18° #415012

En quoi suis je un chevalier rose croix

Auteur:

S∴ W∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Introduction

Nos connaissances intellectuelles ne valent que par l’action qu’on leur donne sur notre conduite de vie, sur l’acquisition de qualités morales et spirituelles toujours grandissantes. Le but de la franc-maçonnerie, c’est important de toujours le rappeler, est d’ouvrir des portes vers une vie meilleure, ici et maintenant, tournée vers plus d’humanisme, que ce que nous pouvons rencontrer autour de nous dans le monde profane.

Lorsque je suis parvenue au 18ème degré, un maçon m’a soufflé au creux de l’oreille, maintenant tu n’es plus au collège ni au lycée, tu es à l’université. Plus d’instruction, beaucoup de travail personnel mais aussi peut être, un devoir d’instruction envers les autres ai-je pu comprendre.

Nous devons tous être conscients du bagage de symboles qui est sous notre maîtrise, d’idées et de conceptions que nous avons reçu jusque maintenant ou mieux que nous nous sommes volontairement appropriés ; cabinet de réflexion, équerre et compas, lettre G et acacia, sont une préparation indispensable pour celui qui veut comprendre clairement le Phoenix, le pélican, le chevalier, la rose et la croix…OH me direz-vous ? Nous pourrions avoir appris tout cela sans être initié, mais avouons que cela ne représente pas la majorité de l’humanité.

J’en profite pour rappeler qu’il ne s’agit pas d’une acquisition de l’intelligence et de la mémoire, mais bien d’une transformation intérieure, une conversion non pas à une religion mais assurément à une pensée laïque. Mettre la science au service de la sagesse est une voie mais on peut être un illettré juste et fraternel. Tâche immense et ambitieuse qu’est notre initiation, et non un défilé de fanfreluches et cordons pour flatter notre vanité. Au 18ème degré, nous sommes sensés être des maçons cultivés, éprouvés et  supposés aptes à servir de guides aux autres.

Comment j’en suis arrivée là ?

L’apprenti et le compagnon ont appris à connaître la lettre B et la lettre J apprendre le métier, maitriser leurs passions, ils taillent leur pierre mais le salaire existe encore pour eux. Ce lien les rattache encore à la vie profane.

Le maitre Hiram préfère tomber sous les coups plutôt que de révéler les secrets de la maitrise aux mauvais compagnons. Il est le serviteur de la loi.

Quand on enlève le bandeau transparent au maître, qu’on lui enseigne le signe du silence, et qu’à travers plusieurs voyages on lui fait recommencer son instruction maçonnique, il reçoit le laurier et l’olivier qu’il n’a pas encore gagné mais qui marque son succès futur car on lui a donné la clé du mystère, et qu’un jour, il saura ouvrir la porte. La recherche de la parole perdue est basée sur le devoir et la justice sans pour cela rechercher la vérité.

Passer du ternaire au quaternaire, du triangle au carré du 5ème degré, c’est apprendre les quatre vertus de perfection pour être « élu » oui, j’ai bien dit «élus» aux 9,10, et 11ème degrés, ces grades de vengeance et ce poignard qui peuvent nous apparaître comme un corps étranger dans notre fraternité, mais qui ne sont en soi que la lutte du bien contre le mal par trois armes, « la sagesse, la raison et l’amour ».

Le douzième Degré, âge de la plénitude, et le treizième degré tendent sans cesse à rechercher cette vérité tout en obligeant le maçon à lutter contre ses démons. Cette invite à construire lui même le temple de Salomon de façon la plus harmonieuse possible lui commande de s’approcher de la perfection morale. L’entrée en scène de la kabbale et des Sefirots donne accès à ce Malkout ou royaume de l’idéal et de la création jusqu’à la 11ème porte qui s’ouvre vers l’infini (ein Sof) que nul être humain ne peut sonder mais dont il en reçoit la lumière, et ou comme une récompense il reçoit le tétragramme sur le delta sacré et cette étrange pierre cubique à pointe tronquée couverte de hiéroglyphes bizarres qu’il faudrait écrire un énorme bouquin pour l’expliquer. Aidé de Chokmah, source centrale de toute sagesse et de toute raison, il recherche « dans les ruines du temple » les matériaux utiles, c’est à dire dans la tradition du passé voire dans son propre passé la lumière lui permet d’éclairer le présent, j’appellerai ça l’expérience, qui lui permettra  peut être de préparer son chemin à venir, celui que nous suivons actuellement. Les quatre lettres du tétragramme lui rappelleront l’accomplissement pour faire de lui ce qu’il est, « je suis ce que je suis ». Tout ce qui compte, c’est aller plus loin et plus haut.

Oui, je ne pourrais atteindre les grades de chevalerie sans tout ce qui précède. Quatorze degrés dans un seul but, celui d’atteindre celui du chevalier Rose-croix. C’est là ou le mot degré comme grade prennent leur plein sens, celui d’un escalier où l’on ne saute pas les marches. Son assimilation n’en serait possible que par une connaissance experte de tous les symboles qui ont précédé.

Me voilà chevalier

D’abord d’orient et de l’épée (j’aurais préféré l’autre main, celle de la truelle) puis prince de Jérusalem et chevalier d’orient et d’occident. Comme je le disais en introduction, C’est le grade de l’indépendance dans le travail, de l’activité altruiste, le grade de l’anticipation, de la planche burinée des plus personnelle.

Dans les siècles d’ignorance et de peu de culture, la règle invariable de ceux qui savaient était de ne livrer sur les connaissances supérieures, qu’aux hommes qui s’étaient déjà élevés, à un niveau intellectuel suffisant pour les comprendre ainsi qu’à un niveau intellectuel suffisant pour ne pas en abuser. C’est ce que fait la maçonnerie. Elle dévoile un symbolique graduellement, parfois abstraite, plutôt que de la livrer brutalement à des maçons mal préparés, ce qui serait plus nuisible qu’utile.

Quand le récipiendaire se présente, on lui fait faire à nouveau trois voyages comme en loge bleue mais il ne s’agit pas de lui montrer les règles morales de l’apprenti, ni le maniement habile des outils du compagnon, mais bien de former des maîtres qui trop souvent ne le sont que très partiellement. Il va découvrir ou redécouvrir les trois vertus qui sont la foi, l’espérance et la charité. Car si l’église a adopté et valorisé ces trois vertus, elle n’en restent pas moins des vertus universelles.

Certains mettent la foi dans un dogme, il n’empêche que comme le dit notre rituel, la foi c’est aussi la confiance en nous, la confiance que l’on met dans l’humanité, les lois de la nature et son caractère universel, la science. La foi du Philanthrope, du militant, du soldat, du chercheur, de l’artiste, de l’explorateur, qui lègueront à l’avenir une œuvre souvent incomprise de leurs contemporains, parce que novatrice.

« Nul n’est besoin d’espérer pour entreprendre ni réussir pour persévérer ». A la foi se lie l’espérance que nos efforts ne sont pas vains. Commencer une tache en espérant l’achever, « Fais ce que dois, advienne que pourra ». Voilà ce qui va rester à Pandore lorsqu’elle ouvrira sa boite. Oui, notre vie est liée à l’espérance, celle d’un avenir meilleur, c’est cette espérance qui nous fait avancer, c’est notre carburant. C’est la qualité ultime: celle qui permet de tout reconstruire.

Enfin la charité. Redonnons lui son vrai sens du latin « caritas », l’amour du genre humain. L’église a rétréci le sens du mot charité à l’étroitesse d’esprit des profanes et de l’aumône qui donne et achète la bonne conscience. La charité ce n’est pas faire l’aumône, c’est aimer ceux que l’on secourt, c’est aussi leur donner un peu de notre cœur. La charité, c’est aimer aussi son travail et ses devoirs. Non, églises chrétiennes, vous n’avez pas le monopole du cœur. Ce vocabulaire appartient aux initiés que nous sommes car il est mal compris de nos jours par le monde profane.

Ces trois valeurs autant que vertus sont remplacées au rite français du Grand orient de France par les trois vertus républicaines « liberté égalité fraternité » que je n’entends personnellement pas dans le sens juridique et politique mais bien dans le sens philosophique et initiatique et sur lesquelles je passerai rapidement, considérant qu’elles apparaissent largement à des grades en deça.

La liberté, c’est l’homme dépourvu de ses passions et de ses préjugés, l’égalité, c’est la justice bienveillante et tolérante, le fraternité c’est un sentiment, qu’aucune loi ne peut décréter, et qui ne relève que de la philosophie, voire de la religion…

Ce n’est pas par hasard que notre parole perdue est un tétragramme nous faisant toucher du doigt l’homme-divinité, il n’est pas étonnant non plus que les rose croix aient souhaité garder cet emblème tout simplement pour éviter les buchers de l’inquisition. Ils conservaient ainsi une façade chrétienne « jésus de Nazareth » et par rapprochement d’idées, pouvaient professer sereinement sur l’Igne Natura, symbole de la nature renaissante comme le Phoenix renait de ses cendres. Ce n’est pas sans nous rappeler le mythe de Demeter cher à nos grecs ou celui de Coré cher à nos romains, déesse des récoltes qui boudait dans son coin tout l’hiver en attendant de revoir sa fille Perséphone prisonnière du Dieu des enfers Hadès. C’est l’expression du cycle indéfini des phénomènes de la nature, symbole encore plus fort que le rameau d’acacia du maître, une renaissance par le feu symbolisée par la couleur rouge de notre temple. Ainsi le maçon mort à la vie profane pour recevoir la lumière puis mort avec Hiram, va subir à nouveau une nouvelle transformation où il ne doit plus être un simple ouvrier mais un véritable sage qui met sa connaissance au service de l’humanité. « Tout estexpliqué » Nous devenons des instructeurs. On ne devient un initié que par son travail personnel pour assimiler les données et les transformer en pensée et en leçon de vie. Mais à notre niveau on doit servir de guide, indiquer des méthodes, donner des exemples, montrer le chemin mais, attention,on ne peut jamais accomplir le voyage pour les autres. Et comme le devoir d’enseignement ne suffit pas, le Phénix est doublé du pélican, oiseau qui se sacrifie en s’ouvrant le ventre pour donner à manger à ses petits.

Symbole de l’abnégation, du dévouement et du don de soi apparenté au « Tout estconsommé » célèbre parole prononcée au sommet du Golgotha, notre route n’est plus celle de l’égoïsme et de l’intérêt personnel, du devoir envers soi même, c’est la fraternité mais la fraternité en marche, dans l’action. Si rarement de nos jours, on nous demande de sacrifier notre vie pour une cause ou pour les autres, jouer son intérêt sans aller contre l’intérêt des autres est le minimum que l’on puisse faire à ce stade. Le sacrifice entre gens qui s’aiment dans une famille ou dans un couple est tellement élémentaire qu’il n’est pas nécessaire d’être Rose-croix pour l’atteindre. Le pélican, c’est le sacrifice du fort au profit du faible, c’est aider un handicapé, c’est donner un organe, ou tout simplement, c’est payer ses impôts.

Conclusion

La Franc-maçonnerie a, apparemment, laissé de coté l’occultisme et la pensée ésotérique du Chevalier Rose-croix, pour n’en garder ouvertement que le symbolisme. Oui la maçonnerie moderne pourrait dégager ses membres toute obligation théologique, mais la tradition maçonnique nous empêche de faire de nos ateliers des temples de l’athéisme et du matérialisme, ce serait se désavouer nous même.

Ce 18ème degré auquel nous avons accès maintenant, nous permet de porter le sautoir rouge du feu qui fait battre nos cœurs et qui les enflamme mais qui nous impose des devoirs nouveaux. Les chevaliers Rose-croix sont les inspirateurs de nos chapitres modernes. Ils représentent la libre croyance et la négation d’un pouvoir absolu surtout parce qu’il est absolutiste, ils prônent l’amour et la liberté de conscience. Ils nous donnent confiance en nous et en l’humanité, vénèrent la nature, son universalité et son cycle éternel, ils nous apprennent le dévouement qui va plus loin que le devoir, Ne serait ce que pour cela, ils ont droit à notre souvenir et à notre reconnaissance.

Par le signe et le contre signe, je relie le ciel à la terre, je relie l’homme au divin, par la croix j’unis le vertical et l’horizontal, et le mot sacré « Emmanuel » qui représente le divin que je porte en moi qui suis athée mais qui représente pour moi l’amour universel.

Je réponds Paix Profonde T S A

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