14° #711012

Le Maître Elu des Neuf

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Le rituel de passage au 14ème nous dit :

« Le 9ème grade est celui de Maître Elu des Neuf. Les neuf Maçons envoyés à la recherche des assassins d’Hiram, choisirent un chef, Johaben, qui tua de sa main le meurtrier, mais Salomon lui reprocha son acte violent dicté par la Vengeance ».

Le rituel est assez pauvre et, nous le verrons, finalement caricatural dans sa description synthétique d’une histoire dont la portée dépasse de loin le simple thème de la Vengeance lorsqu’elle est mise en perspective de nos parcours maçonniques. Même si elle peut sembler au premier abord assez déplaisante puisqu’y figurent pèle mêle un indicateur, un assassin endormi, un vengeur zélé, un chien, une caverne, un poignard et même un buisson, nous verrons que ce grade est en fait d’une puissance incroyable et que chacun de ses éléments y trouve sa juste place.

Depuis l’exaltation, chacun d’entre nous s’est demandé ce qu’étaient devenus les 3 mauvais Compagnons assassins de notre Maître Hiram. Si au grade de maître Secret nous avons pleuré notre Maître et qu’au grade de Maître Parfait nous l’avons accompagné dans sa dernière demeure, les grades suivants ont semblé marquer la fin de l’histoire. Ils introduisent cependant des éléments intéressants pour la suite tels que l’ordre, la Justice et spécialement au 4ème l’opposition entre Devoir et liberté individuelle. Les 9ème, « Maître Elu des Neuf », 10ème « Illustre Elu des 15 » et 11ème grades « Sublime Chevalier Elu » sont appelés les « grades de Vengeance » et reprennent l’histoire de l’assassinat d’Hiram là où nous l’avions laissé.

Ainsi, Salomon retiré dans son Palais et entouré des intendants des bâtiments reçoit il la visite d’un de ses sujets, ouvrier de son état, qui prétend, alors qu’il se promenait avec son chien, avoir rencontré un homme effrayé et affaibli qui lui demanda son aide. Celui-ci, réfugié dans une caverne, dit s’appeler Abhiram et, s’étant quelque peu réconforté, avoua à l’ouvrier le meurtre d’Hiram tout en lui faisant jurer de garder secrètes ces révélations. Celui-ci tint parole mais, quelques temps plus tard, revenant à Jérusalem pour se ravitailler, il découvrit un édit de Salomon enjoignant à ses sujets de révéler tout ce dont ils pouvaient avoir connaissance concernant le meurtre et les assassins d’Hiram. En fidèle sujet, l’ouvrier se présente donc devant Salomon pour lui faire part de ces informations.

Ainsi qu’il l’avait fait pour le recherche d’Hiram, Salomon décide de choisir 9 Maîtres par tirage au sort car tous voulaient aller se saisir de l’assassin afin qu’il soit traduit en Justice. Je ne reviendrai pas ici en détail sur le chiffre 9 qui est souvent utilisé pour symboliser la fin d’un cycle, les recherches fructueuses, le couronnement des efforts ou l’achèvement d’une création, ce qui correspond bien aux circonstances présentes.

Intéressant également cette notion de tirage au sort, seul moyen de distinguer parmi des Frères parfaitement égaux ceux qui auraient l’honneur de ramener l’assassin d’Hiram-Abi.

Les instructions de Salomon étaient claires : « Ramenez-moi le mauvais Compagnon en vie afin que le supplice puisse servir d’exemple à la postérité la plus recuée ».

9 Maîtres. Qui sont ils ? Ils ne sont pas dénommés dans les rituels que j’ai consultés à l’exception d’un seul, Johaben. Comme le grade ne s’appelle pas « Maître des Neuf Elus » mais « Maître Elu des Neuf », il semble bien qu’il soit nécessaire, pour la signification du grade, de distinguer un Frère parmi les autres. Il ne s’agit donc pas, à l’instar du cochon d’Orwell de penser que, parmi les Frères, certains sont plus égaux que d’autres mais plutôt de donner la capacité à chaque Intendant des Bâtiments qui atteint ce grade de pouvoir s’identifier à un Maître en particulier. Donc, bien que tous Maîtres, Salomon, tel Dieu dans l’Ancien Testament désigne un Elu par les 9 intendants des bâtiments tirés au sort. Il s’agit de Johaben, son secrétaire intime, dont nous avons découvert l’existence et l’histoire au 6ème grade et qui a su, par ses actes gagner la confiance de Salomon. Pourquoi est-il designé sous ce nom d’Elu ? A l’instar des élections, rien n’est jamais totalement dû au hasard en Maçonnerie, et surtout pas le résultat des tirages au sort. Dans ce contexte, comment s’étonner du choix de Johaben, dans la mesure où son nom vient de Ben qui signifie « fils de » et de joha ou jeho comme Jéhovah soit Dieu. Nous voici donc invités à nous identifier à Johaben, archétype du jeune Maître qui semble posséder en lui une part de divin ou a minima d’Elu au sens biblique du terme.

Johaben, si vous lisez en détail ce qui est accessible sur le rituel du grade de Secrétaire Intime, est par essence un homme très zélé, désireux de servir et de protéger son Maître Salomon, très pragmatique aussi dans son comportement et par ailleurs plein d’initiatives. Pour conforter mon point précédent, et si l’on s’en réfère à ce que l’on trouve dans un ancien rituel du 6ème grade, Johaben représente symboliquement tous les Frères : « Je suis ce Johaben, c’est-à-dire le Maçon à qui on donne la chance et les moyens de progresser, mais à qui il est demandé en contrepartie de faire preuve d’abnégation, de courage pour justifier la confiance accordée et assumer des responsabilités, envers moi-même comme envers mes Frères, à des niveaux de plus en plus importants et exposés. Parmi ces responsabilités, il en est une, qui est plus qu’une responsabilité, c’est un devoir : celui de transmettre ce que j’ai acquis ». Plus de doute, Johaben représente chacun d’entre nous, chaque Maître qui souhaite progresser dans sa voie initiatique.

Ce ne sont donc pas simplement 9 Maîtres mais 8 Maîtres +1 Elu qui partent en délégation, 8+1 qui est par ailleurs la batterie du grade.

Le chemin qui mène à la caverne est long et escarpé et seul et sans guide, celle-ci eut été difficile à atteindre. Heureusement, comme dans le cheminement maconnique, seule la présence de l’autre, du Frère, permet de le parcourir et le groupe progresse vers son but guidé par l’indicateur.

Cependant, Johaben, mû par ce zèle déjà évoqué, prend rapidement la tête de l’equipée et, semant ses Frères et leur guide, arrive le premier à l’entrée de la caverne. Cette précipitation et cet enthousiasme ne sont-ils pas synonyme de manque de réflexion et de maîtrise de soi, symbole de la volonté de cheminer trop vite en brulant les étapes de la progression initiatique et retomber ainsi dans les affres de l’exagération et du manque de mesure à l’instar des mauvais compagnons qui, par manque de réflexion, de maîtrise de soi cherchent à progresser trop vite.

L’entrée de la caverne est masquée par un buisson. Si les textes insistent autant sur la présence de ce buisson, ardent d’ailleurs dans certains rituels et naturels dans d’autres, est-ce par analogie avec le buisson ardent dont Dieu prit l’apparence lorsque Moïse le vit sur le mont Koreb et par le fait qu’ici Dieu est présent ou pas selon le rite observé ?

Quoi qu’il en soit, Johaben pénètre dans la caverne où, à la lumière d’une lampe qui éclaire faiblement les lieux, il voit le mauvais Compagnon, le dénommé Abhiram qui se repose un couteau à ses pieds. A ce stade, pour ceux qui ne se sont pas encore endormi, je pense qu’ils voient déjà venir la suite…

Donc, s’emparant de l’arme, Johaben le frappe à la tête puis au coeur. Avant de mourir, Abhiram crie à Johaben « Nekam », ce qui peut se traduire par « Vengeance ».

Se saisissant du cadavre du mauvais Compagnon, Johaben le décapite alors, puis, attendant les autres Maîtres se désaltère à la source qui coule ans la caverne.

Nous sommes ici au coeur de la signification du grade, le reste n’étant que péripéties.

En entrant dans la caverne et par extension dans le monde souterrain, Johaben, représentant ici symboliquement chaque Maître ainsi que je l’ai déjà evoque, entre en fait en lui-même. A la fois refuge et lieu incitant à la peur car y règne le noir et une vision tronqué du monde telle que le mythe de la caverne de Platon dans la Republique nous y a déjà fait réfléchir, le Maître se retrouve face à lui-même et à ses propres démons dans un environnement que la terre rend encore plus oppressant.

Johaben, emporté par son zèle et sa volonté de Vengeance, se transforme donc en meurtrier à son tour, même s’il est mû par une bonne intention. Il succombe à sa passion et à ses pulsions se détournant ainsi du principe de Justice. Il ne se comporte plus en Maître puisqu’il laisse le reliquat de sa part d’ombre d’homme prendre le dessus. Comme le dit Jean Mourgues dans un texte « Nous sommes face à une incroyable régression pour un initié ; c’est une forme de faillite de l’initiation maçonnique qui est mise sous nos yeux ».

Mais cette part d’ombre, ce côté obscur n’est-il pas la seconde face du même homme. Si Johaben pouvait se traduire par « Fils de Dieu », il est intéressant de noter qu’Abhiram : peut se traduire « rejet du Père ». C’est important car alors la lutte qui s’engage alors est symboliquement celle de Johaben avec lui-même. Quand il fait couler le sang et boit à la source, il se purifie, c’est une rédemption, presque un baptême si on considère combien le judéo-christianisme est présent dans ce grade et il ressort à la lumière comme un nouvel homme, comme le Maître enfin accompli.

Accompli d’autant qu’il vient d’exécuter Abhiram, le troisième compagnon de l’exaltation, celui qui donne le coup de maillet fatal sur la tête d’Hiram Abi près de la porte d’Orient, donc quelque part le véritable assassin. Coïncidence ?

En tuant Abhiram, Johaben tue définitivement le mauvais compagnon, resté esclave de ses préjugés, qui sommeille en lui, acte nécessaire pour poursuivre l’accomplissement de son cycle de perfection et supprimer définitivement en lui la part obscure qui l’habite encore depuis l’initiation.

Et puis, pour compléter cette réflexion, ce mythe nous renvoie directement aux origines de notre parcours maçonnique : Cette caverne avec cette faible lampe analogue à la bougie qui éclairait la rédaction de notre testament philosophique, la tête coupée d’Abhiram symbolisant le crâne et nous renvoyant à la conscience de l’éphémère, l’eau de la source, symbole de purification tel l’onction du baptème et rappel des 3 coupes, ne font-ils pas penser à des éléments de notre initiation et de notre passage dans le Cabinet de réflexion qui la précède ? Sa sortie de la caverne est la preuve de son accomplissement car sinon, tel Abhiram il séjournerait toujours dans les ténébres dont celui-ci n’a symboliquement jamais réussi à sortir après son initiation.

L’action de Johaben s’inscrit donc clairement dans une action régénératrice et non dans un acte de Vengeance. Mais alors, pourquoi ce cri de « Nekam » poussé par Abhiram ? Ce n’est pas très pas simple à interpréter. Cependant, si l’on considère que ce dernier n’est que la face obscure de Johaben, en plantant le poignard, arme symbolique s’il en est, nous y reviendrons, il voit en Abhiram, comme son reflet dans un miroir et peut y lire la bassesse de son acte. Cette notion de reflet est accentuée par le fait que, comme le fait remarquer Irène Mainguy, Abhiram est l’anagramme de Hiram Abi. L’agonie d’Abhiram n’est finalement que la mort de tout ce qu’il y a de mauvais en Johaben et en criant « Nekam », c’est finalement la reconnaissance que ses passions ont pris le dessus sur sa raison mais pour faire que ce soit finalement le meilleur de lui-mème qui puisse enfin se révéler.

Pas simple…

Alors, parlons un peu de ce poignard, qui n’est pas là non plus par hasard puisque le « Maître Elu des Neuf » est le seul grade où cet arme apparaît, puisque ce sont les épées qui sont traditionnellement parties prenantes de la plupart des rituels des différents grades de la Franc-Maçonnerie. Le poignard est ici un élément si important du rituel qu’il est d’ailleurs le symbole du grade. Sa présence n’est finalement pas une surprise puisque le poignard est, d’une part, l’arme rituelle des sacrifices dans toutes les civilisations et, d’autre part, l’arme du combat véritable, l’arme ultime du corps à corps avec lequel on tue ou l’on meure, dans la proximité de son adversaire, les yeux dans les yeux.

Dans la relation déjà évoquée avec le grade d’Apprenti, ne peut-on pas penser qu’il est la sublimation du ciseau de l’ouvrier qui, en tuant la mauvaise part de lui-même, fait achever à Johaben la construction de son temple intérieur entamée au premier grade.

A noter que Johaben a utilisé l’arme d’Abhiram ce qui doit aussi ouvrir des perspectives symboliques sur l’utilisation de l’arme du coupable pour venger l’innocent.

Johaben peut maintenant sortir en Maître accompli de la caverne.

Rejoint par les 8 autres Maîtres, ceux-ci lui reprochèrent amèrement son geste et le fait d’avoir désobéi aux ordres de Salomon. Bien qu’horrifiés, il n’en restent pas moins les Frères de Johaben et décident de lui pardonner sa désobéissance et d’intercéder en sa faveur en revenant près du roi. Ils retournent alors ensemble à Jerusalem, Johaben portant la tête du meurtrier.

Johaben doit donc maintenant comparaître devant Salomon. Celui-ci avait fait préparer, dans la perspective de la capture d’Abhiram, tout ce que l’époque offrait de raffinement en termes de supplice mais, même si la sentence était déjà connue, également un tribunal pour traduire le mauvais Compagnon en Justice.

Pour Johaben, il convient maintenant que son acte lui soit pardonné.

Informe de l’acte de Johaben, Salomon ordonne à Stolkin, son capitaine des gardes de se saisir de lui et de le mettre à mort pour avoir transgressé ses ordres, pour avoir privilégié la Vengeance à la Justice. Cependant, face à Salomon, Johaben décide d’assumer son acte, de faire sienne cette maxime plus tardive de François Mauriac : « La Vengeance déguisée en Justice est notre plus affreuse grimace ».

Toute la sagesse de Salomon va se révéler dans sa décision : Il va gracier Johaben ce qui est étonnant au regard de la colère qu’il éprouve. A mon sens, trois explications sont possibles :

  • On peut penser, à l’instar du rituel, qu’il répond aux suppliques des 8 compagnons de Johaben et démontrer ainsi à quel point la solidarité fraternelle trouve ici tout son sens.
  • On peut aussi penser que Salomon a su lire dans l’âme de Johaben n’y découvrant ni vice ni cruauté mais simplement une volonté maladroite de connaître la Vérité et, dans sa grande sagesse reconnaissant un fidèle serviteur, montre ainsi, je cite : « combien le coeur d’un bon roi se laisse toucher par la clémence ».
  • On peut enfin penser qu’en le graciant, Salomon laisse Johaben face à lui-même et aux conséquences morales de son acte. Depuis le début de cette Planche, nous baignons dans le judeo-christianisme (la résurrection, le buisson, la signification du nom de Johaben, etc) mais il manque clairement ce qui fonde le pouvoir de l’église sur ces adeptes. Non, ce n’est pas l’espoir, je le dis au cas où certains se feraient encore des illusions sur cette institution mais la culpabilite. Ou est la culpabilité ?

Personnellement, je ne suis pas sûr que ce soit vraiment ce que ressente à ce moment-là Johaben. Placé face à lui-même dans la caverne, son acte l’emmène sur la voie d’une progression intérieure. Son cheminement le porte vers une plus grande humanité au sens où il comprend véritablement la portée de son geste qui le sensibilise au mal.

Dans un article du Grand Collège des Rites, il est écrit « La Vengeance maçonnique des Neuf ème au 11ème grade selon le REAA ne vise à éliminer symboliquement que des défauts, nullement des hommes. Comment défendre l’homme de devoir contre les forces d’inhumanité qui se déchaînent à mesure qu’il avance ? L’ignorance, le fanatisme, l’orgueil et l’ambition doivent être combattus sans relâche. C’est le devoir des élus. La Maçonnerie ne se borne pas à provoquer la pensée, à exciter le sentiment. Son but est d’agir sur la conduite réelle de l’homme. Elle requiert le contrôle de soi-même. L’homme est exposé à agir mal, tout en vantant le bien. Pour beaucoup de Maçons le désintéressement est un principe abstrait. Leur libéralité ne pénètre pas leurs actes. Réunis dans la loge il est facile de parler et de s’émouvoir. Mais demain, hors d’elle, dans les affaires, dans les compétitions d’intérêts, dans les suggestions des passions, retrouverons-nous nos résolutions, serons-nous maçons ou lâches ? Rappelons ce Romain qui, pressé de ne pas tenir une promesse qu’il avait faite à l’ennemi, et qui devait causer sa mort, dit « il est necessaire que j’aille, non que je vive ». Cet homme comprenait la première maxime des élus : « Sois brave contre tes propres faiblesses » ».

Comme le dit joliment Jean Mourgues, « Johaben était sur le fil du poignard ». Son acte lui a permis de s’engager fermement et sans retour sur le chemin du Devoir et à changer l’ignorance en connaissance, le fanatisme en tolérance, l’ambition en détachement, la vanité en simplicité et l’orgueil en humilité.

J’ai ainsi acquis la conviction au cours de mes réflexions et recherches, que Johaben a rassemblé ce qui était épars en lui montrant à chaque Frère comment y parvenir.

Avant d’en venir à la conclusion, et pour ceux qui suivent attentivement la lecture de cette Planche, ils ont dû se rendre compte que j’ai evoqué en introduction un point dont je n’ai pas encore parlé. Pour les autres, vous savez que l’on arrive à la conclusion, donc que les agapes n’ont jamais été aussi proches. Vous pouvez donc quitter cet air pénétré qui ne trompe personne et tranquillement sortir de la torpeur confortable que permet la semi pénombre dans laquelle nous baignons.

Et oui, le chien. Jamais vous n’aviez encore croisé un animal dans le rituel. Je crois qu’il prend dans le cas présent une double symbolique éloignée de l’image de fidélité habituelle. Il est symbole de vigilance, de gardien des troupeaux (symboliquement des âmes des fidèles), réputé pour son flair et, par extension, il représente le discernement qui permet de retrouver les assassins. C’est aussi le symbole de la domestication de la nature sauvage par l’homme et peut être une représentation de la maîtrise que Johaben acquiert enfin de ses pulsions. Enfin, le chien ici évoqué guidant les 9 Maîtres dans leur mission n’est-il pas également similaire à Anubis accompagnant Isis dans la recherche de ce qui est épars ?

En conclusion, ce « psychodrame du Maître Elu des Neuf », comme le qualifie un auteur a une double portée qu’il convient de bien intégrer.

Un premier sens qui porte sur la dualité Justice versus Vengeance et qui n’offre guère plus de portée que le débat recurrent que l’on peut retrouver dans le monde profane et qui n’est ici que le vecteur permettant un accès au second sens profond, plus symbolique et surtout plus Maçonnique. La lutte entre le conscient et l’inconscient et le devoir sacré du Maître Elu des Neuf de chercher à élever au plus haut son niveau de conscience en toute situation. Un auteur parle d’une « élévation qui symbolise la nouvelle relation directe et personnelle à Dieu des loges de Perfectionnement ».

Sans aller aussi loin, nous pouvons revenir au lien avec le grade de Maître Secret puisque, lorsque l’on remet ses décors au nouvel initié, le Trois Fois puissant dit, je cite : « Ce sont aussi les symboles du conflit perpétuel existant dans l’Univers et dans l’âme des hommes entre la Lumière et l’Ombre, entre la Vérité et l’Erreur, entre le Bien et le Mal. L’oeil figuré sur la bavette bleue du tablier est le symbole du soleil, archétype de la Lumière : « Lumière et Ombre sont les deux éternelles voies du monde ». N’écouter que sa conscience pour découvrir l’idée sous le symbole, promouvoir la Justice, rechercher la Vérité avec le souci permanent de remplir son devoir, « le » Devoir avec un « D » majuscule.

L’identification de chacun d’entre nous à Johaben est nécessaire pour percevoir le niveau de réflexion à laquelle nous incite le grade dans l’épreuve que celui-ci va traverser et d’éprouver ainsi notre serment vis-à-vis du Devoir et de la nécessaire Justice associée. Nous entamons ici le véritable processus nécessaire à ce travail de libération, d’actualisation de l’être. Pour l’atteindre, il nous faut, comme Johaben, transgresser pour tenter d’acquérir une certaine forme de liberté. C’est la liberté qui constitue la grandeur de l’être humain et qui suppose, pour être effective, l’éveil de sa conscience et une compréhension du combat permanent entre le bien et le mal.

Tuer Abhiram est symboliquement pour chacun de nous un moment de mise à l’épreuve en allant au-delà des chemins du connu, en allant là où nous « appelle le Devoir » sans avoir pleinement conscience de sa portée.

Cette démarche de renoncement au sentiment de Vengeance est complexe et fait appel à l’introspection, à une bonne connaissance de soi et aussi à la reconnaissance de l’humanité de l’autre en parfaite ligne avec notre cheminement maçonnique.

Le 4ème degré nous a installé dans une sorte de confort intellectuel en nous indiquant, je cite le rituel de l’initiation, qu’en tant que Maître Secret nous étions prêt à « La recherche du Devoir et la ferme volonté de l’accomplir quel qu’il soit, sans songer à une récompense, pour la seule satisfaction de la Conscience ».

Les grades de Vengeance sont en fait, chronologiquement et logiquement parlant, la suite logique du grade de Maître. Cependant, ils n’auraient pas la même portee dans notre progression initiatique si nous n’avions pas auparavant suivi l’enseignement du grade de Maître secret car le Maître Elu des Neuf nous oblige à nous placer dans une situation qui nous confronte à nous-mêmes à ce que nous sommes censés être.

La légende d’Hiram serait ainsi incomplète sans ce second meurtre. Ce sacrifice, meurtre particulièrement sacralisé, est une étape indispensable dans le cheminement initiatique en ce sens qu’il permet de libérer chacun d’entre nous, chaque Maître de ses pulsions qui étaient les dernières entraves à son évolution spirituelle pour lui permettre enfin de se réconcilier avec lui-même, en allant les chercher au plus profond de son être, en acceptant leur réalité et en les corrigeant violemment par leur mise en pleine lumière, les ramenant ainsi au niveau du conscient de l’être pour permettre à chacun de trouver sa propre voie de perfectionnement.

Ainsi fait, le Maître Elu des Neuf peut maintenant se substituer à Hiram Abif, car en le vengeant, Johaben, et par extension chaque Maître, peut pleinement s’identifier à lui, dans le souci de son idéal et dans l’impérieuse nécessité de faire preuve d’équité et d’impartialité en tous temps et en tous lieux qu’ils soient profanes ou maçonniques.

J’ai dit.

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