traversé la terre, nous nous sommes éclairées grâce au feu sacré des mages et nous avons été renversées par le souffle formidable qui envahit la 9ème voûte lors de l’ouverture de la 11ème porte. C’était une première interprétation du monde ; l’arbre séfirotique en est une autre, qui nous fait passer de 4 éléments à 10.

La kabbale, en effet, nous est proposée comme un nouveau modèle de cette recherche de l’unité, on pourrait dire aussi bien de l’Un ou de l’Être. Elle nous présente les diverses facettes de l’Être en tant qu’Être, leurs manifestations et leurs points de rencontre. Avant de parvenir à Keter, la couronne, laséfira supérieure, nous avons dû méditer sur les neuf autres, au fur et à mesure que nous progressions dans le Temple. Le rituel du 4ème degré nous l’avait annoncé : « vous commencez, maintenant, à vous élever au-dessus de la surface de la terre et à pénétrer dans les hautes régions de la connaissance spirituelle ». Est-ce de cela qu’il s’agit ? Nous voici maintenant parvenus à la plus haute sefira, aptes peut-être à comprendre le chemin parcouru. La dialectique cette fois ne concerne plus seulement la dualité, mais le rapport entre l’Un et le multiple, entre l’unité primordiale incognoscible représentée par En-Sof et la diversité des sefirots aux interconnexions complexes. Sous des dénominations variables selon les enseignements, celles-ci expriment la totalité de l’expérience humaine, de l’intelligence à la sagesse, de la justice à la miséricorde, de la matérialité à la spiritualité.

Nous avons vécu physiquement le passage de l’une à l’autre alors qu’aucune trace sensible n’en subsiste dans le Temple. La seule trace qui demeure, immatérielle, est en nous. Cela signifie qu’une nouvelle perspective nous est offerte, qui nous dit que ce qui compte maintenant c’est l’intériorité. Il faut apprendre à descendre au fond de soi hardiment, chevalier sans peur, Emerek, pour retrouver la voie droite, qui mène au temple intérieur. Là enfin est tenue la promesse du cabinet de réflexion : V I T R I O L. Voilà donc qu’apparait la pierre cachée qui se dérobait à nous.

Cette pierre y avait été déposée par Enoch, car le Temple occulté existait bien avant que Salomon ne fit construire le sien. La voûte sacrée antédiluvienne conçue par Enoch transmet depuis l’origine de l’homme les mystères les plus profonds malgré les vicissitudes rencontrées. Arrivant à la fin de leur parcours initiatique, l’ainé des mages montre à ses deux compagnons la face cachée de la pierre, en leur disant : « Vous êtes au centre de l’Idée ». Le mot sacré légué par Hiram y est écrit en lettres d’or. Sa présence signifie que l’enseignement d’Hiram n’est pas perdu. Il renait en chacune d’entre nous et demeure le principe permanent de notre action.

Le temple est détruit mais il n’est pas perdu car il subsiste en nous. Seul le Temple visible a disparu, mais ce n’est pas pour autant la fin de la Franc Maçonnerie ni la fin d’un itinéraire personnel. Au 13ème degré, nous sommes devenues des chevaliers de la 9ème arche, à l’instar de ceux qui étaient chargés de garder le Temple de Jérusalem. La mission qui nous incombe est de fermer notre coeur à l’iniquité, à la vengeance, à l’injustice et d’être toujours prêtes à faire le bien. Nous avons compris que notre Temple est intérieur et nous suit en tous lieux. Nous chevaliers de Royal Arche, nous sommes chargés de défendre ce temple intemporel.

A l’issue de son chemin initiatique en 14 degrés, la Franc Maçonne a connu le sort des mauvais compagnons, à travers ses erreurs elle a découvert comment doit s’exercer la justice, elle a appris à concevoir des projets et à les mener à bien (je veux et je construits), elle a compris que le seul véritable temple est son temple intérieur, la citadelle la mieux gardée. Le temple est ainsi reconstruit, il est indestructible. Il nous appartient de le préserver et d’aider les autres à construire le leur, « édifice idéal à la construction duquel le Franc Maçon doit coopérer en réalisant l’harmonie en lui-même et entre tous les hommes ». Le temps est venu du temple spirituel immarcescible.

Après leur dernière épreuve, les initiés ont avancé à tâtons dans le noir, ils ont retrouvé le puits dont ils comptent à nouveau les 10 anneaux de pierre qui leur confirment qu’un nouveau cycle de connaissance est achevé et acquis. Ils s’extraient à la faible clarté des étoiles. Faible mais ô combien rassurante ! Les trois étoiles forment un triangle inscrit dans le cercle du puits. Les mages réfléchissent aux nouveaux outils mis à leur disposition pour avancer dans leur réflexion, car les travaux vont reprendre, mais sous d’autres modalités. La voûte céleste qui les accompagne sur le chemin de Babylone est le reflet de la Voûte Sacrée qu’ils viennent de parcourir. Il leur suffit de la contempler pour retrouver la beauté de Tiferet qui reste à jamais dans leur cœur.

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