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Les Agapes
R∴ G∴
Nous avons la joie de recevoir nos FF Chevaliers des vallées de Nîmes et au cours des derniers tenues du Chapitre G.de Gelonne 10 nouveaux chevaliers nous ont également rejoint donnant les uns et les autres a cette cérémonie une chaleur particulière montrant la vigueur du S.C. en Languedoc. T.I.F et vous tous mes FF. Chevaliers soyez les bienvenus.
Je me propose d’aborder Ce soir deux aspects de notre rituel dans sa version actualisée :
L’interprétation d’I.N.R.I.
Et d’autre part l’approche de l’Espérance pour le chevalier R+C.
Cette cérémonie, cela n’échappé à personne est un rappel de la cène du jeudi saint chrétien et aussi du repas du seder de la tradition juive.
Cette année a été marquée par la parution d’un rituel qui entre autre a vu au cours de la consécration des nouveaux chevaliers en quête de la Parole l’occultation de la colonne Espérance. Nous y reviendront plus loin. Mais cette modification n’a pas effacé l’impression d’ambigüité que certains ont pu ressentir dans les dissemblances entre le rituel de réception et les cérémonies de la cène et de l’Agape pascale que nous venons de vivre. La nouvelle rédaction semblait vouloir rejeter toute vision christique. Il me semble qu’en s’ancrant un peu plus dans l’alchimie cet énoncé nous offre non une ambigüité mais une ambivalence. Tout en restant enraciné dans l’hermétisme il invite à une réflexion christique incontestable. Le passage obligé par une alchimie purificatrice, que nous avons entrepris depuis le 1er degré, nous permet d’atteindre plus facilement l’état d’Amour altruiste qui s’impose à chaque chevalier R+C. qu’il se considéré lui-même comme christique ou pas.
Si la référence à la révélation du récit biblique est estompée, celle-ci demeure un témoignage et une source culturelle et morale permanente d’une époque et d’une civilisation profondément religieuses. En libérant les Évangiles du cléricalisme notre rituel conserve la sacralité de Jésus en tant que mythe structurant pour les uns ou incarnation divine pour les autres. Par contre, le dogmatisme est remplacé par une spiritualité intuitive et une quête de l’Esprit, écartant toutes doctrines cléricales qui, elles, restent des systèmes moraux de société.
La plupart des symboles chrétiens du grade ont eux-mêmes été empruntés à des traditions religieuses antérieures relevant d’invariants permanents de l’Humanité. Le symbolisme chrétien reste héritier des sagesses antérieures, Mais on ne peut gommer que l’annonce féconde de naissance, de mort et de résurrection du Christ porte un enseignement moral soutenu par les Évangiles (Aimez vous les uns les autres). Soyons fiers de porter le titre de Chevalier qui implique ce même idéal moral : loyauté, vaillance, fidélité, protection des faibles, maîtrise de soi…
Chaque degré nous ouvre une porte derrière laquelle nous trouvons de nouveaux outils que nous devons apprendre à utiliser. Le grade de Chevalier R+C fut conçu par des ritualistes fortement imprégnés d’hermétisme et de chrétienté, influencés par la civilisation qui était la leur.
Le signe de ce grade montre distinctement les voies du Ciel et de la Terre, encore une ambivalence que nous devons assumer. Nous ne parlons pas au REAA d’un homme abstrait. Nous sommes Corps-Âme-Esprit, tributaires du contingent et du spirituel.
Je ne m’étendrais pas sur les divers symboles qui caractérisent le degré de chevalier R+C. : la croix, la rose, le signe et le contresigne, Emmanuel, le signe du bon pasteur, le phénix, le pélican tous étant abondamment abordés au cours des différents balustres qui nous sont offerts par les chevaliers au cours de nos travaux.
Attardons nous cependant un instant sur ce qui nous réunis aujourd’hui. Comment ignorer la Cène, prémices de l’agape pascale. Moment privilégié à la suspension des travaux.
Il s’agit de la reprise semble t il d’une fort ancienne cérémonie de la religion catholique, ou même orthodoxe, se déroulant le Jeudi-Saint : l’Office des ténèbres. Ce jour-là, pendant l’office des laudes, on plaçait dans le chœur de l’église un chandelier triangulaire pourvu de cierges que l’on éteignait successivement pour symboliser, dans l’optique religieuse, soit l’abandon du Christ par ses Apôtres, soit son agonie progressive. Le cierge du sommet finalement éteint après avoir été un moment occulté, l’église restait dans la pénombre jusqu’aux cérémonies du jour de Pâques. Cette évocation d’une agonie se retrouve bien dans notre rituel :
« nous tombâmes accablés, découragés, haletants. C’était l’anéantissement, l’agonie et la mort. La mort… qui se levait devant nous, menaçante et terrible ! ».
De même l’extinction et la réanimation des lumières semblent calquées sur cette ancienne cérémonie, héritière du sacrifice christique avec toutes ses significations
L’agape répond au même symbolisme et fait l’objet d’instructions claires du Suprême Conseil :
« La principale fête du REAA est le jeudi précédant Pâques.
Aucune raison ne peut justifier l’absence de réunion du Chapitre ce jour-là ; et si dans la localité où vit un chevalier, il n’en réside point d’autre, il doit accomplir la cérémonie seul, et s’unir en esprit avec ses frères qui, le même jour, penseront à lui. Si un chevalier est en voyage, il peut et doit s’acquitter de ce devoir.
Si un chevalier en connait un autre éloigné de moins trois lieues, il doit lui écrire, et se réunir en Chapitre avec lui le jeudi saint et dans ce cas, ils doivent se rencontrer à mi chemin. »
En ce jour de 9 avril 6009 assumons nos obligations et prenons conscience que l’on ne peut suivre différentes voies initiatiques, quant bien même elles seraient maçonniques, si toutes se valent sans doute, on ne mélange pas l’huile et l’eau comme le dit un proverbe soufi… Nos serments rappelons le nous ont conduits à une alliance avec l’Ordre Écossais ce qui doit prédominer sur lesambitions personnelles ou la collecte intensive de grades et tabliers dans tous les rites connus ou a venir.
C’est sur une telle dispersion que se brisent toutes les quêtes dans une tartufferie d’apparence et des discours émotionnants vides de sens. Dans un de ses ouvrages Jacques ELLUL qualifie ces pseudos-cherchant d’ « effusionnistes » qui arrivent à penser qu’une simple cérémonie puisse remplacer la véritable quête incessante et infinie vers la Vérité
Dans cette évocation symbolique du grade je n’oublie pas les 3 vertus théologales : Foi, charité et espérance. Mais aujourd’hui je ne retiendrais que l’Espérance que nous avons vu s’éteindre, nous l’avons vu, lors de la cérémonie de réception de nos nouveaux Chevaliers ce qui n’était pas le cas dans notre ancien rituel.
Mais je ne résiste pas à un retour sur l’interprétation à donner à d’I.N.R.I. : La nature est renouvelée entièrement par le feu
Si I.N.R.I. est inscrit sur certaines cathédrales et au fronton d’églises par des Compagnons connaissant son symbolisme ancien, ce monogramme «IGNE NATURA RENOVATUR INTEGRA » signifie sur le plan alchimique : « La nature est renouvelée entièrement par le feu » Cette nature est la manifestation de l’immanence. Mais rénové n’est pas créer, seul le Principe a ce pouvoir ; notre action n’est que sur le contingent. Rénover c’est faire renaître, redonner sa force à quelque chose. Changer, améliorer ce qui s’est dégradé, ce qui a perdu ses qualités, rendre meilleur sur le plan moral, intellectuel. C’est une invitation à retrouver par la purification et l’ascèse la condition primordiale de l’homme. Et par une mise en action hermétique, alchimique, maçonnique rénovateur.
L’apprenti a été rénové après une purification par le feu au centre de la loge lorsqu’il a frappé à la porte du temple. Le Chevalier lui, par le feu d’INRI au seuil du désespoir dans sa quête de la Parole Perde. Au bout d’une route épuisante dans les incohérences et les corruptions du monde profane.
Mais n’éludons pas l’autre vision d’I.N.R.I. Même si au départ cette sentence se voulait dérisoire car On peut douter de l’intention ésotérique de Pilate en l’inscrivant au sommet de la croix. Elle nous annonce inconsciemment la valeur spirituelle du supplicié.
Jésus de Nazareth Roi des Juifs. Iesus Nazarenus Rex IudoerumEt surtout examinons le terme de Nazareth.
Dans l’optique judaïque. Nazareth était la ville où devaient s’accomplir les prophéties, Celui qui passe par Nazareth, le nazaréen, est aussi celui qui a été consacré, l’élu. L’homme judaïque pour être sanctifié, pour retrouver ses facultés latentes, pour atteindre sa sacralité doit passer par un certain état de Ir nazir» qui signifie séparé, mais aussi consacré ; ces deux qualificatifs peuvent rappeler quelque chose à certains d’entre nous. Saint Jean Baptiste est réputé consacré au rite du Nazaréat, rite hébraïque. Il s’agit d’un rite remontant à l’époque patriarcale, issu de rites égyptiens, vraisemblablement venu de Chaldée, pour consacrer une partie de la vie d’un homme au culte divin, sans être prêtre pour autant. Le rite consiste à se séparer des hommes pour se consacrer à la divinité ou à la recherche spirituelle, en pleine connaissance decause. Le Christ est appelé le Nazaréen, ainsi que les tous premiers chrétiens. Le Nazaréat, est invite à l’ascétisme. Ne pouvons nous pas retrouver là encore une définition qui s’appliquerait parfaitement : la vocation du Chevalier R+C
Ces deux approches, à mes yeux se parachèvent.
Mais revenons à l’espérance.
Albert Camus, nous dit -« Tout le malheur des hommes vient de l’espérance » Mais de quelle espérance parlons-nous ?
vivre dans l’espérance, c’est se refuser de vivre au présent dans l’espace et dans le temps, c’est s’en remettre au futur, tout en se limitant, en s’attachant, s’illusionnant sur des valeurs matérielles. C’est une espérance immédiate.
Nous vivons, trop souvent, pour satisfaire nos besoins nos impératifs de créature qui ont été bien décrits par R.BARJAVEL dans son essai « la faim du tigre » Ces besoins qui se manifestent par la faim, la soif, l’appétit sexuel, sont constitutifs de l’être vivant. Ainsi il ne se préoccupe que de son instant présent, dans un matérialisme égoïste qui l’éloigne inexorablement de la Vérité.
Pour la Bible, il existe une différence entre les mots « espoir » et « espérance ». On pourrait résumer cette différence en disant que : l’un meure et l’autre demeure ! En effet, si l’espoir est humain, il n’est rien d’autre qu’humain ; il trouve sa source dans les aspirations et dans les désirs les plus secrets du cœur. Mais cet espoir là est souvent pour ne pas dire toujours déçu.
Ceci fait apparaître la profonde équivoque qui est celle de l’homme partagé entre son désir matérialiste, s’accrochant toujours aux objets sensibles, imparfaits, impropres à le satisfaire et son espoir spirituel. L’espérance est toujours aspiration à ce qui nous manque l’espérance est un « désir sans savoir », car nous n’espérons que quand nous sommes dans l’ignorance du VRAI.
Pour le chrétien, l’espérance est déjà là : celle de la Résurrection de Jésus, le jour de Pâques. Pourquoi alors parler d’espérance, mot qui engage le futur, pour une victoire déjà acquise ?
Que nous dit le rituel de l’espérance :
« L’Espérance est, pour nous ce sentiment inné et ancré au cœur des hommes et qui a permis à l’humanité de surmonter ses misères, ses souffrances, ses échecs et ses reculs. Ce sentiment a toujours suscité chez les hommes, un désir de perfectionnement spirituel.
Grâce à l’Espérance, l’humanité poursuit sa route vers une ère de Vérité et de Lumière, vers le Royaume de l’Amour et de l’Esprit.
Ainsi l’initié ne fonde pas son Espérance sur l’attente d’une aide ou d’une récompense, mais sur le besoin de dépassement qu’il ressent en lui –même »
Cette approche nous montre bien que pour le R+C il s’agit d’une quête de réalisation « ici et maintenant ~ et non de l’espérance d’un salut.
Selon Platon, la seule chose éminemment désirable est la vérité. Mais ce désir qui est à la source de la connaissance ne partage absolument rien avec les mauvais désirs qui naissent de la matérialité. Il en vient à conclure, et tel est le thème du célèbre mythe de la caverne, que le seul moyen pour l’homme de parvenir à la vérité est de se détacher pour « regarder avec l’âme en elle- même les choses en elles-mêmes ».
Nos Chevaliers au cours des voyages à la recherche la Parole perdue le CHV sont arrivés à ce seuil. Au bord de la mort ils déclarent :
« nos genoux fléchissaient sous le poids de notre corps, notre vue n’apercevait aucun terme à la route où nous étions engagés, notre oreille ne percevait plus aucun son et la parole expirait sur nos lèvres…».
Ce désespoir les conduit à se lamenter, au désespoir mais le « souffle » les sauve en leur communiquant « la Parole », la « Connaissance ». Alors qu’il leur faut comprendre et agir pour saisir et accomplir les plans du G.A.D.L.U. Construire la voie d’Amour. Au cours de l’extinction des lumières durant l’agape pascale le Premier Grand Gardien nous met en garde “ L’Espérance abandonne celui qui veut arracher ses frères au joug de la tyrannie et protéger le faible.” Là il ne s’agit donc pas de notre évolution personnelle mais de la transmission qui est la mission de chacun des Chevaliers : « donnez a manger à celui qui a soif et à boire a celui qui a soif «
le T.S., au cours de la réception, constate et déclare : « Hélas ! L’Espérance s’est éteinte » Est ce notre destin ? Devons nous renoncer ? La Foi doit nous soutenir et
Il est donc indispensable se débarrasser de ces espérances ou plutôt de ces espoirs. Ces deux mots voisins peuvent nous égarer. Il nous est donc indispensable d’écarter ce désir tout ce qu’on ne peut pas avoir ou qui n’ont plus d’intérêt une fois possédées. Le chemin de la recherche de la Parole nous enseigne à renoncer à aux caprices mondains, et à vivre dans le siècle présent selon la sagesse, la justesse, en conformité avec les plans du G.A.D.L.U. En corrigeant nos erreurs, en pardonnant aux autres, à passer à l’action en mesurant et en acceptant nos forces et nos faiblesses. Tout en reconnaissant nos limites
Le drame de l’Homme « cherchant » et du Chevalier en quête de la Vérité c’est son impuissance à concevoir, à percevoir la vraie de la Réalité. Notre nature au sein de la Manifestation nous astreint à vivre avec la dualité, entre notre nature humaine et notre aspiration spirituelle.
Il nous faut agir pour nous libérer de ce tourment et c’est en cela que sur le chemin initiatique l’espérance peut s’éteindre. Nous pourrions comme l’écrivain UNAMUNO considérer que – « la vie est une tragédie et une tragédie est un combat permanent sans espérance d’une victoire»
Si l’erreur nous égare sur ce chemin de détachement nous risquons de nous retrouver devant la mauvaise porte et rappelons nous la Divine Comédie :
« Vous qui entrez, laissez-là toute espérance » (Dante L’Enfer La Divine comédie) Et pourtant dés le 1er degré nous sommes interrogé :
« en qui mettez vous votre confiance ? En Dieu ».
Faire confiance, donner sa confiance, voilà qui paraît inhabituel voire incongru dans le monde qui est le nôtre, qui paraît plutôt caractérisé par la méfiance. La confiance engage l’être tout entier. L’initié lui-même, se transforme en un pont solide reliant deux rives. L’Initié vivra alors dans les deux univers à la fois, le matériel et le spirituel, et les réunira en un seul, dominant la dualité du monde. Cette confiance nous conduit à la Foi et la Foi : l’espérance.
Pour finir en cette fête de Pâques qui nous a conduits à partager le pain et le vin permettez-moi un petit quatrain dont je ne peux vous donner l’auteur mais qui doit nous inciter à la tolérance puisque s’il est accompli le Chevalier R+C se doit d’être : tolérance, Amour et humilité :
Le christianisme c’est le pain et le vin,
Le judaïsme, c’est le pain sans levain,
L’islamisme, c’est le pain sans le vin.
Ça vaut pas d’en faire un fromage !
J’ai dit.