12° #409012 Lumière sur l’esprit humain au douzième degré Auteur: J∴ L∴ B∴ Obédience:Non communiqué Loge: Equité de Rohan-Rochefort - A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers. Ordo ab Chao – Deus meumque Jus. Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil pour la France des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et AcceptéDans le rituel d’ouverture des travaux du grade de Grand Maître Architecte le Sublime Grand Maître demande :« Que représente la philosophie ? »Le Premier Excellent Gardien répond « C’est la lumière jetée par l’esprit humainsur les choses de la nature ».Depuis la nuit des temps, l’homme s’est interrogé sur sa présence sur Terre.Les premières traces écrites datent de l’Antiquité grecque, quand Platon expose la pensée de Socrate puis développe la sienne propre. Par la suite, les différents courants philosophiques se sont succédés par continuité de pensée ou par rupture idéologique.La philosophie, étymologiquement « philo » « sophia » que l’on traduit par « amour de la sagesse », tente de donner des réponses à nos questions existentielles :Quel est le sens de notre existence ? Que signifie la mort ? Plus simplement, comment pouvons-nous définir ce que l’on pourrait appeler « une vie bonne ? »C’est-à-dire, comment pouvons-nous mener notre vie terrestre de façon la plus harmonieuse en y donnant du sens et, in fine, comment accepter sereinement notre finitude et celle de nos proches ?Face à ces interrogations fondamentales plusieurs pistes ou voies de réflexions s’offrent à nous.Certains d’entre nous vont laisser défiler les jours et les années, vont rechercher des satisfactions dans des plaisirs matériels, éphémères et répétitifs et vont se laisser emporter dans le courant de la vie sans trop réfléchir.D’autres choisissent une spiritualité avec Dieu, dans le théisme, c’est-à-dire que les réponses aux questions existentielles passent par la foi en un être suprême mais par le biais d’une religion qui reste alors l’unique moyen de s’unir à Dieu. Ce sont les religions révélées : l’hindouisme, le judaïsme, le christianisme et l’islam.Le Théisme affirme l’ingérence du divin dans les affaires humaines. C’est un « prêt à penser » qui nécessite la croyance sans faille aux saintes écritures et l’obéissance aveugle aux injonctions et dogmes religieux.La spiritualité judéo-chrétienne va ainsi, après les philosophes gréco-romains, dominer et même écraser la pensée occidentale du IV au XVIIème siècle.Ce sont les premiers philosophes humanistes, les philosophes des lumières : Descartes, Pascal, Kant, Voltaire ou Rousseau qui vont faire rupture avec cette chape de plomb, cette pensée unique et obligatoire servie parfois avec zèle et fanatisme par les grands inquisiteurs de l’église.Mais, il existe aussi une spiritualité pouvant être définie comme laïque par rapport à celle religieuse, qui ne passe pas par Dieu ni par la foi, mais où l’homme cherche des réponses à ses interrogations, à ce qu’est finalement « une vie bonne » c’est à dire une vie humaine terrestre cohérente et épanouissante ; ceci en restant dans l’humain et dans son raisonnement.Ce fut d’abord le chemin de certains philosophes humanistes puis des penseurs déconstructeurs du XXème siècle comme Nietzsche ou Heidegger et c’est également actuellement celui des philosophes contemporains.Enfin, il existe également une dernière voie, qui nous intéresse plus particulièrement, nous Francs Maçons, c’est une démarche qui n’est ni laïque ni religieuse mais qui s’effectue dans le domaine du sacré.L’existence d’un Dieu est affirmée sans pour autant s’appuyer sur des textes sacrés ou dépendre d’une religion révélée.La Franc Maçonnerie traditionnelle place ainsi ses travaux sous les auspices d’un Etre supérieur auquel on peut accéder sans le secours d’une religion et propose au Franc Maçon une symbolique et des métaphores qui vont nourrir sa réflexion, sans que l’on puisse parler d’enseignement maçonnique proprement dit. La Franc Maçonnerie spirituelle de tradition est donc déiste car un franc maçon ne peut concevoir que « rien ne soit à l’origine de tout ! »« L’esprit humain en réfléchit l’image ou l’idée » dit aussi le Premier Excellent Gardien. L’observation de la nature que ce soient les expériences de mécanique quantique, l’étude au microscope électronique de l’architecture aboutie de l’infiniment petit ou au contraire la découverte de la mécanique céleste avec la beauté des amas de galaxies, ou plus simplement la contemplation pendant une nuit d’été de notre voie lactée, vont nourrir, également, notre esprit et influencer notre philosophie de la vie.Voltaire l’évoque dans ces deux alexandrins :« L’univers m’embarrasse et, je ne puis songer/que cette horloge n’ait point d’horloger ».Le sentiment de Dieu vient de l’étude de la création, des mystères du cosmos ou de la complexité de la conscience humaine.En contemplant le tableau des beautés de la nature terrestre on peut ainsi imaginer le peintre créateur… Si, pour certains, Dieu peut être appréhendé par la contemplation et la méditation dans une relation directe, on peut approcher Dieu, également, par la pensée scientifique et rationnelle.Louis Pasteur, un des précurseurs de l’observation de l’infiniment petit, disait « qu’un peu de science éloigne de Dieu mais que beaucoup de science rapproche de Dieu ».Quand à Albert Einstein, le pionnier de la compréhension de l’infiniment grand, il était aussi déiste et pensait que l’approche scientifique était un des moyens de comprendre Dieu.« L’escalier de la science est l’échelle de Jacob, il ne s’achève qu’aux pieds de Dieu », disait-il.Le spectacle des merveilles de la nature nous interpelle, nous francs-maçons, et nous rapproche de Dieu.L’instruction du 2ème degré nous le rappelle :« Qu’avez vous appris dans le Premier degré ?La connaissance de dieu auteur de tout ce qui est Comment avez-vous été conduit à cette connaissance ?Par les spectacles des merveilles de la nature et avec le secours de l’intelligence dont m’a doté le grand Architecte ».Cette confrontation entre notre esprit et notre environnement va façonner notre système de pensée et notre spiritualité.Mais il faut bien comprendre que dans toutes les démarches spirituelles quelles soient laïque, religieuse ou sacrée nous retrouvons toujours les trois mêmes axes de réflexion :Tout d’abord la compréhension du monde qui nous entoure.Quel est en quelque sorte notre terrain de jeu ?Par exemple, la vision des grecs de l’agencement du monde, leur cosmogonie, c’est un cosmos harmonieux mais hiérarchisé autrement dit aristocratique.Le but de la vie humaine réussi pour un grec, c’est d’être à sa vraie place dans la hiérarchie des êtres et peu importe s’il y a des inégalités, il ne faut jamais rompre l’harmonie du monde même s’il est inégal et injuste.Pour le chrétien, l’harmonie c’est de suivre les commandements divins et non pas être en accord avec l’ordre cosmique des grecs.Donner sens à sa vie dans le christianisme c’est suivre les préceptes de l’église et obéir à la parole de Dieu.Pour nous francs-maçons, nous appréhendons le monde dans sa globalité, dans les 3 directions de l’espace, de la mécanique quantique à la mécanique céleste en pensant qu’une loi unique gouverne notre univers.Le deuxième axe de réflexion c’est l’axe moral ou éthique, ce sont en quelques sortes les règles du jeu de la vie, la façon de se comporter dans notre monde.La morale chrétienne est en rupture totale avec celle du monde grec en réfutant cet ordre hiérarchisé des choses.Le principe de la méritocratie s’impose en signifiant, sur le plan moral, que ce ne sont pas les talents ou les dons que l’on a reçu au départ qui importent mais ce que l’on en fait, c’est bien la glorification du travail personnel.L’éthique maçonnique est dans cet axe moral plus directive, il est question ainsi de travail, de tolérance, de devoir accompli et de quête de la vraie lumière mais aussi de volonté et d’action. Le Grand Maître Architecte ne doit-il pas : « Bien voir, bien comprendre, bienagir ? »Devise rappelée par le Premier Excellent Gardien dans le rituel du grade. De même, il doit réaliser le plan qu’il a établi grâce à sa volonté dans l’Archi-Loge appelée aussi Boulomie « le lieu où l’on veut »…Enfin le troisième axe de réflexion c’est la finalité de cette quête :Maintenant que nous appréhendons le terrain de jeu qui est notre Univers, les règles du jeu qui sont nos comportements quel est, pourrait-on dire, le but du jeu ?Que signifie notre mort programmée ?Quelle peut-être la doctrine de notre salut que l’on appelé jadis la sotériologie ?La démarche de la pensée maçonnique nous apprend graduellement à nous connaître nous même après avoir constaté l’omniprésence de Dieu « auteur detout ce qui est ». Pour nous Maîtres écossais ce cheminement difficile dans les méandres de nos passions et de nos émotions nous prépare à l’ultime voyage que les profanes appellent la mort.Certes nous partirons sans certitude mais, peut-être, avec l’intime conviction d’avoir essayé d’approcher la connaissance et la lumière.Nous nous souviendrons alors de la pensée de Platon : « Philosopher, c’est apprendre à mourir ».J’ai dit S G M Navigation des articles Planche Précédente "Le zèle n’est permis qu’aux sages" Planche Suivante "Comment poursuivre sa quête lorsque l’on a atteint l’âge de la Plénitude ?"