Le cœur d’Hiram
A∴ T∴
Grand Maitre Architecte, et vous tous mes Frères, Grands Maîtres Architectes
Ce travail symbolique a pour cadre le 5éme degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté, au Grade de Maître Parfait :
Q : Etes-vous Maître Parfait ?
R : Je connais le cercle et sa quadrature, j’ai vu le cercle et le carré placés sur les deux colonnes en sautoir.
Il s’agit dans ce degré d’organiser les funérailles de Maître Hiram, de donner, comme il a été dit au rituel du 3éme degré, « une sépulture digne de notre regretté Maitre,à ces restes si chers et si précieux ».
Maître
Hiram est mort, sous les coups des trois mauvais compagnons
mais par son sacrifice, un nouveau Maître est né, « plus
radieux que jamais ».
Relevé par les cinq points parfaits de la Maitrise, il peut poursuivre
sa route sur le chemin de la connaissance spirituelle, sa verticalité
retrouvée par le rite de palingénésie et de substitution.
C’est Adoniram qui a été chargé par Salomon d’organiser les funérailles du regretté Maitre Hiram. Il a fait élever au centre du Temple un mausolée de marbre noir et blanc et, dans l’angle nord-ouest un obélisque.
Au sommet de l’obélisque se trouvent une urne contenant le cœur d’ Hiram et une pierre triangulaire où sont gravées les lettres IMB, initiales du mot substitué et de l’ancien Mot de Maître.
Il y bien là séparation : le corps d’ Hiram est dans le tombeau, celui-ci relié à la pierre carrée par une corde mais dans une pièce séparée du lieu où est élevé l’obélisque et le cœur enfermé dans l’urne au sommet de l’obélisque, une épée le traversant.
Que peut signifier ici le cœur sur le plan symbolique ?
Organe vital de l’homme, le cœur peut représenter les sentiments (amour, charité, compassion) ou des émotions (joie, chagrin). Mais souvent associé à l’âme, il devient symbole de vérité, d’illumination.
En Egypte antique, il était considéré comme l’organe essentiel, le siège de la conscience.
Dans de nombreuses religions, il est le siège symbolique de la vérité, de la conscience, du courage moral. Il est alors assimilé au temple de Dieu. Dans la Bible il est souvent employé pour désigner l’âme : « Que le Christ habite en vos cœurs » dit l’Epitre aux Ephésiens. Rappelons également la fête du Cœur de Jésus ou Fête du Sacré-Cœur.
Le cœur est à l’homme intérieur ce que le corps est à l’homme extérieur, nous dit Jean Chevalier.
A propos du besoin de courage moral et d’une conscience éclairée, rappelons-nous la demande du Roi Salomon à l’Eternel dans le rituel du 4éme degré : « Accorde donc à ton serviteur un cœur intelligent pour juger ton peuple, pour discerner le Bien du Mal ».
Et plus tard dans l’instruction du 5éme degré :
Q : Quels enseignements avez-vous reçu des degrés par lesquels vous êtes passés ?
R : A régler mes actions et purifier mon cœur en me rendant digne du haut degré de perfection que je suis dans l’espoir d’atteindre.
Le cœur d’ Hiram est donc le symbole de son esprit et de sa sagesse qui va guider le Franc Maçon dans sa recherche de la Vérité et de la Parole Perdue, recherche qu’il doit effectuer par lui-même depuis la perte du regretté Maitre Hiram qui détenait les secrets de l’Œuvre.
Ce cœur d’Hiram, séparé de son corps est pourtant exposé à l’endroit même où son sang est encore visible, le sang symbole de l’énergie vitale, véhicule de l’âme selon les traditions, et que l’on retrouvera représenté par la couleur rouge du 7éme degré.
Le cœur d’ Hiram est donc là pour guider notre esprit, pour nous aider à dépasser cette dualité, symbolisée ici par le mausolée noir et blanc, rappel du pavé mosaïque de la loge symbolique.
Il est sur l’obélisque un lien entre ciel et terre, entre corps et esprit.
Mais pour poursuivre notre progression spirituelle, il faut d’abord que vengeance, que justice soit faite.
En convoquant à l’hommage rendu à Maitre Hiram l’ensemble des ouvriers décorés de leur tablier et de gants blancs Salomon a identifié les coupables qui ne pouvaient se présenter, leurs tablier et gants marqués encore du sang d’ Hiram ne pouvant être purs et sans tâches.
Leur absence à cette cérémonie les désigne comme coupables sans risque d’erreur.
La présence de l’épée traversant le cœur symbolise cette nécessaire vengeance, nous dit le rituel.
L’épée instrument de vengeance, mais aussi d’autorité. Associée à la balance, elle devient symbole de la justice, comme nous le verrons dans les degrés suivants. Elle est symbole de destruction mais est aussi utile pour protéger et défendre les justes.
Rappelons d’ailleurs que lors de l’initiation au 5éme degré, le candidat est conduit, la pointe de l’épée sur le cœur à la porte de la Loge sur laquelle il frappe quatre coups.
Cela nous renvoie également à l’initiation du premier degré au cours de laquelle l’épée est présentée au néophyte à la fois comme une menace en cas de manquement à son serment et une promesse de protection de la part de ses Frères en cas de danger.
Le cœur sur l’obélisque, traversé par l’épée, nous invite donc à poursuivre notre quête spirituelle à la recherche de la Parole Perdue, mais le ternaire brisé par la mort prématurée de Maitre Hiram ne s’est pas encore reconstitué, qui permettrait cette conciliation du binaire vers l’Unité sur laquelle nous travaillons depuis notre entrée dans le Temple.
Si le mot gravé sur l’obélisque contient bien la première lettre du Mot de Maitre, Salomon invite les ouvriers à retourner leur bijou et à reprendre le mot substitué.
La quête de la Vérité et de la Parole Perdue doit donc se poursuivre en suivant inlassablement la route du Devoir.
Le cœur d’ Hiram est le symbole qui nous met sur le chemin spirituel que nous devons suivre pour nous réunifier, pour rassembler ce qui est épars en nous et poursuivre la construction de notre Temple intérieur.
J’ai dit.