12° #409012

Le Génie parle en Moi

Auteur:

J∴ F∴ H∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, Ordo ab chao, deus meumque jus,
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil
Des souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier degré du Rite Ecossais
Ancien et Accepté pour la France
Sublime Grand Maître, Très illustre frère et vous tous mes frères Grands Maîtres Architectes

– A l’ouverture des travaux du 12ème degré, lorsque le Sublime Grand Maître demande : « A quelles heures commencez vous et terminez vous vos travaux ? » Le premier excellent Gardien lui répond : « Je les commence quand le Génie parle en moi. Je les cesse quand il se tait ».

Dans cette ouverture novatrice, chaque mot a son sens et trois notions nous interpellent :

La notion de Génie qui supplante la notion d’horaire pour ouvrir et fermer la Loge (devenue à ce grade Archiloge) et donc l’espace sacré.
L’importance de la Parole.
– Et la primauté du Moi.

I) Permettez moi dans un premier temps d’isoler chaque mot de cette phrase sur laquelle vous m’avez demandé de plancher ce soir.

1) Le Génie

L’ouverture des travaux au douzième degré fait donc appel pour la première fois à une source différente : le Génie. Le terme Génie évoque à tout profane de grands hommes qui ont marqués ou marqueront leur époque par leur talent exceptionnel. Ce sont les Romains qui ont introduit le mot latin Genius, issu du grec ancien gennan signifiant générer. C’est pour eux une sorte de petit Dieu protecteur de l’individu qui nait et meurt après avoir été durant toute sa vie le guide de ses actions, le gardien et l’animateur de son bien être. Il existe donc les bons Génies censés nous protéger et les mauvais Génies qui nous seraient néfastes. Mais ce terme Génie, d’ailleurs introduit semble t-il tardivement dans le rituel, ne peut bien sur pas se résumer à cette définition.

Personne n’acquiert le Génie nous dit Henry Miller. Le Génie c’est Dieu qui le donne précise Flaubert. L’influence divine semble donc être le facteur indispensable au Génie. En évoquant les grands philosophes grecs, Irène Mainguy complète ces propos et nous ouvre d’autres pistes. Dans les vers d’Or, le philosophe et mathématicien grec Pythagore nous parle de Génie terrestre : « Vénère aussi les Génies terrestres, en accomplissant tout ce qui est conforme aux lois ».Les pythagoriciens attribuaient le Génie aux âmes des morts et même selon Plutarque à l’âme humaine habitant encore dans un corps mortel. Connaître son âme, c’est connaître le Principe qui l’a créé et connaître son Génie c’est donc connaître la nature du Divin qui habite en nous.

2) « Le Génie parle en moi » La parole

L’affirmation de la parole n’est pas anodine. Bien sur, la notion de Verbe est présente dès notre initiation. A ce grade, la Bible est ouverte sur le prologue de l’évangile de St Jean, « Au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu ». Ainsi sont soulignés les rapports entre Dieu et la création et l’importance du verbe, de la parole. C’est la parole de Dieu qui se révèle aux hommes et par la même crée d’emblée le dialogue. Des les premiers degrés, la notion d’immanence nous était suggérée. Dans le kabbaliste de Prague, Marek Halter donne une dimension supplémentaire au verbe, celle de l’Esprit : « Depuis le premier souffle de l’Homme, la parole est le vivant de l’Humain… Le verbe lui est immortel car il est venu avec l’esprit humain pas avec sa chair… Rien ne se crée hors du Verbe, tout succombe à sa présence ».

Puis le Génie se tait…

3) « Le Génie parle en Moi » Le Moi

Si les premiers mots de cette phrase nous entraine sur le terrain de la Spiritualité, les derniers nous ramènent à nous même.

Le Moi est pour Freud la couche la plus superficielle du psychisme. Il le différencie du ça, siège des pulsions et du Surmoi conscience morale et source de censure.

Mais la maçonnerie écossaise ne peut se résumer à la psychanalyse et à l’inconscient freudien qui conduit à déposséder le Moi de son illusion de maitrise. «La connaissance de soi s’acquière » disait Hegel. Alain ira plus tard dans ce sens « Je veux ce que je pense » nous dit il. C’est l’affirmation de la Volonté que le Rituel du douzième degré affirme lui aussi en l’associant à la construction « Je veux et je construit ».

II) Le Génie parle en moi nous entraine donc sur le chemin de la Spiritualité et de la Construction de son Temple intérieur

La construction de son Temple intérieur est le thème central du douzième degré mais nous pouvons, me semble t-il, plutôt parler de reprise de construction. En effet, pour comprendre ce bouleversement volontaire du Rituel, témoignant à ce grade de la naissance d’un nouveau cycle dans notre progression maçonnique permettez moi d’effectuer un bref retour en arrière sur deux points :

La notion de construction et de travail sur soi même est présente dès l’initiation avec la présence des abréviations V.I.T.R.I.O.L dans le cabinet de réflexion mais au grade de Maître, Hiram est assassiné, la parole est perdue, les travaux de construction sont interrompus. Après l’avoir pleuré, il faut lui faire des funérailles, puis comme personne n’est irremplaçable, il faut songer à lui trouver un successeur qui poursuivra les travaux interrompus, mais c’est impossible tant que l’on n’a pas retrouvé et condamné ses trois assassins. Neuvième, dixième et onzième degré sont donc consacrés à la recherche des assassins d’Hiram. A la fin du onzième, les assassins d’Hiram sont arrêtes et châtiés, le deuil est fait, le drame Hiramique est terminé. Les Maîtres, soulagés d’avoir accompli leur Devoir, peuvent sereinement se consacrer à leur travail de construction. Un nouveau cycle peut commencer.

Le douzième degré nous parle d’Architecture et de construction comme le grade de compagnon mais ici, les travaux préparatoires sont faits « mettre de l’ordre dans la chambre à dessins, délayer l’encre de Chine,… »,c’est à dire que les connaissances élémentaires, base de la science, sont acquises et la construction insiste sur la notion de plan : « Ce plan permet la construction en nous d’un temple cosmique à l’ordre du GADLU ».

Mais après ces quelques remarques préliminaires, revenons à cette étape sur notre chemin maçonnique ou la spiritualité et le travail profond sur soi même se conjuguent en une phrase : « le Génie parle en moi ».

1) Le Génie, le Sacré, l’Esprit

Au douzième degré, c’estle génie qui encadre par sa parole nos travaux et qui délimite ainsi l’espace sacré indispensable à notre progression spirituelle. Il nous entraine donc sur le terrain de l’esprit dont la primauté est d’ailleurs affirmée chaque fois que la gloire du G A D L U est évoquée.

Une manière élémentaire de définir le sacré consiste à l’opposer au profane. Mais le Sacré n’est pas un acte magique qui se décrèterait par le Rituel, le sacré préexiste dès la création originelle. C’est le profane qui est acquis et c’est l’Homme par ses propres vices qui détourne la création de son Unité.

Selon Mircea Eliade, l’expérience du sacré implique des notions d’être, de signification et de vérité. Il lui semble difficile d’imaginer comment l’esprit humain pourrait fonctionner sans la conviction qu’il y a quelque chose d’irréductiblement réel dans le monde. Par l’expérience du sacré, l’esprit humain appréhende la différence entre ce qui se révèle comme étant réel, puissant, riche et significatif, et ce qui est dépourvu de cette qualité, c’est à dire le flux chaotique et dangereux des choses. Il nous signifie l’ordre après le chaos : Ordo ab chao.

Le rituel du douzième évoque d’ailleurs à plusieurs reprises l’Esprit : « Les sens ne sont que l’avertisseur de l’esprit. L’esprit, seul est créateur, lui seul peut nous rapprocher de la Connaissance dans son acceptation absolue. Quand votre Esprit fonctionnera bien, ce sera en vous même que vivra la vérité ».

Descartes a profondément marqué la pensée occidentale avec un mode de pensée reposant sur le dualisme corps/esprit mais la dualité invite la pensée à raisonner dans des oppositions fictives et à leur donner une solution réductrice. La triade corps/âme/esprit est plus subtile et mieux adaptée à nos réflexions de ce soir.

L’esprit pense, c’est le souffle, la Lumière de l’éternel. C’est la partie rationnelle et immortelle de l’être humain, siège de la raison, de la conscience, de l’intelligence et de la volonté.

L’âme crée, c’est la psyché, le surmental. C’est la conscience du « moi », la partie la plus intuitive et subjective de notre être, où se manifestent nos sentiments et nos émotions. C’est l’épicentre de l’être humain situé entre l’esprit de l’homme et son corps. L’esprit et l’âme de l’être humain forment « son être intérieur », ce qui fait sa personnalité réelle. L’esprit et l’âme sont étroitement liés et il est impossible d’en définir la frontière. Pourtant, Thérèse d’Avila appelait l’Esprit « la fine pointe de l’âme », lieu le plus profond de notre être, sanctuaire caché là où Dieu se tient et souffle en nous le Bien et le Mal. Mais la religion de l’âme peut confiner à l’idolâtrie et notre démarche écossaise est tout autre. La tradition écossaise entend par spiritualité ce qui est la nature immatérielle de l’âme. L’esprit de l’Homme procède du Principe créateur. L’homme est doté d’une parcelle de cet Esprit principiel. L’esprit humain, siège de l’intelligence est le foyer, le centre de la connaissance, le symbole de l’unité indivisible, le Un manifesté ou pour parler le langage théologique, Dieu se faisant « Centre du Monde » par son Verbe.

2) Ce fort travail d’individuation

« Dieu est une sphère dont le Centre est partout et la circonférence nulle part » disait Pascal. Le sacré possède donc un Centre, un point fixe dont l’acquisition est indispensable à toute orientation. L’esprit c’est le centre du cercle et selon Jung, ce n’est qu’au moyen de la psyché que nous pouvons constater que la divinité agit sur nous.

Le sacré de l’adepte écossais est en lui et c’est vers le Centre de nous même, symbole de l’unité indivisible et de l’un manifesté, que le maçon écossais doit orienter sa quête. « C’est un état plus haut quand Dieu est dans l’âme que quand l’âme est en Dieu » disait Maître Eckhart.
La réalisation de son Soi, centre de sa personnalité, c’est l’individuation. Elle permet de réaliser une unicité au niveau le plus intime. Plus on prends conscience de soi même, plus s’amincit la couche de l’inconscient personnel déposé sur l’inconscient collectif commun à l’humanité et hérité de l’évolution de l’espèce humaine, contenant instincts et archétypes.

3) Mais l’individuation n’exclut pas l’Univers

Chacun de nous, responsable de la construction de son propre temple intérieur, est de facto un cherchant, il cherche la lumière prête à remplir le vide de son âme et mettre « tout Dieu dedans » et non « tout Dieu dehors ».

Mais le Génie parle en moi ce n’est pas seulement l’Immanence, cette recherche au delà de la Raison, et le travail d’individualisation n’exclut pas l’univers et même l’inclut. Bernard de Clairvault disait : « l’essentiel c’est une connaissance de Soi conduisant à la connaissance de Dieu ». C’est la dimension cosmique, l’Harmonie du Monde que vise, qu’espère, le maçon écossais et c’est la Connaissance de soi qui permet de découvrir le Principe supérieur.

La foi en un Dieu créateur tout puissant et éternel est un axiome de départ de notre travail de maçon ‘régulier’; la règle en douze points l’affirme sans détour. Nous reconnaissons son existence mais sa nature nous échappe et, dans notre quête de la sagesse divine, la Vérité des mystères de la vie, de la mort aussi sera probablement pour nous toujours une énigme.

« Que l’Homme est malheureux à l’heure du trépas… Il meurt connu de tous et ne se connaît pas » disait déjà Sénèque. Aussi, par affiliation avec la Sagesse Divine, le maçon va s’efforcer d’accéder, en travaillant sur lui même, à un niveau de conscience supérieure, forme de Sagesse plus Humaine, et plus accessible. Elle présidera à la construction de notre édifice, avec la force comme soutien et pour résultat la beauté. Ce ternaire crée l’état d’harmonie, de l’Homme, du Maçon réalisé sur cette terre, sachant que le tout s’accomplira ailleurs.

J’ai dit.

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