26° #423012

Les cinq préceptes, les quatre états sublimes et les stances d’amour

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
OIRAPMM
Loge:
Non communiqué


  Je travaille, donc je suis. « Dès que l’homme, par le travail de ses mains, eut assuré sommairement son existence et sa sécurité, fut saisi par l’angoisse métaphysique et se posa les premières questions relatives à l’origine et à la fin des choses ». Dans cet ordre d’idées, au fil du temps, plusieurs courants philosophiques et religieux lui ont proposé, depuis le début de l’humanité, des réponses à ces questionnements, sans jamais lui fournir la Vraie Réponse, la Réponse Absolue. D’autres l’ont même déçu par ce qu’ils ont tenté d’incruster dans sa conscience les germes du dogme, de l’intolérance et du fanatisme. C’est pour cela que nous les Francs-Maçons nous affirmons que nous sommes perpétuellement à la recherche de la Vérité, accessible, semblable à un mirage, à laquelle nous nous approchons à chaque étape de notre évolution, mais que nous n’arrivons pas à appréhender. C’est la recherche de cette Vérité qui m’a conduit au 26ème degré de notre Rite. Et c’est justement pour toujours y tendre que j’ai reçu pour travail de vacances, le thème : « Faites-nous part brièvement de vos réflexions au sujet des cinq préceptes, des quatre états sublimes et des stances d’amour ».

Je développerai le thème en trois parties :

I. Approche conceptuelle des cinq préceptes, des quatre états sublimes et des stances d’amour.

II. Mes réflexions au sujet de ces trois sentences prises ensemble.

III. Les implications du respect des cinq préceptes, des quatre états sublimes et des stances d’amour dans la vie de tous les jours

I. Approche conceptuelle des cinq préceptes, des quatre états sublimes et des stances d’amour.

Je me donne pour règle de ne pas ôter la vie.

Je me donne pour règle de ne point prendre ce qui ne m’a pas été donné.

Je me donne pour règle de ne point être débauché.

Je me donne pour règle de ne point mentir.

Je me donne pour règle de ne jamais m’enivrer au point d’en perdre la raison.

Pourquoi les appelle-t-on des préceptes ? Parce qu’ils sont des règles morales, des leçons, des enseignements auxquels nous devons nous soumettre dans la vie pour avoir bonne conscience. Le précepte selon Wiktionnaire consulté le 26 octobre 2019, « C’est ce qui ne peut pas ne pas être autrement ». C’est le fondement de notre attitude, de notre comportement au quotidien. Si nous nous référons aux autres religions, les préceptes sus mentionnés sont enseignés par le Christianisme (ils font partie des dix commandements de Dieux dictés par Moïse), par l’Islam, par nos religions traditionnelles. Aucune religion, aucun courant philosophique digne de ce nom n’enseignera de tuer, de voler, de commettre d’adultère, de mentir et de végéter dans l’éthylisme. Il en est de même en Franc-Maçonnerie.

Les quatre états sublimes sont :

Amour et bienveillance envers tous les êtres.

Compassion envers ce qui souffre.

Joie pour tout ce qui est heureux.

Egalité d’humeur dans toutes les vicissitudes.

Sublime c’est ce qui est au plus haut de l’élévation, de la noblesse, de la grandeur, de la beauté. Pourquoi ces états sont-ils qualifiés de sublimes ? Parce que celui qui a atteint ce niveau d’accomplissement ne peut qu’être sublimé. Aimer jusqu’au sacrifice, c’est ce que beaucoup d’érudits de courants religieux et philosophiques ont prôné.Le Christ ne s’est-il pas sacrifié par Amour pour l’humanité ? Notre Maître Hiram n’a-t-il pas été tué par les trois mauvais Compagnons pour que perpétue la Maçonnerie ? C’est par amour poussé jusqu’au sacrifice que le pélican s’éventre pour nourrir ses petits. Lorsqu’on parle d’amour et bienveillance pour tous les êtres, il ne s’agit pas seulement des êtres humains, mais de toute la nature, pour ne pas dire de l’Univers car pour nous les Francs-Maçons, la vie réside dans les trois règnes de la nature : animal, végétal et minéral.

Les stances d’amour :

Que tous les êtres soient heureux !

Qu’ils soient en joie et en sécurité !

Que toutes choses vivantes, faible ou forte, grande ou petite, visible ou invisible, proche ou lointain, née ou à naître, que ces êtres soient heureux !

Que nul ne trompe ou ne méprise un être, si peu que ce soit ; que nul par colère ou par haine, ne souhaite du mal à autrui !

De même qu’une mère protège, au péril de sa vie, son unique enfant, qu’ainsi chacun cultive, sans limites, l’amour entre tous les êtres !

Qu’envers le monde entier, au-dessus et en dessous, autour et partout, chacun cultive un cœur aimant !

Que cet esprit de douceur soit conservé pendant toutes les heures de veille, que l’on soit debout ou marchant, assis ou couché, car telle est la règle suprême de la vie.

Ces stances d’amour viennent nous exhorter à respecter ce que renferment les cinq préceptes et les quatre états sublimes. C’est le style de communication de tout prédicateur qui « sème la bonne nouvelle ».

II.Mes réflexions au sujet de ces trois sentences prises ensemble

Pour mieux nous imprégner de ce que véhiculent ces sentences, on ne peut que les considérer ensemble. Le Bouddhisme a aidé, selon ses propres méthodes et à sa manière, à diffuser les enseignements moraux que les autres religions de bonne foi ont prônés : charité, abnégation, amour. Alors que les Bouddhistes mettent leur recours dans le Maître, la Loi et la Confrérie pour atteindre la Vérité, nous les Francs-Maçons nous plaçons le nôtre dans le Travail, la Connaissance et l’Amour pour atteindre le même but.

Je suis rempli de passions, de limitations, de plaisirs, de sentiments, de besoins, d’incohérences, de toutes choses qui me conduisent à l’Amour. Je dois respecter mes semblables et ne pas faire ce que je ne veux pas pour moi. Je sais que la nature, l’univers, le monde, le cosmos et moi constituons une seule entité, donc je dois rester en harmonie avec eux. Je dois prendre soin de la nature et elle prendra soin de moi. J’y ai mis et rendu accessible tout ce qu’il y a de bien pour moi et j’ai rendu difficile d’accès ce qui ne l’est pas. Le Bouddhisme est principalement une religion de bienveillance et d’amour envers toutes les créatures. Ne sont-ce pas là les vertus que prône la Franc-Maçonnerie ?

Nous devons selon Bouddha éviter deux situations dans notre existence : la vie dans les plaisirs et la vie de mortification. Nous devons choisir la voie intermédiaire, allusion faite au pavé mosaïque et à la tempérance en Franc-Maçonnerie. Cette voie ouvre l’esprit.

La doctrine du Bouddhisme repose sur deux principes antagonistes : la première (la théorie du karman des Hindous), « Pas de cause sans effet et pas d’effets sans cause » et la seconde (la théorie du nairâtmya des Hindous), la négation de la permanence de l’âme. Dans ce cas, le Bouddhisme n’épouse pas le même concept que l’Ordre International du Rite ancien et Primitif de Memphis-Misraïm qui est déiste et spiritualiste. En combinant et en conciliant les deux théories du karman et du nairâtmya, le Bouddhisme a développé la théorie du samtana ou de la série. Ainsi, pour le Bouddhiste, il est admis que l’enchainement des états intellectuels n’est pas arrêté par la mort mais se continue dans un individu nouveau, c’est-à-dire que le karman, sans impliquer la permanence de la personne, provoque la constitution d’une individualité nouvelle, héritière morale, mais non continuatrice de l’ancienne. Il faut pour cela un père et une mère qui engendrent un nouveau-né. N’est-ce pas là le principe de la réincarnation qui est bien présent dans nos traditions africaines ? Mais pour le bouddhiste, cet enchantement psychique peut être détruit par la suppression de tout désir et par le renoncement et l’abnégation, pour s’abîmer dans le nirvâna.L’être entré dans le nirvâna est désormais soustrait au cycle des renaissances.

Par ailleurs, la pratique de la charité au sens large du terme est une des vertus cardinales du Bouddhisme. C’est un moyen de lutter contre l’égoïsme qui constitue la dernière affirmation de l’amour de soi-même. Pour le Bouddhiste, « Vaincre l’opiniâtreté du moi est vraiment la suprême béatitude ». « Comme je traitais jadis le prochain, je traiterai le moi ; comme je traitais le moi, je traiterai le prochain ». Cela rejoint les adages qui disposent de : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît ». « Fais à autrui ce que tu voudrais qu’on te fît ». Ne peut-on pas alors conclure que les enseignements du Christianisme, d’autres religions et de la Franc-Maçonnerie coïncident avec ceux du Bouddhisme né cinq siècles avant notre ère?

Un enseignement très intéressant : à son époque, Bouddha n’a pas, comme certaines religions des temps modernes, attaqué directement les pratiques de croyances en des dieux, les vieux rites qui avaient court en ce moment-là. Il les a simplement contournées en enseignant un moyen de salut où l’on pouvait se passer des intermédiaires. Pour lui toutes ces pratiques peuvent être muées en des comportements qui vous approchent du divin. Pour répandre ses enseignements, Bouddha utilisait les méthodes que beaucoup de religions lui ont empruntées après : les paraboles, l’apprentissage par l’exemple. Un jour il enseigna à un chef de famille qui l’avait accueilli selon la pratique qui prévalait, que le meilleur moyen de se protéger et de protéger son foyer dans toutes les directions est de faire du bien dans son entourage, aussi bien à ses descendants à l’orient, à ses professeurs dans le sud, à sa femme et à ses enfants dans l’ouest, aux religieux toutes confessions confondues vers le zénith, à ses esclaves et à ses serviteurs vers le nadir. Pour lui le sens du devoir est réciproque. « La générosité, la courtoisie, la bienveillance, le désintéressement, sont au monde ce que la clavette de l’essieu est au charriot ». Le Bouddhisme n’était pas considéré comme une religion par son créateur, car il n’a admis ni Dieux, ni âme. Ce qui en soit ne gêne pas car, l’Ordre Internationaldu Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, qui est Déiste et Spiritualiste n’est non plus une religion. Les deux peuvent être considérés comme une école d’éveil de la conscience où on enseigne la morale et la symbolique. D’ailleurs, Bouddha étant mort et entré dans le nirvâna, est éteint et a cessé d’exister. On ne peut donc pas lui rendre un culte. Ce culte ne peut être rien d’autres que celui que nous les Francs-Maçons rendons à la mémoire de nos éminents Frères qui nous ont précédés dans le champs des roseaux : un simple hommage de reconnaissance.

Il est reproché au Bouddhisme d’être inconciliable avec la croyance à l’existence du Grand Architecte de l’Univers et de l’Immortalité de l’âme et également de décourager l’action et de formuler une théorie pessimiste de la vie. Le Bouddhisme ne conteste pas l’existence de la divinité. Il prend plutôt vis-à-vis d’elle l’attitude agnostique. En d’autres termes, il conçoit qu’elle existe mais ne la reconnait pas. Même s’il constitue une religion pessimiste, il n’en encourage pas moins l’action surtout si elle à pour objet l’avantage d’autrui.

III.Les implications du respect des cinq préceptes, des quatre états sublimes et des stances d’amour dans la vie de tous les jours

Le respect des préceptes, des états sublimes et des stances d’amour me conduit vers la tolérance avec ceux qui sont perdus sur la route. En effet, l’ignorance, la suffisance, la colère, la jalousie et la cupidité naissent dans des esprits perdus. Je dois traiter avec bienveillance ceux qui pénètrent dans ma maison, leur offrir les meilleurs mets, leur donner le meilleur lit et les traiter avec respect et honneur. Je ne dois pas prendre ce qui ne m’appartient pas, que ce soit d’une personne, d’une communauté, de la nature, d’une culture. Si je ne l’ai pas gagné ou qu’on ne me l’a pas donné … ce n’est pas à moi. Je dois du respect à tout ce qui est sur cette Terre : humains, animaux ou plantes. Je dois honorer l’esprit de toute chose. Je ne dois interrompre personne ; ne se moquer de personne. J’accepte que chacun ait le droit de s’exprimer à sa façon. Je ne dois jamais parler des autres en mal. L’énergie négative que je déverse dans l’Univers se multipliera et me reviendra. Tout le monde fait des erreurs … et toutes les erreurs peuvent être pardonnées. Les mauvaises pensées nuisent à l’esprit, au corps, à l’âme. Je dois m’entraîner à optimiser. La Nature n’est pas notre bien, elle fait partie de nous. Nous n’en sommes que les régents.

Je dois savoir que les enfants sont les graines de l’avenir et à ce titre, planter de l’amour dans leur cœur, entretenir leur cœur avec de l’eau et la sagesse des leçons de la vie. Quand ils sont grands … leur donner l’espace nécessaire pour qu’ils grandissent encore. Je dois éviter de blesser les autres car le poison de la douleur me reviendra forcément. Je dois être honnête en tout temps parce que l’honnêteté est ce qui mesure la volonté des êtres dans cet univers. Je dois veiller à mon équilibre mental, spirituel, émotionnel, physique … Mon équilibre physique renforce mon esprit … la richesse de mon esprit soigne mes douleurs. Je dois être responsable de mes actes, respecter l’intimité et le jardin secret des autres. Je ne dois pas toucher ce qui ne m’appartient pas … surtout ce qui est sacré. Je dois être sincère avec moi-même : « Je ne peux aider personne si je ne peux m’aider moi-même ». Je dois respecter les croyances d’autrui et ne jamais imposer mes propres croyances aux autres. Je dois être prêt à donner, à partager pour que vive l’Humanité.

La vie est une occasion de rencontrer des vivants, des hommes comme nous. Faisons, en sorte que toute personne que nous rencontrons, ne serait-ce qu’une fois en passant, ne regrette pas de nous avoir connu. Faisons, en sorte que notre famille, nos amis, nos collègues souhaitent notre présence et regrettent notre absence. Soyons serviables et ne négligeons personne pour sa condition sociale, car avant d’avoir ou de savoir quoi que ce soit, chaque humain est un être issu de la création du Divin. Acceptons les torts de tout le monde car c’est de la volonté de Dieu que le mal ou le bien des uns et des autres nous parviennent. N’envions surtout personne dans la fortune matérielle car toute richesse comporte son lot d’exigences. Soyons prompts à donner et faciles à pardonner. Écoutons plus notre cœur que celui des autres ; suivons plutôt notre chemin que celui des autres. Enseignons à l’ignorant qui rêve de s’instruire et laissons parler l’orgueilleux qui pense tout connaître. Somme toute, ne nous plaignons pas, ni de la vie, ni de personne.

En conclusion

De toutes les manières, la Franc-Maçonnerie en général et le Memphis-Misraïm en particulier n’entendent pas épouser toutes les doctrines que les divers cultes et courants philosophiques abordent en leur sein. Je constate que l’Ordre International du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm puise les enseignements qu’il trouve de vrais et de bons dans tous les courants qui ont existé jusqu’à ce jour, pour en faire la synthèse d’une leçon de vie. Certes, la vie a un côté pessimiste que nous sommes en clin à méconnaître et qu’il convient de mettre en lumière, ne fusse que pour encourager la lutte contre l’imperfection des choses, dans la mesure où le remède est nous-même et est en nous-même. De par ses enseignements, le Bouddhisme fait partie des institutions morales et religieuses qui ont joué un rôle dans le progrès de l’humanité. Première religion de l’Asie orientale il compte actuellement en son sein environ le quart de l’humanité. Le Bouddhisme a donné une forme religieuse à une philosophie dont nous tous devons connaître l’originalité et la profondeur. Bien qu’ayant connu des luttes en son sein, il fait partie des rares religions qui n’a pas prôné l’hégémonie en faisant des guerres dites saintes.

Très Respectable Mahatma,

J’ai dit.

Bibliographie

– Raemakers Willy, 2018. Rituel du 26ème degré, Ecossais Trinitaire Prince de Mercy, de l’Ordre International du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm. Version du 03 décembre 2018.

– Instructions au 26ème degré, Ecossais Trinitaire Prince de Mercy de l’Ordre International du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm.

– Pozarnik Alain, 2003. Le Secret de la Rose. De la Perfection à l’Amour. Editions Dervy, Paris.

– Maingy Irène, 2006. De la Symbolique des Chapitres en Franc-Maçonnerie. Rite Ecossais Ancien et Accepté et Rite Français. De la Liberté De Passage à l’Envol du Phénix. 2ème édition revue et corrigée.Editions Dervy, Paris.

– Mondet Jean-Claude, 2009. Du Chevalier d’Orient …au Chevalier Kadosch, Etude du quinzième au trentième degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Editions du Rocher, Monaco.

– Site Wiktionnaire, consulté le 26 octobre 2019.

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