18° #815012

De Guibulum à Zorobabel : la perfection du maître

Auteur:

T∴ S∴ A∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Présenté ainsi, ce thème désigne un itinéraire suivi par deux personnages différents.

Mais plus qu’un itinéraire c’est une prédestination qui semble réunir Guibulum et Zorobabel. C’est comme si, au-delà des lieux et des époques, un fil conducteur les reliait. Une question : pourquoi ce choix ? Pourquoi pas de Galaad a Zorobabel car Galaad, chef des Lévites, qui protège le grand nom, symbole de l’alliance de son peuple, serait peut-être plus près de Zorobabel que de Guibulum?

Si l’histoire de Guibulum et de Zorobabel se situe dans des lieux et des époques différentes,  leurs actions, de par les obstacles qu’ils rencontrent et les conséquences qui en découlent, procurent un sentiment saisissant de similitude.

Le parallèle entre Guibulum et Zorobabel pourrait être exprimé de la façon suivante :

  • Deux personnages aux origines diverses
  • Dont l’action se situe dans des époques et des lieux différents
  • Mais qui suivent des itinéraires qui les mènent à une situation semblable.

Qui sont Guibulum et Zorobabel ?

Guibulum d’abord n’existe pas en tant que personnage historique, c’est un personnage de légende. Le mot « Jahbulon » apparait pour la première fois en franc-maçonnerie en France, au début du XVIIIe siècle, dans l’une des premières versions de la légende maçonnique de l’Arche Royale. Il s’agit alors du nom du personnage qui explore les ruines d’un ancien temple.

Dans la version anglaise de cette légende symbolique, le mot « Jahbulon » deviendra un nom mystérieux, gravé à côté du tétragramme divin sur une plaque découverte par l’explorateur des ruines. Ce grade, deviendra par la suite le 7ème degré du Rite d’York , alors que dans sa version française il deviendra le 13ème degré du Rite écossais ancien et accepté. Enfin, le mot Guibulum pourrait venir du mot « Ghiblim », qui est présent dans la Bible et qui signifie pour nous  » Excellent Maçon « .

Rappelons que Guibulum n’apparaît pas avant le 13ème de gré du REAA sauf dans la version Ghiblim lors de l’installation du VMdans la Chaire du roi Salomon. Déjà apparaît la notion de perfection du Maître. Rappelons aussi que dans le Rite Ecossais Rectifié fondé à Lyon au Convent des Gaules de 1778 par JB Willermoz tout Vénérable Maître devait être Maître Ecossais de Saint André c’est-à-dire 18ème degré ou Chevalier Rose Croix. Cette même tradition a longtemps subsistée dans ma loge mère la RL Thebah. A la lumière de ce qui précède-l’on voit qu’il existe un lien entre le VM et Guibulum tous deux Excellent Maçons initiés initiants.

Zorobabel maintenant :

Zorobabel a vraiment existé : il était le gouverneur du royaume de Juda, et le chef du peuple juif. Lorsque Cyrus eut rendu la liberté aux Juifs, Zorobabel se mit à la tête de ceux qui habitaient la province de Babylone pour les ramener en Judée. Ce passage du B de Babylone au J de Jérusalem n’est pas sans évoquer le passage de l’initié entre les colonnes B et J.

Puis, le grand prêtre Jésus forme le dessein de rétablir le culte public, Zorobabel seconde son zèle et l’aide à dresser un autel pour offrir des sacrifices au Seigneur. Dès la seconde année, il commença à assembler des matériaux pour rebâtir le temple. Mais à peine les fondements sortaient-ils de terre que les Samaritains, firent tant par leurs intrigues qu’ils parvinrent à arrêter la construction de l’ouvrage. Ce ne fut que plusieurs années après, que Zorobabel, encouragea le peuple à continuer la Maison du Seigneur avec plus d’ardeur que la première fois. Darius Ier ayant accordé sa protection aux Juifs, l’ouvrage ne fut plus interrompu. Zorobabel eut la consolation de le voir achever et d’assister à la dédicace du temple.

Guibulum et Zorobabel agissent dans des lieux et des époques différentes

La légende de notre rituel met en scène trois personnages dans les ruines du temple : Guibulum, confident du Roi et premier dépositaire du trésor précieux des maçons, Johaber, le plus dévoué des favoris du Roi, et Stolkin l’un des favoris du Roi.

Le lieu : nous sommes sous la terre à l’endroit le plus sacré. Il n’est pas seul ; son voyage est effectué en compagnie de deux compagnons Johaber et Stolkin qui jouent un rôle actif.

Parvenus à la neuvième arche, comme d’autres auraient atteint, de Malkouth vers Kether la neuvième sephira, le premier d’entre eux Guibulum dans sa quête d’absolu, et dans sa progression vers l’infini…découvre, sous une lumière éblouissante, un bijou en agate, sur lequel apparaissent en lettres d’or : IOD  HE WAV HE.

Prenons cette phrase : je suis ce que je suis mon nom est Guibulum. Cela renvoie également à la réponse de Yahvé à Moise sur le Sinaï « Je suis » alors que jusque-là seul Hénoch connaissait la véritable prononciation du Grand Nom. Rappelons que si Moise a entendu la voix de l’Eternel, seul Henoch l’a vu et a dialogué avec Lui. La formule je suis ce que je suis est paradoxale puisque qu’elle constitue une redondance, une double affirmation qui tient de l’évidence puisqu’on existe tant qu’on peut exprimer  par soi-même : je. La signification de cette phrase sibylline est la suivante : je m’appelle Guibulum : c’est mon nom, mon moi, mais aussi mon égo. Ce qui signifie qu’une part de moi-même, mon égo, me sépare encore de l’Unité.

Mais en même temps, je recherche l’ultime progression qui me permettra d’aller au-delà de ma dualité, mais là je bute sur l’inaccessible. Mais cela pourrait s’écrire aussi je suis CEUX que je suis, celui qui suit au sens de suivre c’est à dire celui qui continue une lignée commencée par Hénoch initié initiant qui ne mourut point et qui survit dans tous ses fils spirituels.

Mais Guibulum c’est celui qui conduit ses deux autres compagnons à la porte de l’inaccessible, c’est un guide, pas un prophète mais plutôt un initié qui a une intuition prémonitoire, peut-être parce que le génie parle en lui à ce moment-là. Tout cela devait arriver, car c’est la conséquence de la saine curiosité de l’homme qui le pousse toujours à aller plus loin. Que la volonté de dieu soit faite. C’est pourquoi, au 14ème Salomon les investit de l’ultime perfection. Cela ne veut pas dire qu’ils sont parfaits. D’ailleurs, ils ont à se perfectionner mais ils ont vu l’ultime perfection. Ils sont désormais investis de la mission de témoigner de l’ultime perfection.

Zorobabel quant à lui est un maçon libre par état mais encore captif par les armes. Alors il y a le songe de Cyrus et l’aigle lui ordonne de rendre la liberté aux captifs. Est-ce déjà l’aigle de Saint Jean de Jean de Pathmos ?

Comme dans la légende d’Hiram, Cyrus fait un chantage : la liberté contre le secret maçonnique. Zorobabel refuse. Cyrus comprend et le fait chevalier et maçon libre. Zorobababel arrive au pont de Gandara et ne peut aller plus loin sans risquer sa vie comme Guibulum et ses compagnons.

Guibulum et Zorobabel suivent des itinéraires différents pour en arriver à une situation un peu semblable.

Changement de lieu ou ascension ? Cheminement ou progression intérieure ? Guibulum descend, se déplace horizontalement, remonte le temps et remonte tout court dans le monde, est ce exactement le même monde ?

Zorobabel lui se déplace simplement dans le plan et il ne fait qu’aller et venir sur la terre et traverser l’eau.

Guibulum descend au fond du fond jusqu’au centre de l’idée. Sa démarche est une recherche de nature extrêmement audacieuse si bien qu’elle manque de lui couter la vie. Il ressort de cette épreuve en retrouvant l’air libre et la voute étoilée comme « transfiguré ». Il évolue dans au moins trois éléments fondamentaux de la matière : la terre, l’air, le souffle divin, peut-être même frôle-t-il le feu divin et il traverse les mondes de la manifestation.

A l’issue de cette épreuve, au 13ème degré, Salomon crée Guibulum et ses deux compagnons Chevaliers de la Royale Arche. Guibulum est un chevalier de la terre d’où il vient, il n’est pas comme Zorobabel un chevalier de l’esprit, mais il est la fondation terrestre de Zorobabel. Pour Zorobabel, l’itinéraire est plus simple, il va voir le Roi, se fait armer chevalier, peine à traverser un pont, part à Jérusalem, puis, plus tard retourne à Babylone puis revient à Jérusalem.

Tout semble bien aller pour Zorobabel tandis que le malheureux Guibulum a failli se faire foudroyer et a eu bien du mal à refermer la porte. Il n’y a pas ce scénario dramatique et j’allais dire apocalyptique chez Zorobabel, encore que, plus tard les choses se compliquent pour lui puisqu’on le retrouve enfin, on peut supposer que c’est lui, errant dans le désert puis confronté aux mystères terribles que vous connaissez.

Si l’itinéraire de Zorobabel paraît plus facile tout au moins au début, très vite au 17ème degré il va se confronter comme Guibulum à la force infinie du Créateur, épreuve qu’il va devoir traverser. Mais, l’obstacle à sa progression demeure son ego.

Guibulum est un « mage » initié initiant devenu Chevalier de la Royale Arche comme Zorobabel est un Chevalier bâtisseur : l’épée et la truelle. Truelle qui déjà apparaissait au 13ème sur une face du cube mais outil qui était autrefois l’outil du Vénérable Maître Ghiblim Excellent Maçon, outil à présent disparu dans nos ateliers symboliques. Guibulum et ses deux compagnons sont arrêtés sur la onzième porte et ne peuvent aller plus loin comme Zorobabel au pont de Gandara.

Pour l’un comme pour l’autre leur progression risque de courir à l’échec face à un obstacle imprévu. Guibulum est sous terre à l’endroit le plus sacré, à la porte de l’inaccessible par le chemin de la connaissance. C’est un échec, ce n’est pas la bonne voie pour continuer, il va falloir prendre une autre piste. Il va devoir se perfectionner. Nous Chevaliers R+ nous savons que cette autre voie, c’est celle de l’Amour désintéressé une fois l’ego consommé.

Zorobabel va passer le pont de Gandara, il est à la frontière de deux mondes. Armé d’une épée il essaye d’écarter les armes qui lui barrent le chemin mais il n’y parvient pas. Il prend  une décision cruciale : celle de l’abandon de tout pour poursuivre sa route.

Abandon de son ego, c’est-à-dire l’humilité pour devenir le plus humble d’entre nous.

Il enlève et jette la bague et le ruban de Cyrus et se dépouille de ses derniers métaux : il a acquis le vrai niveau de perfection du Maître. Je cite le rituel : mon Frère, cette bague et ce ruban symbolisaient la possession de biens matériels et marquaient votre attachement aux honneurs, débarrassez-vous de ces richesses, elles ne vous ont été données que pour vous forcer à vous en libérer.

Transgression ou plutôt saine curiosité, régression, libération, élévation, il y a des similitudes entre Guibulum et Zorobabel mais il y a une vraie progression de Guibulum à Zorobabel.

Guibulum recule, Zorobabel avance !

La différence c’est que chez Zorobabel, l’équilibre est atteint entre le guerrier et le bâtisseur, entre l’épée et la truelle. Zorobabel est chevalier de l’esprit c’est la semence de Babylone qui pousse sur le terreau de Guibulum.

Il n’y a plus de combat mais équilibre pacifique entre les contraires, cette dualité a été dépassée et désormais règne l’harmonie chez Zorobabel, et c’est ce dernier seul qui a atteint la perfection du Maître. Zorobabel est issu de Guibulum. Au fond les deux sont des personnages qui symbolisent des stades différents de la progression maçonnique. Ainsi, Guibulum est devenu Zorobabel.

J’ai dit.

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