15°
#412012
Assumer sa qualité d’homme
Non communiqué
Que vous inspire cet extrait du Rituel du 15ème degré « nous retiendrons de ce que nous avons appris aujourd’hui que la qualité d’homme ne peut être pleinement assumé que s’il se fonde, à la fois, sur un effort permanent de compréhension d’autrui et un déploiement continue de courage, de sens social et d’oubli de soi » Commentez.
Depuis notre initiation au 1er degré jusqu’à ce jour les notions de liberté, persévérance, de tolérance, de devoir, de travail sur soi, du développement de la fraternité, vigilance … ne font que s’accentuer et entrent en ligne de compte pour la qualité d’Homme Franc-maçon que nous sommes appelés à devenir, le socle de notre évolution spirituelle. Les dites notions sont renforcées par quelques injonctions que j’ai tirées du Rituel au 15ème dont on peut citer :
« Entre dieu et votre raison, ne permettez à personne de s’interposer »
« Ayez la conviction sincère, mais veuillez à ne jamais être intolérant même si vous devez être victime de l’intolérance d’autrui»
C’est dans ce cadre que se situe le morceau d’architecture sur lequel j’ai l’honneur de vous entretenir ce jour et qui s’intitule Que vous inspire cet extrait du Rituel du 15ème degré « nous retiendrons de ce que nous avons appris aujourd’hui que la qualité d’homme ne peut être pleinement assumé que s’il se fonde, à la fois , sur un effort permanent de compréhension d’autrui et un déploiement continue de courage, de sens social et d’oubli de soi ? » Commentez. »
Le développement de ce thème s’articule autour des points suivants :
I- Qualité d’homme Franc-Maçon
II- Vie, effort permanent de compréhension d’autrui
III- Être prêt à rebâtir
IV- Enseignements du Thème.
I- QUALITE D’HOMME FRANC MAÇON
La qualité d’homme est la manière d’être qui caractérise un être humain. En sorte c’est le degré de ce qui convient plus ou moins bien à une destination particulière. C’est aussi ce qui caractérise quelqu’un, aussi bien positivement que négativement ; ce qui fait qu’une personne est bonne, ou mieux qu’une autre.
À ce propos, voilà ce que dit Jean-Jacques Rousseau « Renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’Homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs. »
Par ailleurs, au premier degré, notre catéchèse nous apprend que le FM doit «Fuir le Vice et Pratiquer la Vertu ».
Il s’agit ici de la qualité d’Homme Franc-Maçon et plus précisément celle d’un Chevalier d’Orient et de l’Épée. Dès notre initiation, on nous apprend qu’un Maçon est un homme né libre et de bonnes mœurs, également ami du riche et du pauvre s’ils sont vertueux.
Sur le chemin initiatique un maçon sait qu’il n’est point parfait, il a compris qu’il est humain, c’est-à-dire de nature complexe, et que son choix d’être initié, d’avoir continué ce parcours, ne fait pas de lui un surhomme. Au contraire, il va progressivement apprendre et comprendre que tous ses efforts, parfois désespérés, pour avancer , seront réduits à néant s’il ne cultive pas les vertus essentielles : la compassion qui est la grande force d’amour de l’humanité, l’humilité qui toujours nous remet à notre place face à l’immensité de l’univers et à son fonctionnement fait d’ordre et de démesure ; par ailleurs il doit développer le courage de s’affronter soi-même, de s’engager dans une croisade contre l’erreur, l’ignorance, l’intolérance, le fanatisme, l’ambition égoïste, le manque de charité et tout ce qui combat la liberté.
Être maçon c’est tenter de vivre sa vie non plus en spectateur mais en acteur, en metteur en scène, c’est se lancer dans l’aventure de l’existence avec curiosité, spontanéité, joie, c’est tomber sous les coups et pouvoir toujours se relever, c’est aussi accepter d’être ce que l’on est et non plus vivre en rêvant d’être un autre que nous ne serons jamais. C’est exister avec nos talents et nos manques, c’est enfin faire le tri de l’essentiel et du superflu.
Le Chevalier d’Orient et de l’Épée s’engage à :
Pratiquer les vertus qui élèvent l’Homme au-dessus de l’animalité, à considérer tous les Hommes comme ses Frères, quels que soient leur race ou leur état de fortune,
Construire et défendre le Temple de la liberté, de la tolérance et du courage : à Ne jamais révéler aucun des secrets de ce degré à aucune personne au monde autre que celles qui y ont droit.
Rester fidèle jusqu’ à la mort à tous les devoirs qu’il est requis d’accomplir envers l’Humanité, envers son Pays, envers sa Loge, envers sa Famille, envers son Frère, envers son Ami.
Ne jamais manquer à sa Patrie, à sa Loge, à sa Famille, à son Frère ou à son Ami, en cas de nécessité, détresse, danger et persécution »
Le Chevalier symbolise en Franc-maçonnerie l’Être intérieur, épris de l’idéal d’amour.
Mais comment le Chevalier peut-il assumer pleinement la qualité d’homme Maçon qu’on lui exige ?
Le comportement de Zorobabel illustre les vertus chevaleresques auxquelles doit s’identifier tout homme. Ce comportement se caractérise par le courage et la détermination à lutter contre toutes les passions, et les vertus nécessaires pour résister aux épreuves de Cyrus. Son refus opposé à l’autorité qui le maintien prisonnier, justifie sa qualité de chevalier. Il garde sa liberté de conscience en opposant sa résistance, ce qui en fait un homme libre. Il met en pratique son serment initiatique. Il est d’ailleurs appelé « Maçon très libre ». Comme Hiram il est prêt à braver les épreuves au péril de sa vie. En refusant d’être libéré à n’importe quel prix, il s’affranchit et se libère intérieurement de toutes contraintes. Par son courage il montre qu’il est un véritable initié prêt à tenir ses engagements pour accomplir sa mission.
À ce niveau de son évolution spirituelle la Maçonnerie lui a déjà donné tous les outils. Il lui revient donc de les utiliser judicieusement pour savoir quel sens donner à la Vie, à sa vie qui exige un effort permanent de compréhension d’autrui.
II- VIE, EFFORT PERMANENT DE COMPREHENSION D’AUTRUI
«Les hommes étant naturellement différents les uns des autres, il leur est impossible de s’accorder complètement sur des vérités fondammentales et que, dans ces conditions, la vie doit, avant toutes choses, être pour eux un Effort permanent et serein de compréhension réciproque » cf. rituel du 15ème
Nous constatons d’une manière générale que tout homme qui se donne sérieusement pour objectif de vivre la vie intérieure rencontre certains obstacles au début de la voie qui doit l’y conduire, obstacles ou handicaps qui se renouvellent suivant l’expérience de chacun, son degré d’évolution dans la mesure où ils ont leur source dans la nature commune aux hommes.
Toutefois il convient de rappeler cet extrait du rituel d’initiation au 4ème qui prévient et rassure le nouvel initié de certaines difficultés qu’il peut rencontrer sur son cheminement : « Les préjugés, les passions et l’erreur placent de nombreux obstacles entre l’homme et la vérité ; mais il n’est point de difficultés que l’énergie, la persévérance et l’intention droite ne puissent surmonter. »
À propos de Zorobabel, le Rituel d’élévation au 15ème nous apprend que traverser le pont, c’est avoir le courage d’affronter les obstacles. Se sentir libre de passer malgré ces obstacles, c’est faire preuve de maturité spirituelle, c’est être conscient que la vie est une succession d’épreuves auxquelles il faut nécessairement se confronter pour progresser. Franchir le pont tout en sachant que d’autres vont tenter de s’interposer exige d’être insatisfait de sa condition, d’être à la recherche d’autre chose ; C’est également se battre contre ses propres résistances et ses peurs intérieures pour devenir Maître de soi-même et de sa destinée. Ce qui permet de développer une ambiance conviviale facilitant une communion dans le travail sur les plans matériel et spirituel.
Nous savons que toute discussion est inutile s’il n’y a pas eu au départ un désir conscient de faire le chemin qui va d’une pensée à une autre. Les différences ne devraient pas se contrarier, mais rendre intelligible leur relativité et introduire une nouvelle dimension de la vérité.
Le passage du pont représente la libération du domaine de la matière et notre accession à celui de l’esprit. Dès l’instant où nous avons acquis la liberté de passer, notre vie prend un relief différent. Nous ne sommes plus l’esclave de nos passions, mais nous devenons libres d’adopter une pensée et des comportements spirituels. Nous devons libérer notre esprit de toutes les forces opposables et comprendre que le vide intérieur peut être comblé par la présence d’une compréhension essentielle dans un amour inconditionnel.
Dans les Loges nous nous exerçons à écouter les autres et à mettre de côté nos affirmations, non pour mieux les comprendre ou parce que leurs idées auraient plus de valeur que les nôtres, mais parce que notre véritable dimension n’est plus l’affirmation de nos pensées, ni l’incapacité à saisir celles des autres, mais à nous ouvrir sur l’infini contenu en nous-mêmes.
Pour s’ouvrir véritablement à la vie nous devons admettre que les hommes exilés sont ce qu’ils sont et ne pas attendre de l’honnêteté d’un voleur, de la vérité d’un menteur, de la générosité d’un avare, de la fidélité d’un traitre, ou de l’honneur d’un frivole. Prendre les hommes comme ils sont sans en être blessés, attendre d’eux ce qu’ils peuvent donner, est le premier bon sens nécessaire pour vivre en harmonie avec la réalité. Le deuxième bon sens est de ne plus entretenir l’illusion que nous sommes le centre du monde – c’est l’Univers qui est notre centre – et le troisième bon sens consiste à accepter que ce n’est plus « moi » qui pense, mais que la vie est une pensée à multiple facettes.
Le Chevalier d’Orient et de l’Épée combat pour sa délivrance, ce qui lui permet d’accéder à la libération et d’envisager la reconstruction du Temple, qui sera un Temple de liberté, de tolérance et de fraternité.
III- ÊTRE PRET A REBATIR
«Les œuvres humaines, même les plus solides, en apparence, étant inéluctablement vouées, tôt ou tard à la destruction, sommes-nous prêts à tout moment à nous mettre à rebâtir? » Nous l’avons appris tout au long de notre parcours maçonnique où destruction et reconstruction sont permanentes: Maitre, nous avons vu la mort du bâtisseur, sauvagement frappé par l’action concertée de l’ignorance, le fanatisme et l’ambition ;
Maitres Secrets, nous avons été confrontés avec la loi du Devoir idéalisée par la Parole perdue ; Maitres élus des Neuf, nous avons compris l’inefficacité de la violence dans les rapports humains ; Grands Maitres Architectes, nous avons à nouveau animé les chantiers où se poursuivait l’édification du Temple ; Chevalier Royal Arche nous avons découvert sous une voute secrète un mystérieux triangle de métal portant le nom divin qui, sur ordre de Salomon, a été scellé dans le socle de la colonne Beauté. On se souvient que le premier temple de Salomon a été détruit par l’impitoyable Nabuchodonosor parce que l’Être perdait de sa vigueur, de son intelligence discriminatoire et de sa volonté. L’idolâtrie gagnait du terrain, le puissant ego opprimait l’Être faible, la force matérielle dominait la spiritualité et ce fut l’exil et ce fut l’oubli. Nous oublions toujours la présence de notre Être.
En exil beaucoup se retourne vers la facilité et la douceur de la vie pendant que d’autres souffrent, beaucoup se contente d’Être forts et de vaincre la matière pendant que d’autres affrontent le temps. Nous sommes enfermés dans le temps et la matière alors qu’il y a un temps pour tout, un temps pour rejeter l’exil et partir à la rencontre de la lumière.
Pour un chercheur de vérité, il y a urgence à se mettre en route même si son côté matériel zoologique veut le maintenir dans son monde et le pousser à lutter contre la force plutôt que pour l’Être universel.
À ce niveau nous devons lâcher l’intérêt que nous portons à nos idées pour éprouver l’existence d’énergie intérieure.
Notre travail maintenant consiste à être libres des mots et des images, des pensées et des intelligences pour passer dans le monde de la sensation. Il est clair pour le Chevalier, qu’il ne pas faut accepter la liberté à n’importe quelles conditions.
Zorobabel nous transmet un bel exemple de fidélité à son devoir, par son refus de dévoiler les secrets.
La liberté est liée à la reconstruction; d’ailleurs tout prisonnier qui est libéré entame un cycle de reconstruction. Cette liberté retrouvée est liée à un combat physique qui demande de forcer le passage et de combattre. Au 15ème degré, le combat du chevalier n’a rien de destructeur. Il est porteur d’une volonté de compréhension, de bâtisseur éclairé, à la recherche de sa réalisation spirituelle.
Le franchissement du pont offre de nombreuses interprétations. Il réunit ce qui dans l’espace est séparé et on peut le considérer comme un symbole d’union.
Passer le pont, c’est avoir la force nécessaire pour obtenir la liberté de passage. Le passage d’une rive à l’autre, entraîne une transformation par l’étape franchie qui peut correspondre à un changement d’état. Ce passage symbolise dans la vie de tous les jours le caractère de transformation de toute quête ou de tout voyage initiatique. Il matérialise la voie à suivre, à entreprendre avec une notion de choix, de volonté et d’engagement pour le futur.
IV- ENSEIGNEMENTS DE CE THEME
L’étude de ce thème nous montre que le « connais-toi toi-même » reste et demeure une quête permanente pour celui qui veut progresser sur le chemin de la vérité. Il nous arrive, tous, de connaitre des périodes difficiles où on se sent seul, perdu, exilé des autres, de la société, des amis proches, la force nous lâche et l’espérance nous fuit. Mais nous savons aussi que ces moments d’exil ne sont que passager même si c’est parfois douloureux, à la limite du supportable, même si cela nous éloigne de ce que nous avons de plus cher au monde. Nous devons faire appel à notre cabinet de réflexion pour garder notre sérénité. L’univers est en perpétuelle transformation, l’homme et les autres espèces en mutation. Nous n’y prenions pas toujours conscience et pensons à tort qu’il n’y a plus d’avenir, plus de lumière.
Le Chevalier d’Orient et de l’Épée sait maintenant où se livre le combat et quel en est l’enjeu. Prenons l’exemple de Zorobabel, prince de la maison de Juda qui peut sauver la vie de son prochain au risque de la sienne. Qui est le symbole du nageur qui ose aller contre le courant et arrive à la rive sain et sauf, ou c’est l’entraineur d’hommes redonnant du courage aux défaillants, celui qui stimule les paresseux, qui persuade les indifférents, qui anime les timides et les méfiants avec sa volonté et son intelligence.
J’ai dit.
Z H
Références Bibliographiques :
1- Le Dictionnaire des symboles de Jean Chevalier, Alain Gheerbrant aux éditions Robert Laffont, 1997;
2- Symbolique des grades de perfection et des ordres de sagesse d’Irène Mainguy ; aux éditions Dervy 2003,2011 ;
3- Rituel du 15ème degré du R.A.P.M.M.;
4- Morale et Dogme de Albert PIKE aux éditions GUIGUE, 2005.
5- Dictionnaire maçonnique de Roger RICHARD aux éditions Dervy, 2002,
6- Cours de « Qabal », livre II par Jean Dubuis, aux éditions PortaeLucis ;
7- Vade-mecum des Hauts Grades de Claude DARCHE, aux éditons DERVY, 2009, 2013.
8- Instructions du 15ème degré, Chevalier d’Orient et de l’Epée.
9- Du Contrat social, Jean Jacques Rousseau – éd. Beaulavon 1903