Les Gonfalons
Non communiqué
Le choix du sujet de cette planche est dû à une incompréhension totale de ma part du symbolisme sous tendant la présence des fanions ornant notre temple au 32° du REAA. Les quelques F F que j’ai interrogés à ce sujet, ont pu me guider quant à la genèse des gonfanons de notre consistoire, malheureusement, le F Gérardin du Consistoire de Nancy, qui a guidé notre S Liliane pour leur réalisation, est passé depuis à l’Or Eternel, je ne peux que lui rendre hommage…et je profite de cet instant pour remercier notre S d’avoir permis ce travail en me fournissant les photos des gonfalons par elle réalisés.
Incompréhension totale, disais-je. En effet, notre Consistoire se réuni au Camp de Dijon, le Temple est orné de fanions, le Tableau de Loge de tentes, tout ceci évoquant une armée en ordre de bataille, contrastant avec la paix et la sérénité présidant habituellement à nos travaux en Loge.
Et en m’approchant de la synthèse du grade, je suis abasourdi par l’explosion symbolique utilisée, à la fois arithmétique et géométrique, dans les couleurs et les formes, comme si l’on avait voulu résumer toute la maçonnerie en un seul tableau.
Revenons au thème premier de cette planche : le « gonfalon ». C’est une écharpe ou bandelette terminée en pointe et dont les chevaliers ornaient leurs lances. Lors des tournois, ces étoffes étaient souvent aux couleurs de leur dame de cœur.
Sous la forme « gonfanon », il s’agissait d’une Bannière ecclésiastique, composée de plusieurs fanons, c’est-à-dire de plusieurs pièces de tissu pendantes ; et qui, sous la forme de « confalon », désignait une confrérie de pénitents séculiers à qui St Bonaventure prescrivit en 1264 une forme particulière de prières ; plus tard Grégoire XIII confirma cette confrérie et lui donna le soin de délivrer les chrétiens esclaves des mains des infidèles.
Et enfin, il s’agit aussi d’une tente ronde qu’on porte à Rome devant les processions en cas de pluie. Pas d’erreur, les bannières, les tentes et les soldats d’intervention, il s’agit bien du tableau du 32° !
Fouillant dans la littérature, je n’ai pas trouvé d’explications bien probantes sur le pourquoi de ces symboles. J’ai trouvé deux sites, en particulier, un en anglais, de la Grande Loge Arkpha où est donné le rituel du grade, et l’autre en italien, du suprême conseil italien du REAA où est donné un historique du grade faisant référence aux manuscrits Franken. Franken est un ressortissant hollandais qui émigra dans ce que l’on appelait à l’époque « les indes occidentales » où il se fit naturaliser anglais pour certains auteurs, ou français pour d’autres. Il est vraisemblable qu’il y rencontra Morin, leurs chemins divergeant ensuite, Morin participant à l’élaboration du REAA à 33 degrés, et Franken décrivant le Rite de Perfection (ou d’Hérodom) à 25 degrés, le 25° de ce rite correspondant pratiquement au 32° du REAA. Cela me reste à confirmer par une recherche approfondie, mais il me semble que les Ordres de Sagesse du Rite Français sont en filiation du Rite de Perfection. Rassurez-vous, mes vaillants et sublimes FF, je m’en arrêterai là au risque d’être hors sujet, peut-être une prochaine planche…
Je n’ai pas pu dissocier l’analyse de la signification des gonfalons de celle du tableau de loge, je devrais plutôt dire du tracé du camp, tant l’explication des uns s’effectue par l’autre et réciproquement. Etant plus à l’aise dans les tracés géométriques, je commence donc mon étude par celle de la synthèse.
Notre rituel nous indique que : Cercle, Triangle, Pentagone, Heptagone, Ennéagone, voilà le tracé symbolique du camp défensif. Ce sont les figures emblématiques des nombres mystiques 1, 3, 5, 7 et 9, nous enseigne Vuillaume dans son « Tuileur », dont la somme fait 25, nous rappelle Berteaux, en constatant que ce nombre est aussi le degré sommital du Rite de Perfection, qui a le même synthèse que notre 32°, mais que ce nombre s’insère mal dans notre rite à 33 degrés. Bayard, en ajoutant les quatre pointes de la croix de St André parvient à 29. Or le 29° est justement le grade de Grand Ecossais de Saint André d’Ecosse, mais tout ceci sans grande conviction de sa part.
Ce que ces différents auteurs ont éludé est que 25, somme des cinq premiers impairs, est le carré de cinq, et il est de même de tous les autres impairs : 1+3 = 4, carré de 2 ; 4+5 = 9, carré de 3, 9+7 = 16, carré de 4, 16+9 = 25, carré de cinq, comme nous venons de le voir. Nous sommes ici en présence du très célèbre théorème de Pythagore : 3² + 4² = 5², je vais y revenir.

Synthème du grade utilisé par nos FF Italiens (www.esonet.it).
Sur les tracés du Tuileur de Vuillaume, ainsi que celui des FF Italiens, le triangle et le pentagone sont proportionnellement plus petits que sur mon tracé, et l’heptagone plus grand, afin de pouvoir insérer les gonfanons entre le pentagone et l’heptagone.
Mais Bayard ayant attiré mon attention sur les cinq rayons émanant du cercle pour s’étendre jusqu’au rang des plus lointains combattants, j’ai cherché des alignements entre les sommets des polygones formant notre synthèse. De plus, nos FF Italiens signalent que les cercles dans lesquels sont inscrits les différents polygones forment une pyramide, ce qui n’est pas le cas avec leur tracé. Pour ce faire, j’ai imposé que les cotés de tous les polygones soient égaux, obtenant ainsi le tracé que je vous présente :

Synthème du 32°
Et là, une double surprise m’attend : j’ai tracé les polygones à 9, 7, 5, et 3 cotés formant ainsi une pyramide et ai extrapolé le tracé pour un hypothétique polygone à 1 coté, obtenant ainsi en première surprise, le cercle inscrit dans le triangle, dans lequel s’inscrit la croix de St André, et j’ai pu en seconde surprise, relier tous les sommets des polygones par des droites ou des cercles, retrouvant ainsi les « émanations » citées par Bayard.
Les très nombreux cercles utilisés montrent l’importance de cette figure dans notre symbolique. Partons du sommet de la pyramide, symbolisé par le centre de la croix de St André, nous atteignons le petit cercle. Lisons ce qu’en disent les FF Anglais : « depuis des temps immémoriaux, le cercle est l’emblème de la perfection, vers laquelle nous devons nous efforcer de tendre. Le cercle est l’achèvement de toutes les figures, ainsi que le début de toutes. Le cercle est l’alpha et l’oméga, le cercle est le tout. Dans le cercle, nous trouvons la somme de la perfection, la sommation de la géométrie, le résultat final de la recherche de Pythagore ».
Nous y revoilà ! Ah, le mythique Pythagore, paré de toutes les vertus ésotériques, dont les travaux embrasent encore les pensées des hommes en recherche, près de 3 millénaires après… Et pourtant, ce n’est pas parce qu’il proféra un jour l’affirmation « tout est nombre » que celle-ci est vraie, surtout que lui-même en connaissait les limites. Je doute, par exemple, qu’il connaissait la propriété suivante, pourtant issue de son fameux théorème, 3²+4²=5², nous tirons 3²=5²-4², ou encore 3² = (5-4)(5+4) = 1*9 : « Quand il n’existe qu’une seule manière de décomposer le carré d’un nombre impair (en fait le produit du carré de ce nombre par un), alors ce nombre est premier ». En effet 3²+4²=5² est la première d’une infinité de relations, nous avons 5²+12²=13² ; 7²+24²=25², seules relations avec les nombres premiers 3, 5 et 7, par contre, avec 9, nous avons deux relations 9²+40²=41² et 9² +12²=15², 9 n’est pas premier. Je ne suis pas sûr, mes vaillants et sublimes FF, que nous partagions le même sens de l’esthétisme de ces relations.
Continuant notre parcours, nous atteignons le triangle équilatéral, qui, selon nos FF Anglais, « est Omnifiscence, Omnipotence et Omniprésence. Nous sommes venus par Sagesse, Force et Beauté ; nous avons voyagé avec Foi, Espérance et Charité, il est temps pour nous d’allier la pensée à la matière en vue de construire la juste place de l’homme dans l’ordre des choses ».
Cercle et Delta participant de la Perfection, les polygones à 5, 7 et 9 cotés participent de l’imperfection, inévitable compagne de la perfection dans la nature de l’homme. Cependant, l’ennéagone est beaucoup plus proche du cercle que le pentagone. Le cercle redevenant une figure limite, ceci indique que l’homme n’a pas d’autres voies, que de les explorer toutes dans sa quête de connaissance. Comme nos FF Italiens établissant leur pyramide sur le carré, je soupçonne par le rapprochement d’avec le cercle les FF Rédacteurs de s’épuiser à d’hypothétiques quadratures que l’on sait ne pas être possible avec les instruments de l’époque. Revenons au sujet de cette planche en décrivant le Tableau de Loge tel que donné par nos F Italiens.
Et pour plus de clarté je vais le parcourir de l’extérieur vers l’intérieur, de fait, de la base de la pyramide vers son sommet. Nous y voyons 9 tentes occupant chacune un coté de l’ennéagone, supportant chacune 1 étendard, et 9 gonfalons, placés chacun devant la tente correspondante, le vent faisant flotter les étendards dans le sens de lecture, qui est traditionnellement antihoraire, ce qui n’est pas le cas ici.
« I », le premier gonfalon est bleu (bleu nuit ici), affecté à la tente des Esdras, c’est le gonfalon des Apprentis, Compagnons et Maîtres, d’où la couleur.
« N », le deuxième gonfalon est vert, affecté à la tente de Josué, c’est le gonfalon des Maîtres Secrets et Maîtres Parfaits dont il est dit qu’ils connaissent le cercle et sa quadrature, et dont le temple est orné de tentures vertes.
« O », le troisième gonfalon est rouge et vert (noir et vert dans notre camp, je n’ai pas d’explication sur cette différence), affecté à la tente d’Ooliab, c’est le gonfalon des Secrétaires Intimes et des Intendants des Bâtiments. Les tentures sont noires au 6° et rouges au 8°.
« N », le quatrième gonfalon est rouge et noir losangé, affecté à la tente Joiada {ce qui semble vouloir dire la « science du seigneur »}, c’est le gonfalon des Prévôts et Juges. Sur les 9 gonfalons de ce rang, 2 présentent une « fourrure », celui-ci à une fourrure formée de losanges et nous verrons l’autre bientôt. Je me pose la question du pourquoi de ces losanges. Je connais deux villes dont les armoiries présentent cette fourrure : Monaco : losanges rouges sur fond blanc et München : losanges bleu-ciel sur fond blanc, qui ont en commun l’étymologie de leur nom : en allemand München vient de Mönchen, « les moines », et en ligure Monaco voudrait dire « maison isolée ». Je trouve une bonne résonnance avec monastère. La présence des losanges signifierait-elle que ceux qui se mettent sous cet étendard vouent leur vie à glorifier Dieu ? Un détail vient jeter à terre cet édifice, car ces losanges sont en fait des carrés posés sur un angle, symbole de féminité, alors que nos losanges sont des doubles triangles équilatéraux, en fuseaux, et ce n’est que sous cette forme qu’ils guident les contacts entre le monde supérieur et le monde inférieur et les échanges entre le Ciel et la Terre.
« X » le cinquième gonfalon est noir. Affecté à la tente de Phalegh, c’est le gonfalon des Elus des Neuf et des Grands Maitres Architectes. Phalegh était l’architecte de la Tour de Babel, dont les ouvriers parlaient tous la même langue et reprenant un point de symbolisme de nos FF Anglais, l’homme et sa tour pouvait alors être représenté par un triangle isocèle avec un angle au sommet très aigu, restant malgré tout stable sur sa base, et atteignant une hauteur relative très élevée. Tout ceci créant des dissensions au sein des créatures du Ciel amena le créateur à mettre fin à cette dissidence et à disperser les ouvriers. Phalegh se retira alors dans un palais taillé dans les glaces.
« I » le sixième gonfalon est noir et rouge. Affecté à la tente de Johaben, c’est le gonfalon des Sublimes Elus et des Elus des Quinze. Johaben est le secrétaire intime, plein de zèle, peut-être un peu trop fougueux car il assassina le premier mauvais compagnon sans en avoir reçu expressément l’ordre.
« L » le septième gonfalon est rouge. Affecté à la tente de Néhémias, c’est le gonfalon des Royal Arch et des Grands Elus. Cherchant la présence de Néhémias dans les rituels, j’ai trouvé une description de la pierre d’agate, surchargée de nombres, figures géométriques et indications, prémisses de la synthèse du 32°, en particulier ce ternaire que je trouve intéressant : espace, matière, mouvement.
« A » le huitième gonfalon est couleur de source (vert clair). Affecté à la tente de Zorobabel, c’est le gonfalon des Chevaliers de l’Orient ou de l’Epée. Or ce gonfalon est couleur aurore (rose orangé) dans notre camp, ce qui est la couleur des tentures ornant le temple des Princes de Jérusalem, eux-mêmes conduits par Zorobabel. Les deux degrés (15° et 16°) s’avèrent indissociables et je propose de conserver la couleur « aurore » du gonfalon, mais de ramener le 16°, Princes de Jérusalem, sous l’égide du gonfalon « A » avec le 15°.
« S » le neuvième gonfalon est blanc tacheté de rouge. Affecté à la tente de Malachias, c’est le gonfalon des Chevaliers d’Orient et d’Occident et des Chevaliers Rose-Croix. Ce gonfalon ferme et anime le premier cercle de défense de l’armée maçonnique déployée, et donne de la cohérence à l’ensemble de la progression initiatique du 1er au 18ème degré. C’est le second gonfalon de ce cercle à posséder une fourrure, mais difficile à interpréter. La réalisation montre, dans le langage de l’héraldique, un gonfanon d’argent aux tourteaux de gueule, mais dans ce cas, ces petits ronds sont au nombre maximal de 8 (comme peut-être le nombre des gonfanons « vassaux » de celui-ci), alors que les rituels parlent de taches rouges. J’interprète ces taches comme le sang versé par le Pélican nourrissant ses petits, ou bien comme le notre que nous n’hésiterons pas à verser afin de défendre l’Ordre.
Les 17° et 19° degrés, encadrant le 18° sont tous deux dévolus à l’apocalypse, qui commence par la rupture par l’agneau mystique des 7 sceaux fermant le Livre, d’abord les 6 premiers, chaque rupture étant accompagnée d’une sonnerie émise par un ange, puis, après un silence, le septième sceau est rompu sous la sonnerie du septième ange, marquant ainsi la fin des temps et l’ouverture du jugement dernier. Peut-on imaginer que chacun des anges joue l’une des sept notes de la gamme ? En franchissant l’heptagone, nous venons de clore la première enceinte du camp.
Nous passons de l’ennéagone au pentagone, pour rencontrer la deuxième ligne de défense et ses cinq étendards, qui ont pour particularité d’être « imagés ». En effet, nous pouvons y voir un bœuf, un aigle, un cœur enflammé, un lion, l’Arche d’Alliance et ses porteurs. Encore dans l’ambiance apocalyptique, je ne peux m’empêcher d’y voir le tétra morphe de la vision d’Ezéchiel, où le cœur enflammé effectue la synthèse des quatre autres figures, conformément à notre batterie «…».
« U » le premier étendard est or portant un bœuf. Porté par le Garde Amariah, c’est l’étendard des Grands Pontifes, Sublimes Ecossais et des Vénérables Maitres de Toutes les Loges. Ecoutons la prophétie : « après 400 ans, un grand cri monta du peuple d’Israël jusqu’au Seigneur. L’oppression est partout, le peuple est sous le joug et est à bout de patience. Enfin un libérateur arriva. Pendant 40 ans il n’était personne, de nouveau 40 ans, il fut quelqu’un, et enfin encore 40 ans, il a été tout le monde. La loi a été donnée, la loge a été purifiée, il n’y a plus d’espions ni d’ennemis parmi nous ».
Nos FF Anglais citent cette prophétie à propos de l’étendard « U », peut-être prendra-t-elle tout son sens à la fin de cette planche ? Revenons à notre bœuf, qui sous forme de taureau, nous rappelle le culte de Mithra, où l’officiant sacrificateur est appelé « corbeau », cet oiseau venant apporter l’ordre du sacrifice. Dans certains mythes gaulois, ce même taureau est accompagné par des grues. Le bœuf est l’attribut de Luc dans le tétra morphe, et les sept bœufs guident le voyageur en lui montrant le septentrion.
« G » le deuxième étendard est couleur de source et porte un aigle à deux têtes. Porté par le Garde Garimond, c’est l’étendard des Noachites et des Chevaliers de Royale Hache. L’aigle est l’attribut de Jean dans le tétramorphe, et avec le corbeau, il indique les lieux propices à l’implantation des villes : citons entre-autres Rome, Moscou et Mexico.
« N » le troisième étendard est argent et porte un cœur enflammé. Porté par le garde Mahuzem, c’est l’étendard des Chefs du Tabernacle, des Princes du Tabernacle et des Chevaliers du Serpent d’Airain. Ainsi que cet étendard est au centre du tétramorphe, venant unifier les quatre vivants, le cœur est au centre de l’âme, permettant l’irrigation des corps par le fluide vital, et des esprits par la sérénité.
« E » le quatrième étendard est ciel et porte un lion d’or. Porté par le Garde Ooliab, c’est l’étendard des Ecossais Trinitaires, des Grands Commandeurs du Temple et des Chevaliers du Soleil. C’est l’attribut de Marc. Le juste qui a renoncé à toute chose ne redoute rien en ce monde, car c’est de lui qu’il a été écrit : « le juste sera ferme et sans crainte comme un lion ». Symbole de la puissance matérielle et spirituelle, le lion incarne naturellement l’or, en particulier chez les alchimistes. Il est tout à la fois le roi des métaux et l’alchimiste lui-même.
« T » le cinquième et dernier étendard est pourpre et porte l’Arche d’Alliance. Porté par le Garde Beseleel, c’est l’étendard des Grands Ecossais de St André d’Ecosse et des Grands Elus chevaliers Kadosch. En tant que porteur de l’Arche d’Alliance, il est l’attribut de Mathieu, en tant qu’arche, il est cette Arca Mystica figurant le cœur de l’homme, placé à l’endroit le plus secret du Temple, c’est le Saint des Saints, en fait le centre du Monde. C’est le vase alchimique où s’effectue la transmutation des métaux, c’est le lieu où s’opère la transmutation de l’humain en divin.
Ainsi se ferme le second cycle, avec l’étonnement d’y trouver une telle cohérence. Pour progresser encore, il nous faut franchir l’ultime ligne de défense du camp pour parvenir au pied du triangle, chaque face étant dévolue à l’un des grades blancs, soit en fixe, soit par rotation, comme le veut la tradition.
Chaque coté du triangle est gardé par un oiseau : nous en connaissons déjà deux : le héron et le corbeau, le troisième me semblant être une colombe. Le Corbeau, ou plutôt la Corneille est la messagère, c’est l’intermédiaire entre Dieu et les Hommes, c’est l’auxiliaire du pouvoir, car elle sait retranscrire fidèlement ce qu’elle voit et entend. Le déluge s’apaisant, Noé lâcha un corbeau, qui ne revint pas. Il lâcha ensuite une colombe qui revint avec un rameau dans le bec. La Colombe est alors la collaboratrice de la Corneille, possédant en douceur ce que la Corneille a en intelligence, ces deux oiseaux étant complémentaires comme le Jour et la Nuit sont indissociables.
La présence du Héron en entre-deux est plus surprenante, bien que nous l’ayons rencontré en compagnie du bœuf. Serez-vous toujours surpris si je vous apprends que le phœnix a été depuis longtemps identifié au Bennou, le Héron sacré d’Héliopolis ? Le retour printanier des couples de Bennou sur les nids abandonnés pour l’hiver associe l’oiseau au cycle solaire et à la résurrection. Des figures égyptiennes de l’époque romaine représentent un Bennou debout sur un monticule d’où s’échappent quantité de petites flammes.
Les trois sentinelles gardant le camp à l’ouverture des travaux ne seraient-elles pas les trois oiseaux que nous venons de décrire ? Le pavillon « E » est activé lors de l’accueil des impétrants : « seulement des juges ? » demande l’Illustre Commandeur, « non, ce sont aussi des Justes ! » répond le Premier Sénéchal, je vous fais grâce du développement du rituel, vous venez de l’entendre.
Pratiquement, chaque phrase peut se rapporter à l’un des symboles évoqués dans cette planche. Je vais tenter d’en faire une synthèse afin d’éclairer les quelques points que j’ai laissés en suspend.
Le 32° est le niveau où tout se concilie, où la véritable connaissance apporte l’apaisement, le recueillement, l’Amour. Réunir ce qui est séparé donne la puissance et c’est parce qu’il a tout fait, tout expliqué, que l’initié y accède. Il est de son devoir d’apporter, partout où il ira, les paroles de paix, de compréhension, d’union, de sagesse, qui doivent être celles du Guide, afin de convaincre et non de contraindre. Défenseur de l’Ordre, il doit se battre contre l’Oppression, la Servitude, le Fanatisme, pour le Droit à la Liberté de Conscience, pour le Triomphe de la Raison, pour un plein épanouissement de l’Humanité. Ceci fixe l’action du Sublime Prince du Royal Secret qui est Engagement.
Sa façon d’être est due au fait qu’ayant tout connu, les enseignements acquis au cours de la lente montée initiatique dans l’écossisme doivent se fondre dans l’esprit de l’initié comme les couleurs se fondent dans la lumière blanche. L’harmonie universelle groupe les apports de tous et de chacun, comme l’éternité nous changera en cette blancheur indistincte de la poussière à laquelle nous retournerons tous. Nous pouvons maintenant éclairer l’énigme posée par l’étendard portant le bœuf : pendant 40 ans il n’était personne : c’est-à-dire qu’il était inconnu, puis il a été quelqu’un pendant 40 ans, sa pensée, son travail, commençaient à être connu, puis de nouveau 40 ans, il fut tout le monde : l’humanité a fait sienne ses apports sans plus se souvenir de la part de chacun, pour se lancer dans un nouveau cycle. C’est ainsi que vit et se renouvelle l’humanité, toujours identique et pourtant jamais la même, ce qui peut être résumé en cette épitaphe : « j’ai été ce que vous êtes, …vous serez ce que je suis ».
Ces quelques citations de St Exupéry vont me permettre de conclure :
« Ce qui importe, ce n’est pas d’arriver, mais d’aller vers. Ce n’est point dans l’objet que réside le sens des choses, mais dans la démarche. La vie crée l’ordre, mais l’ordre ne crée pas la vie. Voyez-vous dans la vie, il n’y a pas de solutions, il y a des forces en marche : il faut les créer, et les solutions les suivent. La vérité, ce n’est point ce qui se démontre, c’est ce qui simplifie. Chacun est responsable de tous ; chacun est seul responsable ; chacun est seul responsable de tous. Etre homme, c’est précisément être responsable. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde ».
Ill Commandeur, TT Ill FF, et vous tous Mes Vaillants et Sublimes FF.
J’ai dit.
