18°
#415012
Charité, Caritas, Agapé
M∴ L∴
Il m’a été donné de traiter de la charité, en comparant celle ci à l’égard du prochain et vis à vis d’autrui inconnu. Sans vouloir définir le mot charité, et tomber dans les revers de la sémantique, je me permets de faire un court rappel sur son origine et sur son sens.
en latin ou Agapé en grec que nous traduisons par charité signifie affection, amour, tendresse et dévouement. Généralement nous employons ce terme pour désigner un amour de parenté ou d’amitié, distinct de l’amour-passion et du désir sexuel.
Lors de mes recherches sur l’origine historique et biblique de la charité, il m’est apparu des définitions intéressantes à signaler. En effet, dans la première lettre de l’apôtre Paul au Corinthiens, ce dernier fait de la charité, la vertu des vertus. Il la décrit comme dépourvu d’orgueil et de vanité, à base de droiture et de désintéressement, d’esprit de justice et de vérité.
Il la place au-dessus de la foi et de l’espérance. Il l’identifie à une générosité de cœur entraînant une générosité de l’intelligence. Pour Paul, le modèle de l’amour n’est pas seulement le modèle altruiste, mais aussi le renoncement à soi dans le dépouillement et l’humiliation volontaire.
La foi est indispensableà tout homme pour se dévouer à une grand tâche relevant d’un haut idéal.
L’espérance ouvre les perspectives d’une évolution progressive des sociétés humaines.
La charité se définit comme la mise au service de l’humain de toutes ses ressources matérielles et morales, avec un entier désintéressement pouvant aller jusqu’au sacrifice de soi même.
Si l’on recherche la spécificité de l’amour, au travers de la charité, on la trouve spontanée et gratuite. A ce titre le Caritas est un exemple d’un amour désapproprié, d’un amour qui n’a plus rien d’égocentrique. Pour aimer quelqu’un d’un amour de charité, on n’attend pas qu’il se rende aimable, qu’on puisse lui plaire. On l’aime sans condition préalable et, parce qu’on l’aime, on crée une ouverture vers lui, et même un passage en lui.
Pour traiter de la question posée, j’ai procédé à sa décomposition en un premier temps, et à sa recomposition en un deuxième. Je me trouve alors face à deux sujets.
La charité est-elle facile à l’égard de son prochain ? La charité est-elle facile à l’égard des êtres que nous ne connaissons pas ?
Au préalable, il convient d’écarter la notion d’aumône, qui à mon sens peut donner une signification matérielle et vulgaire, étant entendue que la charité comme nous la percevons, nous FM ne se limite aucunement à une simple donation. Car nous donnons peu de choses lorsque nous donnons de nos biens.
La charité au sens maçonnique est axée vers l’amour altruiste dépouillé des aspects palpables et mesurables. Etre charitable en maçonnerie, c’est aimer son frère sans condition, sans jugement ni comparaison, nous sommes senséaimer nos frères tel qu’ils sont, souvent même sans bien les connaître.
Lorsque nous parlons de charité, nous ne pouvons occulter son aspect généreux. Il est bien de donner lorsqu’on est sollicité, mais il est mieux de donner sans être sollicité, car pour les généreux, rechercher ceux qui recevront est une joie plus grande que le don.
NIETZSCHE, dans son livre, «ainsi parlait Zarathoustra», déconseille l’amour du prochain, au profit de l’amour du plus lointain. Il argumente
sa thèse en se basant sur le refuge et la facilité de l’amour des proches contrairement à celui des plus lointain.
La facilité, d’aimer son prochain, est propulsée par une notion de devoir. Une sorte de contrat moral reliant les divers protagonistes. Ce devoir véhicule et motive les actes et les pensées envers autrui. Le respect de l’engagement moral habille bien souvent les réactions de l’homme.
Bien qu’à mon avis, facile l’amour de son prochain, cela n’enlève en rien sa dimension, sa grandeur. D’ailleurs, il me plaît de remplacer le terme facile par facilement transmissible ou facilement partagé.
La charité est une vertu, et il n’est point de vertu facile.
Alors vivre la charité avec son prochain présente quelques avantages :
La connaissance même minime de l’autre,
Le lien affectif,
Ses réactions parfois prévisibles,
La connaissance de ses faiblesses.
Ces avantages peuvent conforter l’être dans son action, car bien qu’il soit dépouiller de tout intéressement, le fait de connaître l’autre, le soutien et rassure son subconscient, lui procure l’impression du devoir accompli. Alors dans son acte, l’homme se remet moins en question.
L’amour ne s’éveille-t-il pas indépendamment de toute prescription ? lui dont la naissance, loin de constituer un devoir, n’apparaît-il pas comme une grâce suprême ?
Donner son amour à un inconnu nécessite un travail de profondeur sur soi. D’abord il faut vaincre la peur, la peur qu’on a en nous pour aborder un inconnu, qui en général nous a rien demander. La peur de sa réaction imprévisible, mais surtout la peur de soi pour franchir le pas.
Forts de notre volonté de nous transformer pour évoluer dans l’Amour, il nous faut réaliser notre principal obstacle.
Il nous a fallu des années pour construire notre personnalité et élaborer notre esprit critique. Ce faisant, nous avons développé une forme d’ego qui nous est néfaste.
Mais nous avons du mal à nous faire à l’idée qu’il faille maintenant nous en séparer ! L’ego signifiant l’unité transcendantale du moi.
Il se manifeste dans notre vie soit par l’égoïsme (nous agissons pour nous-mêmes), soit par l’altruisme (nous agissons pour autrui). Si nous agissons pour nous-mêmes, tous nos actes sont alors motivés plus ou moins consciemment par un désir de recevoir, de se faire plaisir.
Il ne s’agit pas d’abandonner l’ego – car, en Amour, il n’y a rien à détruire. Mais il convient peut être de se servir de l’esprit critique pour parvenir à distinguer les obstacles sur la route qui mène à la perfection.
Je me sers de mon besoin d’exister pour transformer mes dons d’Amour intéressé par des dons d’Amour gratuit. Petit à petit, ces actes prennent naissance dans un élan vers les autres, ces actions ne sont plus calculées, et on ne cherche plus à en tirer un bénéfice : ces actes partirons alors du cœur pour atteindre un autre cœur.
C’est ainsi que l’on parvient à donner la priorité aux autres pour que l’ego acquiert les qualités nécessaires à l’évolution et l’élévation vers l’idéal.
Le terme Amour altruiste ou charité, qualifie une attitude morale concrète qui, par-delà toute crainte, privilégie autrui.
L’altruisme manifeste un débordement de l’amour propre naturel, calculateur et soucieux de préserver le soi. Une sorte d’aura entoure le terme d’altruisme. On est à la frontière de l’exceptionalité car l’individu, par l’autre et pour l’autre, est élevé au-dessus de lui-même.
Toutes les religions entière font de l’amour du prochain, égal à et même critère de l’amour de Dieu, une exigence. Et la célébration de l’amitié dans la philosophie ancienne, exprime la rareté et le bienfait inattendu de cette générosité qui met l’autre au-dessus de soi et fait de la relation généreuse le lieu d’une vie nouvelle. L’amour altruiste n’est pas qu’une affaire de sentiment. Il est décision pour l’humanité entière.
Enfin mes frères, je dois vous avouer qu’à ce jour je n’ai pas trouver de réponse quand à cette question, car à mon humble avis, la charité dans le sens amour du terme doit rester plutôt exhaustive que sélective. Et chercher à la qualifier en fonction des divers protagoniste, me semble trahir son essence.
J’ai dit