12° #409012

Je veux et je construis

Auteur:

M∴ A∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
ACACIA - Orient de Libreville

A L G D G A D L’U
Deus Meumque
Ordo ab Chao
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil
Pour la Côte d’Ivoire
Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ième et dernier Degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté

Tel est l’intitulé du morceau d’architecture que j’ai le devoir et le plaisir de vous présenter à l’heure même où le Génie commence à parler en moi…

Au cours des lectures qui ont suivi ma réception au 12ème, j’ai très tôt pris conscience, que ce degré, a des particularités qui ont crée en moi des ruptures par rapport à mes acquis antérieurs.

La première de celles-ci a été de constater que l’on travaille à ce degré, avec la porte de la Boulomie ouverte, alors que, jusque là, notre premier devoir, à l’ouverture d’une tenue, a toujours été de vérifier et de constater que nous sommes à couvert.

Lors de l’ouverture des travaux de notre Archi-Loge, à la question du S G M : « Et maintenant que faites vous ? », le Deuxième Excellent Gardien répond : « Je veux et je construis ».

La deuxième spécificité de ce degré est le niveau d’engagement du Grand Maître Architecte. J’ai été surpris par cette réponse, dont le caractère franc et déterminé m’a semblé marquer une nouvelle étape dans l’évolution du Maître Maçon. Pourquoi, l’utilisation de ce pronom personnel « je », au lieu de notre traditionnel « nous », beaucoup plus conforme à nos habitudes acquises jusque là ? Le Maître Maçon au 12ème serait-il devenu égocentrique ?

S G M et vous tous mes TT II FF et II FF, comme je vous le disais tantôt, à l’heure où le Génie commence à parler en moi, je vais tenter, en quelques lignes de partager avec vous la perception que le Grand Maître Architecte que je suis, a, de cette sentence : « Je veux et je construis ».
Que s’est il donc passé entre le 4ème et le 11ème degré pour affermir à ce point le caractère du Grand Maître Architecte ?

– Est-ce parce qu’au 5ème nous avons retrouvé le Mot « JEHOVAH », nom ineffable do notre G A D L’U et découvert une solution au problème de la quadrature du cercle ?

– Ou est-ce parce qu’un châtiment a été infligé aux trois mauvais compagnons dans les grades de vengeance que sont les 9ème 10ème 11ème, ou que la mission qui a été confiée par le Roi Salomon, aux Excellents Ermech que nous étions devenus au 11ème, de rendre la justice et d’en suivre les lois, nous a donné une plus grande assurance dans nos actes et dans nos comportements ?

Comment ce parcours du 4ème au 11ème a-t-il pu donc impacter le Grand Maître Architecte au point de lui faire affirmer haut et fort : « Je veux et je construis » ? On constate que l’Apprenti, qu’il a été, astreint au silence et qui ne s’exprimait que lorsque la parole lui était donnée, immergé dans le collectif, et qui a travaillé sans relâche à son perfectionnement, au travers des différents degrés, prend aujourd’hui la parole et crie haut et fort à l’adresse de son S G M « Je veux et je construis ». Que peut donc vouloir le Grand Maître Architecte, et qu’a-t-il de nouveau à construire ?

De prime abord, que signifie ce « je veux ». Selon le dictionnaire, Vouloir, c’est appliquer sa volonté, afin d’obtenir quelque chose. Et la volonté elle-même, désigne la faculté de se déterminer librement à l’action, en pleine connaissance de cause. Plus généralement, elle intègre, l’ensemble des forces morales, psychiques et intellectuelles qui portent à l’action.

Dans un second temps ensuite, souvenons-nous, que lors de la Réception du M S au 12ème, à la question du S G M : « Quel est le symbole commun à tous les grades de la Maçonnerie Ecossaise », le Premier Excellent Gardien répond : « S G M, c’est le symbole de la construction d’un édifice ». Réponse qu’il précisera plus loin comme étant « la construction du Temple de Salomon ». A première vue, cela parait être une évidence, que notre parcours procède d’une démarche de construction, étant entendu que notre devise Maçonnique, « ordo ab chao » n’est rien d’autre que la construction d’un ordre à partir du chaos. Mais n’oublions pas toutes les turbulences que nous avons traversées, depuis le degré de la mort de notre Maître Hiram, et dans les degrés qui ont suivi.

Au 12ème, le chantier doit se terminer, avec la construction du troisième et dernier étage du Temple et la décoration du Saint des Saints. Les mauvais compagnons ont été retrouvés et châtiés. Les passions se sont calmées et la sérénité est revenue chez les Maçons. Le Grand Maître Architecte peut alors quitter la dimension horizontale, pour la verticale, en quête de profondeur et d’élévation de sa conscience. Il travaille dans une Archi-loge aussi nommée « Lieu où l’on veut », voulant dire, lieu où la volonté se manifeste. Puisque l’Archi-loge ou Boulomie a pour origine la racine grecque d’un verbe signifiant « vouloir ».

S G M et vous tous mes TT II FF et II FF, le pouvoir de la seule volonté suffit-il à la construction du Temple de Salomon ? Est ce parce qu’on veut qu’on peut forcément ? Pour réussir dans la démarche Maçonnique, il faut d’abord vérifier au préalable nos prédispositions à nous engager dans une démarche de progression personnelle, et seulement ensuite, utiliser les outils qui nous aideront à avancer.

Pour pouvoir construire, il faut de solides et saines fondations. Ayant préalablement fréquenté l’école d’architecture fondée par le Roi Salomon, où il a étudié la Mathématique, le Grand Maître Architecte a apprit à se servir du Compas. Il a également apprit l’Art du trait, les 5 ordres d’Architecture, ainsi que les sciences. Le Maître Maçon du 12ème a franchi progressivement toutes les étapes de la formation d’un Grand Maître Architecte.

En « balayant la chambre des dessins », il s’est débarrassé, de ses imperfections que sont l’Ignorance, l’Orgueil et l’Ambition. Il s’est libéré de ses passions excessives et de ses préjugés tenaces. Il a fait place nette dans son cœur et dans son esprit pour se prédisposer à son œuvre futur, dans le calme et la sérénité. Il a comme le suggère nos Rituels, « triomphé des obstacles que rencontre l’esprit humain pour atteindre la vérité, ennemis qui ne sont pas hors de lui, mais en lui ».

En « délayant l’encre de chine, et en collant les papiers sur les planches », il s’est minutieusement préparé, par ces travaux préparatoires à son métier d’Architecte. Il a dégagé les axes forts et éliminé tout ce qui peut paraître superflu afin de ne point se laisser distraire par ce qui ne présente aucune importance. Il a maitrisé le symbolisme de tous les instruments renfermés dans son étui de mathématiques, qui sont vus comme des outils de la spiritualité. Les branches du compas offrant par exemple une ouverture sans limite sur le champ de la connaissance. L’esprit dominant maintenant la matière, la créativité s’impose.

Fort de l’éducation qu’il a reçue, et muni des instruments de son grade, le Grand Maître Architecte peut mûrement réfléchir à la conception de son Plan, et entreprendre sa réalisation. Il a fallu pour cela organiser son savoir, harmoniser ses connaissances, recourir aux formes et aux nombres pour tracer ses Plans. Il est alors devenu le maître d’œuvre.

Aujourd’hui, en Grand Maître Architecte qu’il est devenu, il peut dire « je veux et je construis ». Il ne s’agit en aucune façon donc d’un « je veux » prétentieux ou égoïste, mais bien plutôt d’un « je veux » conscient et responsable devant l’œuvre à accomplir. L’utilisation de ce « je » est l’affirmation d’une prise de responsabilité. C’est la confirmation d’une certaine expertise ainsi que l’expression d’une grande confiance en soi dans la construction du Temple. Un temps de réflexion, un temps de décision puis arrive le temps de l’action.

Après sa formation et une bonne intégration des degrés inférieurs, ayant atteint la maturité que confère l’âge de la Plénitude, et avec les outils de son grade, le Grand Maître Architecte exerce sa volonté, avec humilité et détermination dans la construction de son Temple intérieur, car « le Temple de Salomon, Temple de Pierre, est à l’image du Temple intérieur que chacun doit réaliser dans son cœur ».

En cherchant l’« Idée derrière le Symbole », nous comprenons que la construction du Temple de Salomon est en fait notre propre construction. C’est en construisant son temple intérieur que l’homme se construit. La Maçonnerie nous rappelle, sans cesse, qu’il est nécessaire de nous reconstruire, en acceptant d’abord de « mourir à nous-même », ensuite, d’identifier et de surmonter les obstacles et les ennemis intérieurs, puis de faire son devoir et de pratiquer la justice afin de retrouver la sagesse et l’harmonie. C’est une véritable œuvre de construction, c’est un projet de vie. Sur le chemin de cette réalisation, le Grand Maître Architecte peut alors, en pleine conscience dire « je veux et je construis ».

Au terme de la cérémonie de réception au 12ème degré, à la question du S G M : « Mais, très cher Excellent Gardien, comment un homme peut il élever un Temple en lui-même ? », celui-ci répond :

« Le Temple que nous devons construire en nous-mêmes, c’est le système de nos connaissances, de nos idées et de nos règles de conduite dont nous nous efforceront de former un tout harmonieux, pour nous rapprocher, autant que le permet l’infirmité humaine, de la Perfection ».

Par sa propre construction intérieure, chaque Grand Maître Architecte, à son niveau, participe donc à la construction du Temple de l’humanité. Le Grand Maitre Architecte se substitue à Hiram pour achever l’œuvre en cours de réalisation, déterminé à rechercher l’harmonie dans l’univers conformément au plan que nous sommes devenu apte à concevoir et à tracer. Ce plan étant notre réflexion préalable, et ce projet, notre vie elle même, où s’inscrivent nos actes qui doivent être le symbole de l’harmonie que nous devons établir en nous-mêmes afin « de nous rapprocher de la Perfection Morale ».

Pour construire le Temple de l’Humanité, il faut inlassablement se rappeler que l’on doit se reconstruire soi-même, transformer ses défauts en qualités et pratiquer une forme de résilience. Il faut en permanence se remettre en cause sans indulgence ni compromission.

« Je veux et je construis » ne signifie pas non plus que le Grand Maître Architecte travaille et vit en autarcie. « Il est tantôt seul tantôt en compagnie », car comme le dit le Rituel, « les éléments que je mets en œuvre ont été élaborés par d’autres et le produit de ma pensée, sera matière première pour de futurs ouvriers ». Ainsi donc, au cours des interactions entre les différents éléments dans le concept de la systémique, le Grand Maître Architecte reçoit des Plans et des Epures d’autres Frères, il les enrichit, et les transmet à son tour pour que se poursuive le chantier de l’humanité.

S G M et vous tous mes TT II FF et II FF, que de chemin parcouru, depuis le 1er degré, lorsqu’à la question du V M, « Que venons nous faire en Loge », le Premier Surveillant a répondu : « Vaincre nos passions, soumettre nos volontés et faire de nouveaux progrès en Maçonnerie ». A ce degré l’Apprenti « ne sachant ni lire, ni écrire, mais seulement épeler », celui pour qui se taire et observer étaient des qualités recommandées, ne pouvait donc faire étalage d’une quelconque initiative ou volonté. Aujourd’hui, le Grand Maître Architecte qu’il est devenu, exerce avec plénitude, l’expression de sa volonté ainsi que la réalisation induite par celle-ci. « Je veux et je construis ». Ces sentences ne sont aucunement en contradiction. Elles traduisent plutôt une évolution progressive de son parcours initiatique. Il faut d’abord soumettre sa volonté, c’est-à-dire l’orienter, la canaliser dans le sens des devoirs à accomplir, c’est un travail sur soi. Ensuite « Que la Volonté de Dieu soit faite » comme il nous l’est dit lors de la fermeture au 4ème et seulement après, assumer sa propre volonté, qui n’est que le fil conducteur de tout le parcours Maçonnique et le moteur essentiel permettant de persévérer et de continuer dans la Voie de la Perfection.

S G M et vous tous mes TT II FF et II FF, ce degré du 12ème correspond à la maîtrise de la volonté, orientée exclusivement vers la réalisation du « Beau, du Bien et du Vrai », qui n’est rien d’autre que la construction du temple spirituel. Ce temple de l’intelligence et de l’Esprit qui permet au Grand Maître Architecte de s’associer à la sagesse de l’Ordre Universel. Guidé par l’Etoile Polaire, comme l’a été le Compagnon, par l’Etoile Flamboyante, c’est grâce à sa volonté et son esprit de discernement, que ce Grand Maître Architecte, continue sa quête de la Vérité et de la Parole Perdue, en faisant la différence entre la connaissance relative qui est la Manifestation et la connaissance absolue qui est le Principe…

S G M, le Génie vient de se taire… Je vais donc devoir m’arrêter…

J’ai dit…

Le G M A

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