14°
#411012
Galaad était le gardien de la voûte sacrée
F∴ G∴
Le mythe s’achève… Et encore une fois, c’est par la mort de celui qui n’a pas voulu trahir son serment. Comment ne pas faire le lien entre l’assassinat d’Hiram et la fin de Galaad ?
Comment ne pas être frappé par la similitude de ces deux fins de cycles ? Je doute que cela soit fortuit car rien ne l’a été jusqu’alors : le déroulement du Rite depuis le Degré d’Apprenti ne laisse rien au hasard et le récit de la légende Salomonienne nous a précisément révélé quelles valeurs morales et spirituelles nous devions faire progresser en nous. L’instruction au 14° y fait elle-même référence : « il fût l’égal d’Hiram Abi qui, quelque quatre cents ans plus tôt, avait perdu la vie etc. »
Galaad avait contracté une alliance avec la vertu et les hommes vertueux, tout comme nous.
Hiram avait fait le serment de ne pas révéler le secret des Maître, tout comme nous… Tous deux mourront sans avoir permis à leurs assaillants de s’emparer de ce qu’ils défendaient.
On ne peut qu’être admiratif devant le respect de leurs engagements dont ont fait preuve ces deux hommes.
Galaad nous est présenté comme celui qui gardait la flamme vivante et qui contemplait le Nom Ineffable. Ce Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon, par la perfection de son humanité, c’est à dire la pureté de son cœur, avait poussé son engagement jusqu’au sacrifice de sa vie.
La voûte sacrée, un endroit hors du temps profane où l’essence même de la quête initiatique était exposée, ne devait pas être souillée par l’impur, le barbare. Il fallait arrêter la furie des babyloniens, coûte que coûte… La destruction de Jérusalem et du Temple fut pourtant accomplie, ne laissant que ruines et désolation.
Mais quelle était in fine l’utilité du sacrifice de Galaad ? N’aurait-il pas mieux valu se détacher du support de la matière puisqu’il connaissait le Nom Ineffable ? Après tout, quel que soit le caractère précieux de ce qu’il gardait, la vérité qu’il possédait en son cœur et son esprit était inaltérable et rien ni personne ne pourrait lui voler…
C’est précisément ce que vont faire les Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons lorsqu’ils parvinrent jusqu’à la Voûte Sacrée restée intacte. Ils décidèrent alors de soustraire l’Arche d’Alliance, les Tables de la Lois et le Nom Ineffable de la vue des hommes en effaçant ce dernier et en précipitant le tout dans un puit.
Sage décision : c’est ainsi nous dit la légende que la transmission orale de Frère à Frère s’est établie.
Je me pose donc la question : Galaad ne s’est-il pas fourvoyé dans sa mission de gardien ? Ne s’est-il pas attaché plus à la forme qu’au fond ? N’était-il pas plus important de s’assurer que la transmission du Nom Ineffable restait possible à travers lui, et ainsi permettre à ses Frères à venir de connaître eux aussi la part de vérité qu’il avait à transmettre ? Aller par le monde apprendre aux hommes de bonne volonté ce qu’est le sens du Devoir et de l’Engagement ?
Ce qui est frappant c’est que Galaad était un Maçon, et en cela un homme engagé dans le monde. Comme tous les autres Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons, il avait contracté une alliance avec la Vertu et les hommes Vertueux, c’est à dire ses Frères. Or la contemplation qu’il pratiquait, s’il est possible de l’interpréter comme la volonté de se rapprocher jusqu’à s’unir avec l’Indicible, restait un acte solitaire.
Est-il possible que Galaad ait choisi la mort comme ultime moyen de parvenir à dépasser son humanité pour enfin s’unir au Principe Créateur et devenir pur esprit ?
Le souffle chevaleresque de cette légende est une source d’inspiration pour les maçons modernes que nous sommes et le courage et l’abnégation des Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons ne peuvent que forcer le respect… Mais qu’avait à défendre Galaad ? De l’or, les Tables de la Loi, l’Arche d’Alliance ?
Une lecture plus approfondie du récit nous donne des clefs : Si on considère que Galaad était parvenu au 14° degré, il avait donc compris que son alliance avec la Vertu et les Hommes Vertueux faisait de lui l’incarnation de la Vertu. Sa mission de Gardien ne pouvait le faire choisir la fuite au risque de laisser les barbares s’emparer de ce que renfermait la Voûte Sacrée. C’eut été une rupture d’avec son serment.
Plaçant l’accomplissement de son Devoir au-dessus de toute autre considération, il a préféré rester le Gardien de la Voûte Sacrée jusque dans la mort plutôt que de trahir.
Ce n’est donc pas par orgueil, inconscience ou idolâtrie que Galaad rejoindra l’Orient Eternel. L’acceptation de la Mort est l’abandon de la chose matérielle pour un devenir spirituel. Cela nous est confirmé par l’attitude des Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons qui décident de rendre inaccessibles les reliques de la Voûte Sacrée, mais également de dépouiller leur Frère Galaad de tout signe distinctif et décor de son appartenance à la Fraternité. Ils le remettent en habit d’homme ordinaire : ce qu’il était dans le monde matériel n’a plus d’importance puisque dorénavant c’est dans leur cœur que les Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons enfouiront la Vérité.
Le Temple Matériel n’est plus mais qu’importe, ce n’est pas lui qui importe. Seul compte désormais la construction du Temple intérieur, du Temple Spirituel. La mort de Galaad, pour héroïque qu’elle soit, nous enseigne que la Voûte Sacrée est en nous et qu’il est du devoir de chaque Grand Elu Parfait et Sublime Maçon d’œuvrer en ce sens. Ce ne sont pas tant les dangers extérieurs qui menacent notre progression que des démons intérieurs. L’ambition, le fanatisme, l’ignorance se logent au tréfonds de nos êtres et peuvent ressurgir : Salomon, Hiram en furent les victimes. Galaad aussi d’une certaine manière : il meurt en défendant ce qui ne peut être défendu : les témoignages tangibles et matériels de ce qui ne peut être dit par l’homme. La matière retournera en poussière tôt ou tard. Galaad a accompli son Devoir, du moins dans son aspect matériel. Il meurt et avec lui tout ce qui a trait au passé. Nous n’entrevoyons rien d’un possible développement du récit, mis à part les dispositions spécifiques que les Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons prendront pour continuer leur mission. Le sens du devoir et la valeur de l’engagement sont, encore une fois, au centre de nos valeurs fondamentales.
La conséquence pour Galaad en sera la mort. Elle clôt le dernier chapitre du mythe d’Hiram, tout comme la mort d’Hiram Abi clôtura le cycle des trois premiers degrés. Ce parallèle n’est pourtant pas tout à fait exact : Galaad choisit, et Hiram subit. Mais Tous deux pour résister à ce qui vise à bafouer et transgresser les valeurs morales et la Vertu. Peu importe les agresseurs et leurs natures, c’est cette résistance au Mal qui caractérise le Franc-Maçon, et singulièrement le Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon.
Le Rite Ecossais Ancien et Accepté possède cette force qui est de nous interpeller qu’elle que soit l’époque à laquelle nous appartenons. Maçons du 21ème siècle, nous sommes saisis par sa justesse de la prise en compte de la nature humaine, de ses travers et aussi de sa capacité à s’élever. S’opposer à ce qui nuit à notre idéal ne requiert pas systématiquement de passer à l’Orient Eternel (Heureusement !), mais défendre nos valeurs par nos actes dans la vie quotidienne me semble relever de cette résistance. Les Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons qui se fraient un passage par les armes pour accéder à la Voûte Sacrée savent que l’union fait la force. Leur alliance avec les Hommes Vertueux en est le symbole. Notre union au sein du Rite Ecossais Ancien et Accepté, et par extension à la Franc-Maçonnerie universelle, nous donne cette force de conviction pour faire de nous de vrais Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons. Ce qui est certain, c’est que le cadre qui nous a servi jusqu’à aujourd’hui de laboratoire (la légende Salomonienne) s’achève dans le passage sur un autre plan dont le contenu ne nous est pas livré. Nous sommes de nouveau face au mystère, alors que nous croyions depuis le premier degré que tout serait achevé après avoir retrouvé la parole perdue et achevé le temple.
Considérant notre Rite en 33 degrés, il y aura donc d’autres voies, d’autres mythes à explorer et à comprendre.
Pour l’heure, soyons vigilants, et résistons !