Lumière et Ténébres du 1er au 18°
Non communiqué
Je placerai en exergue de cette recherche ce verset du Prologue de l’Evangile de Jean (1-5) « La Lumière luit dans les ténèbres, les ténèbres ne peuvent l’atteindre ».
Le
premier contact du profane avec le cabinet de réflexion, le bandeau et
ses
premiers pas dans la Loge, guidé par l’expert, le préparent au passage
symbolique des ténèbres à la lumière, clé de base de la démarche
maçonnique
Ecossaise. Il répondra plus tard à la question « Depuis quand
êtes-vous
Maçon ?», « Depuis que j’ai reçu la
Lumière ».
Certes il a reçu la lumière, mais l’a-t-il comprise, l’a-t-il
atteinte ? A
quel niveau ? La lumière physique éclaire ce que nous voyons,
le monde
sensible. L’écossisme nous suggère la nécessité de l’éveil de notre
conscience.
Il va progressivement degré par degré, gommer, partiellement, de
bandeau, puis
ce voile qui obscurcit notre cheminement vers la lumière.
Personnellement, je
ressens une approche dynamique de cette dualité, approche qui est un
élément
structurant de ma conscience me permettant d’agir, je dirai même de
passer à
l’action, pour dépasser cette opposition Lumière ténèbres, mais
également toute
forme duale d’opposition, je pense notamment à Ordo ab Chao.
Le mot « ténèbres » au pluriel est l’interprétation
humaine qui peut
désigner la nuit, l’obscurité, la mort, le mal ; la
« Ténèbre »
au singulier apparaît principalement dans la Genèse, elle est le Chao
initial,
préexistant au geste de création divine. La Lumière au singulier
jaillira de
cette volonté divine.
Dans
tous les degrés, le décor de la Loge, les cérémonies, les outils, et
plus
généralement les rituels sont articulés autour de la dualité
ténèbres-lumière.
La densité et la diversité de ce symbolisme ouvre un vaste espace
d’analyse que
je n’ai pas souhaité aborder dans son exhaustivité ; je n’ai
pas non plus
recherché le cheminement degré par degré.
La démarche maçonnique nous permet, nous oblige même, à passer de la
conception
du sensible, aperçue au 1er degré, vers le
spirituel, de la matière
à l’esprit. Elle nous guide, sur le chemin de la Connaissance vers une
Lumière,
aperçue lors de l’initiation, rappelée par ce verset de l’Evangile de
Jean que
j’ai cité en introduction.
Ce n’est pas degré par degré sur un chemin linéaire que j’ai progressé
mais en
reliant les éléments, en rassemblant ce qui est épars, en purifiant mon
esprit
en recherchant l’idée derrière le symbole. Mais quels
symboles ?
Ils sont à la fois différents et complémentaires : les
symboles matériels,
les outils, la Loge et son organisation, le temps sacré, les
cérémonies, les
rituels.
Dans une seconde partie plus brève,
j’aborderai
les concepts, l’approche plus philosophique, plus métaphysique.
Je terminerai par une synthèse personnelle
L’expression de la dualité ténèbres-lumières dans le rite.
Je me limiterai principalement aux trois premiers degrés pour aborder lesSymboles
matériels
L’obscurité de la caverne que découvre le profane dans le cabinet de
réflexion
le sensibilise au lien lumière-ténèbres. Il ne comprendra pas les
symboles
matériels, comme le coq qui représente l’appel de la lumière ;
comprendra-t-il
mieux la lumière de la bougie ?
Dès son initiation, les Trois grandes lumières vont lui être révélées, le V.L.S., l’Equerre et le Compas. Derrière le V.M. il aperçoit les sources de Lumière : le soleil, la lune et le delta lumineux. Au centre de la Loge le pavé mosaïque, la dualité blanc-noir. Il entendra à la fin de la Tenue le V.M. dire « Que la lumière qui a éclairé nos travaux continue de briller en nous ».
Il dispose de nombreux éléments, encore faut-il les assembler, les comprendre. La lumière physique éclaire la Loge. La lumière spirituelle n’est pas visible.
L’Etoile Flamboyante qui oriente le cheminement du Compagnon est à priori plus facile à interpréter, interprétation qui évoluera dans le temps. Les quatre éléments découverts lors de l’initiation intègrent la quintessence symbolisée par la lettre G, au centre de l’Etoile, évoquant la manifestation du Principe. L’Etoile à 5 branches représente l’homme accompli qui prend conscience de la lumière qu’il doit rechercher en lui.
Le troisième degré transforme les outils du Compagnon en armes, les 3 Officiers représentant les 3 grandes lumières deviennent les assassins d’Hiram. Ce qui était lumière est devenu ténèbres ; les ténèbres obscurcissent la lumière.
Le Grand Maître Architecte est un concepteur, il va construire le Temple et pour tracer le plan travailler avec les outils symboliques de la géométrie, l’étui de mathématiques. La mathématique, c’est la philosophie. Il est un architecte philosophe tel que le conçoit Platon. Il a pris conscience que cette lumière qu’il apercevait comme Compagnon est maintenant en lui.
Je noterai, sans développer l’importance des heures d’ouverture et de fermeture des travaux qui modulent l’intensité de la Lumière et des Ténèbres.
L’organisation
de la Loge ouvre
une réflexion de nature différente sur la dualité Lumière-Ténèbres.
Aux trois premiers degrés, l’ouverture des travaux symbolise ce passage
des
ténèbres, du monde extérieur, à la lumière et à la fermeture des
travaux, le
retour vers les ténèbres. La sacralisation de la Loge illumine le
Temple au
sens physique, tout en signifiant un sens caché au centre de la Loge
avec le
fil à plomb, à l’Orient avec Le soleil, la Lune et le Delta lumineux
qui sont
tous les trois porteurs de lumière, mais pas de la même lumière.
Dans les degrés de Perfection ou les Chapitres, la couleur des tentures
est un
nouveau symbole comme les larmes d’argent cachées dans la tenture noire
au 4è
degré ou le feu représenté par la tenture rouge au 18è degré.
Le Temple au noir est un temple de désolation, prolongement de
l’Apocalypse du
17è degré. La progression, le changement, ne peut se produire que par
un
passage par les ténèbres, le Maître l’a déjà vécu au 3è degré, le
Maître Elu des
Neuf en transgressant un ordre, est retombé dans les ténèbres.
Les
cérémonies
expriment, avec une pédagogie théâtrale facilitant la compréhension, ce
passage
permanent dans nos rituels des ténèbres à la lumière et les retours
vers les
ténèbres.
Je limiterai cette notion à quelques voyages en commençant par celui du
profane
qui dans un processus alchimique sera purifié par les quatre éléments.
La
purification par le feu lors du dernier voyage, sous le fil à plomb lui
ouvre doublement
la voie vers la lumière, celle du feu, et celle qui descend du divin
par le fil
à plomb. Mais le profane ne peut pas la voir, le bandeau lui cache la
vue, le
sensible, tout en symbolisant l’ignorance du profane. Le bandeau ou le
voile
réapparaîtront au 4è degré puis au 18è degré pour rappeler au franc
maçon que
son éveil se poursuit. Lors de l’élévation, le voyage des neuf maîtres
se
déroule par une marche solaire autour d’un centre représentant le corps
d‘Hiram
qui est source de lumière. La déambulation suit la rotation apparente
du soleil
autour de ce centre sacré.
Le
Chevalier de la Royale Arche voyage selon un parcours kabbalistique
pour
retrouver la lumière dans le Saint des Saints et la Parole Perdue.Il va connaître ses
limites en transgressant
l’interdit, le souffle est d’une telle violence qu’il ne peut le
supporter, il
n’est pas encore prêt à recevoir la lumière Divine. Mais il déclenche
l’effondrement des neufs Arches sacrées : retour dans les
ténèbres. Le
Souffle est EIN SOF, l’inaccessible, la volonté initiale d’essence
divine.
Le Chevalier d’Orient et d’Occident est perdu dans les ténèbres du
Temple noir.
« Dans ce fatal cataclysme de l’esprit, la lumière qui nous
éclairait est
éteinte. La Parole est perdue » lui explique le Très Sage.
Mais la Foi,
l’Espérance et la Charité qui apparaissent au cours des voyages, vont
le
remettre sur le chemin de la recherche de la Parole Perdue. Le Maître
Secret cherchait
déjà dans les voyages la Vérité et la Parole Perdue, il avait appris
que : « la
Vérité est la Lumière placée à portée de tout homme qui veut ouvrir les
yeux et
qui veut regarder ». Mais la Lumière s’est éteinte. L’agonie,
l’anéantissement et la mort étaient-ils le sort réservé au
Chevalier ? Il
entend alors une voix au fond de lui et il sent « comme un
souffle lorsque
la voix murmura une parole qui fut l’annonce d’une Lumière
nouvelle ».
Le Chevalier Rose-Croix, sorti des ténèbres, retrouve dans I.N.R.I. le
feu
purificateur. C’est le feu spirituel, feu intérieur, qui puise sa force
dans
l’Espérance, la Foi et la Charité et donne toute sa puissance à l’Amour
qui
vient du cœur.
L’apport de concepts extérieurs au rituel.
Les rituels du 1er au 18è degré s’enrichissent d’apports extérieurs nombreux. J’en retiendrai quatre pour ce thème : les aspects philosophiques, l’alchimie, la kabbale, La Bible en me limitant au prologue de l’Evangile de Jean.
La
philosophie
conduit au sens de la vie, à la sagesse.
Les fondements de la Mythologie grecque s’inscrivent dans cette dualité
Lumière-ténèbres ou harmonie-chaos. Cronos se libère des ténèbres, mais
retombe
dans le chaos en éliminant ses fils. Zeus ramène l’harmonie par
l’action. Les
dieux Olympiens sont les garants de cette harmonie, ils dispensent la
Lumière.
La philosophie présocratique va nous faire prendre conscience de la
dimension
cosmique née de ce chaos initial, de cet Univers harmonieux créé par
les Dieux.
Kant développera dans la Métaphysique des Mœurs la notion de bonheur en
passant
par la dualité vice-vertu, dualité qui rappelle le blanc et le noir,
les
ténèbres et la lumière.
Les Sefirots proposent à l’initié une progression vers le Divin par l’intermédiaire d’un arbre structuré autour de dix Sefirot qui représentent certains aspects de Dieu. Ce chemin intérieur est symbolisé au 13è degré par la descente par palier vers la voûte sacrée, vers le plus secret de l’homme. A chaque porte, s’établit une véritable transmutation, une métamorphose, qui ouvre une nouvelle voie vers la porte suivante. Mais cette voie s’arrête à la onzième porte ornée du vase brisé symbole de cette limite à ne pas franchir. Ce vase contenait la connaissance insaisissable, objectif ultime. Le vase brisé disperse des éclats de lumière qu’il faudra rassembler en revenant au point de départ pour retrouver le cheminement initiatique vers le Principe.
L’Alchimie, considérée dans sa dimension spirituelle, nous propose un processus de régénération conduisant à la réalisation parfaite de l’être. C’est un processus de purification pour revenir à la lumière principielle à une lumière parfaite.. Le feu est à la base du travail de l’alchimiste, le feu est lumière car par le feu, la nature se renouvelle intégralement : « Igne Natura Renovatur Integra » I.N.R.I. L’alchimiste progresse de l’Œuvre au noir à L’Œuvre au rouge, des ténèbres à la Lumière.
L’Evangile de Jean, Plus particulièrement le prologue, est présent dans nos Loges aux 3 premiers degrés et au 18è degrés. Il nous apporte la tradition Johannique, référence de l’ésotérisme chrétien expression de la Connaissance et de l’Amour. Il relie lumière, ténèbres et Logos, « Le Logos Lumière véritable qui éclaire tout homme. » (1-9). Ici, Lumière et Ténèbres signifient la voie de l’éveil.Les ténèbres sont la condition du dévoilement rappelé symboliquement tout au long de notre progression.
Où suis-je entre ténèbres et lumière ?
A
l’issue de ce travail, j’ai conscience du chemin qui me reste à
parcourir.
Certes j’ai retrouvé la parole Perdue, mais l’ai-je assimilée ?
J’ai bien pris conscience du processus proposé par la démarche
maçonnique qui
me permet à tout instant de faire ces allers-retours du haut vers le
bas, du
bas vers le haut, des ténèbres vers la lumière et de nouveau vers les
ténèbres.
Trois piliers principaux ont soutenu ma progression : les
rituels, la
transmission apportées par mes Frères, la liberté offerte par le rite ;
liberté
qui génère l’intuition indispensable pour dépasser les concepts en
apparence
trop complexes. Je n’ai pas la sensation d’une dualité ténèbres-lumière
violente, sans transition possible et permanente. Je ressens un chemin
continu
qui passe du blanc au noir et du noir au blanc, une sorte de dégradé de
gris
qui apparait de plus en plus clair au fur et à mesure que les voiles
s’estompent. L’harmonie, peut-être de nature cosmique est pour moi le
moteur de
mon action intérieure et extérieure. Je ne conçois pas la spiritualité
hors
d’un cadre harmonieux que je retrouve en général dans la Loge et en
particulier
en participant à la chaîne d’union ou à la Cène. C’est ainsi que
j’aborde la
transmission de la lumière.
Je
suis bien conscient que cette conception mal comprise peut sembler en
contradiction avec la devise de l’Ordre, ORDO AB CHAO. L’Ordre et le
Chaos
s’enchainent par des phases transitoires.
Le Temple rouge, est l’achèvement d’un long parcours où recherchant la
Parole Perdue,
elle m’est révélée. C’est par le feu que j’étais né à la Lumière, c’est
par le
feu que je retrouve la Parole perdue. Ce feu, maintenant, m’éblouit
moins, je
peux mieux apercevoir. Mais je ne suis pas l’aigle bicéphale, symbole
de
L’Ordre, qui peut regarder le soleil en face. Revenant au Prologue de
Jean, je
médite cette phrase : « Il n’est pas la
Lumière mais le témoin
de la Lumière ». Je ne pense pas que le plus important soit
d’être la
Lumière, je ne suis pas un mystique ; les dualités
ténèbres-lumière,
ordre-chaos, blanc-noir ont jalonné mon chemin de franc-maçon. J’ai
voyagé,
j’ai mené des combats et je suis persuadé que c’est dans l’action que
je
progresserai. Cette action portée par la fraternité, doit être
« lumineuse » pour transmettre et éclairer les autres
de cette
étincelle divine.
L’action, passée et future ne peut que s’inscrire dans les valeurs qui
ont
guidé mon combat, et notamment les vertus théologales que porte le
Chevalier
Rose-Croix et qui complétées par la justice génèrent l’amour.
J’ai dit.