La Symbolique du Temple au 12ème Degrée
P∴ D∴
« ORDO AB CHAO »
« DEUS MEUMQUE JUS »
Au Nom et Sous la Juridiction
du Suprême Conseil
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
du 33eme et Dernier Degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepte
pour la France
De tous temps, les hommes ont édifié des constructions, pour s’abriter, pour trouver refuge face aux intempéries, pour embellir leurs vies ou encore défier le temps.
Mais, aussi, dès qu’ils ont pris conscience d’une dimension supérieure, pour rendre hommage… Ils ont construit des lieux sacrés, hors du temps dédiés à la gloire des divinités qu’ils adoraient.
La Franc-Maçonnerie s’appuie sur la tradition, et le Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA) auquel nous travaillons, est un pan de cette tradition.
En ce sens, elle repose sur un principe fondateur : L’homme, porteur d’une parcelle d’esprit, en a été dépossédé. Il tente de la retrouver en lui redonnant la primauté sur la matière. Le parcours initiatique qui nous est proposé est ponctué d’étapes où, progressivement, l’éclairage modifie la perspective pour nous permettre de partir à la recherche de notre nature profonde.
C’est à la lumière de ces propos que je vous propose de travailler sur la symbolique du Temple au 12ème degré et notamment sur l’une des dernières phrases, prononcée par le Premier Excellent Gardien au terme de la cérémonie de réception au douzième degré : « Le Temple que nous devons construire en nous-mêmes, c’est le système de nos connaissances, de nos idées et de nos règles de conduite que nous tentons de rassembler en un tout harmonieux,autant que le permet l’imperfection humaine ».
Mon travail consistera tout d’abord à relater brièvement le parcours du maçon du 4ème au 12ème degré, en essayant d’en comprendre la suite logique.
Puis, je tenterai de voir et de percevoir le temple, sa composition, ce qu’il a de particulier au 12ème degré, en me basant notamment sur la cérémonie de réception, et sur l’instruction.
Enfin, dans une troisième partie, je vous livrerai ce que cela a provoqué comme réactions en moi, afin de vous faire part de ma conclusion.
1) Voyons d’abord le parcours du Maçon du 4ème au 12ème degré :
Il ne sera pas question, dans mon propos, de donner grade par grade la composition, et la spécificité de chaque degré, mais plutôt de rechercher la suite logique qui nous amène petit à petit du 4ème au 12ème degré.
A notre arrivée dans les Hauts Grades, nous ne savons pas ce que nous allons y trouver.
Nous savons qu’Hiram a été tué par les trois mauvais compagnons, et que, d’une certaine façon, il se retrouve en nous, même si cela n’est pas tout à fait clair, en tout cas selon moi.
Il me semble que l’on considère que nous pourrions devenir un autre Hiram, mais que, pour y parvenir, il nous reste encore beaucoup à apprendre, et beaucoup à prouver à nos anciens.
Et puis, nous voici devenu Maître Secret, avec la fonction de Lévite, la notion de devoir, et les quatre sentences.
Puis, en tant que Maître Parfait, nous prenons conscience que, comme le dit Irène Mainguy : « la Clé de la Connaissance réside dans la participation directe et immédiate avec le Principe ».
Et, au fur et à mesure que nous allons progresser, nous allons être amenés à vivre les funérailles d’Hiram, puis voir s’accomplir la justice et les assassins d’Hiram être retrouvés, et jugés.
Le terme « Ordo ab Chao » prend alors son sens, tout du moins dans cette partie, et sur ce plan.
Les travaux suspendus vont enfin pouvoir reprendre, puisque les têtes des assassins sont exposées à l’emplacement exact qu’occupaient les meurtriers d’Hiram au moment où il fut tué.
En ce sens, les 9ème et 10ème degrés, qui sont des degrés de vengeance marquent une césure, et nous font changer de plan. Le mythe d’Hiram est désormais derrière nous, et nous allons pouvoir reprendre nos travaux.
Et nous voici arrivés au 12ème degré, où nous sommes appelés « Grand Maître Architecte ».
2) Essayons maintenant de comprendre la disposition et la symbolique du Temple au 12ème degré :
La cérémonie de réception nous dit : « Le plan de la Maçonnerie, c’est la compréhension, par le jeu de l’Intelligence, de l’œuvre du Grand Architecte de l’Univers, c’est-à-dire la construction en nous d’un Temple à sa mesure et à sa Gloire… ».
Et il est ensuite rajouté !
« L’esprit seul est créateur ; l’esprit, seul, existe. Lui seul peut nous faire approcher de la Connaissance dans son acception non plus relative, mais absolue. C’est l’esprit qui vérifie les sensations, les classe, les coordonne, en fait le système harmonieux que nous nommons le Monde ». Pour la construction de l’Édifice intérieur, spirituel, ésotérique, le plan c’est le groupement en un système, des idées accessoires autour de l’idée principale. Quand on établit un plan, il faut le traduire dans les faits, c’est-à dire le réaliser, et pour cela il faut mettre en œuvre une faculté spéciale qui a nom la Volonté. C’est pour cela que cette ArchiLoge est nommée aussi la Boulomie, nom d’origine grecque signifiant : « Le Lieu où l’on veut ».
Quels changements, on a vraiment changé de plan.
Nous voici enfin en mesure de pouvoir travailler lorsque le Génie parle en nous, sans qu’il soit fait état de notion d’heure, et finalement cette notion n’a plus de raison d’être.
La disposition du Temple lui-même nous indique que tout a changé.
Tout d’abord, nous ne sommes plus désorientés, puisque les trois colonnettes sont de retour. Avec des bougies jaunes, jaunes comme le Soleil, qui donne la Lumière, mais aussi couleur des dieux, chez les Egyptiens, et les Grecs.
Le Temple n’est plus décoré de tentures noires, parsemées de larmes blanches, signes de notre chagrin après l’assassinat d’Hiram.
Tout au contraire, il est maintenant décoré de tentures blanches, parsemées de flammes rouges.
Il est donc clair que la période de deuil est terminée, « le blanc symbolisant la pureté du cœur, et le rouge le zèle dont nous sommes animés », comme il est dit dans le rituel.
Autre point fort, sinon essentiel : la porte n’est plus fermée, et le Premier Excellent Gardien ne va pas s’assurer que nous sommes à couvert.
Il s’en explique devant le Sublime Grand Maître, avec ces phrases : « Parce que la garantie de notre secret réside dans notre Science même, Il ne suffit pas de nous entendre pour acquérir cette Science, il faut aussi comprendre, t on ne peut comprendre qu’en ayant l’intelligence naturelle nécessaire, et après avoir accompli les travaux préparatoires ».
Les travaux préparatoires, voici l’un des termes qui me parle le plus, mes Frères.
Que comprendrait un profane qui lirait notre rituel du 12ème degré ? Rien ou presque, en dehors d’une compréhension de premier niveau. Et je dirais même que cela serait pareil pour un Compagnon, ou un Maître qui aurait ce texte sous ses yeux.
Le Grand Maître Architecte est arrivé à un stade où il a compris que les clés du chemin qu’il a parcouru sont en fait incompréhensibles à qui n’aurait pas ce degré d’éveil.
C’est donc tout le chemin parcouru depuis l’initiation qui permet d’être à sa place en ce lieu, appelé Boulomie, ou lieu où l’on veut.
Ces travaux préparatoires permettent au Grand Maître Architecte d’employer le « Je ».
De pouvoir dorénavant concevoir, comme le démontre la planche à tracer posée entre les colonnettes, en lieu et place du Tableau de Loge des premiers degrés, qui indiquaient alors un chemin, une marche à suivre.
Et le signe d’ordre serait là pour le confirmer, si besoin était.
Sur le plateau du Sublime Grand Maître se trouve un étui contenant des instruments de la Mathématique, synonyme, selon le Premier Excellent Gardien de la philosophie, dont il dit ensuite que c’est : « la lumière jetée par l’esprit humain sur les choses de la Nature ».
La Lumière jetée par l’esprit humain…
Sauf erreur ou omission de ma part, ne serait-ce pas la première fois que l’on accorde à l’esprit humain la possibilité de projeter une lumière, qui nous venait jusqu’alors d’en haut ?
Ceci ne revient-il pas à dire que l’initié, qui a reçu la Lumière, a travaillé et travaillé, sans relâche, et que son processus de réalisation spirituelle lui permet, dorénavant, de projeter la lumière, autrefois reçue, et sur les choses de la Nature, de surcroît, dont il réfléchit l’image ou l’idée ?
Et s’il réfléchit l’image ou l’idée, n’est ce pas le signe qu’il est sur la bonne voie, pour révéler en lui, ne fut-ce qu’une fraction de seconde cette étincelle divine, qu’il porte en lui ?
Sur le plateau du Sublime Grand Maître se trouve également l’Arche des Secrets, dont le rituel du 12ème degré ne nous dit rien.
Je peux donc en déduire que cette Arche est là pour me montrer que le chemin est encore long, et que rien n’est jamais fini.
3) Quelles sont les réflexions que cela a provoqué en moi ?
Depuis mon instruction au 4ème degré, je sais que le Temple de Salomon comprend trois parties, puisqu’en tant que Lévite, je gardais le Saint des Saints.
Et je sais aussi qu’à l’intérieur du Saint des Saints se trouvait la Shekinah, mais que personne ne peut voir, en dehors du Cohen Gadol, une fois l’an, et après s’être purifié pendant sept jours, au risque de mourir.
Mon parcours initiatique m’amène donc à penser que je suis en train de construire un Temple, mon Temple intérieur, mais avec la porte ouverte, ouverte aussi au regard des autres, qui ne pourront me comprendre que s’ils sont mes alter egos.
Il s’agit bien de mon seul chemin, mais que j’accomplis au milieu de mes Frères, et en cela, il s’agit bien d’une vraie fraternité.
Ce Temple est purement symbolique, il est basé sur mes connaissances, sur mon parcours, et j’ai pour légitime intention celle de me rapprocher de la Perfection, tout en sachant que je ne pourrai jamais l’atteindre.
Le 12ème degré me fait prendre conscience que je peux désormais concevoir, être celui qui dit « Je ».
Que le ternaire peut être considéré comme alors reconstitué.
La symbolique du Temple me dit aussi que je passe des portes, que je franchis des étapes, me permettant d’avancer vers la maîtrise de mes passions.
A chaque degré franchi, je me rapproche de ce qui me sépare du G A D L U.
Et, finalement, l’approche du Principe et la connaissance de soi ne sont elles pas les deux faces du même concept, d’une même médaille ?
4) Conclusion :
La symbolique du Temple au 12ème degré indique clairement au maçon qui poursuit sa quête qu’il y a changement de plan.
Hiram a été enterré selon les honneurs dus à son rang par Salomon, et justice à été rendue.
Désormais, le Grand Maître Architecte dit « je veux et je construis », il peut sereinement œuvrer à la construction de son temple, et, par son savoir, lentement acquis, il dispose pour cela de l’outil des mathématiques, et de la planche à tracer.
Il reste toutefois l’Arche des Secrets, qui demeure mystérieuse au niveau d’éveil du Grand Maître Architecte, et qui laisse entrevoir que ce dernier aura, ce qui est tout à fait normal dans notre parcours, de nouvelles marches à gravir.
Mais, d’ores et déjà, le Grand Maître Architecte peut se dire : « Bien voir, bien comprendre, bien agir ».
J’ai dit Sublime Grand Maître.