11° #408012

La Justice

Auteur:

B∴ P∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la Gloire du Grand Architecte de L’univers
Ordo Ab Chao, Deus Meumque Jus
Au Nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème
et Dernier Degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France

J’ai à vous parler ce soir de la justice, telle qu’elle est évoquée, perçue ou comprise du 4ème au 11ème degré. Pour ne pas alourdir ce travail, et chacun d’entre vous ayant une parfaite connaissance de la légende de chacun de ces grades, je me contenterai de ne faire référence à celle-ci que pour mieux appuyer un propos ou souligner un argument.

René Guénon nous rappelle que « la justice est une expression humaine de l’équilibre ou de l’harmonie, c’est-à-dire un des aspects du maintien de la stabilité cosmique ».

Il faut également considérer que le concept de justice, dans ses différents aspects, est de nature intemporelle et ne peut donc être exclusivement lié à ce qui n’est après tout qu’une légende, fut-elle la plus édifiante, même si je ne classe pas les écrits bibliques dans la rubrique « légende ».

C’est donc pour pallier la faiblesse de nos esprits qu’il nous est proposé d’évoquer ce concept de justice à travers la légende de Maître Hiram Abif, l’architecte de Salomon, et je vous invite à cheminer à travers ces différents grades pour mieux comprendre comment il nous est proposé d’intégrer dans notre processus d’individuation ce concept de Justice.

Le tournant est au 3ème degré, quand « périt l’homme juste, fidèle au devoir jusqu’à la mort » et ce par un acte criminel éminemment porteur de sens. Il est donc logique que nous commencions au 4ème degré, où le Maître Secret a le devoir de promouvoir la justice, pour nous arrêter au 11ème degré où il est enfin permis au Sublime Chevalier Elu de la rendre.

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*     *

[4ème]
Il est demandé au Maître Secret, 4ème degré du REAA, d’avoir pour devoir de promouvoir la justice : j’ai déjà infligé aux F F de cette loge de perfection, du moins aux plus anciens que moi, une planche sur ce sujet, et je n’y ferai qu’une brève incursion pour souligner que la promotion de la justice passe par la nécessaire conversion qui doit s’opérer en chacun de nous afin d’ôter de notre esprit ce qui est susceptible de le dégrader : l’ignorance, par exemple, qui se traduit par le refus d’apprendre des autres et qui conduit immanquablement aux préjugés et à la superstition, c’est-à-dire un chemin qui ne croisera jamais le concept de Justice tel que nous le percevons, nous autres M M.

[5ème]
Au 5ème degré, le futur Maître Parfait entend le T F P M lui dire « Je vous retire maintenant du chemin du vice », c’est-à-dire « comprend, mon F, que nul ne possède la force de quitter seul le chemin du vice ».

C’est là un processus essentiel et ce grade montre bien la problématique posée : d’un côté la formidable envie de vengeance qui habite les cœurs après l’assassinat du Maître – symbolisée par l’épée transperçant le cœur d’Hiram Abif posé dans l’urne – et de l’autre côté la culture de la vertu, condition nécessaire à l’exemplarité s’imposant à celui qui prétend devenir à tout le moins un instrument de justice. On pourra ainsi constater que dans ces deux premiers degrés de perfection, le concept de justice est évoqué aussi bien par rapport à soi-même que par rapport à l’autre et que par rapport à Hiram ; on y apprend que la promotion de la Justice est un devoir qui s’impose à tout M, car sans justice, nul ne pourra prétendre à faire régner dans le monde « un idéal de paix, d’amour et de fraternité ».

C’est affirmer également d’une part que rien ne peut être entrepris sans l’amour de la Justice et d’autre part que, précisément, la soif de Justice est une quête, celle des meurtriers d’Hiram Abif.

Concluons sur ces deux premiers grades en citant l’une des instructions au grade de Maître Parfait : lorsqu’il lui est demandé à propos de l’édifice qu’il doit bâtir sur une pierre angulaire le sens du mot « édifice », le Maître Parfait doit répondre : « C’est que nous devons compasser [c’est à dire soumettre à une règle minutieuse] nos actions par la Justice, sur les deux préceptes sacrés : vous aimerez votre Créateur par-dessus toutes choses et votre prochain comme vous-même ».

[6ème]
En approchant le 6ème degré, celui de Secrétaire Intime, on apprend à réfléchir à l’application de la Justice avant la mise en œuvre du châtiment ; il en va d’ailleurs de même aux deux degré suivants. Ces trois grades sont avant tout un enseignement de justice et d’équité comme le soulignent plusieurs auteurs.

Rappelons-nous qu’à ce grade de Secrétaire Intime – que j’aime aussi appeler Maître par curiosité- nous est relatée l’annulation de la sentence de mort prononcée par Hyram, roi de Tyr à l’encontre de Jahoben. Nous y comprenons que la Justice n’est pas arbitraire et qu’une sentence peut être commuée, modifiée si un élément nouveau apparaît, en l’espèce l’intercession de Salomon.

On évoquera ici encore la justice de soi – on y accepte que nos actes soient dictés par des éléments non rationnels – mais on abordera également la notion de justice à l’autre.

[7ème]
Nous arrivons maintenant au grade de Prévôt et Juge, 7ème degré du REAA, et, si vous m’autorisez une expression familière, nous commençons à taper dans le dur ! Je vais donc m’y arrêter plus longuement. Commençons d’abord par la cérémonie de réception à ce grade : quand elle est pratiquée, le candidat fait sept fois le tour de la loge en accomplissant à chaque voyage les signes de ses précédents grades. Ceci signifie à mon sens que notre progression sur le chemin de la Justice nécessite de toujours garder en mémoire les étapes cruciales de sa vie pour ne pas oublier les erreurs du passé que l’on est toujours susceptible de commettre à nouveau ; on peut également interpréter ce rituel comme le fait qu’un bon rendu de la justice nécessite non seulement la connaissance des lois humaines mais aussi la compréhension des ressorts de l’âme.

Dans ce grade, la fonction est double ; elle est d’une part liée à la haute surveillance du Mausolée où repose Hiram Abif, d’où le titre de Prévôt ; elle est d’autre part liée au rendu de la justice, dans un sens plus traditionnel, d’où le titre de Juge. Mais notez mes F F qu’il s’agit là d’une fonction limitée à l’enceinte du Temple car son autorité ne s’exerce que sur « tous les travaux et les ouvriers du Temple » : certes une grande confiance a été accordée en conférant ce titre de Prévôt et Juge, mais on considère que celui-ci ne possède pas encore la sagesse nécessaire pour exercer cette fonction ailleurs que dans un lieu qu’il connait parfaitement.

Le Prévôt et Juge agit donc comme un primum inter pares et a pour mission de maintenir l’équilibre entre les passions et les désirs manifestés par les uns ou les autres. C’est pour cela que lorsqu’il prête son obligation, il invoque Dieu pour que celui-ci le maintienne dans la justice et l’équité.

Et ce concept d’équité m’amène précisément à évoquer un des symboles figurant sur le tableau de loge à ce degré – notamment -, à savoir la balance. Celle-ci désigne la rectitude avec laquelle la mission doit être accomplie : si l’on tire une droite tangentielle aux plateaux lorsque ceux-ci sont équilibrés, on marque un plan horizontal. La balance indique également qu’à ce grade la justice est rendue avec équité ; rappelons que l’équité se définit selon Littré – comme « la disposition à faire à chacun part égale, à reconnaitre impartialement le droit de chacun » c’est à dire le fait d’être juste envers l’autre.

« La fonction de Juge est de donner à chacun son du en s’efforçant de faire prévaloir le Droit, conformément à la volonté supérieure du Grand Architecte, en toute équité ». On évoque donc à ce grade simultanément les concepts de justice et de justesse.

Cette volonté supérieure, qui doit guider le Juge dans sa fonction, c’est la Loi unique et multiple qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail ; le Prévôt et Juge y a accès, et c’est là notamment le sens d’un deuxième symbole à ce grade, à savoir la clé d’or qui – je cite l’instruction – « sert à ouvrir la cassette d’ébène dans laquelle sont renfermés tous les plans nécessaires à la construction du Temple ». Le Prévôt et Juge doit se conformer à cette Loi qui a vocation à gouverner l’univers. La morale de ce grade est donc que nous devons rendre la justice égale à tous les hommes. Ce qui signifie que tout homme a droit à la justice et que vices et vertus sont pesés avec la même objectivité.

[8ème]
Ces considérations nous amènent tout naturellement au 8ème degré, au grade d’Intendant des Bâtiments, où l’on constate que si tout homme a droit à la justice, ce principe s’applique également à nous-mêmes : nos compétences sont reconnues pour telles et nous en sommes récompensés.

Il nous est aussi rappelé que cette juste place n’est pas au sommet de la pyramide : « Comment avez-vous été reçu ? En reconnaissant avec sincérité mon ignorance ».

Il est indiqué également dans l’instruction à ce grade que la Justice est un des neufs attributs de la Divinité ; à contrario, notons qu’elle n’est donc que l’un de ces neufs attributs.

Je voudrais à nouveau m’arrêter sur un des symboles de ce grade, que nous avons déjà évoqué au 7ème degré. A ce degré, souvenez-vous, la balance figurait sur le tableau de loge ; c’est également le cas au 8ème degré mais cette fois notre Maître Maçon reçoit cette balance et l’arbore sur son décors.

« Que signifie la balance que l’on vous a donnée ? La balance étant un attribut de la Justice m’a été donnée pour l’exercer indistinctement sur tous les maçons et pour rectifier ma conduite… »

Ceci confirme que si au 7ème degré l’autorité du Prévôt et Juge s’étend sur – seulement – « tous les travaux et les ouvriers du Temple », au 8ème degré cette autorité est étendue à tous les Maçons sans distinction et, je le répète, à soi-même en particulier.

Le processus d’individuation commence réellement à produire ses effets puisque l’on reconnait au F M parvenu à ce degré la capacité à se juger lui-même avec la même équité dont il userait sur un autre Frère. C’est ceci par-dessus tout qui permet à notre Maître Maçon d’affirmer qu’il est parvenu à sa juste place : le jugement de ses F F des grades supérieurs tout autant que son propre jugement le conduisent à ce constat.

[9ème]
Jusqu’à présent, mes F F, nous avons évoqué la justice de soi-même, la justice par rapport à l’autre et à la société. Avec les trois prochains degrés nous allons être confrontés à la transgression de la loi et ses conséquences sur nous-mêmes, au passage de la vengeance à la justice collective et enfin à la consécration de l’homme vrai.

Rappelons-nous le début de la légende du grade de Maître Elu des Neuf. Après que l’inconnu ait informé Salomon de conduire ceux qui le souhaiteraient jusqu’au meurtrier d’Hiram Abif, et que tous les Maîtres se soient déclarés prêts à l’accompagner, seuls neuf d’entre eux purent se lancer dans cette quête après avoir été tirés au sort ; c’est-à-dire que furent désignés par la main de Dieu ceux qui allaient pouvoir mettre la justice en œuvre.

Ce qui nous est donc dit au premier chef à ce grade c’est que la justice ne peut s’exercer que sous la main de Dieu et que toute la sagesse d’un homme, fut-il le plus sage d’entre nous, ne suffit pas.

C’est tout l’intérêt de ce grade de montrer les conséquences potentiellement désastreuses qu’il y a à agir non pas en pleine justice mais sous l’empire d’une vengeance d’où la main de Dieu est absente. D’ailleurs Salomon ne s’y trompe pas, lui qui envoie les neuf élus avec cette exhortation : « Dans ce cas, partez. Tachez de tout comprendre et d’agir en conséquence. Que votre Raison et votre Conscience soient éclairées par la Lumière de la Loi éternelle qui gouverne les mondes ». On sait ce qu’il advient et comment Jahoben confond acte de vengeance et acte de justice.

Notez mes F F que je parle d’actes : autant du 4ème au 8ème degré nous évoquions le concept de justice, autant nous sommes ici dans l’action et ce n’est pas par hasard si sur le tablier du Maître Elu des Neuf figure un poignard, comme d’ailleurs sur le blason du 10ème degré.

Mais revenons à notre Jahoben qui, en poignardant et en tranchant la tête d’Abiram, a cédé à une pulsion vengeresse qui a oblitéré en lui toute faculté de discernement. La réponse à cet acte est immédiate et cinglante et vient de Salomon lui-même : « Qui t’a accordé le droit de juger et de châtier ? » C’est qu’à ce grade sont également posées les questions de savoir si en tuant un criminel par vengeance on ne devient pas soi-même un criminel ; et, si ce cycle de vengeance est sans fin ou s’il peut être interrompu et voir le retour à une pureté antérieure ?

Les réponses fournies sont que – oui -, on devient un criminel quand on s’arroge le droit de juger en dehors du cadre légal et que – non – ce cycle peut ne pas être sans fin.

Je n’insisterai pas sur le fait qu’une vengeance accomplie sous l’empire de la passion, sans autre éclairage que ses pulsions et en ignorant la loi est constitutive d’un acte criminel ; c’est d’ailleurs ce dont se sont rendus coupables les trois mauvais compagnons, guidés qu’ils étaient par leur ignorance. En revanche, arrêtons-nous un instant sur le jugement porté par Salomon sur l’acte répréhensible de Jahoben. Vous noterez d’abord que celui-ci a de la suite dans les idées car c’est la deuxième fois qu’il met sa vie en jeu ; Salomon serait parfaitement en droit de mettre Jahoben à mort ; il va faire pire : il va lui accorder son pardon et l’obliger ainsi à scruter tout au fond de lui-même cette noirceur qui l’a conduit à ce geste – et qui en est également la conséquence – et ainsi admettre qu’il porte en lui – comme chacun de nous – une part de chaos ; cette démarche est plus difficile mais aussi plus incitative que de se voir brutalement expédié dans un monde censément meilleur par un coup d’épée.

Le châtiment peut donc être un pardon, permettant le retour à la lumière. Notons d’ailleurs que « châtiment » est tiré du latin « castigare », qui veut dire « châtier », lui-même tiré du substantif « castus » qui signifie « chaste » : l’un des sens de « châtier » est donc celui de rendre pur ; ce sens est certes utilisé pour les ouvrages d’esprit, mais après tout, de quoi parlons-nous d’autre ?

Ce grade nous montre de façon aigüe que le pardon reçu est nécessaire au pardon de soi-même et que, pour progresser vers la Lumière il est nécessaire de se détourner de la vengeance personnelle pour s’en remettre à la justice établie.

Toute la légende de ce grade a pour objectif de souligner cette prise de conscience de Jahoben, non seulement de l’aspect déstructurant de son acte mais aussi du fait essentiel que le pardon n’est pas l’oubli. Désormais l’initié saura assumer la part obscure de son être.

[10ème]
En parvenant au 10ème degré, celui de Maître Elu des Quinze, nous allons progresser plus rapidement. Nous savons que les deux autres criminels ont été trouvés et ramenés à Jérusalem où ils ont été jugés, suppliciés et mis à mort.

Il ne s’agit donc plus de vengeance personnelle mais de justice. Et autant la vengeance était constitutive d’un acte chaotique – certes nécessaire à notre progression car nous faisant accepter l’espace de ténèbres qui est en nous, mais néanmoins terriblement déstructurant – autant la mise en œuvre de la justice permet le rétablissement de l’ordre divin des choses et la mise en évidence d’une devise qui nous est chère : « ordo abchao ».

[11ème]
Nous pouvons enfin parvenir au 11ème degré, grade de Sublime Chevalier Elu, troisième et dernier grade d’Elu. A ce niveau il est permis de rendre la justice, non seulement parce que l’initié a été définitivement débarrassé du sentiment de culpabilité qui l’habitait mais aussi parce qu’il peut contempler, privilège de son grade, les tables de la loi et la balance de la justice et qu’il est devenu un homme vrai.

Au 9ème degré nous avons compris le danger des passions vengeresses ; au 10ème degré nous avons vu l’ordre restauré par la mise en œuvre d’une justice collective ; au 11ème degré notre zèle à vouloir le triomphe de la justice est récompensé comme l’est tout autant le courage qu’il a fallu manifester en toutes circonstances en partant à la recherche des meurtriers ; c’est pour cela que le grade comporte trois cœurs enflammés et que la devise du grade est « vaincre ou mourir ».

Notez également, mes F F, que nous sommes également arrivés à une charnière, au ernier grade d’élu mais aussi au premier grade de chevalerie. Et que serait un chevalier sans son épée ? Car c’est précisément à ce grade que Salomon remet au Sublime Chevalier Elu son épée de justice grace à laquelle il pourra lutter contre l’injustice, l’intolérance et la barbarie.

Mes F F, nous avons vaincu les forces du mal qui se dissimulaient tant à l’extérieur qu’au plus profond de nous-mêmes et nous pouvons maintenant cesser de régler notre vie sur un fait commis dans le passé pour nous tourner vers l’avenir.

La sérénité est revenue en nous. Justice et Vérité peuvent maintenant cohabiter ; nous voici devenus de véritables emerek, c’est-à-dire homme vrai en toutes circonstances. Les travaux vont pouvoir reprendre et le degré suivant être d’une toute autre nature.

*
*       *

Ainsi s’achève, mes F F, le survol de ces huit grades où notre fil rouge a été la Justice. Nous avons vu que du 4ème au 8ème degré inclus, nous étions dans la réflexion sur le concept de justice et l’appréhension de celle-ci par rapport à nous-mêmes, par rapport à l’autre et par rapport au monde qui nous entoure ; pour les trois grades d’élus, nous nous sommes situés dans l’action d’abord chaotique puis apaisée pour parvenir à une sérénité nous rendant apte à rendre la justice en toutes circonstances parce que devenu Homme Vrai. Rappelez-vous : au 4ème degré il n’était question que de promouvoir cette justice. Quel chemin parcouru ! mais cette progression aurait-elle été possible sans la présence du Divin ? Ce n’est pas non plus par hasard si l’une de nos devises et « Deus meumque jus ».

Souvenons-nous que si Salomon rend la justice – et désormais par délégation les Sublimes Chevaliers Elus – c’est qu’il est sous la main de Dieu. Et, si Dieu existe, « il faut nécessairement qu’il soit juste ». Si l’homme, nous l’avons vu, est prêt à causer les plus grandes injustices pour assouvir ses passions, Dieu, se suffisant à lui-même et étant donc étranger à ces passions, serait – s’il était injuste – l’être le plus abominable qu’il soit puisqu’il le serait sans raison. C’est la réflexion menée par Montesquieu qui affirme, par la bouche d’Usbek dans les Lettres Persanes, « Ainsi quand il n’y aurait pas de Dieu, nous devrions toujours aimer la justice ; c’est-à-dire faire nos efforts pour ressembler à cet être dont nous avons une si belle idée, et qui, s’il existait, serait nécessairement juste. Libres que nous serions du joug de la religion, nous ne devrions pas l’être de celui de l’équité ».

Je vous laisse à méditer les propos de ce grand penseur, comme je l’ai fait moi-même cet été.

J’ai essayé de regarder en moi pour découvrir si j’avais le cœur juste ; j’y ai surtout vu, caché dans des recoins oubliés, cette part de chaos que découvre Jahoben agissant par vengeance. Que ressent-on quand on apprend – et c’est une bénédiction de ne pas les vivre – tel ou tel acte abominable, quand des êtres sont arrachés à l’affection des leurs ; je n’ai pas honte d’avouer que même non concerné personnellement, je sens comme une boue sanglante m’envahir : que serait-ce si j’étais directement concerné ? Je n’ai pas de réponse ou redoute plutôt d’en avoir une. Je garde seulement l’espoir que Dieu me tiendrait la main.

Même en Israël la justice biblique n’a plus cours et nos sociétés trop policées ne peuvent plus rendre à chacun ce qui lui est dû. L’essentiel est je crois de garder cette volonté d’approcher le Divin en élevant une pensée vers lui et de rechercher dans le même temps les zones de lumière qu’il a essaimées en nous, plaçant ainsi notre aptitude supposée à rendre la justice au cœur de ce cycle de transcendance et d’immanence.

J’ai dit…

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