18°
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La Céne
Non communiqué
En préambule, j’ai souhaité vous présenter aujourd’hui « la Cène » que nous réalisons au 18ème degré car elle est pour moi LA cérémonie qui contient un florilège des symboles du 18ème.
Mon sentiment premier en accédant à ce grade est de prime abord la foison de symboles christiques qui émaillent le rituel. La Cène, rien que cette appellation, est christique, moi qui n’ait pas eu d’éducation religieuse et qui ne suis pas un croyant à un Dieu. J’avoue que cela m’a e gêné. Et pourtant…
Je suis arrivé au 18ème degré après avoir franchi tous les degrés nécessaires et c’est une évidence, ma connaissance s’est enrichie de toutes ces étapes. Ma réflexion s’est aiguisée, une partie de mes certitudes se sont envolées. Je rappellerais une citation de Boris CYRULNIK qui m’est apparu fort juste « avec les connaissances, les certitudes disparaissent ». C’est donc avec un esprit ouvert que j’ai entrepris l’étude de ce 18ème degré. Ce grade m’est apparu comme finalement peu christique car au-delà des mots christiques l’interprétation que j’ai pu en faire est bien non christique.
Par définition, ce qui est christique c’est tout ce qui se rapporte à Jésus, par extension à Dieu. Et donc considérés comme sacré au sens religieux et interdit d’interprétation : il s’agit bien d’un dogme. Or la maçonnerie nous enseigne le contraire. Elle enseigne la réflexion, les symboles et en toutes occasions de se faire sa propre opinion. L’interprétation des symboles nous y aide. Même si le grade contient des mots christiques, nous évoluons progressivement par notre travail, notre réflexion, notre vécu et non par un dogme que nous devons appliquer. Nous ne nous arrêtons pas sur les mots mais sur les idées. Tout notre savoir et notre foi en l’Homme vient de notre travail sur nous-mêmes et dans la Société alors que dans la religion, tout est dit dans la bible, tout vient d’en haut donc de Dieu et ne peut être interprété. Dans la maçonnerie, la vérité et la connaissance viennent d’en bas par notre travail et notre réflexion.
La Cène proprement dite.
Au plan général, cette cérémonie de la Cène remonte à la plus haute antiquité et les symboles ont été repris par le Christianisme en vue d’effacer probablement les pratiques païennes comme l’ont fait toutes les religions. Le partage du pain et du vin était largement pratiqué dans les Temps anciens.
Pour qu’un simple apprenti Franc-maçon devienne Un Chevalier Rose Croix, il a fallu qu’il chemine de la Chaine d’Union à la Cérémonie de la Cène. Rencontrer tous les symboles mis par les rituels sur sa route, provoquer la réflexion. Il a dû cheminer de la Fraternité à l’Amour universel en découvrant notamment les vertus théologales que sont la Foi, l’Espérance et la Charité. Arrivé au 18ème degré, le Chevalier Rose-Croix est désormais tourné vers l’Amour Universel qui réclame le don de soi.
Dans la Cérémonie de la Cène, les membres forment un cercle comme dans la chaîne d’union. Si la chaine n’est pas soudée par les bras enlacés, elle l’est spirituellement. Et tout ce qui suit esthautement symbolique.
Les 3 étapes de la Cène
1ère étape : le partage du pain
« Le TSA prend le pain et l’élève en disant :
« Que ce pain nous maintienne en force et en santé ».
Il rompt le pain en deux parties. Fait le signe en montrant le ciel et tous de répondre par le contresigne en montrant la Terre. Puis il fait circuler le pain des deux côtés.
A quoi correspond le signe et le contresigne ? Irène MAINGUY mentionne dans son ouvrage « De la Symbolique des Chapitres en Franc-maçonnerie » un passage dans l’instruction au grade de Chevalier Rose-Croix. Après avoir fait le signe et le contresigne, le Très sage demande :
–« Que signifie ce signe »
–la réponse donnée par le Chevalier Rose-Croix est
« Que ce qui est en haut est semblable à ce qui est en bas comme le dit Hermès dans sa Table d’Emeraude ».
et dans la Table d’Emeraude d’Hermès Trismégiste, voici les 2 vers mentionnant le signe et le contresigne :
Le premier vers :
–Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut
Et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas
Pour faire les miracles d’une seule chose.
Le second vers :
–Il monte de la terre au ciel
Et derechef il redescend sur la terre
Et il reçoit la force des choses supérieures et inférieures.
Ce 2ème vers répond à mon questionnement. Les CRC se font le signe et le contresigne pour rappeler que les valeurs matérielles d’en bas ne sont rien sans les valeurs de l’esprit d’en haut et vice versa.
Ce 1er temps de la Cène par le partage du pain nous situe bien en bas, sur terre symbolisant le contresigne montrant la Terre.
Le pain est une nourriture terrestre qui représente le travail effectué par l’Homme du grain de blé jusqu’à la fabrication du pain. L’homme a dû moudre le blé, y ajouter l’eau tombée d’en haut, le pétrir puis agir sur le levain par la fermentation et finalement le cuire grâce au feu qui le transforme en pain. Le pain est riche de symboles et de nombreuses phrases l’illustrent bien comme « le travail de l’homme qui gagne son pain à la sueur de son front ».
Puis le TSA dit ensuite :« Prenez et manger ! Donner à ceux qui ont faim »
Une fois que le CRC a mangé, il peut donner à ceux qui ont faim. Faim de nourriture terrestre mais aussi de nourriture spirituelle telle que la connaissance. C’est le moment du partage fraternel. On le retrouve dans notre vocabulaire avec le mot « copain » qui signifie partage du pain. Mais aussi le mot « compagnon ». Etre compagnon c’est partager le pain. Le moment fraternel d’échange entre les humains. Manger ensemble, partager le même repas. Nous sommes bien dans la Cène rappelant Jésus et les apôtres prenant leur repas autour d’une table ronde. Cette cérémonie symbolise la fraternité et l’amour par le partage.
Le Chevalier Rose Croix, pour accomplir sa mission doit maintenir sa force physique et donc sa santé et indirectement sa force spirituelle. Ne dit-on pas « Un esprit sain dans un corps sain » ?
C’est en mangeant le pain de son travail qu’il peut se maintenir en force physique et mentale. Au plan du symbolisme, si lecompas est posé sur l’équerre, l’équerre représente le corps du CRC et le compas son esprit. L’équerre doit assurer la stabilité du compas pour pouvoir permettre au CRC de s’élever spirituellement.
Le CRC doit-il donner à manger à tous ? Pour moi, on ne peut donner à manger (la connaissance) à celui ou à ceux qui ne veulent pas recevoir. Et peut-on donner à tous ? Et peut-on donner si on n’a jamais reçu ? Dans le rituel, ma réflexion me laisse à penser qu’il aurait été intéressant peut-être de dire « donner à celui qui a faim » plutôt qu’à « ceux qui ont faim ». N’était-ce pas mieux prendre en compte le don de soi dans une relation duale ? (rappel du symbole du Pélican qui donne à manger à ses petits sa chair et son sang). Mais aussi dans la relation spirituelle de donner, de transmettre de la connaissance. Il est vrai que le pluriel qui est utilisé dans le rituel fait référence à un Amour plus universel vis-à-vis de l’être humain en général et c’est probablement ce qui était recherché.
2ème étape : le partage du vin
Le TSA prend les coupes, les élève en disant :
« Que ce vin élève notre esprit »
Le temps du haut est symbolisé par le signe montrant le ciel et une matière terrestre, le vin.
Le vin est un symbole que nous retrouvons dans nombre de religions mais aussi dans la mythologie grecque et romaine. Le vin est un produit de la terre transformé par l’Homme grâce à la fermentation. La fermentation transforme le sucre en alcool.
On ne peut parler de vin sans parler de Dionysos qui est le dieu grec de la vigne, du vin et de ses excès, de la folie et la démesure et de son homologue dans la Rome antique : Bacchus. Une consommation modérée du vin apporte des bienfaits à l’Homme tant pour sa santé qu’une certaine désinhibition lui permettant de s’élever pendant un laps de temps de ses contraintes terrestres. C’est ce sentiment d’élévation qui est magnifié. En revanche, la consommation immodérée de vin, provoque l’ivresse entrainant l’homme dans un cortège d’excès en tous genres l’abaissant dans ses plus bas instincts. Le CRC est appelé à la modération en tout comme dans la consommation du vin.
Lorsque le TSA dit que ce vin élève notre esprit, il nous rappelle que nous devons travailler sur Terre pour atteindre notre quête d’idéal, de perfection et de lumière.
Puis le TSA dit :
« Prenez et buvez ! Donnez à ceux qui ont soif ». Il fait le signe et reçoit le contresigne. Puis il donne la coupe après en avoir bu une gorgée.
Après le partage du pain vient le partage du vin. Après les matières terrestres, viennent les matières spirituelles, et le vin fait partie de ces nourritures qui vous élèvent symboliquement. Cette coupe à laquelle on boit n’est pas sans me rappeler les trois coupes de l’initiation. Je me rappelle de la phrase « Buvez encore ! » et ce goût d’amertume que j’ai ressenti. L’être humain peut survivre de nombreux jours sans manger. En revanche, il ne peut survivre longtemps sans boire. Rappelons-nous que nous venons de la Terre et que notre corps est surtout composé d’eau. La survie de l’Homme est en partie liée à l’eau. Sila faim qui vous tenaille est une terrible épreuve, souffrir de la soif en est une autre extrêmement douloureuse. Dans notre vocabulaire, on dit manger la vie à pleines dents pour dire profiter des bienfaits matériels de la vie mais on dit souvent « avoir soif de quelque chose » et ce quelque chose est très immatériel. Avoir soif de liberté, d’amitié, d’amour, de connaissances, de lumière, de vérité. Donner à ceux qui ont soif c’est transmettre tous ces concepts immatériels, ces valeurs qui résident dans le haut de notre corps, notre tête, notre esprit.
3ème étape :
Cette étape est illustrée par 4 phrases qui sont :
–« Emmanuel »
–« Que la paix soit avec vous »
–« TSA, tout est consommé »
–« Retirons nous en paix »
« Emmanuel » et « Que la paix soit avec vous » sont à mon sens indissociables.
C’est ce mot « Emmanuel » qui est prononcé discrètement par le CRC à l’oreille de son voisin CRC qui lui répond « Que la paix soit avec vous ».
Le mot Emmanuel est d’origine biblique et fait référence à l’évangile de Saint Mathieu. Je n’ai pas trouvé d’explication non biblique ce qui me gêne un peu.
J’ai du relire Irène Mainguy pour retrouver les origines de ce mot Emmanuel.
Dans les évangiles il est écrit que la Vierge concevra et enfantera d’un fils qu’on l’appellera du nom «Emmanuel» qui signifie « Dieu est avec nous ». C’est la base du Christianisme dont l’événement confirme la présence permanente de Dieu parmi les hommes. Pour les croyants, Emmanuel signifie que Dieu est en nous, que nous sommes des parcelles de Dieu. D’après mes recherches « Ce serait la part du divin qui est en l’homme de façon à ce que le Phénix qui est en soi, se consume dans le feu de la connaissance et permettre la régénération du corps et de l’âme ».
Avec le signe du Bon Pasteur, les CRC sont-ils considérés comme les bergers conduisant les agneaux (ceux à qui on donne à manger et à boire ?) sur le chemin initiatique ? Je ne me reconnais pas dans cette interprétation. Je préfère retenir comme explication que les lois de la Nature régissent les Hommes et leur environnement et que nous y sommes tous soumis. Par le travail et seulement par notre travail nous avons acquis suffisamment de connaissances pour transmettre l’Amour.
La phrase « Que la paix soit avez-vous » me rappelle le rituel de clôture au 1er degré ou le VM dit à l’extinction de sa lumière « Que la paix règne sur la Terre ». Ces deux phrases se rejoignent ce qui montre la continuité dans notre démarche initiatique. Le CRC a cheminé, il a rencontré des embuches et des pierres difficiles à gravir et à tailler sa pierre. Il sait évaluer et nuancer les épreuves qu’il rencontre. Il a trouvé en lui-même paix et sérénité qu’il souhaite partager et transmettre à ses semblables. Et pour aspirez à la paix comme il faut créer l’Amour. Pratiquer l’Amour Unique, l’Amour de l’Humanité pour contribuer au Progrès de l’Humanité.
Une fois tout le pain mangé, tout le vin bu, les mots, signes et attouchements effectués, le Chevalier Grand-Expert dit « TSA, Tout est consommé » et le TSA de prononcer les paroles « Retirons nous en paix ».
Tout est consommé : le sens premier est que tout le pain et le vin ont été mangés et bus, ingérés et que le repas pris en commun, la Cène, est momentanément terminé. Mais est-ce terminé ? Non, car nos travaux ne sont que suspendus jusqu’à la prochaine tenue. Il y a donc l’idée d’un repas cyclique pris ensemble et destiné à nous alimenter régulièrement de nourritures symboliques et spirituelles. Tout est ingéré et assimilé au plus profond de nous-mêmes pour pouvoir ensuite être restitué sous une autre forme. L’Homme ingère, assimile et restitue et ainsi de suite jusqu’à sa mort.
Un autre sens : Consommé et Consumé sont très proches et ce n’est pas sans nous rappeler la nature purifiante du feu et le symbole du Phénix au 18ème degré. Brûler la matière impure pour pouvoir renaître encore plus pur. Notre corps n’agit-il pas ainsi en absorbant et en transformant la nourriture en éléments vitaux et en se débarrassant des déchets ? Il en va de même pour la matière spirituelle.
Lorsque le TSA prononce la phrase de clôture « Retirons-nous en paix », tous les CRC sont alors dans un sentiment de parfaite communion et il règne la sérénité, la paix intérieure et l’Amour. Les CRC sont ainsi fortifiés prêts à affronter l’extérieur pour remplir leur mission.
En conclusion, si la Cérémonie de la Cène comprend des moments sacrés, ils sont sacrés par l’importance des symboles, des paroles et des actes que nous vivons dans cette Cérémonie. Ces moments permettent de resserrer entre nous ces liens forts et indestructibles forgés par tous nos symboles et la démarche maçonnique. La Cène permet de nous ressourcer individuellement et collectivement et de pouvoir continuer notre mission : répandre l’Amour Universel.
J’ai dit.