30° #427012

Tsedaka

Auteur:

C∴ D∴ B∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS
DEUS MEUNQUE DUS
Rite Ecossais Ancien et Accepté
ORDO AB CHAO
SOUS LES AUSPICES DU SUPREME CONSEIL DE France

« TSEDAKA, la justice, est la vertu majeure du Kadosch, tempérée par la Charité du Rose-Croix ».

Quelle idée se fait-il de la justice ? Combattre toute injustice et toute oppression implique-t-il également qu’il fasse justice ?

Très Eminent Commandeur, et vous tous mes Frères Chevaliers KADOSCH, lors de l’initiation au 30ème degré les Grands Ecossais de Saint-André sont placés devant l’échelle mystérieuse qui résume les enseignements du 30ème degré du REAA. Le premier échelon du coté nord porte l’inscription TSEDAKA et signifie « la justice », mais il ne s’agit pas de l’acception latine de justice. « TSADOK », le juste en hébreux, n’est pas celui qui est équitable, mais celui qui marche dans les voies du seigneur, tel Noé « homme juste, intègre parmi ses contemporains, et il suivait les voies d’Eloim » (genèse 6,9). Arrivé au « nec plus ultra », le Chevalier KADOSCH a le devoir d’agir, d’animer les énergies dans les ateliers comme dans le monde profane, de stimuler les ardeurs, de les rassembler et de les faire converger vers le but assigné, à savoir : « combattre sans cesse toute injustice et toute oppression ». Ce soir je vous propose d’essayer d’appréhender l’idée qu’il se fait de la justice, au travers de cette notion omniprésente dans le REAA, puis d’étudier si son combat implique qu’il fasse justice et comment.

Quelle idée se fait-il de la justice ?

Dès le 1er degré le REAA invite l’initié à une quête de Vérité, dont la justice et l’amour sont les directions majeures. La notion de vengeance qui apparaît aussi dès l’initiation laisse perplexe car elle évoque une réaction passionnelle chargée d’agressivité, de violence, de haine, alors que nous devons vaincre nos passions. Le mot de vengeance interpelle le nouvel initié.

Dans les trois premiers degrés du rite, la vengeance apparaît être la sanction du non respect de la justice et de la fidélité à un engagement solennel :

« si vous trahissiez votre serment, vous n’échapperiez pas à la vengeance de tous les frères répandus sur la surface du globe, qui ont juré de punir le parjure ».

Le néophyte fait maintenant partie d’un groupe, mais sont appartenance demeure conditionnelle :

« Nous ne vous abandonnerons pas ; aussi longtemps que la Vérité, la Justice, la discrétion et l’Amour fraternel vous resteront sacrés ».

Entre ses deux sentences le néophyte a pu prendre conscience que ses ennemis les plus redoutables n’étaient pas forcément les autres, et qu’il devait prendre garde à lui-même.

Au 3ème degré le récipiendaire acceptera l’idée d’une sanction terrible : « Si je manquais à ce serment solennel, que mon corps puisse être coupé en deux parties, mes entrailles arrachées et brûlées et les cendres dispersées aux quatre points cardinaux, afin qu’il ne reste aucune trace parmi les humains, et en particulier parmi les Francs-Maçons, d’un homme aussi méprisable ! »

Dans toutes les traditions le caractère excessif des termes employés dans la formulation a pour but de donner plus d’importance à ce qui est décrit, ainsi les textes des serments doivent provoquer une réflexion pour aller au-delà des simples mots et rechercher l’idée.

Rien n’est laissé au hasard dans un rituel qui a pour but de nous relier à l’essentiel, et la notion de vengeance qui apparait dans plusieurs degrés du REAA nous incite à rechercher la raison de l’emploi de ce mot qui ne peut être que volontaire.

Le mot vengeance a une origine latine : vindicta, du verbe vindicare qui exprime l’idée de réclamer justice, de punir, de défendre, ou d’affranchir une situation. Il est intéressant de relever que la vindicta désignait également la baguette, insigne du commandement et avec laquelle les maîtres frappaient d’un coup léger la tête d’un esclave pour l’affranchir. Vindicare in libertatem: mettre en liberté, par analogie se libérer de nos passions, et des tyrannies inconscientes auxquelles nous sommes soumis.

Notre cheminement initiatique nous libère progressivement de l’emprise de nos conditionnements, le REAA nous enseigne de ne plus prendre les mots pour des idées afin de mieux cerner le réel des situations, de manière à développer notre libre arbitre.

Lors de l’initiation au 1er degré le vénérable sensibilise le néophyte sur la nature de ses propres ennemis. Le rituel invite à se garder des préjugés, des passions et de l’erreur et nous incite à travailler sur nous même de manière à découvrir et à surmonter ces obstacles, afin de nous construire en sagesse, en rectitude et en vérité. Au 4ème degré il nous est demandé « d’aimer la justice, de la révérer, de marcher dans ses voies, de la servir de tout notre cœur et de toute notre âme ». A ce degré la justice fait partie de l’harmonie avec laquelle nous devons construire notre temple intérieur.

En tant que PREVOT et JUGE (7ème), nous nous sommes engagés à tout faire pour apaiser les différents entre les FF et avons ponctué notre serment en demandant « que Dieu me garde en VERITE, en EQUITE, et en JUSTICE », ce qui était, sans aucun doute, l’ouverture aux vertus chevaleresques.

Lors de l’initiation au 9ème degré, JOHABEN, manque certes de discernement en confondant justice et vengeance, mais ne cherche-t-il pas aussi à passer pour ce qu’il croit « être meilleur » que les autres ?

Le serment du Maître Elus des Neufs « je promets de venger la maçonnerie en général et, en particulier, le plus horrible des assassinats qui fut jamais commis » invite à une nouvelle réflexion qui tend à la fois vers plus de spiritualité et un idéal de justice et d’équité. Les 10ème et 11ème degrés complètent la légende et nous indiquent la route pour devenir « un homme vrai en toutes circonstances ». Le serment du G M A « que le GADLU me maintienne dans la droiture et l’équité » apparait comme la quintessence de l’enseignement de ces grades c’est à dire que la vérité triomphe de l’erreur, et que l’amour dépasse la haine.

Dans la suite de notre cheminement nous allons découvrir un nouvel éclairage au travers du 18ème degré. En effet, « le plus humble de tous » recommande le pardon et la compassion envers nos ennemis, jusqu’à l’ultime instant de sa vie il fera preuve d’abnégation : « Pardonnes-leurs car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Pardonner ce n’est ni oublier, ni effacer l’acte, mais c’est cesser de haïr. La miséricorde est la vertu qui triomphe de la haine, de la rancœur.

Je reste persuadé que parmi les différentes vertus il en est une incontournable pour l’homme vertueux car elle porte en elle les autres, c’est l’amour. Et c’est sans doute pour cette raison qu’au 18ème degré nous renouvelons le traité d’alliance et le rendons actif car nous avons conscience que la haine fractionne et disloque tandis que l’amour consolide et agrège. La justice du KADOSCH n’est pas inspirée par les règles du droit en vigueur, mais est basée sur le sens de l’équité qui fait à chacun part égale, et au respect des droits naturels de l’être humain.

Combattre toute injustice et toute oppression implique-t-il également qu’il fasse justice ?

Dés notre initiation, la F M met à notre disposition un outillage rationnel permettant de se réaliser. Nous connaissons la réponse aux questions mentionnées dans le livret de l’apprenti :

  • « Quels sont les devoirs d’un FM ?

Fuir le vice et pratiquer la vertu.

  • Comment un FMdoit-il pratiquer la vertu ?

En préférant à toute chose la justice et la vérité ».

Selon notre rituel la justice serait la vertu majeure du KADOSCH, mais dans la mesure où elle est basée sur la notion qu’il se fait de l’équité cela reste totalement subjectif. Ce n’est pas sous prétexte que nous mesurons à peu près la différence entre le savoir et la connaissance, que nous détenons la vérité et que notre opinion est impartiale.

Posons-nous la question : « Qui donc voudrait m’avoir pour juge ? »

« Vertu majeure » nous précise le rituel, donc il en a d’autres, mais lesquelles ?

Si l’histoire distingue les vertus cardinales : prudence, courage, tempérance et justice, et les vertus théologales : foi, charité et espérance, la tradition permet de les analyser, de les approfondir pour tenter d’en mesurer le dosage nécessaire et obtenir le mélange judicieux permettant de tendre vers un comportement vertueux. Il ne semble pas qu’un comportement vertueux soit la résultante d’une recette précise, mais plutôt d’un assemblage subtilement adapté à un contexte. Il ne faut pas oublier que l’excès d’un très grand bien peut devenir un mal profond. Ainsi, mieux vaut manquer à la prudence qu’à son devoir. La prudence suppose l’incertitude, le risque, l’inconnu, mais encore faut-il en délibérer avec soi-même et avoir un choix possible. La prudence pourrait être sans doute ce qui sépare l’action de l’impulsion, elle n’exclue pas le courage, mais le rend vertueux quand il reste un acte de bravoure mesuré. C’est une question de dosage, de priorité. Le courage égoïste demeure de l’égoïsme. Le courage vertueux est celui au service du bien car l’acte courageux du fanatique reste une force servant une cause détestable. En clair le courage vertueux est celui qui est à la fois guidé et retenu par la tempérance et la justice. La tempérance est cette vertu qui permet de se satisfaire, de rester positif et de modérer les passions. Cela ne signifie pas que l’homme vertueux doit renoncer à l’abondance ou qu’il doit être résigné, mais plutôt qu’il sait que l’équilibre et l’harmonie sont des notions impliquant une fragilité, une précarité et qu’il convient de réguler ses passions et de préserver les autres. Enfin, l’homme ne saurait être vertueux sans être imprégné de justice au sens, d’égalité humaine plus que de la légalité juridique, dans la mesure où les lois ne sont pas forcément justes et leur application parfois éloignée de l’équité.

Plus que d’apporter des réponses formelles, l’approfondissement de l’étude des différents degrés du REAA provoque un questionnement et invite à tenter de trouver les réponses en soumettant le fruit de nos réflexions à la pertinence des frères. En effet, la méthode maçonnique ne se limite pas à nous faire jouer le rôle des héros mythiques lors de la pratique des rituels, elle nous transforme petit à petit en nous faisant réfléchir. S’identifier ponctuellement par exemple à un GRAND ECOSSAIS DE SAINT ANDRE serait trop réducteur, la véritable résonance apparaît en s’efforçant à la mise en pratique de ses quatre devoirs à savoir : respecter la raison, servir la vérité, défendre la vertu, combattre pour le droit.

La charité du Chevalier Rose Croix tempère l’envie de vengeance qui n’aboutirait qu’à un acte aveugle totalement destructeur par ce que la vengeance est animée par de la haine, alors qu’il s’agit justement d’œuvrer pour construire, pour faire en sorte que les souffrances causées ne puissent plus jamais se reproduire.

Nous le savons tous, la vie est jalonnée de petites mesquineries, de fourberies diverses, et prendre sa revanche apparaît comme un sport national.

L’augmentation d’une pression pour accroitre la productivité devient parfois assez proche du harcèlement, elle fait des victimes, et si une sanction est donnée, elle touche souvent un lampiste. Distinguer l’épaisseur du trait de la limite acceptable ne semble pas évident car cela relève de l’éthique qui oscille entre l’expression d’une intention « humaniste » fondée sur la notion du « BIEN » et l’énoncé de règles normatives applicables par tous sous forme de déontologie. Définir l’éthique comme une visée ou un chemin revient à dire d’emblée qu’elle n’apporte pas de réponses mais correspond plutôt à l’interrogation de celui qui veut agir bien. Par contraste, la morale peut dés lors être entendue comme l’ensemble des croyances et des codes qui préside au déroulement de cette interrogation dans une société donnée. Ainsi, la morale constitue le domaine des obligations et des interdictions, chargé de préciser les « tu dois » et « tu ne dois pas » qui règlent la vie dans la citée. Enfin, la déontologie, étymologiquement « ce qu’il faut faire » coïncide avec la morale d’un secteur ou d’une profession.

Cela reste une belle théorie parfois source de confusion avec de lourdes conséquences et un cortège de victimes, par exemple lorsque l’informaticien, ou le mathématicien devient « banquier ».

J’ai un peu tendance à penser qu’il est illusoire de croire que l’action du KADOSCH va éradiquer l’injustice dans le monde, mais je demeure persuadé qu’un éveil permanent, un sens critique aigu, et une volonté farouche de s’efforcer à comprendre les autres, doit lui permettre de lutter en fonction de ses moyens contre les injustices qui l’entourent. Concrètement c’est en utilisant son devoir d’alerte qu’il va pouvoir œuvrer petit à petit, quotidiennement pour, non pas triompher de la rancœur et de la haine, mais tenter de limiter les innombrables injustices qui sont les lots quotidiens de la vie profane.

Il faut mener le combat sur plusieurs fronts : d’abord vis à vis de sois même, c’est à dire qu’il faut s’efforcer de ne pas répliquer sans pour autant subir ; en suite, il faut convaincre les autres que la bonne méthode n’est pas celle qu’ils envisagent et c’est un travail de longue haleine avec souvent des résultats en demi teinte.

Très Eminent Commandeur à mon avis, le KADOSCH, doit savoir à la fois observer, comprendre et agir et surtout ne pas se décourager. Son véritable combat se situe dans la lutte contre ses instincts qui peuvent être tyranniques tant pour lui même que pour les autres. Notre action n’est pas une exaction d’illuminés, mais celle de celui à qui il a été dit : « agis par amour ».

J’ai dit Très Eminent Commandeur.

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