18° #415012

Les oiseaux au grade de chevalier Rose+Croix du REAA

Auteur:

D∴ H∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A183-H-1

I- Les observations preliminaires

I- 1 la présence des oiseaux dans le grade

Vous pouvez contempler les trois oiseaux symboliques du grade, au pied du T S : l’aigle, le phénix et le pélican. Le rituel actuel nous apprend que lorsque les nouveaux chevaliers ont été consacrés et décorés, le T S s’adresse à eux pour leur signifier que le pélican et le phénix sont les oiseaux symboliques du grade. Le bijou du grade est composé d’un compas dont les deux branches s’appuient sur le quart de cercle. Sur celui-ci est posé le nid du pélican contenant sept petits que leur père nourrit en s’ouvrant les entrailles. Sur l’autre face, on voit le Phoenix brûlant sur un bucher.

Mais où est donc passé l’AIGLE ?

Le pélican apparaît en tant que figure symbolique maçonnique, lors de la fondation du chapitre de Clermont en 1756. À l’origine, il y est associé à la figure de l’aigle qui est son pendant. Les plus anciens rituels du grade Rose-Croix datés de 1760 (Strasbourg) et 1761 (Lyon) sont connus sous le titre de Chevalier de l’Aigle et du Pélican ou le Souverain Prince de Rose-Croix et d’Hérédom. L’instruction pour le 18ème Degré stipulait que : « Le titre de Chevalier de l’Aigle, qui paraît être le plus ancien, a étéattribué au Chevalier Rose+Croix du fait que l’Aigle symbolise la Puissance suprême ». Dans ce rituel de Rose Croix, vers 1765, le bijou de chaque frère est un compas ; la tête du compas étant une rose ouverte, dans le milieu du compas est une Croix et en son milieu est un aigle ; sur le revers un pélican adossé, les ailes étendues autour de ses pattes, sept petits sont en dessous, le bec en haut pour recevoir le sang que le père fait sortir de son sein.

Il faut se souvenir que ce grade était le 18ème dans un rite de perfection qui en comptait à l’époque 25. Lors de l’extension des hauts grades en 33 dans le Rite Écossais Ancien Accepté, l’aigle prendra son envol vers les cimes du rite, en devenant au passage bicéphale, laissant la place au phénix qui sera associé désormais au pélican dans le grade du « Chevalier Rose-croix ».

Pour le C R+C, ces trois oiseaux symboliques sont en relation avec le contenu initiatique du grade dont ils ne sont pas les éléments majeurs mais plutôt illustratifs concourant ainsi à compléter « l’enseignement » du grade.

I- 2 la faible représentation du bestiaire maçonnique

Le « bestiaire maçonnique » est assez limité, on en découvre un premier élément dans le cabinet de réflexion avec le coq, puis il faudra attendre les grades capitulaires pour découvrir une nouvelle symbolique animalière, l’aigle et l’agneau au 17ème D, les oiseaux (le Pélican, le l’Aigle et le Phénix) et l’agneau au 18ème degré du REAA.

Jusqu’alors, les grades précédents se référaient à deux grandes dimensions de la création : la dimension minérale (substances-outils-pierre-armes…), et la dimension végétale (blé-acacia-olivier…). Au 18ème, pour la première fois la dimension animale apparaît véritablement à travers une figuration à la fois réelle et imaginaire, comme si elle était l’aboutissement d’un cycle dans la symbolique visant l’ordonnancement des trois dimensions de la création.

La Franc maçonnerie a peu recours au bestiaire qui fut, au Moyen Age en particulier, un moyen didactique important des clercs et des bâtisseurs de cathédrales, s’inspirant du très abondant symbolisme biblique pour trouver des analogies avec Dieu, le Christ, les vertus ou les vices. De l’omniprésent Tétramorphe, le lion, le taureau, l’aigle, et l’homme-ange, connus comme les symboles des quatre évangélistes, elle ne retient que l’aigle. Elle a surtout recours aux oiseaux.

II- La symbolique des oiseaux

II-1 Les oiseaux :

L’oiseau est à la fois ornement et symbole ; il représente l’âme ou bien un signe ailé ayant pour fonction de rappeler à l’homme sa vocation ascensionnelle. Trois thèmes essentiels les caractérisent : l’espace, la liberté, la lumière.

Par sa nature, lorsqu’il vole, l’espace infini constitue la demeure de l’oiseau. Quant à l’air dans lequel il se meut, il est le règne de l’imagination, il nous libère de notre attachement aux matières : il est donc la matière de notre liberté. Dans l’espace, l’oiseau se nourrit d’air et de lumière. Grâce à ses ailes, l’oiseau prend son vol, se déplace à son gré, ne dépend d’aucune autorité, d’aucun système : il est symbole de liberté.

Il est intéressant de noter que, dans la Genèse, le verbe « créer » est employé à l’égard des poissons, des oiseaux et de l’homme, c’est-à-dire à propos des créatures libres de se mouvoir dans l’eau, dans l’air et sur la terre.

L’oiseau exprime l’envol de l’âme, sa mobilité aérienne, sa liberté. Il symbolise l’affranchissement de toute attache terrestre, dans un élan épris de transcendance qui permet d’accéder aux états supérieurs de l’être.

II-2 Le symbolisme de l’Aigle

L’Aigle apparaît dans de très nombreuses civilisations et religions depuis la plus haute antiquité comme un signe fort de puissance et de combativité. Il était également considéré comme messager entre les hommes et les Dieux, il acheminait l’âme du défunt vers les royaumes divins.

L’Aigle est certainement le plus vieux symbole du bestiaire usuel connu : ainsi l’a t’on trouvé 6000 ans auparavant, dans les civilisations les plus reculées. Il était déjà représenté à Sumer ainsi que chez les Egyptiens : c’était le symbole d’Horus. L’Aigle dans la mythologie grecque est associé à Zeus ; il sera associé également par la suite au Christ. C’est l’emblème impérial de Jules César et de Napoléon, c’est l’attribut héraldique de nombreuses familles européennes, de nombreux souverains et, de nos jours, l’emblème de nombreux Etats. Ce roi des oiseaux descend du ciel et s’abat sur la terre.

Il plane avec calme et sérénité tout en étant capable de foncer sur sa proie et de vaincre l’obstacle qui lui résiste. Il incarne la confiance et la foi qui fournit le précieux levier qui permet d’affronter avec courage toutes les épreuves et de vaincre les difficultés. L’aigle en survolant les espaces ne connaît pas de frontières, ce qui permet de concilier oppositions et divergences et d’inviter les uns et les autres à prendre conscience qu’ils sont solidaires dans la chaîne de l’humanité et à se rapprocher par la pratique d’une authentique fraternité. L’aigle représente la recherche de la sagesse et le détachement des contingences immédiates par l’élévation, le recul, la distanciation. Il correspond à l’éveil spirituel. Sa force et son endurance lui permettent de voler haut dans le ciel et longtemps. En effet son aptitude à s’élever sans presque battre des ailes, uniquement en maîtrisant les courants ascendants, en fait un modèle d’efficacité dans l’ascension vers les hauteurs célestes. Il est le rappel de la relation de ce qui est en haut avec ce qui est en bas et inversement.

Les anciens croyaient que l’aigle renouvelait périodiquement son plumage et sa jeunesse, en volant directement vers le soleil pour ensuite plonger dans l’eau. Il apparaît souvent comme le représentant couronné des états spirituels supérieurs, c’est celui des Anges attesté par la tradition biblique. Symbole d’élévation spirituelle, l’aigle royal est par excellence l’apôtre Jean l’Évangéliste, l’Aigle de Patmos. On le disait capable s’élever jusqu’où on ne le voit plus, et qu’il avait la capacité de fixer le soleil en plein midi, symboliquement regarder Dieu en face. Ainsi l’aigle est Symbole de vie nouvelle puisqu’il s’est élevé très haut dans la contemplation de la nature divine du Verbe de Dieu. Quant l’ange est absent, il est remplacé par l’aigle, conseillé par un séraphin.

Il est identifié au Christ dans certaines œuvres au moyen âge. Les Psaumes font de l’Aigle un symbole de renaissance, tout comme le Phénix. Au moyen âge chrétien, il symbolisait la contemplation mystique. Dans la tradition héraldique il est avec le Dragon, le seul animal qui appartienne à l’emblématique de tous les temps et de tous les pays.

II- 2 Le symbolisme du Pélican

Le Pélican n’est pas entouré d’une riche mythologie comme le phénix ou l’aigle. Si la tradition maçonnique est peu loquace quant à l’origine et l’installation du pélican au 18ème grade, on s’aperçoit vite que dans la tradition religieuse ou maçonnique en fait un symbole cardinal. Il est identifié à la personne du Christ pour les uns et à une vertu essentielle pour tout initié.

Les plus anciennes légendes viennent d’Égypte, transmises par l’Horapole. Le Pélican y est dit « imprudent » car il a fait son nid sur terre et y a déposé ses œufs qui éclosent et les exposent alors à la convoitise des prédateurs. Le fait sera exploité de façon allégorique au XVIème siècle, interférant avec la légende la plus féconde et la plus entretenue : celle du Pélican sanglant.

Le plus ancien Pélican porteur de sens est celui de la Bible : le Pélican du désert (Lévitique, Deutéronome, Psaumes) qui fut utilisé par les Pères, Docteurs, Prédicateurs et divers auteurs mystiques. Les écrivains chrétiens vont louer non seulement la solitude, mais le désert lui-même appelé à se transformer en jardin. D’où la symbolique des métamorphoses, des résurrections, du triomphe de la vie sur la mort. Ainsi le pélican devient un signe d’espérance.

En Occident, l’émergence du pélican dans le domaine religieux et symbolique s’opère au IIème siècle à Alexandrie, à travers un ouvrage grec anonyme : « Physiologos », ouvrage religieux dont l’enseignement associe des citations de la Bible à une cinquantaine d’animaux, réels ou imaginaires. Le principe en est de juxtaposer une image animale et une idée christologique. C’est là qu’on voit pour la première fois dans la littérature symboliste, le pélican qui verse son sang comme une allégorie du sang versé du Christ. Le succès de ce livre est immédiat et important. Il est traduit en latin au IVème siècle et nourrira toute la tradition du bestiaire qui va fleurir dans les objets liturgiques, l’iconographie et jusque sur les cathédrales. Cette image va se confirmer dans les écrits d’Augustin et de Thomas d’Aquin, où il se fixera comme symbole eucharistique personnifiant le Christ que Thomas d’Aquin appelle « pieux pélican ».

Parallèlement dans la tradition orale et écrite la geste du pélican va évoluer pour donner plusieurs variantes. En premier, la plus connue, celle du pélican qui nourrit de son sang, ou de ses entrailles ses petits pour les sauver de la famine. Elle va être à l’origine de l’image de la charité associée au pélican. Mais il existe deux autres versions, où la notion de la mort suivie de la résurrection est mise en avant, associée à la durée symbolique des trois jours. Dans l’une, le pélican dans un geste de colère tue ses enfants et les ressuscite ensuite en les aspergeant de son sang. C’est une version mise en avant par le théologien Honorius d’Autun qui en son temps fut âprement discutée. Dans l’autre le nid du pélican est attaqué en son absence par le serpent qui soit pique ses petits, soit les empoisonne de son souffle. À son retour le pélican perce ses petits à la pointe de son bec pour les vider de leur sang et ensuite il les arrose de son sang et les ressuscite.

La tradition du Moyen Âge le représente sous forme d’un rapace au long cou, plutôt qu’avec le bec caractéristique du pélican. Elle donne également son nom à l’un des alambics alchimiques. La nature de ce pélican est d’origine alchimique et s’inscrit dans le cycle qui va de la dissolution/ putréfaction à la régénération-résurrection. C’est le principe que l’alchimie au Moyen Âge va cristalliser dans le précepte « solve et coagula »… En alchimie, sur la figure III du Solidonius, le pélican et le phénix sont associés dans la mort, l’un par son sang, l’autre par la crémation, pour renaître, comme la Pierre Philosophale. Mort et résurrection marquent la continuation de l’œuvre, par la régénération, jusqu’à l’état de perfection que symbolise la pierre philosophale. René Le Forestier rappelle que la pierre philosophale était fréquemment figurée dans les traités d’alchimie par le pélican parce qu’elle s’épuisait en communiquant au métal vil la couleur rouge qu’elle recelait, de même que le pélican, meurt de la perte du sang que boivent ses enfants… C’est dans le sens de « purification » intégrale que les anciens alchimistes ont considéré le pélican, quand ils ont désigné sous le nom de « sang du pélican » l’état des éléments destinés au Grand Œuvre, après une initiale purification.

La légende du pélican fut également reprise dans la tradition cathare avec les mêmes éléments de la mort-résurrection, dans la dialectique du dieu bon et dieu mauvais propre aux Cathares. A l`époque du compagnonnage et dans les signes secrets de reconnaissance, il y avait : le triangle, la truelle, l’équerre, le compas et également le Pélican, symbole d’entre aide et de charité.

Certains travaux symbolistes ont mis en évidence une dualité fondamentale entre le Pélican qui représente la nature humaine et le Phénix, symbole de la nature divine mais qui l’un et l’autre contiennent les deux à la fois.

II-3 Le symbolisme du phénix

Le phénix est un oiseau légendaire doué d’une longévité surnaturelle, une sorte d’aigle de taille considérable : son plumage se parait de rouge, de bleu et d’or éclatant, et son aspect était splendide.

Il est caractérisé par son pouvoir de renaître de ses propres cendres après s’être consumé. Il symbolise les cycles de mort et de résurrection. Présent dans de nombreuses cultures, c’est un mythe universel. Il n’a cessé de fasciner l’humanité jusqu’à nos jours. Il est l’emblème de la pensée immortelle qui se consume elle-même et renaît de ses cendres…

Le Phénix évoque le Feu, principe à la fois créateur et destructeur dont le monde tient son origine et auquel il devra sa fin. Il est également un symbole de résurrection, qui attend le défunt après la pesée des âmes.

Chez les Egyptiens, nommé bennou, le phénix, du fait de ses brillantes couleurs évoquait la splendeur, et symbolisait les résurrections d’Osiris. Le phénix égyptien est associé au cycle quotidien du soleil et au cycle annuel des crues du Nil, d’où son rapport avec la régénération et la vie. Symbole de résurrection, il incarne dans différentes iconographies l’âme ou l’immortalité. Le chapitre 83 du Livre pour la sortie au jour des Anciens Egyptiens s’intitule : Formule pour prendre l’aspect d’un Phénix. Quiconque étant pur et connaît cette formule, peut sortir au jour après sa mort et prendre les aspects que son cœur peut désirer prendre.

L’oiseau fabuleux, dont le prototype égyptien sera considéré comme sacré à partir d’Origène, se trouve aussi perché sur une branche de l’arbre de vie, correspondant à l’arbre du monde.

Pour les Grecs et les Romains, le phénix jouissait d’une immense renommée grâce aux écrivains qui propageaient de nombreuses légendes le concernant. Le Phénix figurait l’immortalité : d’après Tacite, il n’existait jamais qu’un seul Phénix à la fois ; il vivait très longtemps : aucune tradition ne mentionne une existence inférieure à cinq cents ans. N’ayant pu se reproduire, le Phénix, quand il sentait sa fin venir, construisait un nid de branches aromatiques et d’encens, y mettait le feu et se consumait dans les flammes. Des cendres de ce bûcher surgissait, un nouveau phénix. Le mythe du phénix s’implante à Rome, où il devient le support de l’apothéose des empereurs, sous l’aspect de l’aigle mythique, porteur d’androgynie et d’immortalité. Par l’intermédiaire des Grecs et des Romains, la symbolique du phénix fut adoptée par les chrétiens en faveur du Christ mort et ressuscité. Célébré dans de nombreux bestiaires de l’époque médiévale, il concerne aussi, après avoir évoqué le Christ, les chrétiens qui, après leur mort, doivent ressusciter.

En Chine, il personnifie le renouveau ; c’est lui qui apporte du Ciel aux mères les âmes de leurs enfants. Les Taoïstes désignent le Phénix sous le nom d’oiseau de Cinabre ; le Cinabre étant le sulfure rouge de Mercure, il symbolise alors l’Œuvre au Rouge des Alchimistes qui est, à la fin du second Œuvre, l’obtention du Rebis ; ce même Rebis qui, par sa consumation lors du troisième Œuvre, donnera l’élixir de longue vie, donc de résurrection.

Dans l’hermétisme, le phénix figure le soufre philosophique. Il représente alors le principe de fixité qui réside dans le foyer de notre feu central où il semble se consumer sans cesse, pour renaître continuellement de ses cendres. On évoquera ici le symbole de régénération qu’est l’œuvre au rouge alchimique.

On retrouve la présence de l’oiseau dans divers domaines comme l’astronomie, la politique, l’administration ou l’art.

III- L’apport a l’enseignement au grade de R+C

III-1 Le symbolisme des oiseaux illustre l’enseignement du grade :

On vient de voir que chacun de ces oiseaux symbolise des valeurs spirituelles qui peuvent se retrouver à la fois dans les approches christiques et alchimiques du grade de R+C.

Il existe une articulation forte et harmonieuse entre le Pélican et les autres symboles majeurs du grade : la croix, l’alchimie et la symbolique des nombres. Que ce soit en maçonnerie ou en religion, les notions du sacrifice et de la charité y sont rattachées. Le pélican rappelle que le Bon, le Bien et le Positif sont en germes déposés dans le cœur de tout homme conscient qu’il est à l’image de son frère humain, et qu’à ce titre, il répondra à tout signe de détresse de son prochain, volant au secours de l’autre sans avoir peur du sacrifice… Le geste du pélican est empreint du sacrifice et de l’amour. Il personnifie la charité, l’une des vertus théologales. Le symbole du pélican nous dit que : comprendre, savoir, connaître, agir, ne sont que vains mots s’ils ne sont pas portés par le sens que l’on donne à l’amour-charité.

La signification maçonnique de l’Aigle, à contrario, nous rappelle à nous C R+C, que ce n’est pas en dominant les autres que l’on peut se réaliser mais en assurant une maîtrise parfaite de soi-même, en dominant nos penchants, nos tentations et nos inclinaisons perverties. Notre vie Profane, notre culture, notre milieu social sont, entre autres, des facteurs propres à chacun de nous et c’est précisément en cela que réside le combat intime et strictement personnel de chaque Chevalier pour qui le symbole de l’aigle ouvre un éventail infini de réflexion. C’est en étudiant ce symbole que nous pouvons essayer de perfectionner la connaissance objective de nous même.

La vision puissante de l’Aigle nous incite à regarder jusqu’au fond de nous même, son élévation dans les cieux nous montre le chemin que nous avons à parcourir pour notre élévation spirituelle, sa contemplation du soleil nous suggère de rechercher la connaissance et de nous en approcher le plus possible. Aussi, et plus que jamais, chacun, en pénétrant de plus en plus en lui même, pourra t-il être amené à prendre conscience de ses propres faiblesses et de ses craintes trop souvent inavouées, et à rechercher la véritable puissance nécessaire pour combattre son plus grand ennemi, c’est à dire lui-même, afin d’essayer de se rapprocher de la spiritualité absolue que le symbolisme de l’Aigle nous laisse entrevoir. C’est donc avec beaucoup d’humilité que nous recherchons et espérons trouver dans ce symbole le véritable équilibre. Devenir l’Aigle dominateur de lui-même, ouvrant la voie de la réflexion, de l’élévation quant à notre implication objective dans le monde profane : telle est l’ambition du Chevalier.

Le phénix, c’est la transformation intégrale et l’émergence d’un être nouveau qui, en se consumant par le feu, fait une perpétuelle métanoïa. Il subit la transformation nécessaire, il renaît et s’entretient du feu de la Connaissance. Il est pour le Chevalier Rose-Croix un rappel constant des différentes étapes initiatiques à franchir, par de nombreuses morts et renaissances à soi-même, pour accéder à la plénitude de l’initiation.

III-2 Le symbolisme des oiseaux renforce l’enseignement du grade :

a) L’illustration de la démarche initiatique par l’accomplissement hermétique : Purification, exaltation, régénération créatrice :

Les fondements du 18ème degré du Rite apparaissent comme une chaîne hermétique, tissée sur une tradition judéo-chrétienne. Amorcée dès le Cabinet de réflexion avec le mot VITRIOL qui se poursuit lors du troisième voyage de notre Initiation, lorsque le Vénérable Maître énonce lors de l’épreuve du feu : « Puisse ce Feu qui vous a enveloppé se transmuer dans votre cœur en un Amour ardent pour vos semblables » véritable prémonition du 18ème D. I.N.R.I. Ces voyages se rapportent aux éléments : air – terre – eau – feu, fondements de l’hermétisme. Lorsque le Très Sage en dévoile la signification de INRI : « Igne Natura Renovatur Integra », la nature est renouvelée entièrement par le feu.

Les oiseaux figurent de façon significative les étapes de la régénération pour une destinée qui permet de s’élever à la pointe de la condition humaine :

– Le Pélican entame l’œuvre par la voie humide, la volatilisation de la matière. Après le travail au noir qui est la recherche de la « materiae prima » au sein de la terre, le pélican invite à l’œuvre au blanc.
– Le Phénix qui resurgit dans un corps de gloire après que tout ait été consumé, c’est l’invitation à accepter et à rechercher sa propre métamorphose, à poursuivre en soi l’œuvre au Rouge.
– La sublimation des Aigles, obligeant l’Esprit à s’élever toujours plus haut, parachève la démarche.

b) la poursuite de la construction du temple intérieur :

Le cheminement initiatique semble déjà indiquer au Chevalier de Royale Arche, qui observe les premières fissures sur les murs de la Neuvième voûte, que le temple, objet matériel du culte extérieur, s’effondre, et il ne reste pour l’initié que le temple intérieur : Le renforcement de notre temple intérieur s’appuie sur la recherche de la parole perdue et les trois vertus théologales : La recherche de la parole perdue, cette Lumière dont l’Homme s’est éloigné tout comme de la Spiritualité inhérente en lui, qui est devenue matérialité à tous crins…est une quête qui alimente tout le processus initiatique proposé par la franc-maçonnerie. Le Phénix dans le bestiaire christologique est assimilé à l’hiéroglyphe I.N.R.I. en personnifiant le Feu-principe, source de Lumière et de Vie, il est donc le VERBE par excellence.

Lors de notre initiation au 18ème degré, en tant que Chevaliers d’Orient et d’Occident, nous étions encore dans les ténèbres et avons entrevu aussi la notion du Temple Spirituel en découvrant les Trois Piliers où brillent les Trois vertus théologales : FOI – CHARITÉ ‑ ESPÉRANCE.

Cette Foi doit être une forme de liberté, la liberté de l’Aigle qui maîtrise les airs et prend de la hauteur vis-à-vis des contingences.

La charité qui ignore les frontières et les races est explicitée par le Pélican, symbole proche du symbole christique de Jésus donnant son sang pour racheter l’humanité. Ainsi sont réunies deux notions fondamentales qui sont le don de soi, et le sacrifice pour le salut des hommes. Enfin, le Chevalier Rose + Croix, en s’inspirant de ce qui précède, parviendra toujours à puiser dans le feu de l’amour qui brûle en lui la force dont il a besoin pour traverser sa propre existence et transmettre le bien le plus précieux qui lui ait été légué avec la Vie : l’Espérance. N’oublions pas que la Charité, la Foi et l’Espérance sont les vertus fondamentales qui mènent à la tolérance.

c) l’accomplissement de l’idéal chevaleresque

Le Chevalier a une mission, un dévouement à offrir plus de réalité aux paroles d’Amour, tant en Loge qu’à l’extérieur du Temple car les hommes ont faim et soif d’amour et de spiritualité. Etre Chevalier Rose + Croix, c’est construire sur Terre un Templede Lumière capable de résister aux Ténèbres. Il ne s’agit plus de tailler sa pierre pour trouver sa vraie place dans le monde mais d’ériger un Temple capable de s’intégrer dans l’édifice d’éternité.

Ainsi qu’il est dit dans les Instructions relatives au Chevalier Rose+Croix, le Feu en question n’est pas le feu physique du soleil mais le Feu Principe unique et Universel, émanation de la cause première d’où procèdent l’Amour et la Vérité, dont la chaleur et la lumière ne sont que des emblèmes. Ce Feu est celui du phénix.

Le Chevalier doit avec discernement reconnaître l’âme en détresse de spiritualité et lui donner ce dont elle a besoin pour grandir et prendre son envol. Le Chevalier, tel le Pélican, ne peut laisser mourir le sentiment de l’amour divin qui étend ses ailes sur la Terre.

d) le renforcement de la cohérence du rituel

Le rapprochement du pélican et du phénix établit une transition entre la Charité et l’Espérance. Le pélican et le phénix (à l’origine l’aigle) rappellent aussi le signe et le contresigne.

Le Chevalier unit le courage et l’élévation de l’aigle au dévouement sacrificiel du pélican ainsi qu’à la renaissance du phénix, en d’autres termes la Foi est représentée par l’Aigle, l’Espérance par le phénix et la Charité par le pélican. On peut faire alors une lecture de la devise du grade à la lumière de ce qui vient d’être dit. La charité (le pélican, le cercle), portée par la foi (la croix, le carré, l’aigle) et l’espérance (le phénix, le carré long) nous portent vers la réalisation de notre cathédrale intérieure et apercevoir la rose mystique est l’aboutissement de l’œuvre tant souhaité.

La forme essentielle du 18ème grade est la croix, elle y figure de trois façons (tris hypostatique) :

• Le pélican avec ses ailes déployées à l’horizontale et son long coup ramené sur la poitrine, forme une parfaite croix ansée qui est le symbole du vivant éternel et source de toute énergie vivante manifestée.
• Le phénix avec ses ailes et sa tête tendues vers le haut, forme une croix du nord ou croix de rédemption que l’on trouve sur la chasuble des prêtres. Cette croix emprunte la forme ancienne de la rune de vie. Elle symbolise l’arbre de vie, image de l’homme éveillé et revivifié par l’initiation.
• La croix sur le tableau du grade est la croix grecque qui symbolise la création dans toutes ses dimensions, éléments et directions.

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