30° #427012

Lumière de la Liberté

Auteur:

M∴ R∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Dès l’initiation les notions de Lumière et /ou de Liberté accompagnent le Maçon tout au long de son chemin. Impétrant au seuil du 30ème degré il s’entend dire :

« Voyageur chargé de chaînes, le récipiendaire doit se débarrasser de celles-ci afin de poursuivre son initiation ».

Le voici donc prévenu : il lui reste encore et toujours à se libérer d’encombrantes chaînes.

Dès l’ouverture, les Travaux sont placés sous le signe d’une recherche :

  • Que cherchez-vous ? demande le TPGM.

La Lumière, répond le 2nd Grand Juge.

Or, nous savons que les Travaux s’ouvrent lorsque la nuit commence. Il ne peut donc s’agir de la victoire de la Lumière sur les Ténèbres, la réflexion doit aller au-delà et préciser la nature de cette Lumière ainsi que ses destinataires.

– Quelle Lumière et pour qui ?
– Celle de la Liberté pour ceux qui n’en abuseront pas.

Dans les grades précédant l’accession au 30ème, les termes Lumière et: /ou Liberté se déclinent plusieurs fois et de manière insistante :

Dès le 19ème degré : « L’initié, à travers sa relative ignorance doit continuer sa recherche de la Connaissance, de la Lumière et de la Vérité ».

Le chemin est ainsi tracé : On reconnaît à l’impétrant certaines connaissances puisque son ignorance est relative mais on l’incite toujours à accéder à la Lumière.

Trois axes de recherche me semblent importants dans cette quête. Je m’interrogerai donc d’abord sur la Lumière de la Liberté dans ce que j’appellerai l’aspect extérieur, pour l’Amour de l’Humanité, puis sur l’aspect intérieur du CHKDS, pour l’amour de la Vérité, et enfin sur l’aspect restrictif évoqué : « Pour ceux qui n’en abuseront pas ».

Lumière de la Liberté Pour l’Amour de l’Humanité

« La Liberté est un présent du ciel et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison » (Article « Autorité politique » de l’Encyclopédie). Le ton est donné : la Liberté est un droit et les auteurs de l’Encyclopédie en ont fait leur combat.

Les définitions couramment admises pour ces deux notions nous donnent l’étymologie du latin libertas, état d’indépendance, d’autonomie, absence de contraintes, libre arbitre. Pour la Lumière : jour, clarté, rendre les choses visibles, par extension, compréhensibles.

Le CHKDS est un combattant armé du glaive et du poignard et défend la Liberté au nom de l’Amour de l’Humanité.

Ce combat des philosophes du 18ème siècle qui porte le beau nom de « siècle des Lumières » est aussi le siècle qui a vu naître la Maç Spéculative.

Comment ne pas voir dans cette affirmation entendue au 4ème degré « La Maçonnerie vous a fait sortir du pays d’ignorance, de préjugés, de superstition, elle vous a tiré de la servitude et de l’erreur », une référence à ce siècle qui a combattu les croyances les plus archaïques, prétextes à maintenir le peuple dans l’obscurantisme et la terreur devant un roi-soleil, centre du monde et représentant de Dieu sur terre !

« Sapere aude », ose savoir, ose te servir de ton propre entendement devient la devise des philosophes pour accéder à la liberté.Sors de l’esclavage, brise les chaînes que t’imposent le clergé et la noblesse, prends le pouvoir ! Serait-ce ce que nous suggèrent les 3 crânes couronnés sur lesquels nous méditons : Après le pouvoir royal et le pouvoir sacerdotal vient le pouvoir de l’Homme.

L’action du CHKDS est le refus de toute imposture et de toute injustice.

Aux 23ème et 24ème degrés, l’impétrant apprend que ces deux grades sont consacrés à la recherche de la liberté sur le plan moral et social : « Le développement de la pensée au 23ème degré puis de la raison au 24ème degré permettent à l’initié de percevoir en pleine conscience le danger des superstitions, du sectarisme ». « Les Travaux du 23ème degré ont pour but de rechercher tout ce qui peut garantir la liberté personnelle contre les abus de pouvoir de l’autorité constituée… L’enseignement du 24ème montre que la société est menacée quand les institutions sont incapables de garantir la liberté… » (Rituel)

(J P Bayard). Nous sommes donc bien en route vers le 30ème qui est un grade d’action « car l’action c’est en CE monde que vous l’accomplirez ».

Depuis le 18ème degré, le Chev. a appris à délivrer les opprimés, combattre l’ignorance et l’injustice, il sait que la chevalerie est moins une institution qu’un idéal, elle affermit solidement quelques uns des principes moraux d’une humanité meilleure : « Il a affermi son cœur et libéré son esprit ».

Combattre l’injustice et l’oppression apporte la liberté car le progrès de l’Humanité ne peut se réaliser qu’avec des Hommes libres. Ses vertus sont celles de courage, d’audace et de ténacité. « Avancez et vous vaincrez le monde » mais cette injonction apporte aussitôt une réponse nuancée :

« Patience, le monde a été vaincu ».

Lumière de la Liberté pour l’Amour de la Vérité.

Puisque le monde matériel a été vaincu, il nous faut, à présent, nous tourner vers la chevalerie spirituelle.

Précisons d’abord que ce terme de spiritualité se situe en dehors de tout dogmatisme, conformément à l’article 4 de la Constitution Internationale : « Respectueux de la laïcité, …ses membres cherchent avant tout, à réaliser sur la terre et pour tous les humains, le maximum de développement moral, intellectuel, et spirituel ».

A ce propos, je voudrais citer un extrait d’un document du colloque « Se construire, spiritualité et humanisme » du Droit Humain (21 mai 2005) :

« La spiritualité, c’est l’énergie. C’est la mise en mouvement, une possibilité de régénération, de rénovation, d’innovation. Le spirituel, c’est l’homme qui s’éprouve insufflé par l’esprit et se met à l’écoute de la vie… L’être humain, capable de penser par lui-même, de contenir ses passions, libre et responsable, bénéficiant de la liberté de conscience et de la possibilité d’émancipation tend vers l’universel… Cette recherche de la spiritualité fonde la dignité humaine ».

C’est aussi le sens de la chevalerie spirituelle en quête de sa liberté intérieure.

Les 23ème et 24ème degrés proposent d’atteindre la Liberté intérieure totale.Le terme Liberté est utilisé de manière insistante. « Le mot de passe de ces deux degrés est URIEL le nom de « l’archange du feu insufflant à l’Homme le désir ardent de la Liberté. C’est la Raison qui aide l’Homme à trouver sa vraie Liberté ». (Rituel)

Quelle est donc cette Liberté intérieure ?

Uriel est l’ange de feu. Il pourrait s’apparenter à Prométhée qui a volé le feu de la Connaissance aux dieux pour le donner aux hommes.

Son nom (Prométhée) signifie le pré-voyant, celui qui voit avant, le lucide qui comprend (il s’oppose à son frère Epiméthée, qui réfléchit trop tard) autrement dit, il a compris que son action dans l’Humanité prépare son chemin vers l’accession à la Vérité. D’autres passages du Rituel nous parlent de Liberté spirituelle :

Au 25ème : « Dégagé des entraves sociales, possesseur partiel de la Liberté intellectuelle, l’adepte peut parvenir à la connaissance spirituelle… ». Plus tard on lui confirmera : « Vous allez maintenant entrer dans le domaine de l’Esprit… La couleur noire de ce cordon vous rappellera que l’homme se régénère, c’est-à-dire qu’il se spiritualise… » (Rituel)

Du Nec plus ultra atteint, l’impétrant redescend de l’échelle, il sait ce que la sagesse lui dicte : Dégagé des entraves sociales, il peut comprendre sa mission morale. Le serpent d’airain lui a enseigné que « …toutes choses soumises au feu d’Uriel, permet la purification par le feu, et le dégagement de la partie spirituelle de l’Homme. Il est libre comme peut l’être le prisonnier libéré de la caverne de Platon, qui sait que le monde apparent est fait d’ombres, il a fait le voyage du monde des sens au monde des idées.

Pour ceux qui n’en abuseront pas.

Cet aspect restrictif sonne comme une mise en garde. Comment pourrait-on faire une utilisation abusive de la Lumière de la Liberté ?
Trop de lumière éblouit :

Certains pourraient en abuser victime de l’exagération et vouloir imiter Icare en s’approchant du soleil. C’est le danger des mystiques. Croire que l’on peut toucher du doigt la Vérité. Trop de lumière aveugle : c’est le danger du fanatisme.

Ainsi, la chevalerie réelle, n’était pas qu’un idéal moral de courage et de vertus. Un esprit de guerre et d’intolérance animait ces fous de Dieu. (« Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens »). La liberté ne doit pas servir de prétexte pour imposer un ordre au nom d’un dogme. Le CHKDS lutte contre l’oppression d’où qu’elle vienne. Pour le CHKDS, la spiritualité est ancrée dans la réalité, c’est le sens de son action dans ce monde. Il a construit le Temple en lui tout en étant citoyen du monde.

« Toutes les richesses que peuvent acquérir l’Esprit et le cœur élèvent vers l’infini… L’Esprit ne se purifie qu’en se dégageant des préjugés ». (Rituel)

En redescendant de l’Echelle mystérieuse, l’initié a entrevu le but à atteindre : Le Temple de l’Univers, l’Unité par delà la dualité. Le noir et le blanc ne sont plus des opposés mais des complémentaires qui s’unissent. Il ne peut avoir qu’une intuition de cette Unité intégrale. Sa liberté intellectuelle, partielle au 25ème degré est devenue totale car il s’agit de sa liberté intérieure.

C’est dans cette intériorisation que le Kadosh entrevoit le but, reliance entre le concret et l’abstrait, la matière et l’Esprit, le fini et l’infini, le visible et l’invisible, Malkut et Kéther « Nous n’avons plus d’enseignement à vous donner » puisqu’il est désormais seul à savoir comment il DOIT se diriger. « Fais ce que dois ».

Pour conclure :

Nous avons été mis sur la voie du détachement depuis Hiram et notre nature entière a été régénérée par le feu. Mais ce but entrevu est une expérience personnelle et intransmissible Le CKS a franchi les degrés et entrevu le but grâce à son amour de la Vérité. Mais en redescendant de l’Echelle, il est conduit par l’Amour de l’Humanité :

Car l’action, c’est en CE monde que le KDS l’accomplit. Son combat est aussi d’empêcher les abus et de travailler au progrès de l’Humanité. L’Amour de l’Humanité devient alors SON nec plus ultra car rien ne peut se faire sans la grandeur de l’Homme et de son travail pour l’humanitude, terme que je reprends d’Albert Jacquard qui le définit ainsi : « Les cadeaux que les Hommes se sont faits les uns aux autres depuis qu’ils ont conscience d’être, et qu’ils peuvent se faire encore en un enrichissement sans limites, désignons les par le mot humanitude »… « C’est ce trésor de compréhensions, d’émotions et surtout d’exigences, qui n’a d’existence que grâce à nous et sera perdu si nous disparaissons. Les Hommes n’ont d’autre tâche que de profiter du trésor d’humanitude déjà accumulé et de continuer à l’enrichir ».

N’est-ce-pas là une possibilité qui nous est offerte dans la réalisation descendante ?

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