18° #415012

Le Pain, symbole de nourriture spirituelle

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
REAA
Loge:
Non communiqué


Il en est de certains symboles comme des sentiments humains : ils sont universels et sont partagés par des hommes de cultures très différentes et/ou d’époques très éloignées.

Le pain est de ceux-là. Il porte en lui une symbolique riche de l’aspiration qu’ont les êtres humains au partage fraternel d’une substance matérielle et immatérielle ou l’Amour et la Connaissance se conjuguent.

Le pain, contrairement aux fruits de la Nature, n’existe pas sans l’homme. C’est l’alchimie du blé moulu, de l’eau, du levain, du sel et du feu, qui transmute ce qui lève en terre en ce qui élève en l’homme. Nourriture primordiale, indispensable à la chair qui abrite l’esprit, il nous apprend que seul le travail peut nourrir.

Le pain a cette faculté de fournir l’énergie au corps, de permettre à la vie de continuer de s’incarner en nous. Pour se faire, le grain doit être semé, puis il doit germer, pousser, mûrir et être récolté. C’est un processus long, nécessitant savoir-faire, travail et patience, auxquels s’ajoute la clémence de la nature.

A ce stade, le pain n’existe pas, il n’est que dans l’intention du semeur… Une fois récolté et séparé de l’ivraie, puis apporté au meunier, sa nature transformée par le travail de la meule le rendra apte à la mutation ultime. Nourris et élevés par la terre, les grains trouveront par l’eau un lien plus étroit encore que celui qui les unissait lorsqu’ils étaient épis.

De cette union naît la pâte, pétrie par la main de l’homme, qui respire et se mêle à l’air par le levain.
Enfin le feu dont l’action termine le cycle de création.

Considéré comme la base de la nourriture humaine dans de nombreuses cultures, le pain est à la fois aliment rudimentaire et nourriture sublime.

Sa nature roborative le légitime sur la table des Rois comme dans la besace du voyageur. Il rassasie et satisfait le gourmet ou l’affamé. Qu’on le grille, le tartine ou le trempe le pain donne à son consommateur les composants indispensables à son métabolisme.
Il devient ce que nous sommes.

Pourtant ses mérites vont bien au-delà de la sphère matérielle. Pour nous, Francs-Maçons de Rite Ecossais Ancien et Accepté, le monde qui nous entoure n’est pas fortuit et ne se borne pas aux règles d’une arithmétique du hasard et de la nécessité. Le concept de Grand Architecte de l’Univers nous oblige à la question du sens de l’existence.

Nos outils de travail étant les symboles et les différents récits du Rite, le pain est naturellement l’un de ceux-ci tant il réunit de valeurs pour nous fondamentales : le Travail, la Connaissance, les lois de la Nature, et la Fraternité.

Dès lors que le Pain se partage entre Frères, il devient un ciment de l’âme qui va les unir. Par le jeu de la réciprocité, nous devenons alors ce qu’il est : ses vertus sont nôtres et parce que nous sommes Chevaliers Rose-Croix, nous savons quel est le lien spirituel qui constitue notre Ordre. Le Pain que nous rompons et partageons-nous emplit de ses vertus tout autant que nous l’enrichissons en l’offrant à notre tour à nos frères.

De souche judéo-chrétienne, notre Tradition Maçonnique, et plus spécifiquement le 18°, a bien sûr compris toute la force contenue dans ce symbole majeur. D’inspiration chrétienne, notre degré n’est pourtant pas exclusif. Son symbolisme s’attache à promouvoir une lecture fondée sur les valeurs inestimables du message chrétien, sans exiger pour autant qu’on adopte l’une des formes religieuses qui s’en réclame.

Pour nous, Francs-Maçons de Rite Ecossais Ancien et Accepté, Chevaliers Rose-Croix, cet acte du pain que l’on rompt pour le donner à son prochain nous place face à nos engagements et nos devoirs. Travailler sans cesse à nous élever, certes, mais travailler ensemble. La communion par le travail commun, dans le partage du Pain spirituel, nous rappelle à quel point nous sommes dépendants les uns des autres dans nos cheminements individuels.

Le rituel nous enjoint « donner à manger à ceux qui ont faim et à boire à ceux qui ont soif ».

Rien n’étant fortuit dans nos rituels, et encore moins les mots qui s’y trouvent, la distribution élective à laquelle nous devons participer nous invite à réfléchir : Le pain, pour nourriture spirituelle qu’il soit, n’est pas à distribuer sans discernement. Il ne s’agit pas de répéter le mouvement du semeur dont le geste ne contrôle pas la destinée des graines lancées.

Ce Pain spirituel ne doit pas être dilapidé : il est le fruit du travail et de l’amour des hommes vertueux. Sa valeur dépasse l’individu qui le reçoit, en ce sens qu’il ne peut croître que s’il est partagé. Le rompre ne divise pas sa force mais la multiplie. Rien ne saurait être plus contraire à sa nature que de vouloir le consommer seul.

Toute la construction de l’édifice maçonnique repose sur cette idée que l’homme se meut dans une dimension ordonnée, et que la vie qui résonne et se fait écho à elle-même sous tous les aspects qui nous sont connus n’est pas vide de sens. Ordo ab chao…

S’il est un viatique en maçonnerie, c’est bien celui-ci. Toute notre réflexion procède de cette affirmation.

Le symbole du Pain en découle également : le travail des éléments naturels par l’œuvre de l’homme, obéissant aux lois universelles, aboutit à redresser l’horizon de la matière en une verticalité ascendante dans le cœur et l’esprit de ceux qui comprennent bien l’Art. La rose peut alors éclore en nous.  Comprendre que la dichotomie ordinaire n’est qu’une illusion grossière, que la matière et l’esprit sont liés comme l’ombre et la lumière, voilà ce que le symbole du Pain nous enseigne.

Sa force tient aussi au fait que nous devons l’ingérer et le consommer tout autant que nous devons le partager. Il nous apporte notre propre force, notre propre énergie, celle qui nous permettra d’accomplir notre devoir de transmission.
Nous absorbons ses vertus auxquelles nous ajoutons les nôtres : nous créons ainsi une chaîne vertueuse à laquelle peuvent participer ceux qui sont en état de recherche de lumière et de vérité.

Qu’on le veuille ou non, nous devons être les gardiens et les dispensateurs du Pain et du Vin. C’est notre responsabilité, dans un monde profane de plus en plus violent, de plus en plus futile, d’offrir à ceux qui conservent en eux le lien unique qui les relie à l’humanité toute entière la chance et la joie de s’unir. Pour autant, le pélican ne donne pas sa pitié à qui veut la prendre, car le devoir et la vertu sont autant dans celui qui donne que celui qui reçoit.

C’est le « Frappez et l’on vous ouvrira », ou encore « nul n’entre ici s’il n’est géomètre » qui règle notre Devoir. L’effort et le travail de celui qui cherche conditionne la capacité réceptive propre du receveur comme la Sagesse et l ‘Amour fraternel de l’émetteur.  L’échange spirituel est à ce prix : il ne peut exister sans un mouvement dynamique.

Le Rite Ecossais Ancien et Accepté ne cesse de nous le dire :  nous ne sommes ce que nous sommes qu’au travers de la conscience de nos Frères en humanité. Le Pain de la Cène, avec son corollaire le Vin, sont les symboles que le Rite emprunte pour ouvrir en nous la conscience qu’un ordre existe, même s’il n’est pas perçu dans nos contingences temporelles.

Pour l’heure, je me contenterai d’une élévation à l’échelle humaine, de celles qui modestement s’appliquent aux victoires que nous remportons sur nos passions et nos égoïsmes.

J’ai dit.

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