13° #410012 A130-I : Le Centre de l’Idée Auteur: Non communiqué Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, Ordo ab Chao Deus Meumque Jus, Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France. Trois Fois Puissant Grand Maître, Très Illustre(s) Frère(s) et vous tous mes Frères Grands Elus de la Voûte Sacrée Ces mots sont énoncés dans le rituel du 13°degré (Chevalier de Royal-Arche) par le Chevalier Hiram qui raconte la « légende des trois mages qui ont visité la Grande Voûte et découvert le Centre de l’Idée »…DEFINITIONS: en préambule, –Le Centre : c’est le point, c’est l’Un, l’origine, le principe, le réel absolu, l’être pur , autrement dit Dieu…Centre-origine, canal de communication (nombril), lieu de rencontre de forces opposées, axe vu d’en haut, le centre n’est donc pas une position statique : il est le foyer d’où partent les mouvements de l’intérieur vers l’extérieur, du non manifesté au manifesté, de l’éternel au temporel, de la non forme à la forme, du microcosme au macrocosme, de l’alpha à l’omega…En s’éloignant du point central, tout se divise et se multiplie ; à l’inverse, au centre du cercle, tous les rayons coexistent dans une unique unité et un seul point contient en soi toutes les lignes droites. Proclus a écrit : « le centre est le père du cercle et le point a contenu le cercle ; tous les points de la circonférence se retrouvent au centre du cercle qui est leur principe et leur fin ». Contemporain de la création, le centre symbolise l’éternité, le temps des origines comme celui de la fin ; point équidistant de tous les points du cercle, point qui partage le diamètre en 2 parties égales, le centre est également le milieu, le « lieu où s’unifient les contraires, où se résolvent toutes les oppositions ». Point de départ mais aussi d’aboutissement, lieu de cristallisation où se rejoignent les processus de convergence et de retour, dans leur recherche de l’unité. La notion de centre se marie intimement avec la notion de verticale, verticale qui relie le monde des hommes au monde des dieux.Le centre et le cercle ne font qu’un: il s’agit bien d’un symbole unique ( dans le cercle il y a le centre, virtuel et la circonférence) nous ramenant au Grand Architecte de l’Univers car « Dieu est une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part » (Pascal).Le rituel du 12ème degré nous le rappelle : –qu’y a-t-il dans le cercle ? le centre et la circonférence–que représente le centre ? l’esprit humain, foyer de la Connaissance qui à la fois projette la lumière sur les choses et réfléchit l’image ou Idée…–que représente la circonférence ? le champ des connaissances humaines… infini :c’est la nature toute entière.Dieu a créé l’homme à son image…De l’Idée à la Réalisation, du concept à la création avec retour à l’idée, il y a interactivité permanente.La démarche du Grand Maître Architecte est de chercher le centre (est-ce la Parole Perdue ?)et peut-être son centre…Ainsi pour tenter de retrouver le chemin du centre, son esprit doit méditer le cercle, et comme sur une orbite faire d’abord le tour de soi-même ( c’est le « connais-toi toi-même » de Socrate) ; mais cette recherche de connaissance du moi (cercle) passe par une appréciation du soi (centre) parcelle de dépôt divin de cette étincelle qui brille en chacun de nous. Cette quête s’effectue non seulement dans un plan horizontal, mais aussi vertical : nous l’analyserons plus loin dans l’analyse de la légende. Cette aspiration à la transcendance donne donc une dimension spatiale qui fait de ce centre virtuel un axe de communication, de passage entre les différents niveaux de la manifestation reliant le visible à l’invisible. Le Centre prend ainsi une dimension « cosmique » et ce cheminement, cette mise en tension vers le centre, cette « con-centration » amène de la compréhension du sensible (le visible) à l’intelligible (l’invisible). –L’Idée : L’idée peut représenter l’esprit mais dans le langage philosophique il s’agit du concept ; le concept exprime la représentation intellectuelle d’un objet de pensée, par opposition à l’image qui en est la représentation sensible et visible. L’idée est donc un instrument de pensée purement intellectuel qui permet d’atteindre l’universel («versus unus » : tourné vers le Un) alors que l’image reste particulière et limitée. Pour Platon et plus tard pour Kant, l’idée n’est pas extraite de la perception d’une chose mais elle précède cette sensation ou perception. Notre monde sensible n’est qu’une copie du monde intelligible ou monde des Idées dominé par l’idée du bien (Platon). Le concept n’est qu’une idée close et arrêtée alors que l’Idée avec le I majuscule est le principe directeur, l’élan qui oriente la recherche : le Grand Maître Architecte est un cherchant qui chemine (« maçonniquement ») du monde sensible, véritable caverne où ne se trouvent que des ombres, pour s’élever (notion toujours de verticalisation) vers l’univers intelligible, seule réalité absolue… LA LEGENDE DU 13ème DEGRENous ne la détaillerons pas mot à mot ou phase par phase mais donnerons notre « vécu » intérieur de cette légende-allégorie : elle met en jeu trois mages, membres du Sacerdoce Universel, mais qui sont des pélerins initiés (des Initiés de Babylone qui signifie «Porte des Dieux »…) et élus (au sens de choisis par Dieu)…Le Maître le plus âgé a retrouvé au fonds du puits situé à l’angle sud-est du temple le bijou d’Hiram dont une des faces porte le tétragramme sacré (c’est sa seule « consécration ») ; il est accompagné de deux disciples qu’il juge capables de descendre « au centre de l’Idée » ; ce Maître possède la connaissance et semble l’incarnation spirituelle du patriarche qui fût le premier initié : « Hénoc, l’initié initiant qui ne mourut point et qui survit dans ses fils spirituels »; il connaît les 10 mots de passe kabbalistiques (chaque séphira exprime l’essence du divin) qui permettent de franchir les portes et d’arriver à la neuvième voûte sacrée brillamment éclairée. Là, les disciples découvrent la pierre d’agate où sont gravés le mot substitué « Adonaï » et les lettres du mot ineffable qui ne doit sortir d’aucune lèvre, tétragramme identique à celui du bijou d’Hiram…« Regardez ! La Conception Suprême, la voilà ! Vous êtes au Centre de l’Idée ! » Il connaît aussi l’interdit de la 11ème porte avec son symbole du vase brisé, prémonitoire d’une rupture d’harmonie et son terrible mystère de mort. Les disciples prononcent par hasard le mot « infini : En Soph » et la porte s’ouvre, renversant par un vent furieux qui éteint les lampes magiques les deux imprudents. Encore une fois, grâce au sang froid du Maître et à leur union pour refermer la porte, les désobéïssants qui ont trangressé la recommandation du sage sont sauvés et effectuent le chemin de retour dans les ténèbres sous sa conduite. Ce retour vers la lumière dans l’obscurité totale a une valeur qualifiante car c’est lui qui confirme l’accès au Centre de l’Idée.Tout comme le regard porté vers le haut du puits, vers les étoiles du nadir dans le ciel Infini … ANALYSE : La symbolique du 13ème degré avec la légende des trois Mages est marquée par : –la descente sous terre (en 3 temps et 3 étapes cf 3×3) dans le puits. –la découverte d’un plan ordonné : un ordre préexiste dans le chaos (« ordo ab chao ») : ordre dans le souterrain ( 1 escalier de 3, 5, 7, 9 marches et 9 voûtes kabbalistiques) et désordre en surface du temple détruit et en ruines. –la découverte du tétragramme Iod, He, Vau, He qui signifie « Il Est ; il est celui qui est… » avec toujours sous-jacente la quête de la parole perdue (l’aventure s’arrêtera-t-elle si nous la retrouvons un jour? !…) et le thème de la substitution du nom : en fait on ne retrouve pas la Parole ni le Mot mais les Lettres du Mot ineffable car nommer Dieu ce serait le connaître, ce qui est impossible…L’archétype ontologique qu’est ce centre de l’idée est donc le tétragramme sacré qu’on ne peut prononcer mais qu’épeler : Iod He Vau He ; la synthèse est interdite ; seule l’approche analytique compte et confirme la méthode de travail de notre rite : oles connaissances élémentaires sont la base de la science (2° et 12°) orassembler ce qui est épars (3° et 14°) Nous retrouvons trois temps et trois dimensions ( physique, spatiale et spirituelle) : –premier temps : l’unité et spatialement ce temps correspond à la descente dans le puits (progression de haut en bas) : ce n’est qu’ensemble et à l’unisson à trois que la descente dans l’obscurité éclairée par les torches est possible. –deuxième temps : c’est la découverte de la Lumière dans la 9ème voûte sacrée d’Henoch, la Connaissance mais aussi la désobéissance et le retour des ténèbres ; spatialement c’est l’horizontalité (transgression-régression). –troisième temps : c’est la cohésion retrouvée, la prise de conscience, la méditation ; spatialement c’est la remontée (verticalisation de bas en haut) à la lumière qui n’est également possible qu’à l’unisson : plus difficile mais plus gratifiante dans la mesure où elle confirme l’accès au centre de l’idée : il faut savoir tirer les leçons des expériences difficiles et des échecs. Notons le caractère cyclique de cette légende : venus de l’horizontale dans le silence, ils retournent dans le silence à l’horizontale, sains et saufs, plus riches mais aussi plus humbles et ils repartent méditants « au pas lent de leurs chameaux »… Les mages sont descendus au plus bas (Malkuth) au plus profond d’eux-mêmes (la voûte est le symbole même de l’intériorité) pour remonter au plus haut (Kheter).Ils cheminent dans le monde intermédiaire entre matière et esprit et confirment que tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas… Au pied du puits sur le chemin de retour ils contemplent le «cercle découpé dans le ciel » qui est en fait l’au delà de la 11ème porte, ce ciel infini En Soph, dont les étoiles, parcelles inaccessibles de Lumière constituent le nadir du firmament ou le royaume des cieux, la jerusalem céleste, c’est à dire la connaissance « positive » de Dieu alors que dans la 9ème voûte éclairée les mages ont eu la révélation d’une connaissance « négative » de Dieu par la découverte du tétragramme sacré et de la porte interdite, ouverte mais non franchie . Mais revenons au puits lorsque les trois mages vont remonter et qu’ils contemplent le « cercle découpé dans le ciel » : déjà ce puits, construction verticale qui permet de descendre (et de remonter) nous évoque la notion connue du souterrain, de la profondeur : le symbolisme sous-jacent du mythe de la caverne et du labyrinthe qui lui fait suite jusqu’à la neuvième voûte d’Hénoc confirme que la progression vers le centre de l’idée se nourrit de régressions passagères. Le cercle ( aussi bien celui « découpé dans le ciel » par l’ouverture du puits que ceux des dix anneaux faits en pierre de couleur différente le constituant) et le centre sont deux aspects d’une même réalité… Les dix anneaux de pierre de couleur différente représentent symboliquement les dix Sephirot qui sont des intermédiaires entre le monde terrestre et Dieu c’est-à-dire En Soph qui lui reste à jamais inaccessible. Ces sephirot sont des attributs, des puissances divines qui se répandent dans la manifestation (macrocosme et microcosme). Du bas du puits, trait d’union entre la terre et le ciel, le nadir et le zénith, nous avons comme nos trois initiés, les yeux fixés vers le ciel, la tête dans les étoiles (le pentagramme de l’Etoile Flamboyante n’évoque-t-il pas symboliquement la « quintessence » ?) et nos pensées tournées vers l’infini de l’esprit avec plein de questions…autant de descentes au centre de l’idée ! Comment relier le Fini et l’Infini, le Concret à l’Abstrait,Malkuth à En Soph ? Comment connaître la structure intermédiaire entre le monde de la manifestation (représentés par les sephirot) et le monde divin (ein soph) ? La Kabbale, gnose ésotérique, essaie d’y apporter une ou des réponses, contenues dans ce rituel du 13 ème degré, poursuivi au 14 ème. Le Grand Architecte de l’Univers, clé de voûte du cosmos demeure un idéal spirituel infini, une transcendance inaccessible à l’homme. Dieu est appelé l’Existant, « l’Etant » dans Exode 3,14 : ce Dieu est au-dessus de toute expression, y compris celle de « Théos » beaucoup trop ambiguë et aucun homme ne peut prétendre atteindre l’Existant… Conceptualiser l’essence divine, c’est lui signifier une finitude alors qu’elle est infiniment inaccessible, impersonnelle et que seule la négation ( En soph : sans fin, non être…) convient pour exprimer le mystère. Lao-Tseu a dit : « l’Être donne des possibilités, c’est par le non-être qu’on les utilise »… La contemplation de la voûte étoilée et de ces particules de lumière incite non seulement à la méditation mais aussi à une très grande humilité car nous ne voyons dans le ciel que les planètes de notre voie lactée : l’Univers est au-delà et Existe alors que nous sommes nous-mêmes de simples mortels éphémères sur une de ces poussières d’étoile appelée la Terre. Au-delà de Kheter, au-delà des étoiles nous recherchons les sources et le souffle de la vie…et c’est bien dans cette quête que réside l’immortalité de l’âme humaine. C’est le grand voyage de l’Infini, de l’au-delà, de l’En Soph qui ne peut se concevoir que par l’esprit …Leibniz, Newton et Kant affirment l’infinité de la nature spatiale et temporelle en la mettant en rapport avec l’infini de Dieu et l’excellence de la création. Descartes encore distingue l’infini de Dieu au sujet duquel nous entendons qu’il ne peut pas avoir de limites, et l’indéfini de l’espace où nous ne voyons pas de raison à ce qu’il y ait des limites ; mais cela ne l’empêche pas de voir dans l’indéfini de l’espace l’expression de l’infini divin : « Je n’ai jamais traité del’infini que pour me soumettre à lui », écrit-il, montrant dans la connaissance même de l’Infini déjà un au-delà de la Connaissance.Transcendance ou Immanence ?… Dieu au-dessus du monde naturel ou Dieu à l’intérieur du monde naturel ? Une des clés du Maître Secret pour « retrouver la parole perdue » c’est d’accomplir son Devoir (il est plus facile de le faire que de le connaître), devoir envers soi-même qui est une recherche transcendentale de l’immanence. Toute notre démarche « sacerdotale » de Grand « Elu », en contractant une alliance avec la Vertu, va être de percevoir que le divin, transcendant par nature est également immanent dans la création et dans l’homme… C’est là qu’à mon sens réside le Centre de l’Idée… Ce centre, désigné ésotériquement comme le « cœur, le cœur des coeurs » est le point de rencontre fondamental entre l’homme et l’absolu et que seule la Vérité relie : c’est à dire la transcendance. Dimension mystérieuse d’amour cachée à l’intérieur de l’homme et qu’il doit découvrir pour assurer sa transformation spirituelle… On s’initie soi-même ; nous devons gérer ce que nous sommes et avons en devenir ; la remontée de l’arbre séphirotique nous fait remonter aux racines de notre vie, ces racines qui sont le sens de chacune des séphirot associée à un nom secondaire de Dieu… Mais l’approche ésotérique du divin qui est une intuition intelligible, la prise de conscience d’une réalité d’ordre supérieure (ce que Eliade appelle hiérophanie) implique beaucoup de silence, de méditation et d’intériorisation : c’est aussi un des enseignements de cette légende…l’Humilité car… « j’ai à me perfectionner » ! « Eternellement on bâtit le même édifice de l’être…A chaque instant commence l’existence. Autour de chaque « ici » gravite la sphère « là-bas ». Le centre est partout. » (Nietzsche) J’ai dit, Trois Fois Puissant Grand Maître JFGBIBLIOGRAPHIE : –Mircéa ELIADE : Le mythe de l’éternel retour –René GUENON : Le symbolisme de la croix –René GUENON : Symboles de la science sacrée –Suzanne FINCHER : La voie du Mandala –Pierre Marie SAVAIGNAC : Qabale et Maçonnerie NB : seuls les mots ou phrases soulignés sont dans le rituel ; les « citations » sont en italique. Navigation des articles Planche Précédente "Les signes du Chevalier de Royal-Arche" Planche Suivante "Le Centre de l’Idée"