Le Rituel
#3216017
Considérations diverses sur le Rituel et quelques Symboles
D∴ L∴
Au début de ma carrière maçonnique, j’ai eu la chance de fréquenter un groupe de chercheurs qui s’intéressaient aux symboles, dans la perspective de découvrir comment naît, se développe et meurt une civilisation, et quel rôle ont joué les initiés dans ce processus. J’ai retrouvé quelques notes de ces études anciennes, que je vais partager avec vous. Il s’agit de quelques coups de flashes assez peu conventionnels sur quelques symboles, qui peuvent servir de base de discussion et d’échanges. Certaines informations auraient peut être mérité d’être vérifiées, mais je n’en ai pas les moyens car ma bibliothèque (qui contient des ouvrages datant de cette période) gît en tas dans un coin du sous-sol de ma maison, et la plupart des livres sont inaccessibles.
La thèse de ses gens indiquait que le meilleur moyen de retrouver la signification exacte d’un symbole était de remonter à sa source originelle, d’essayer de retrouver la signification première et non pas de se contenter de l’interprétation de tel ou tel traducteur ou commentateur. Certains d’entre eux avaient passé leurs vies à effectuer une relecture de l’anthropologie, de l’histoire ancienne, des mythes, des religions, etc. Cette phase de ma jeunesse a été assez passionnante, mais ces travaux n’ont jamais été publiés dans leur intégralité et sont aujourd’hui perdus. J’en ai gardé quelques bribes.
Je dédie la lecture de cette planche à la mémoire de l’un d’entre ces frères, avec lequel j’ai collaboré 22 ans. Il disait que “les symboles maçonniques ont été empruntés à diverses étapes de notre civilisation ; certains sont très anciens, il faut en rechercher la trace à travers le monde, les suivre dans leur progression et leurs pérégrinations ; c’est une excellente étude car elle oblige à lire ou relire l’histoire des civilisations et l’histoire des religions” [fin de citation]
Notre tradition initiatique occidentale a été alimentée par la Grèce, elle-même réceptrice d’éléments provenant d’Egypte et du Moyen Orient ; bien avant l’ère chrétienne, il a dû y avoir pas mal d’échanges entre ces 3 foyers de civilisations, et sans doute aussi avec d’autres centres de civilisation situés encore plus à l’Est. L’Egypte nous a donc donné quelques symboles, dont les 2 Pierres Cubiques.
La Pierre Cubique, symbole maçonnique essentiel, signifiait en Egypte Stabilité et Principe. Une pierre cubique est stable posée sur n’importe quelle face, et la·caractéristique d’un Principe est d’être stable aussi afin que ce qui s’en déduit tienne la route. C’est ainsi qu’en égyptien Pierre et Principe étaient synonymes ; en hébreu également.
Dans une théorie scientifique, un principe est une proposition qui ne peut pas être remise en cause, il fonde toute la suite, tout le reste en découle. De façon plus générale encore, un principe contient une dynamique qui en fait la cause du processus qu’il génère. Ses synonymes l’éclairent : archétype, origine, créateur, essence première, axe, centre, etc.
Le sens de la phrase de l’Évangile disant : « Pierre, tu es Pierre, et sur cette Pierre je construirai mon Église », repose sur un jeu de mots intraduisible en français, il faudrait lire : “et sur ce Principe”. La Pierre Cubique fut en Égypte le symbole du Principe sur lequel s’appuyait la royauté pharaonique, et ce Principe était la Connaissance. Dans notre société, nous avons perdu le principe qui la fonde.
La Pierre Cubique à pointe est complémentaire, elle représentait la concrétisation du Principe, sa possibilité d’incarnation dans la réalité humaine. C’était un hiéroglyphe qui signifiait “maison ou maçon”. On le trouve pour la 1° fois dans le cartouche royal du 1° Pharaon de la 3° Dynastie, surmonté d’une hache, hiéroglyphe signifiant charpentier. Le cartouche se lit donc : « charpentier et maçon de sa dynastie », c’est à dire fondateur s’appuyant sur le principe ; ce qui serait un beau titre pour un franc-maçon. Pharaon était évidemment le 1° représentant du principe qui structurait la civilisation égyptienne.
Il est intéressant de noter que Joseph, époux de Marie, mère de Jésus, était charpentier. Dans l’enseignement que j’ai reçu jadis des chrétiens, il était confiné dans un rôle fort secondaire. Récemment, lors d’un séminaire où il était question de l’Egypte ancienne, j’ai appris que les initiés égyptiens de hauts rangs étaient appelés “charpentiers”. Ce qui confirme bien la formation d’initié que Yeshua a reçu -en 1° lieu de son propre père, l’importance de son rôle et la dimension initiatique de son message, complètement occultée par l’Eglise dès qu’elle est devenue une puissance associée à l’Empire.
Nous trouvons aussi en Egypte le célèbre « Oeil dans un triangle« , symbole qui se rencontre dans les temples maçonniques et dans les églises chrétiennes. Et bien, cet oeil n’est pas un oeil, c’est une phrase hiéroglyphique, mais le dessin primitif s’est dégradé par suite de l’ignorance de ceux qui l’ont reproduit et utilisé. Dans les églises, il est censé représenter l’oeil de Dieu qui voit tout. J’ai lu des ouvrages sur le christianisme primitif qui n’accréditent pas du tout cette thèse, et j’ai bien aimé les propos percutants d’un physicien qui affirme, à propos du créateur : “Dieu ne voit rien, n’entend rien, ne comprend rien à notre monde, et il s’en fout”. Ce qui expliquerait beaucoup de choses quant au peu d’efficacité de nos prières pour la paix et le bien sur terre.
Cette figure rassemble en fait un triangle équilatéral, un ovale, un cercle noir, et 3 traits divergents partant du cercle, vers le bas. A l’origine de cette phrase hiéroglyphique il y a certainement un penseur égyptien qui admirait un lever de soleil, il vit les brins d’herbe se redresser, les fleurs s’ouvrir, les oiseaux chanter, la vie renaître en quelque sorte au sortir de la nuit, comme si le soleil venait de donner l’ordre : Vivez. Et le penseur ajouta : « Que tout homme intelligent obéisse à cet ordre, et se place volontairement au service de cette puissance ». Cela se trouverait gravé sur la pierre dite du Roi de Sabaka. “Je crois que rien de plus beau n’a jamais été écrit” dit le penseur que j’ai déjà cité.
Le disque central, noir, c’est le hiéroglyphe représentant « le soleil » ou « Râ ». L’ovale entourant ce disque, c’est le hiéroglyphe de « la bouche » ou « ordre donné par la bouche ». Sous cette bouche, les 3 traits verticaux divergents vers le bas sont le hiéroglyphe signifiant « venant d’en haut », ce ne sont pas des cils. Le tout entouré du Ti (la bêche mésopotamienne) de forme triangulaire, qui signifie « la Vie ». L’ensemble de ce dessin peut se lire : « D’en Haut, l’ordre fut donné par Râ : que la Vie soit ». Et plus précisément : “que la vie soit dans la lumière”, c’est-à-dire dans la lumière de l’intelligence, de la compréhension (par opposition à « la Ténèbre » de l’incompréhension et de l’inintelligence). Ce pourrait bien être l’ancêtre du début de l’Évangile de Jean.
Dans le « Livre des morts des anciens égyptiens « , qui s’intitule en fait “le livre de sortir à la lumière”, l’une des confessions positives souvent citée est la suivante : « Je suis pur, je suis pur, je suis pur ». C’est ce que l’âme du mort doit dire en certains épisodes de sa pérégrination dans l’au-delà.
Bien que cela n’ait pas directement de rapport avec nos symboles, il est quand même utile de voir comment un savant profane peut se tromper dans une traduction, outre le fait que la connaissance de l’existence des 3 centres énergétiques principaux qui nous mobilisent est importante.
En réalité, dans le texte égyptien, il y a trois phrases différentes :
1. mon coeur de tête (mon cerveau) est pur
2. mon coeur de poitrine est pur
3. mon (ici un hiéroglyphe représentant un postérieur) est pur
Cette 3° phrase a été traduite ainsi : « mon postérieur est vierge ». Naturellement, lorsque cette confession est citée, on préfère pudiquement la transcrire par : « je suis pur, je suis pur, je suis pur ». Pour traduire correctement, il faut savoir que dans les écoles initiatiques on enseignait que l’homme se comporte d’après trois centres moteurs principaux qui sont :
1. le centre intellectuel (le cerveau)
2. le centre émotionnel (le coeur)
3. le centre moteur commandant les mouvements internes et externes ; lequel centre se trouve situé dans le bas de la colonne vertébrale
Or, comment représenter ce centre autrement que par le dessin d’un postérieur avec l’écriture hiéroglyphique ?Le sens de la confession devient alors tout autre et s’énonce ainsi :
1. je n’ai eu que de bonnes pensées
2. je n’ai eu que de bons sentiments
3. j’ai toujours bien agi … donc en accord avec le Principe
Ce qui est beaucoup plus signifiant que “je suis pur” répété 3 fois.
Sans une préparation initiatique, la plupart des scientifiques appartenant aux sciences humaines (anthropologie, ethnologie, histoire ancienne) laissent échapper le sens d’une grande partie des documents qui leurs passent entre les mains. Pour l’Egypte, voir par exemple l’oeuvre d’Aor et Isha Schwaller de Lubicz, qui donne de cette civilisation une image assez différente de l’officielle.
Il est probable que les égyptologues du passé, en raison du cloisonnement entre les disciplines scientifiques, qui tend d’ailleurs à s’effacer un peu maintenant, ne connaissaient pas l’importance de ces centres appelés “chakras” par les indiens, qui sont facteur des dynamiques physique, émotionnelle et intellectuelle. En Inde, ils déterminent 3 grandes voies de recherche spirituelle, appelées “yoga”. Le chakra racine était lié au Karma yoga, la voie de l’action dans le monde. Le chakra du coeur l’était au Bahkti yoga, la voie dévotionnelle. Le chakra de la tête au Jnana yoga, la voie de la discrimination. Il s’agissait de 3 voies possibles que le sage, ou l’initié, en fin de parcours, réunissait évidemment. Le travail de vigilance et de purification sur ces 3 plans l’amenait à vivre sans laisser de trace karmique, il n’était plus concerné par les émotions, passions et attachements humains, et il pouvait dire “Je suis”. C’est le sens profond de la prière égyptienne.
Avant son entrée dans le temple, le candidat à l’initiation frappe à la porte pour qu’on lui accorde l’entrée. Le même cérémonial initiatique existait en Égypte. Le néophyte frappait à la porte et, de l’intérieur, une voix demandait : Quel est ton nom ?A cette question, il devait·répondre : Je suis l’hier, l’aujourd’hui et le demain.
Pour mes amis chercheurs d’autrefois, le sens de cette réponse était clair, et c’est un 1° degré de compréhension de cette phrase : l’être humain est à tous égards un résultat du passé, il est le vivant d’aujourd’hui, dont dépend le demain. S’il veut savoir ce qu’il sera demain, il doit déjà commencer par savoir ce qu’il est aujourd’hui, et pour le savoir il doit étudier son passé. Toute la psychologie classique, ainsi que les méthodes d’évolution personnelle, définissent et utilisent cette règle. Cette vérité première était inscrite au fronton du Temple de Delphes, en Grèce ; elle disait : « Connais qui tu es, et tu connaîtras le secret du Monde et des Dieux ».
L’étude approfondie du passé, faite librement, sans idées préconçues au départ, avec pour seul fil conducteur les symboles que l’humanité s’est donnés, peut nous aider à comprendre qui nous sommes ; et c’est de cette compréhension que sortira le changement intérieur dont nous avons besoin pour comprendre encore plus loin. « Charité bien ordonnée commence par soi-même » dit l’Évangile ; c’est à dire qu’avant de penser à changer quoi que ce soit dans le monde, il faut changer soi-même, et pour cela il faut avoir suivi l’enseignement symbolique initiatique.
Mais aujourd’hui, il est possible d’aller beaucoup plus loin dans la compréhension de cette phrase “Je suis l’hier, l’aujourd’hui et le demain” qui fait intervenir 3 temps : le passé, le présent et le futur. Vous avez tous vu ces statues représentant une des divinités fondamentales de l’Inde, avec 3 visages, qui représentent la même chose. Et je me demande si les 3 points maçonniques ne sont pas les 3 points d’appui vitaux qui permettent l’existence. Une théorie de physique théorique récente, très complexe, montre que toutes les formes, des particules aux galaxies, ont besoin de 3 espaces-temps différents pour fonctionner. Ces 3 espaces étant régis par des paramètres différents, en particulier en ce qui concerne le temps qui ne s’écoule pas à la même vitesse dans chacun d’eux. De multiples citations d’auteurs très anciens (grecs, égyptiens, chinois) montrent qu’ils connaissaient et utilisaient cette structuration du monde pour anticiper et gérer le déroulement des événements, soigner, prédire. La théurgie de notre tradition occidentale en est issue, dans une forme, il est vrai, assez dégradée. Devenir l’hier, l’aujourd’hui et le demain, c’est cheminer vers l’unité et vers l’éternité et, en ce qui concerne nos existences quotidiennes, c’est obtenir les réponses justes aux questions que nous nous posons.
Les hommes n’ont jamais symbolisé que ce qu’ils ont considéré à un moment donné comme étant le plus haut sommet de leur pensée. Un symbole représente une abstraction qui sous-entend forcément quelque chose de très grand, comme un idéal. C’est cela seul que représente le mot « symbole » dans la Tradition et nous sommes loin du sens qui lui est communément attribué aujourd’hui.
En suivant les symboles de l’humanité, en essayant de découvrir comment ils sont nés, en étudiant leur vie, le chercheur pourra être certain de rester sur le chemin de la vérité et il découvrira beaucoup de choses qui ne se trouvent pas toutes dans les livres.
Alors, beaucoup de chaînes tomberont et ses yeux se dessilleront devant tant de vérités nouvelles pour lui, qu’il ne pouvait ni voir ni comprendre avant. Ce sera le commencement du déconditionnement nécessaire qui précède la gestation dont sortira le nouvel homme : l’initié.
D’autres enseignements que l’enseignement initiatique proposent également aux humains des moyens pour parvenir au déconditionnement qu’ils considèrent comme un but en soi ; mais l’enseignement initiatique ne considère le déconditionnement que comme l’étape préliminaire et nécessaire avant la poursuite du chemin. A partir du déconditionnement commence la vie initiatique. Ce déconditionnement indispensable est la signification de l’épreuve appelée « Dépouillement des métaux« .
En langage initiatique, les métaux représentent les chaînes que nous portons tous sans exception tant que nous sommes des profanes et dont nous devons nous dépouiller afin de devenir des initiés. Tant que ce travail de « dépouillement des métaux » n’a pas été accompli, personne ne peut se considérer comme un candidat valable à la suite de l’enseignement dont le but est de faire des initiés. C’est par là qu’il faut commencer.
Que signifie alors cette expression « les chaînes » ?En langage initiatique, est chaîne tout ce qui empêche une vision claire et vaste des problèmes de l’homme et de l’humanité. Donc, et pour commencer, on pourrait dire d’une manière générale que tout le bagage profane antérieur est chaîne, toutes nos croyances, nos a priori.
Pourtant, parmi ce bagage, il existe des éléments valables, d’où la nécessité d’un examen sérieux et d’un tri contrôlé. Ce travail n’a rien de commun avec celui qui consisterait à tenter de supprimer certains défauts réels ou supposés que l’on posséderait dans sa personnalité. Et le travail est plus simple car il suffit de voir une chaîne, d’en prendre conscience, pour qu’elle tombe d’elle même. Ce qui compte, c’est voir. Une chaîne n’est chaîne que parce qu’on l’ignore ; une fois connue, la chaîne disparaît. C’est plutôt notre façon de penser qui doit éventuellement faire évoluer, et non certains traits de caractère.
A l’issue de ce travail, on accède en final à un domaine inconnu jusqu’alors : celui de la liberté, de la liberté d’investigations, de recherches ; on n’est plus entravé par les idées reçues ou préconçues, les opinions toutes faites … On est libre, on est disponible pour recevoir.
Considérons un candidat après le dépouillement des métaux, admettons qu’il ait compris le véritable sens de l’épreuve, il sait alors que son bagage antérieur profane ne pèse pas très lourd par rapport à l’enseignement qu’il va recevoir.
Dans ces conditions, la suite du rituel initiatique peut se comprendre : le candidat frappe à la porte du Temple. Cela rappelle la phrase de l’Évangile : « Frappez et l’on vous ouvrira, demandez et l’on vous donnera ».
La porte du Temple s’ouvre, et le candidat est invité à entrer mais ses yeux sont cachés par un bandeau, il ne voit rien, il est conduit par un guide qui lui enjoint de se baisser très bas car « la porte est basse« .
En fait, la porte est normale, mais c’est une astuce qui est employée pour obliger le candidat à s’incliner profondément devant la haute valeur de l’enseignement initiatique dispensé dans le temple.
S’incliner, c’est l’attitude d’humilité de celui qui demande pour recevoir, mais il n’y a rien d’humiliant à cela, tout est symbolique dans la cérémonie. Celui qui serait imbu de son savoir, de ses titres ou de sa fortune, qui serait rempli de sa propre suffisance profane, comment pourrait-il encore recevoir ?
S’il se présente avec sa coupe pleine à ras-bord, comment pourrait-on y ajouter une seule goutte ?
Mais si le candidat se présente humblement avec sa coupe vide, vidée de son contenu profane, alors la coupe pourra être remplie de vin nouveau, de l’enseignement nouveau. Alors seulement, il pourra espérer franchir un jour la Porte d’Or.
Le candidat à l’initiation, à son entrée dans le temple, a toujours un bandeau sur les yeux pour symboliser l’état dans lequel il se trouve : celui de la nuit noire de l’ignorance. La cérémonie initiatique se déroule et se termine par l’enlèvement du bandeau ; c’est l’accession à la lumière. C’est le début d’une science nouvelle que l’apprenti devra déchiffrer et dans laquelle il devra s’élever par ses propres moyens.
Pour l’instant, l’apprenti n’est encore qu’un enfant dans l’étude de cette science, quels que soient les titres ou diplômes profanes qu’il possède, car l’enseignement initiatique n’a aucun rapport avec aucune discipline profane existante. Cela est rappelé aux apprentis à chaque ouverture de travaux en loge par la question : “Quel âge avez -vous ?”.
Et il est répondu : Trois ans. Cet âge est un âge psychologique, l’âge d’un tout petit enfant.
On apprend alors à l’Apprenti l’entrée dans le Temple par la marche des trois pas. Ces trois pas symbolise la démarche selon laquelle l’apprenti devra s’élever : Connaissance, Possession, Don.
Un apprenti tailleur de pierres devait apprendre à connaître son métier au cours de son apprentissage manuel, et ensuite il devenait compagnon. Au cours de son temps de compagnonnage il arrivait à posséder à fond son métier et, après l’avoir prouvé par l’exécution d’un chef-d’oeuvre, il accédait au grade de maître. Le maître apprenait alors à son tour le métier à un autre apprenti, il donnait ce qu’il avait reçu.
Cette démarche peut se transposer dans le domaine intérieur, son principe est toujours valable, et dans sa plus haute acception pourra se traduire par :
– se connaître
– se posséder
– se donner
L’ouverture des travaux en loge débute par la question : Quelle heure est-il ?Cette question est posée par le vénérable maître en loge au frère premier surveillant qui répond : Il est midi. Que signifie encore ce symbolisme ?
Le sens de ce symbolisme, qui se rattache à celui du bandeau, nous est donné par le rituel des Mystères d’Éleusis : la vie de l’homme est comparée à la course du soleil qui naît à l’Orient et meurt à l’Occident.
Le chemin de l’homme va, lui aussi, de la naissance à la mort ; ce chemin va donc symboliquement de l’Orient à l’Occident. Avant qu’il ne soit midi, l’homme marche en projetant son ombre devant lui, il marche dans son ombre qui symbolise ici sa vie profane. Mais à midi juste, il n’y a plus d’ombre devant lui, il marche dans la lumière, vers la lumière. C’est alors seulement que les travaux pourront s’ouvrir, et ils se fermeront suivant le même symbolisme : à minuit.
L’apprenti fera aussi connaissance avec les deux Colonnes du Temple, une Colonne rouge et une Colonne blanche. Le symbolisme de ces Colonnes remonte très loin dans le temps, et précisément au premier temple du dieu du blé, à Sumer, qui continuait de s’orner, comme le grenier à riz, de deux longues bottes de roseaux placées de part et d’autre de l’entrée. Mais au temps des temples de briques, ces Colonnes furent faites en briques et, plus tard, en pierre.
Partout où la religion fondé sur le blé s’étendit, devenant par la suite religion des céréales en général, on retrouve une cérémonie qui consistait à élever, au moment de la moisson, deux petites colonnes faites de terre mélangée de paille hachée et d’eau. Ces deux colonnes symbolisaient le dieu allié à ses deux éléments indispensables, la terre et l’eau.
La présence du dieu était représentée par les tiges de paille ou autres fibres végétales, imprégnées de « mana » (force vitale) puisque la vie du dieu était passée dans ces fibres, transmutant les grains semés en des millions de grains récoltés, apportant ainsi l’abondance au groupe humain.
Pour le remercier de ce bienfait, le prêtre arrosait alors l’une des deux colonnes avec un mélange de farine et d’eau, et la colonne devenait blanche. Sur l’autre colonne, le prêtre sacrifiait un animal et le sang teintait la colonne en rouge.
Le prêtre pensait probablement rappeler à son dieu, par magie imitative, le cycle de la vie qui, partant de la vie du blé aboutit à la vie de l’homme. Ces cérémonies existent encore de nos jours et peuvent être étudiées sur place là où elles se pratiquent.
Le meilleur exemple que nous ayons trouvé est chez les Dogons du Mali, étudiés par l’ethnologue français Marcel Griaule, son livre « Dieu d’eau » existe peut être encore. L’on peut ouvrir ce livre à la p97 et méditer sur le dessin qui s’y trouve : les 2 colonnes, le pavé mosaïque … étrange analogie.
La vie religieuse et sociale du peuple Dogon n’est pas sans rapport avec celle du peuple sumérien. Même système de villages, divisés chez les Dogons en Ogol du bas et Ogol du haut, qu’en Mésopotamie où la vie se passait en partie dans la plaine chaude et humide du delta et, après la récolte, sur les hauteurs avoisinantes, et ainsi de suite …
Tout cela pour suggérer que la symbolique maçonnique ne date pas d’hier, elle plonge ses racines dans la nuit des temps, et a toujours sous-tendu la marche des hommes. C’est vers ces lointains horizons qu’il semble nécessaire d’en rechercher la signification réelle.
J’ai dit