18° #415012

Le signe et le contresigne

Auteur:

B∴ L∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la Gloire du Grand Architecte de L’univers
Ordo Ab Chao
Deus Meumque Jus
Au nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil
pour la France des souverains grands Inspecteurs Généraux du 33ème et
Dernier Degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté

Les Chevaliers d’Orient et d’occident au bord de l’anéantissement entendent au fond d’eux une voix mystérieuse. Elle propage un souffle porteur d’une Parole qui se révèle être l’annonce d’une Lumière nouvelle. C’est I N R I, c’est la Parole qui met un terme à leur détresse et permet à leur âme de reprendre sa sérénité.

En cet honneur, le Très Sage fait le signe et le contresigne auxquels répondent dans le même temps les Chevaliers Rose-Croix par le contresigne et le signe.

Pour comprendre pourquoi ils sont exécutés après la révélation de la Parole, il est utile de rechercher les origines de ces gestes. Elles nous éclaireront sur l’importance du signe et du contresigne au grade de Chevalier Rose-Croix.

Je terminerai sur ce qu’ils m’apportent dans ma vie et pour ma recherche spirituelle. Ce geste que nous exécutons au début et à la fin de nos Travaux nous rappelle la formule de la Table d’Emeraude tirée d’un texte grec du troisième siècle avant J-C attribué à Hermès Trismégiste : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui en haut est comme ce qui est en bas pour réaliser l’unité d’une seule et même chose ». Elle exprime une loi de correspondance propre à la littérature alchimique et hermétique où l’homme appelé microcosme offre en abrégé toutes les parties de l’univers c’est-à-dire du macrocosme.

Ce geste évoque également le tableau représentant Platon qui désigne le haut en direction du ciel et Aristote qui désigne le bas en direction de la terre. Il révèle cette fois une opposition entre l’Un et le multiple.

Pour Aristote le Un n’est plus Un absolu. D’une unité essentielle, il devient simplement unité particulière. La réalité se trouverait dans les choses multiples que nous connaissons par nos sens. C’est à partir de ce multiple en additionnant et assemblant les choses qu’il est possible de remonter à l’Unité essentielle.

Pour Platon au contraire il faut partir de l’unité, d’Un absolu et intelligible afin d’engendrer tout ce qui est multiple. La réalité ne provient pas du multiple. Les choses que nous percevons avec nos sens ne sont rien d’autre que les ombres projetées sur le monde sensible par une réalité qui est uniquement d’ordre intelligible.

Maintenant replaçons le signe et le contresigne dans le contexte de la Cérémonie de Réception au 18ème degré.

Ils célèbrent la Parole, c’est-à-dire I N R I qui signifie « la nature est renouvelée entièrement par le feu ». Par lui le cœur du juste est purifié et l’ordre naturel est rétabli à la place du chaos. Il ne reste plus qu’à se réjouir et à applaudir. Cependant le signe et le contresigne exécutés par le Très Sage et simultanément par les Chevaliers Rose-Croix, mais en opposition avec lui résonnent comme une mise en garde : si vous regardez le Ciel, n’oubliez pas de regarder la Terre et si vous regardez la Terre, n’oubliez pas de regarder le Ciel.

Alors pourquoi précisément à ce moment est-il important d’attirer l’attention des Frères sur deux réalités qui s’opposent du moins en apparence ? Est-ce parce que nous pourrions oublier l’épisode de la transgression de la onzième porte, au moment où la vraie Parole est retrouvée ? Souvenons-nous : Johaber et Stolkin arrivés devant cette porte cherchent à l’ouvrir sans tenir compte des conseils de prudence de Guibulum. C’est en prononçant « par hasard » En Soph qu’ils vont y parvenir mais en déchainant la colère divine dont le souffle éteint leurs lampes en les plongeant dans l’obscurité. La porte sera finalement refermée mais la remontée de nos trois G M A s’effectue désormais dans l’obscurité. Il n’y a plus de lumière révélée, ils seront désormais guidés par leur propre lumière intérieure, cette étincelle du feu principiel. Grâce à elle, ils ne pourront se perdre puisque la lumière reste en eux. L’ascension de l’arbre séphirotique peut alors s’effectuer de Kether à Malkuth qui correspond à la réintégration dans notre conscience de l’unité perdue.

Ces événements relatés au 13ème degré nous montrent que la pure spiritualité ne nous est pas permise. Ils nous font comprendre qu’à défaut de connaître Dieu, il nous reste seulement à l’aimer sans contrepartie. Seule la voie du cœur nous est accessible, il nous appartient désormais à l’emprunter.

Au 18ème la Parole est enfin retrouvée et avec elle la Foi, la Charité et l’Espérance. Cela ne veut-il pas dire que j’ai enfin accès au Divin ? N’y aurait-il pas une contradiction avec l’enseignement donné au 13ème degré ? Le Très Sage nous donne la réponse : « le monogramme I N R I est un message de vérité universelle et éternelle qui pousse à remédier aux injustices, à rétablir le respect de la loi naturelle là où l’on s’en est écarté, à faire régner l’ordre sur le chaos, à exalter les nobles sentiments ». Ainsi la Parole nous replace dans une logique humaine et d’action dans le monde qui nécessite une alliance du corps et de l’esprit.

Dès lors il s’agit de réaliser cette alliance en nous situant à la jonction du monde terrestre et du monde céleste. En effet notre vécu maçonnique nous montre que nous ne pouvons être uniquement ni dans l’un ni dans l’autre. D’ailleurs l’espace sacré de la Loge nous met en présence de ces deux réalités, celle de l’homme et celle de Dieu. Séparées par une barrière infranchissable, elles sont cependant liées par une relation à la fois montante et descendante du spirituel et du matériel. Elles nous incitent à nous maintenir dans l’entre-deux afin d’éviter de sombrer dans le matérialisme destructeur comme dans le mysticisme le plus passif.

En exécutant le signe et le contresigne les Chevaliers Rose-Croix manifestent qu’ils sont entrés en pleine conscience dans le monde intermédiaire dans lequel l’homme n’est plus divisé à l’intérieur de lui-même. Il assume sa nature à la fois terrestre et divine et ainsi se positionne au point d’intersection de ces deux entités qui correspond au centre de la croix. Ce point est l’aboutissement d’un long cheminement qui nous a conduits à descendre en nous-mêmes pour trouver notre être véritable libéré des pièges et des obstacles de l’égo. A cette condition, nous avons pu faire briller cette flamme divine qui sommeillait en nous. Mais ce monde intermédiaire comment le définir et quelle est sa réalité pour les Chevaliers Rose-Croix ?
Il part de la division de l’être en trois entités : corps, âme et esprit. De façon identique l’univers se répartit également en trois mondes : le monde sensible, le monde intelligible première émanation du Principe et entre eux deux, le monde intermédiaire, lieu de l’âme du monde.

Pour accéder à ce monde intermédiaire qui lie le divin à sa création, le cherchant doit vivre ce que l’initiation désigne comme une seconde naissance, c’est-à-dire la métamorphose de l’état corps, âme à celui de corps, âme et esprit. Aucune de ces trois parties de l’être ne se comprend séparément du monde spirituel, ainsi l’âme anime le corps qui est elle-même spiritualisée par l’esprit. Cet homme nouveau qu’est l’initié tire sa réalité propre de l’imagination créatrice qui prend appui sur les symboles et les mythes. L’interprétation des symboles par l’imagination créatrice qui est réalisation descendante nous conduit vers le haut, c’est-à-dire vers la transcendance. De même l’enseignement des mythes éveille l’homme à d’autres niveaux de conscience et de vision du monde.

Le Chevalier Rose-Croix se situe dans une dynamique de passage d’un monde à l’autre comparable au pèlerinage de l’âme conduisant de la matérialité à la pure spiritualité. Après avoir passé le Pont de Gandara, le Chevalier Rose-Croix a finalement acquis la liberté de passer d’un monde à l’autre sans être prisonnier de la matérialité ou à l’opposé par le mysticisme. Il a alors à prendre son bâton de pèlerin pour concilier le monde sensible avec le monde intelligible. C’est guidé par la loi du cœur qu’il va pouvoir devenir guide à son tour. Sa mission n’est plus seulement de compréhension mais de transmission.

 Ce message du Chevalier Rose-Croix est pour moi une source d’inspiration qui m’éclaire, me soutient face aux épreuves de la vie et donne du sens à la fraternité. Dorénavant je ne considère plus le monde suivant une conception purement matérialiste et rationnelle. La réalité telle qu’elle apparaît d’abord à mes sens est, j’en ai l’intime conviction, incomplète. Il y a une réalité cachée à aller interpeler au fond de soi-même. Elle m’est personnelle et pourtant elle est universelle car, par elle, je le ressens profondément, je suis relié aux autres. Dans ce monde intermédiaire, dans lequel mon égo un instant s’est oublié, tout subitement se transforme en moi comme éclairé par une lumière nouvelle. Je comprends qu’I N R I est une Parole d’amour qui devient ma seule voie d’accès à la Connaissance : « C’est depuis que je vois Dieu en tout homme que je connais Dieu ».

Le signe et le contresigne représentant le haut et le bas, je le comprends maintenant, désignent un centre situé à l’intérieur de moi-même. Par lui, je prends conscience d’une autre réalité qui suppose le dépassement de toutes les oppositions par l’unification des contraires. C’est une spiritualisation qui touche tous les aspects de ma vie et donne une autre résonance à mes actes et attitudes. Alors aller vers soi c’est aller vers les autres. Dans cette quête : « Que la Foi, la Charité et l’Espérance nous soutiennent, nous unissent et nous animent ».

J’ai dit très sage Arthisata.

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