La charité procède de l’unité du cosmos
Non communiqué
Les flammes par lesquelles vous êtes
passé figurent le quatrième
élément symbolique des anciens ; puisse
le feu qui vous a enveloppé se transmettre dans votre
cœur en un amour ardent pour vos semblables, puisse la
Charité inspirer désormais vos paroles
et vos actions.
Ces paroles prononcées par le
Vénérable Maître à
l’issue du troisième voyage
exécuté lors de notre initiation,
préfigurent déjà toute
l’importance que devra prendre cette vertu de
Charité tout au long de notre vie maçonnique.
Au second degré lors du cinquième voyage, il nous
est rappelé le message de Jean ne cessant dans ses Evangiles
et Epîtres de clamer au nom du Christ le commandement
d’Amour : Aimez-vous les uns les autres.
Je citerai encore quelques phrases prononcées lors de la
prestation de serment à divers autres grades.
Au treizième degré : Je jure
d’accroître encore mes sentiments
d’amitié pour mes Frères.
Au quatorzième degré : Je jure de
considérer tous les hommes comme mes frères
quelque soient leur race ou leur état social. Je promets de
visiter mes frères s’ils sont retenus par la
maladie, de les assister dans leurs besoins, d’aider de tout
mon pouvoir au soulagement de leur infortune.
On le vois donc, la Charité est
l’un des préceptes majeurs que s’engage
à respecter le Franc Maçon, mais s’il
peut être aisé de s’engager formellement
quant à l’observation de principes, quant
à l’obligation de travail, s’engager
à aimer est beaucoup plus difficile, car il s’agit
là d’un sentiment que la seule volonté
ne suffit peut être pas à activer, même
si fondamentalement l’amour, cette pulsion naturelle de
l’être, doit le conduire à la recherche
de joie, de bonheur, d’épanouissement vital dans
la rencontre et la découverte d’autres
êtres.
La notion de charité ne sera donc souvent perçue
au départ qu’a travers
l’interprétation commune qu’on peut lui
donner, certes déjà importante, mais qui
n’est en fait que l’amour du prochain que souvent
nous confondrons avec de nombreux synonymes tels qu’
altruisme, assistance, bienfaisance, humanité, indulgence,
miséricorde, philanthropie,
pitié…etc…et nous sommes bien loin
encore de la conception telle qu’elle figure dans le rituel
d’Initiation au 18ème degré :
« La Charité procède de
l’ Unité du Cosmos »
conception sur laquelle, tout à l’heure je
reviendrai.
Faire le pas qui sépare d’autrui, nécessite d’abord de faire celui qui sépare de soi même. Il faut donc que nous parvenions à voir clair dans notre propre vie, à sortir de nos propres contradictions, à vaincre notre égocentrisme et notre vanité, à combattre nos faiblesses et nos passions, à nous connaître nous même, à nous accepter tels que nous sommes, à devenir les homme nouveau dont nous avons pu définir le contour lors de notre introspection dans le cabinet de réflexion avant notre Initiation, et les quelques temps passés en tant qu’apprentis sur la colonne du septentrion ne pourront que nous aider à nous ouvrir à cette force mystérieuse qui unit les cœurs, qui vise au rapprochement et à la fusion des âmes qui représente l’indispensable lien, le ciment qui assure la cohésion des membres de la Loge.
Au second degré du rite, le Compagnon apprend à connaître ses semblables et l’Univers. Il prend conscience des lois immuables qui régissent les mondes, c’est-à-dire de l’œuvre du Grand Architecte de l’Univers. Il entre en contact avec le Bien, le Beau et le Vrai comme cela est si bien rappelé avant que soient communiqué les 15ème et 16ème degrés du rite lors l’initiation au 17ème.
C’est ensuite le grade de Maître qui
enseigne à l’Initié, les moyens de
surmonter sa personnalité en lui montrant les limites que la
mort lui assigne et en lui faisant comprendre que pour
dépasser ces limites, il faut élever cette
personnalité jusqu’au point où elle
s’identifie à ce qui a la permanence de
l’Universel et de l’Eternel, jusqu’au
point où elle parvient en quelque sorte, à fondre
sa propre entité dans une entité plus vaste. Mais
la réalisation effective de cette intégration,
nécessite au moins trois conditions :
l’initié doit apprendre à
connaître cette entité plus vaste, le Cosmos
dont il est à la fois partie intégrante et
réduction.
Il doit parvenir au don de soi, à l’amour
absolu de ce dont il possède. Il doit savoir agir
enfin sur le plan de la vie terrestre et sociale pour atteindre ce but
qui se trouve être le but même de notre Ordre, qui
a pour finalité l’accession de
l’espèce à un agencement et
à une harmonie qui sont la réplique de
l’agencement et de l’harmonie du Cosmos.
Déjà la vertu de Charité a pris une autre dimension aux yeux de l’Initié, qui s’efforçant de comprendre et d’appliquer tout au long des degré de perfection ce qu’engendre les vertus cardinales que sont : la Justice, la Force, la Prudence et la Tempérance, le conduira à une plus profonde communion humaine, prenant en compte la diversité et l’union afin qu’ensemble nous marchions sur le chemin de la Connaissance, de la Vérité, afin qu’ensemble nous sentions ce besoin de vivre la vie de l’Univers tout entier dont chaque être est une parcelle.
Tous les degrés du 1er au 14ème ont été nécessaires pour que la pierre brute progressivement se transforme, pour que l’homme nouveau apparaisse, conscient maintenant de toute la spiritualité qu’il porte en lui, et qui désormais le fera œuvrer sur un tout autre plan à la fois spirituel et métaphysique.
Au 18ème degré, la
Charité ne sera plus alors perçue et
interprétée au sens commun du terme mais au sens
d’Amour, qui s’il est
étymologiquement le même, prendra pour le
Chevalier Rose Croix sa vraie signification et sa vraie valeur, en
renforçant d’ailleurs son action
à l’égard de la Charité
telle que perçue dans son interprétation commune.
Comme la Foi et l’Espérance, la Charité
n’est elle pas une vertu théologale qui a donc
pour objet Dieu ou pour le Franc Maçon le Grand Architecte
de l’Univers, qui a mis dans son acte créateur un
Amour suprême.
Que le Grand Architecte de l’Univers soit
Amour et qu’il s’aime lui même aurait pu
suffire. Une immense harmonie devait alors exister.
Il n’avait pas forcément besoin de
créer, il n’avait pas besoin de nous, ni
d’être en nous, mais en mettant de
l’amour dans tout ce qui est créé, en
nous y associant, en nous y élevant, c’est bien
pour que cet amour soit aussi le nôtre et pour que nous
l’exercions.
Le véritable rapport de charité avec
l’autre consistera donc à transposer cet Amour,
afin que non seulement il se sente aimé pour lui
même, mais aussi reconnu pour la spiritualité
qu’il porte en lui, résultant de cet acte
d’amour originel.
Issus du un et du tout, nous sommes aussi le un et le tout, au même titre que tout ce qui se trouve dans l’Univers, et si l’origine était Amour, toutes parcelles de l’Univers sont par immanence elles aussi Amour. Or notre corps, comme tous les autres éléments est constitué de milliards et de milliards de particules qui déjà existaient il y a quinze milliards d’années dans les quelques micro secondes qui suivaient le Big Bang, et comportent donc en elles l’Amour initial, à une différence près néanmoins, c’est qu’elles ne sont plus dans le chaos, mais agencées dans des structures extraordinairement compliquées permettant la pensée, l’esprit, l’intuition, la réflexion qui nous amènera à découvrir au plus profond de nous, cet Amour, grâce auquel nous pourrons d’une manière progressive nous mettre en phase et en harmonie avec la gigantesque beauté du cosmos.
Dans l’étude des cas de patients revenus d’une expérience de mort imminente, il est observé qu’ils évoquent pratiquement tous avoir ressenti dans ces rares instants un immense amour, infini, qui submerge la personne au point qu’elle souhaite le partager avec l’humanité toute entière, et qui va conditionner leur comportement affectif pour le temps qu’il leur reste à vivre.
Nous pouvons constater aussi que l’Amour, et nous ne pourrons plus alors parler de charité au sens le plus commun du terme, déborde largement des seules sciences humaines, car cet amour semble s’étendre, sous des formes certes particulières, à tout le règne animal par exemple : il suffit d’observer le comportement des animaux domestiques vis à vis de l’homme, d’une part, et entre eux d’autre part, vis à vis de leur progéniture, du groupe, du troupeau ou de la meute, pour ressentir l’existence de ce sentiment, chez ces êtres qualifiés d’inférieurs. L’état actuel des sciences ne nous a pas encore démontré que tout élément de la nature qu’il soit végétal voire minéral ne comporte pas quelque part au sein de leur composants les plus infinitésimaux des vibrations en harmonie avec le cosmos mais peut être un jour le découvrirons nous.
L’Amour partout est présent dans l’Univers !
L’harmonie initiale, totalement
atomisée, lors de l’acte créateur,
s’est donc transformée en un Amour parcellaire
inondant totalement le cosmos afin que tous les composants de ce
dernier puissent en être imprégnés, le
développer encore, afin de le rendre plus beau, plus fort,
pour qu’une fois l’harmonie retrouvée elle
se soit enrichie de l’esprit participatif de la
création même. Tout pourra alors se
re-concentrer en un point infinitésimal de
densité infini hors de l’espace et du temps.
L’unité sera retrouvée. Tout sera dans
le Un, le Un dans le Tout que Le Principe Créateur aura
permis de rendre plus ineffable encore.
Devant une telle réussite, et à fortiori si le
résultat escompté n’avait pas
été satisfaisant, pourquoi ne pas
recommencer ? C’est ainsi que peut être,
l’Univers que nous connaissons, n’est ni le
premier, ni le dernier et qu’indéfiniment
l’acte créateur auquel nous participons, et
participerons donc, s’est perpétué et
se perpétuera.
Ce n’est bien sûr là qu’une hypothèse, qui pourrait facilement être remise en cause lorsqu’on constate ce qui se passe sur notre infime planète perdue dans notre infime galaxie, au sein d’un Univers sans limite.
Où est l’amour allez vous me dire
mes Frères, quant on constate la misère
existante, les guerres, les massacres, les ignominies et
l’indifférence des êtres à
l’égard de ces dernières ?
Il n’est pas, j’en suis convaincu absent, mais
l’humanité vient de naître et bien que
son avenir soit vraisemblablement très limité
dans le temps par rapport à celui de l’Univers,
elle n’en est qu’au B-A BA de son
évolution. Cependant, journellement, des progrès
s’accomplissent dans le rapprochement des peuples, dans la
prise en compte de l’autre, dans l’amour des
hommes. Bien sûr, l’harmonie n’existe pas
encore, pas plus qu’elle n’existe
d’ailleurs au niveau du Cosmos, qui malgré sa
beauté apparente, subit en permanence
d’énormes cataclysmes à une
échelle inimaginable pour les hommes que nous sommes.
Néanmoins, la matière s’est déjà organisée admirablement à partir du chaos, de la soupe primordiale qui suivait le Bing-Bang et continue de le faire, pour atteindre j’en suis convaincu, dans un avenir indéfinissable l’équilibre d’une parfaite harmonie. Alors l’humanité, disposant elle de son intelligence au sens le plus large du terme, en y incluant l’intuition, l’imagination, l’affectif et la conscience, l’accompagnant et l’aidant dans sa progression, ne peut elle aussi que tendre à terme vers cette sublime harmonie. Il nous reste encore quelques cinq milliard d’années pour y parvenir soutenus de surcroît par la foi et l’espérance qu’est la nôtre.
L’histoire de l’homme, laisse à penser à l’évolution d’un intellect de plus en plus riche et probablement de mieux en mieux utilisé, par une incessante montée de la conscience. Viendra donc l’instant ou il sera convaincu n’être pas le fruit du hasard, mais celui d’un vaste dessein voulu et programmé lors de l’acte créateur, et qu’il participera alors pleinement à cet Amour Universel, pour le grandir encore.
Nous Francs Maçons, de par notre initiation et notre évolution spirituelle qu’a engendrée la méthode graduelle du REAA, sommes convaincus que nous ne sommes pas des étrangers dans un monde absurde où nous serions condamnés à vivre, mais une partie intégrante de ce monde, une partie originale et irremplaçable. Si cette prise de conscience plus évoluée nous conduit à une plus grande liberté, elle impose aussi bien sûr des responsabilités accrues, et une réelle action dans un contexte de travail et d’amour, travail incessant et amour incessant, pour espérer coopérer à l’œuvre de la Création. Alors, si ensemble nous voulons participer à l’édification du grand Temple de l’humanité, il nous faudra extérioriser cet amour que nous ressentons au plus profond de nous même. Il nous faudra apporter un soulagement, une consolation aux misères et aux malheurs de nos semblables, adoucir la vie si dure, si douloureuse de tant d’êtres vivants, s’ériger en défenseur des faibles et des opprimés, avoir un dévouement total pour nos semblables que nous sommes tenus d’aider, d’assister et d’aimer, comme cela nous est si bien rappelé dans l’instruction du 18ème degré.
De façon lente mais progressive, sans doute disparaîtront alors servitude, violence, souffrance, torture, inégalité, injustice et exclusion pour que l’humanité entière devenue libre puisse être respectée, jouir de ses droits, assumer ses devoirs, vivre cet amour et le transmettre, et contribuer ainsi au renouveau d’une suprême harmonie, plus belle encore que celle existant à l’origine, puisque enrichie d’un amour sans cesse grandissant, qui peut être était le but même de l’acte créateur.
Alors mes FF Chevaliers Rose-Croix, agissons et espérons !!!
Très Sage, J’ai dit.