Le Chevalier Kodosh ou Kodosch
Non communiqué
Le Chevalier Kadosh ou Kadosch
Grand
Élu,
Grand Inspecteur, (grand) Chevalier Kadosh, Prince Katos, Chevalier
élu, Kadosh
de Sudermanie ou Chevalier de l’Aigle Blanc et Noir sont quelques–unes
des
diverses appellations de ce grade. Une phrase d’un rituel contemporain
résume
cette situation: « Son nom fut autre, et le même pourtant. »
Sa généalogie demeure difficile à établir, mais, si l’on suit Claude
Guérillot,
il semble s’inscrire dans la continuité du degré d’Élu, consacré à la
vengeance
d’Hiram*, au–dessus duquel apparut un Grand Élu tendant vers la «
sainteté »
(d’où la symbolique verticale de l’échelle) prenant progressivement la
coloration chevaleresque qui est la sienne.
Dès 1750, on trouve à Quimper un haut grade templier pratiqué par un
chapitre
de Chevaliers Élus dont les statuts et le catéchisme présentent
diverses caractéristiques
du futur grade, notamment l’échelle « misterieuse»
Le texte introduit également une nouvelle filiation entre Kadosh et
essénien: «
Ces sept maîtres ainsi distingués des autres se nommèrent élus en vertu
du
choix que Salomon en avait fait […] ils formèrent une société
au–dessus des
autres maîtres, laquelle après la construction du temple s’accrut et
devint
recommandable, ceux qui la composaient étaient connus sous le nom de
pharisiens
[…]. Les pharisiens dégénèrent […] quelques–uns d’entre eux
réguliers
observateurs des lois et de la morale des premiers élus formèrent une
société
particulière et prirent le nom hébreu de kadosh qui signifie saint ou
sépareil
est aussi désigné par la lettre hébraïque kal et sont connus sous [le
nom] Desseens.
»
Le manuscrit de Quimper éclaire donc sur les origines du Kadosh et il
est quasi
identique à celui dit « G. J. G. ou chevalier Kados «connu aussi sous
les
titres de Chevalier Élu, de Chevalier de l’Aigle Noir » de Vincent
Labady
(Paris, 1781).
En avril 1761, une lettre adressée par des maçons de Metz à des frères
de Lyon*
signale,un grade de « Grand Inspecteur Grand Élu », arrivé avec un
militaire
français Jean–Baptiste de Barailh. Antoine Meunier de Précourt*, maître
de la
loge Saint–Jean des Parfaits Amis sise à Metz l’explicite l’année
suivante dans
une correspondance à Willermoz*. Notons que divers indices montrent que
la «
légende templière » était présente dans la maçonnerie Lyonnaise dès la
décennie
1750. Si le 23 mars 1762 les frères messins renient solennellement ce
grade
celui–ci connaît déjà un succès certain et il devient le degré ultime
et la clé
de voûte du système pratiqué par la première Grande Loge de France* et
son
cercle intérieur et dirigeant le Grand Conseil de Grands Inspecteurs
Grands
Élus. De cette décennie, on connaît plusieurs autres rituels de ce
grade. Les
uns insistent plutôt sur l’échelle mystérieuse, mais d’autres semblent
plus
proches des grades d’Élus. Le cahier de « Grand Inspecteur Grand Élu »
de la
collection de Mirecourt en témoigne. Son catéchisme* commence ainsi: «
( Êtes–vous Chevalier Grand Élu ?
– Oui, je le suis.
– Comment vous appelez–vous ?
– Le chevalier K–S. »
Cette « tendance » accorde une importance remarquable au thème de
l’échelle
mystérieuse largement présent dans la mystique médiévale. À la même
époque, on
trouve une « sous–famille » plus vigoureusement templière avec le «
Chevalier
Élu ».
Le thème templier va aller croissant dans les divers rituels de Kadosh
et cela
explique sans doute en partie la série de condamnations maçonniques.
Ainsi, le
21 septembre 1766, il est déclaré « faux, fanatique, détestable tant
comme
contraire aux principes et au but de la maçonnerie que comme contraire
aux
principes et aux devoirs d’Etat et de religion » par le « Conseil
Souverain des
Chevaliers d’Orient » sous l’autorité de Jean–Pierre Moët. En 1778, le
Convent
des Gaules condamne le grade de Kadosh « dans lequel on s’occupe de
cette
chimère de rétablissement » de l’ordre du Temple*. Quoi qu’il en soit,
« le Chevalier
Kadosh ou Chevalier de l’Aigle Blanc et Noir », « nec plus ultra de la
maçonnerie ». devient le 24° dans le Rite de Perfection.
La légende templière et «l’échelle mystérieuse » sont désormais
étroitement
liées. Le Kadosh est intégré dans le Rite Écossais Ancien et Accepté*,
dont il
constitue le 29″, puis très rapidement le 30° en France. alors que
cette
évolution est plus lente aux États–Unis. Le cahier de « Kadosh
philosophique ou
Grand Élu Chevalier de l’Aigle Blanc et Noir » (1805) comprend quelques
innovations pour l’introduction des quatre salles pour la réception.
Des
modifications plus importantes concernent l’échelle car la
signification du nom
des montants changent. Le droit e signifie qu’une des bases
fondamentales de
notre ordre est d’adorer l’Être suprême et de lui rendre un culte
dégagé de
superstition »et le gauche « signifie que l’autre base fondamentale de
notre
ordre est de travailler continuellement au bonheur de l’humanité ».
Désormais
les échelons descendants reçoivent les noms des sept arts libéraux.
Néanmoins
par deux fois en 1806 et 1808 le Suprême Conseil de France précise que
le grade
ne doit être donné que par communication.
Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le Kadosh désormais pratiqué
par toutes
les obédiences* françaises conserve sa double constance historique
d’etre à la
fois un grade éminemment syncrétiqueé aux multiples variantes
rituelles. Il
garde sa fonction de grade philosophico–symbolique terminal avant les
trois
degrés dits administratifs. Présentement on peut ainsi isoler un modèle
qui se
retroUve peu ou prou dans les divers rituels actuels. La loge des
Kadosh
(Sublime Aréopage ou Conseil philosophique), présidée par un « Grand
Maître»ou
« Grand Commandeur » qualifié de « trois fois puissant » doit
théoriquement
présenter quatre appartements pour les réceptions. L’habillement des
chevaliers, le cordon noir et le bijou* (croix teutonique émaillée de
rouge ou
aigle noir à deux têtes portant une couronne avec un poignard dans ses
serres)
ont de très nombreuses variantes.
Dans tous les textes,
l’essentiel de la
cérémonie est l’ascension et la descente symbolique de « l’échelle
mystérieuse
(mystique) ». La légende templière est plus ou moins intégrée a la
réception La
philosophie du grade est l’action sur laquelle les gloses divergent
assez
fortement. Si les mots associés aux deux montants (Amour de Dieu [de la
Verité]
–Amour du prochain ou de l’Humanite ») demeurent inchangés, ceux qui
sont en
relation avec les deux fois sept barreaux ont été l’objet
d’innombrables
modifications. Toutefois, les rituels s’accordent plus ou moins sur la
titulature* des offices* (Grand Juge ou Grand Servant d’armes, par
exemple),
les heures symboliques d’ouverture et de fermeture des travaux (La nuit
commence–Le. point du jour), la batterie* (sept coups par trois fois
deux plus
un), le mot sacré (Nekam Adonaï) le mot de passe* le signe* et la
symbolique de
l’aigle bicéphale, noir et blanc .
Y.H.M.