15° #412012 Le chevalier d’orient ou de l’épée Auteur: C∴ G∴ Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué HistoriqueBien que le titre de « Sublimes Chevaliers Elus » ait été donné aux possesseurs du 11ème grade à titre honorifique pour les récompenser d’avoir été les justiciers d’Hiram, les grades chevaleresques ne commencent qu’à partir du 15èmè grade, qui représente le 1er des grades dits « capitulaires ».Le grade de Chevalier d’Orient a dû être composé vers 1747-1748, alors que les degrés de l’ancienne maîtrise étaient tous connus. Ainsi le Chevalier d’Orient, achevant l’ancienne maîtrise, inaugure ce qu’on appelle « la Maçonnerie Renouvelée ». Une lettre signée du FPetit de Boulard à la loge écossaise de Bordeaux, « les Elus Parfaits », datée du 16 mai 1750, et confiée à Morin précise :« …je m’attends même que vous recevrez mes observations très volontiers, surtout lorsque vous verrez que j’y joins un nouveau degré très intéressant et très instructif, qui est la suite toute naturelle de l’ancienne maîtrise perfectionnée par Salomon et les successeurs de ses élus parfaits, dans le goût que nous l’avons. Je veux dire le degré de Chevalier de l’Orient ; j’ai été admis et reçu par de très dignes frères qui m’ont donné tous pouvoirs, indépendamment de ceux que le degré donne par lui même comme vous verrez… »C’est la confirmation que le grade était établi à cette date. On apprend aussi par cette lettre que pour être Chevalier de l’orient, il faut être Elu Parfait, c’est à dire « Ecossais », et être passé par les neuf degrés de la maçonnerie.En tout cas, pendant la décennie 1750-1760, ce grade aura une prééminence incontestable et couronnera durant cette période la hiérarchie de la plupart des systèmes écossais : ses titulaires étaient chargés de l’inspection des loges des grades inférieurs ; mieux : « sils se trouvaient dans un lieu où il y eût des loges établies sur de faux principes, ou de fausses constitutions, ils avaient le droit de les interdire, ou de les mettre dans la bonne voie, selon leur sagesse ou leur prudence ».Le grade de Chevalier d’Orient était pratiqué dans des chapitres, dont le premier est attesté à Paris vers 1750. Dans les années 1760, il sera dépassé par d’autres créations, notamment par le grade de Rose-Croix.Notons que nous conservons de nombreux rituels, notamment ceux de :Chevalier de l’Epée des plus secrets mystères des hauts grades dévoilés(1766)Le Chevalier de l’Epée de la maçonnerie adonhiramite(1787)Le Chevalier d’Orient de la mère loge écossaise de Marseille(1751)Le Chevalier d’Orient du régulateur du maçon de 1801…et bien d’autres cahiers manuscrits de l’époque.Il est particulièrement intéressant et édifiant de se rapprocher des auteurs maçonniques qui parlent de ce grade. J’en citerai trois dont j’ai trouvé trace dans mes lectures :En premier lieu, Jean-Baptiste CHEMIN-DUPONTES (1767-1850) qui dans son cours pratique de franc-maçonnerie (1841) considère ce grade comme le plus « beau » du système écossais, tant sous le rapport historique que par les allégories auquel il donne lieu. Voici ce qu’il en dit : « Est-il en effet un plus bel exemple à proposer que celui d’un prince qui, par les plus nobles efforts, et en bravant tous les dangers, parvient à délivrer ses frères de la captivité, à les ramener dans leur patrie et qui, le glaive dans une main et la truelle dans l’autre, relève leur Temple et leurs autels, en prenant pour devise le mot libertas, mot sacré qui doit changer le monde ? »En second lieu, Jean-Marie RAGON (1781-1862) qui dans son cours philosophique et interprétatif des initiations (1841), tout en retraçant les rapports de la chevalerie et de la franc-maçonnerie, fait une analyse détaillée du grade de chevalier d’Orient, lui donne une signification astronomique, et affirme : « mais nous allons nous convaincre que tous les faits de détails sur lesquels on appuie le grade de chevalier d’Orient, sont matériellement faux, remplis d’anachronisme, et ne peuvent appartenir qu’à l’allégorie ».En troisième lieu, Pierre-Gérard VASSAL (1769-1840) qui a écrit un très important « Cours complet de maçonnerie, ou histoire générale de l’initiation » (1832). Comme ses contemporains, il pensait que la maçonnerie était l’héritière des vieilles initiations de l’antiquité, ce qui donnait à l’Ordre une dignité basée sur le temps et l’expérience des siècles. C’est ainsi que se référant au « Crata Repoa », texte anonyme de 1770, il compare le 15ème degré au quatrième grade des anciens mystères des prêtres d’Egypte.Vassal le désigne – je cite – comme « grade d’époque », parce qu’il semble n’avoir été institué que pour représenter une époque d’autant plus mémorable qu’elle indique le temps précis où le Temple de Salomon fut reconstruit. A titre d’anecdote, signalons que Vassal n’est pas tendre avec le seizième grade qu’il qualifie de « nul sous le rapport de l’utilité et de l’instruction », et encore moins avec le 17ème grade qui doit être considéré selon lui, « comme une véritable superfétation et rayé des grades écossais ». Rien de moins !Pierre-Gérard Vassal sera président par trois fois du G C D R de 1827 à 1840.La légende du gradeLe récipiendaire représente Zorobabel qui libéré par Cyrus, va emmener son peuple de Babylone à Jérusalem pour rebâtir le Temple, il vient de l’Orient, d’où peut être le nom de ce grade. Selon la bible, au VIIème siècle av JC les Perses avaient été les vassaux des Mèdes. Un de leurs rois Cyrus le Grand, du clan des Achéménides renversa cette suprématie, et put ainsi mener à bien la conquête des pays de l’ouest. Les Israélites étaient alors en captivité à Babylone depuis 70 ans. Zorobabel prince de la tribu de Juda descendant de la race de David, sollicita du Roi Cyrus la libération des Israélites.Ce dernier est influencé par un songe qui est ainsi décrit dans un rituel de 1751 « Généraux chevaliers, il y a longtemps que j’ai résolu de mettre en liberté les juifs qui sont captifs ; je suis las de les voir gémir dans les fers ; mais je ne puis les délivrer sans vous consulter sur un songe que j’ai eu cette nuit et qui exige impérieusement explication. J’ai cru voir un lion rugissant, prêt à se jeter sur moi, pour me dévorer. Son aspect m’a épouvanté et m’a fait fuir pour chercher asile contre sa fureur ; mais à l’instant j’ai aperçu mes prédécesseurs qui servaient de marchepied à une gloire que les Maçons désignent sous le nom de Grand Architecte de l’Univers. Deux paroles Y H se sont faites entendre ; elles sortaient de l’astre lumineux. J’ai distingué qu’elles signifiaient de rendre la liberté aux captifs, sinon que ma couronne passerait en des mains étrangères. Je suis demeuré interdit et confus ; le songe a disparu ; depuis cet instant ma tranquillité est perdue ; c’est à vous, Cheveliers, à m’aider de vos avis pour délibérer sur ce que je dois faire ».Cyrus leur permit de retourner à Jérusalem et de rebâtir le temple, détruit par Nabuzaradan général de l’armée de Nabuchodonosor. Il restitua à Zorobabel, avec mission de les emporter à Jérusalem, tous les trésors, vases, urnes, ornements et objets précieux au nombre de 7410, qui avaient été pillés par Nabuzaradan.Cyrus prit un édit (en 538) ordonnant à tous ses sujets de laisser passer les hébreux sans les troubler ni les molester, sous peine de terribles représailles. Il confia à son général Satrabuzanes la mission d’enseigner l’art de la guerre à Zorobabel ; le roi l’arma chevalier, et lui donna le pouvoir de conférer ce même degré à tous ceux des Maçons qui lui sembleraient dignes de l’être.Parmi les 42360 Israélites rassemblés, Zorobabel choisit et arma 7000 maçons qui avaient échappé à la fureur des soldats lors de la destruction du temple et les mit à la tête du peuple pour combattre, si quelqu’un s’opposait à leur retour en Judée.Le voyage des Israélites s’effectua sans encombre jusqu’au bord de l’Euphrate, appelé aussi Starbuzanaï, fleuve qui sépare la Judée de la Syrie. Les chevaliers maçons, qui formaient l’avant garde, rencontrèrent des troupes décidées à leur interdire le passage, avides du trésor du Temple que les hébreux transportaient.Ni les palabres ni l’évocation de l’édit de Cyrus ne suffirent à réfréner leur insolence. Les chevaliers maçons les combattirent avec tant d’ardeur que les agresseurs furent tous tués ou noyés au passage du pont. Zorobabel offrit un holocauste au Dieu des armées. C’est alors que les Maçons firent de « Yaveron Hamaïm » un mot de passe signifiant « liberté de passer ».Les Israélites passèrent le fleuve et au bout de quatre mois arrivèrent à Jérusalem, le 22 juin à sept heures du matin, ils se reposèrent sept jours et leurs trois architectes et les officiers commencèrent à jeter les fondations du nouveau Temple sur les ruines de l’ancien. Ils répartirent les ouvriers en différentes classes, chacune avait un chef, assisté de deux adjoints. Chacun des degrés de chacune de ces classes ouvrait droit à un salaire en rapport avec son rang et chacune avait ses propres mots de passe.Le mot de la première classe était Juda et les ouvriers étaient payés au pied de la colonne qui se trouvait à l’entrée du temple.Pour la seconde classe le mot était Benjamin et les ouvriers étaient payés sous le portique. Les ouvriers de la troisième classe recevaient leur salaire au milieu du temple après avoir prononcé le mot Yaveron Hamaïm.Les travaux avaient à peine commencé que les Maçons furent inquiétés par de faux frères de Samarie, qui jaloux de la gloire que les tribus de Juda et de Benjamin ne manqueraient pas d’acquérir en raison de leur nouvelle liberté, décidèrent de leur faire la guerre de façon à mettre en échec leur volonté de reconstruire le temple.Zorobabel avisé de leurs intentions, commanda aux ouvriers de travailler en tenant d’une main la truelle et de l’autre le glaive afin d’être en état de repousser toute attaque.Le Temple fut bâti sur le même modèle que celui de Salomon en respectant les mêmes ordonnances et les mêmes critères.La construction du nouveau temple dura quarante-six ans ; elle commença sous le règne de Cyrus et s’acheva sous le règne d’Artaxerxès.Les Chevaliers libérés par Cyrus et armés par Zorobabel furent nommés Chevaliers d’Orient. L’un d’entre eux fut choisi pour gouverner la nation, car c’était un homme libre. Cette légende inspirée de la Bible est un mélange habile de textes, et traduit avec beaucoup d’imagination les livres d’Esdras et de Néhémie.Quelques éléments du rituelAu quinzième degré la loge comprend deux appartements, l’un tendu de tissu de couleur vert d’eau, l’autre tendu de tissu rouge. On passe de la chambre verte à la chambre rouge par un parvis commun. Dans ce parvis il ya un pont sous lequel est censé couler selon les rituels soit l’Euphrate soit un fleuve mythique appelé « Starbuzanaï » (nom du chef des ennemis déclaré de la reconstruction du temple).Sur le cintre du pont on peut lire les lettres LDP. La loge est éclairée par soixante dix bougies divisées en dix groupes de sept, qui représentent les 70 années de captivité ainsi que les 70 ans d’âge des chevaliers.Le président se nomme « Souverain » et représente Cyrus, roi de Babylone, il est placé sur un trône, lui-même sous un dais. A sa droite siège le Grand Garde des Sceaux nommé « Néhémie » ; il ne quitte jamais sa place, pas même lorsqu’il se présente des princes maçons visiteurs ; ils se placent à sa droite.Devant le Souverain et faisant fonction de Premier Surveillant, est le Grand Général, appelé « Satrabuzanes ». Egalement devant le Souverain, et remplissant les fonctions de deuxième Surveillant, est le Grand Trésorier, nommé « Mithridate ». A la gauche du Souverain est le Grand Orateur, nommé « Esdras ». Tous les frères sont « Princes » parce que Zorobabel, de la tribu de Juda, était prince, descendant de David. Le récipiendaire est nommé Zorobabel et représente le roi des Israélites.Tous les chevaliers sont décorés d’un large cordon vert d’eau, porté de l’épaule droite à la hanche gauche. Sur le milieu doit figurer un pont portant les lettres YH ; ce cordon doit être parsemé de têtes de bras, de jambes ensanglantées et d’épées brisées. Le bijou est un glaive en forme de sabre. Le tablier est de peau blanche, doublé et bordé de vert. Sur la bavette est une tête ensanglantée et deux épées en croix. Dans le milieu du tablier trois triangles de chaînes dont les maillons doivent être triangulaires.Dans cette loge personne ne dispose de maillet. Le Souverain possède une épée et en frappe du plat un tabouret placé devant son fauteuil. La porte est gardée par les deux chevaliers derniers reçus, armés d’une pique. Tous les chevaliers doivent être armés d’une javeline avec laquelle ils forment une voûte lors de l’entrée du Souverain dans le Conseil. On ne doit trouver ni tête de mort ni couleur noire, ni ornement qui rappelle le deuil.Les chevaliers ne portent le deuil de personne.Il n’y a pas de signe d’ordre à ce degré. L’âge est de 70 ans. La batterie de sept coups par 5 et 2. Le mot de passe est « yaveron hamaïm » et le mot sacré « Raphodon » dérivé de « raphodim », nom donné au lieu où les Israélites firent leur dernier campement après la sortie d’Egypte. La grande parole est « Shelo, Shalom Abi » qui signifie selon Claude Guérillot : « le repos est la paix de mon père ».Le chevalier d’Orient va donc revivre la légende du grade, comme il s’est libéré en sortant du puits. Il va échapper à la captivité et à la pénibilité de l’esclavage. Il est devenu un homme libre qui va pouvoir réaliser son projet, reconstruire le temple de Jérusalem. Tentons maintenant d’analyser quelques éléments symboliques du gradeLa thématique du 15ème grade propose de très nombreux sujets de réflexion ; le thème central est la reconstruction du temple de Jérusalem. Il s’agit de relever des ruines ; il faut rebâtir avec la même patience et le même soin, avec le concours et le savoir de tous. Il est question cette fois d’un processus de démarche collective, de l’union dans l’action et le combat.Les maçons rentrant de captivité vont reprendre les travaux. Ce projet ils l’ont médité pendant leur soixante-dix années de captivité. Ils ont gardé l’espérance et sont déterminés face aux épreuves qui les attendent. Il va leur falloir combattre, être armés, être aussi chevaliers avec toutes les valeurs que cela comporte. La référence au titre de chevalier insiste sur le côté responsable et combatif du maçon, sur le lien et l’obligation d’accomplir ce qui a été promis. Après les désastres traversés, le grade nous invite à nous reconstruire, à nous restructurer, à retrouver l’harmonie, avec la volonté de poursuivre l’œuvre et ne pas capituler devant l’adversité.Les chevaliers vont reprendre les outils dispersés, particulièrement la truelle, et combattre en s’armant de l’épée. En effet ce sont bien de nouveaux mauvais compagnons qualifiés de « faux frères » qui viennent empêcher la reconstruction du Temple : ils sont jaloux vaniteux et orgueilleux…c’est bien la partie sombre qui resurgit : les chevaliers se doivent de triompher de cette hostilité. Munis d’une épée, ils sont reliés symboliquement aux forces spirituelles.Mais cette fois, alors que le Sublime chevalier Elu au 11ème degré recevait une épée qui ne lui servait pas en tant que telle mais plutôt à méditer, le Chevalier d’Orient va user de son épée pour trancher, pour séparer en nous le profane du sacré : et ce symbole s’exprime à travers les samaritains qui vont tous périr, signifiant qu’en nous toutes les scories de nos parties profanes vont être écartées.On comprend que l’épée est l’arme noble du chevalier dans son combat contre l’obscurantisme et l’oppression. D’ailleurs les deux épées croisées sur la bavette du tablier symbolisent vérité et justice.La truelle, pour sa part, permet d’effacer les imperfections, de lisser le ciment et de perfectionner l’ouvrage…nous entrevoyons le symbole…Irène Mainguy nous dit très justement que « l’épée et la truelle associées correspondent symboliquement à l’union du Maître Maçon édificateur et du Chevalier actif, qui devient ainsi un Chevalier Maçon ».Le thème de la liberté de passage ainsi que celui du pont sont tout aussi chargés de symbolisme.Zorobabel est l’archétype du rebâtisseur, celui qui rétablit ce qui a été détruit ; Sa liberté retrouvée est intimement liée à la reconstruction. Cyrus, qui dans la bible est « l’oint du seigneur » lui a redonné la liberté de se déplacer, et l’on sait par la légende qu’avant de parvenir à Jérusalem il doit franchir l’Euphrate où l’attendent ses ennemis ; il acquiert là, après de farouches combats, « la liberté de passer » …Zorobabel est un hébreu : le mot hébreu dériverait de abr qui signifie passer, traverser. L’hébreu est donc celui qui au niveau spirituel fait passer son peuple d’un plan à un autre, mais c’est aussi celui qui traverse les fleuves, les déserts et…les épreuves. En assurant un passage libre à ses frères qui désirent se rendre sur le chantier, Zorobabel entrevoit l’espérance d’un nouveau cycle ; il nous permet de passer d’un plan terrestre à un plan spirituel.Ce n’est pas la première fois que le maçon doit franchir un cours d’eau… « Schibboleth » …le compagnon devait franchir le cours d’eau à gué. Le maçon libéré doit passer un pont et il met à son service toutes les forces nécessaires.En passant le pont, en changeant de rive, les hébreux passent de l’état de servitude à celui d’hommes libres, de la matière à l’esprit. Le symbolisme du pont nous rappelle le passage du connu vers l’inconnu, du visible à l’invisible, de la terre au ciel. S’il est un symbole d’union, d’intercession et de relience, il exprime presque toujours un changement d’état…et le caractère périlleux de tout voyage initiatique.Les légendes médiévales parlent d’un pont -sabre ou encore « du pont de l’épée » sur lequel le Chevalier Lancelot doit passer les pieds nus; ce pont est plus tranchant qu’une faux et le passage se fait avec souffrance et agonie. Le caractère initiatique de la traversée du pont est confirmé également par un autre fait : avant de s’y engager, Lancelot aperçoit deux lions sur l’autre rive, mais une fois arrivé, il ne voit plus qu’un lézard : le danger disparait du fait même que l’épreuve initiatique est vaincue.Le chevalier d’Orient peut passer le pont puisqu’il a retrouvé sa liberté. Si sa liberté lui permet sa propre reconstruction, s’il y a un changement d’état après avoir atteint l’autre rive, le chevalier a parcouru un nouveau voyage initiatique. Il est cette fois totalement délivré (physiquement par Cyrus et spirituellement en lui-même). Il peut alors entamer la reconstruction du temple. Il est maintenant relié à son propre idéal de chevalier.L’autre rive n’est-ce pas une nouvelle découverte, un nouveau territoire à explorer ? Après l’affrontement, que va rencontrer le chevalier de l’autre coté du pont ? Un autre assurément, un autre différent, son égal dans tous les cas, son frère peut-être…car à ce jour, le maçon n’avait rencontré que des frères d’un même chantier, tumultueux certes, mais regroupant des hommes issus d’un même apprentissage. Le passage du pont marque à coup sûr une étape dans l’accomplissement de notre liberté.Irène MAINGUY émet l’idée qu’on peut voir dans le passage du pont l’expression du point de passage de l’Ancien au Nouveau testament préparant à l’accession au chapitre Rose-Croix. Le 17ème grade, celui de « Chevalier d’Orient et d’Occident » pouvant être considéré comme point de jonction par la mise en œuvre de l’Apocalypse.Pour RAGON, que j’ai cité auparavant, le pont figure le passage de l’erreur à la vérité : le fanatisme, l’ignorance, la superstition en défendent l’entrée ; Zorobabel, armé du glaive de la vérité, triomphe de tous les ennemis du genre humain.Notons que les trois lettres LDP ont donné lieu à diverses interprétations :– Lilia Destrue Pedibus : Foule les lys aux pieds (sens révolutionnaire) – Liberté De Pensée (au XIXème s) – Liberté, Devoir, Pouvoir – Liberté de Passer est la plus communément admiseDans certains tableaux de loge et tabliers de l’époque on remarquera la présence de l’aigle qui apparait pour la première fois dans le bestiaire maçonnique il est décrit ainsi dans un tableau de 1804 : « Dans la partie supérieure de l’est, est un aigle dressé sur ses pattes, les ailes étendues, la tête fièrement levée observant le soleil qui est à sa droite ». Sachant que l’aigle est le symbole même de l’initié apte à accéder aux plus grandes possibilités d’élévation, qu’il représente la force et la liberté, qualificatifs qui s’appliquent tous à Zorobabel, on ne s’étonnera pas de le voir apparaître à ce degré.Evoquons également le lion qui apparait dans le songe de Cyrus comme la voix de sa conscience… S’il est symbole de pouvoir de sagesse et de justice-qualificatifs qui peuvent tous s’appliquer au personnage-, il fait très vraisemblament référence ici au lion de Juda, titre attribué à David…Zorobabel n’est-il pas le « prince » de la lignée de David, investi par Cyrus d’une mission suprême ?CHEMIN-DUPONTES voit dans le lion rugissant de Cyrus le « démon du fanatisme », auquel l’homme ne peut échapper qu’en cultivant sa raison ; L’aigle et le lion sont deux animaux solaires ; or lorsque les chevaliers parviennent à Jérusalem, l’arrivée se fait le 23 juin, en pleine lumière du solstice d’été. On ne peut manquer de faire le rapprochement…La couleur verte est dominante au 15ème degré : nous l’avons vu le cordon est vert ainsi que la bordure du tablier. Le cahier du rite de perfection de 1805 dispose : « la couleur vert d’eau est la seule qui leur soit propre, parce que le vert désigne la victoire qu’ils obtinrent, et l’eau l’élément sur lequel ils triomphèrent ». Toutefois dans les rituels à deux appartements, le premier est tendu de vert, et le second de rouge, ce qui évoque une sorte d’accès à la puissance spirituelle.La symbolique du vert est – comme celle du pont- la couleur du passage d’un lieu ou d’un état à un autre. Le vert symbolise ici le triomphe des combats spirituels ; il annonce une renaissance spirituelle, il est aussi symbole de régénération et d’immortalité représentée par les rameaux verts.Nous retrouvons au 15ème degré la couleur verte du 5ème degré « Maître Parfait » qui, succédant au noir du quatrième degré annonçait la renaissance. En effet, le deuil d’Hiram achevé, tout peut reprendre… Comme au 5ème degré le chevalier d’Orient va s’ouvrir à d’autres projets, mais sur un chemin plus difficile et semé d’embûches, avant de rencontrer son semblable de l’autre côté du pont et s’engager sur la voie de la connaissance et de la reconnaissance de l’autre.Dans une instruction du 15ème grade on trouve :– Que vous enseigne la couleur verte du grade ? – Que la Maçonnerie est immortelle.Les chevaliers de l’Orient ont gardé l’espérance, le vert est leur couleur, ce vert de l’acacia d’Hiram qui refleurira.Les différentes instructions du grade par demande et réponse que l’on peut consulter fourmillent de détails et symboles qui à eux seuls mériteraient un travail particulier.Je poursuivrai, dans le cadre de cette étude symbolique, par un rituel rapporté par Edmond Gloton (1895-1962) :– Que symbolisent les chaînes des captifs ? – Trois ennemis du savoir qui ont de tout temps enchaîné l’esprit humain : ce sont la tyrannie, la superstition et les privilèges. – Où vous dirigez-vous ? – De Babylone à Jérusalem. – Qu’est-ce que cela signifie ? – Des ténèbres de l’erreur aux lumières de la vérité, des déserts de l’ignorance et de l’esclavage intellectuel aux prairies de la science et de la liberté intellectuelle.Le chemin nous est tracé. Le chevalier d’Orient a choisi délibérément une voie de lumière.Dans une instruction d’un manuscrit de la bibliothèque nationale on trouve les indications suivantes :– Quel est votre nom ? – Zorobabel – Quel est votre métier ? La Maçonnerie – Quels édifices bâtissez-vous ? – Des temples et des tabernacles – Où les construisez-vous ? – Faute de terrain je les bâtis dans mon cœur.Ainsi le Chevalier d’Orient se consacre désormais à sa propre construction, construction toute spirituelle cette fois, dont le centre est devenu son cœur.Le grand Elu, au xiv degré est au centre de l’idée, il est porteur de la réalité du secret: on peut dire que le Grand Elu passe du centre de l’idée à l’idée d’un centre, son cœur. Toutefois, s’il garde désormais le secret de la contemplation si précieuse, le cœur est emmené en captivité à Babylone dans un centre, de détention celui-là. Au XVème degré, c’est une autre forme de vision, un songe, qui fera que Zorobabel et sept mille chevaliers auront la « liberté de passer » pour retourner à Jérusalem. Ainsi comme la plupart des exilés, quand la liberté leur est rendue, Zorobabel retourne dans son pays d’origine. Mais curieusement et peut-être parce qu’il est né en captivité et qu’il n’a pas vu sa destruction, il pense qu’il faut rebâtir le Temple à Jérusalem, qu’il faut préserver le cœur dans un centre, devenu historique cette fois. Et le nouveau Temple sera reconstruit sur les fondements de celui de Salomon et conformément à son modèle. Mais il y a plus : la voûte sacrée-même si elle échappe à la connaissance des exilés- a été préservée : le triangle d’or, la pierre d’agate, le nom divin lui- même subsistent toujours : tous ces éléments sont en réalité le véritable fondement de l’édifice.Zorobabel pourra y ouvrir son cœur.Dans l’instruction du Chevalier de l’Orient de la Mère Loge Ecossaise de Marseille (1851), on lit cette réponse énigmatique à propos de la première pierre posée lors de l’édification du premier temple :– Qui posa la première pierre de ce vaste édifice ? – Salomon – Quel ciment employa-t-on ? – Du ciment composé de farine, de lait, d’huile et de vin. – Expliquez-moi le sens mystique de ce ciment ?Pour former le premier homme, l’Etre Suprême employa la douceur, la sagesse, la force & la bonté.Curieusement, on retrouve au deuxième ordre de sagesse du rite français de 1786 ce ciment sous forme de mixtion qui sert à oindre le Grand Elu sur le front, la bouche et le cœur, à l’aide d’une truelle d’or. Le rituel précise :– De quoi était faite cette mixtion ? – De lait, d’huile, de vin et de farine. – Que signifient ces choses ?Le lait représente la douceur, l’huile la sagesse, le vin la force et la farine la bonté, qualités essentielles au Grand Elu.Tout ces éléments nous interpellent ; je proposerai cette interprétation toute personnelle en faisant le rapprochement avec Zorobabel, « l’oint du Seigneur ». Dans une vision du prophète Zacharie, apparaissent deux oliviers de part et d’autre d’un candélabre d’or et l’alimentent en huile ; ces oliviers représentent Josué et…Zorobabel : ce sont les deux oints du seigneur (littéralement : « les fils de l’huile »). Si l’on considère par ailleurs que le lait est symbole de pureté, le vin de connaissance et que la farine est le résultat d’une purification, nous retrouvons une fois encore les qualités essentielles de Zorobabel.Ainsi, le chevalier d’Orient peut lier spirituellement ses frères à l’aide de ce ciment mystique…et de sa truelle. Nous l’avons compris : c’est ce ciment mystique qui lui servira à construire son futur temple intérieur.Enfin, pour illustrer la portée éminemment symbolique de ce XVème degré, je vous rapporte cette phrase qui suit la description d’un tableau de loge du 15ème degré :« Chacun de ces articles renferme un sens mystérieux qui sera appliqué dans l’instruction; le reste demeurera caché jusqu’au moment où, par amuïssement, la maçonnerie conduira à une solide et permanente fin et au bonheur éternel. Mais combien le nombre de ceux qui pourront être initiés dans les mystères philosophiques est petit ! Heureux trois fois heureux ceux qui en sont dignes ! »En guise de conclusionAprès ce qui s’est passé au quatorzième degré où les Grands Elus ont vu la destruction du temple, destruction qui a amené l’exil, nous avons pu comprendre que le secret des maçons était gardé dans leur cœur et non plus dans un lieu géographique.Mais et cela est surprenant, pourquoi reconstruire un temple matériel alors que l’on sait que le secret est dans notre cœur ?Encore une interprétation toute personnelle : je pense qu’à ce stade nous revenons exactement à la mort d’Hiram… De même que nous n’avions pas compris que c’étaient nos mauvais compagnons que nous devions tuer en nous, de même une fois encore nous avons pris ce temple comme quelque chose d’extérieur, nous ne nous sentons pas responsables de la destruction du temple en désignant comme coupable le roi Salomon ; mais Salomon et Hiram de Tyr ne sont-ils pas nos Rois intérieurs ? Rappelons-nous : Salomon qui ordonne et Hiram de Tyr qui exécute.Certes ce Temple n’est plus exactement le même : il est à la fois matériel (la truelle) et spirituel (l’épée) : il ya passage d’une vision d’un temple extérieur à l’intégration d’un temple intérieur ; et il va falloir qu’à nouveau ce Temple soit détruit pour que l’on envisage enfin d’abandonner définitivement la construction d’un temple matériel.La légende du grade que je vous ai rapportée au début de mon exposé se termine ainsi : « Le second temple ayant été détruit par les romains, les chevaliers du présent âge et descendant de ceux qui l’avaient construit, sont maintenant contraints d’en élever un troisième, sous la conduite d’un nouveau Zorobabel, à la gloire du Grand Architecte de l’univers ».Il faudra même détruire ce temple spirituel : au 18ème degré il est détruit…c’est incroyable…même celui-là doit être détruit… Qu’est- que cela veut dire ? Ne serions-nous, mes BAF, que des bâtisseurs de ruines ?J’ai dit, T S A Navigation des articles Planche Précédente "Quels sont les enseignements tirez-vous de la légende du 15ème degré du chevalier de l’orient et de l’épée" Planche Suivante "Quels sont les enseignements tirez-vous de la légende du 15ème degré"