Le Centre de l’Idée
Non communiqué
Le concept de “centre de l’idée” apparait au 13° , chevalier de royal- arche. Historiquement ce degré est pratiqué en France à partir de 1743 et remplace le degré de « ScotchMaster » de 1733.
Le thème du rituel est la découverte par trois serviteurs du roi Salomon Guibulum, Johaben et Stolkinune trappe qui ouvre sur un puits au fond duquel un passage amène devant une pierre d’agate rehaussée d’or et portant gravée le nom ineffable. Cette pierre fut façonnée par Enoch, initié ayant reçu le nom de Dieu et qui a bâti un temple souterrain à neuf voûtes pour abriter ce trésor. Neuf voûtes, comme neuf segments de cercle qui se retrouvent dans les schémas ci-dessous qui figurent la création de l’univers cabbalistique, ou les cercles de l’enfer dans la Divine Comédie de Dante.


Pour y accéder, Guibulum et ses compagnons passent successivement une porte en bronze comportant 22 points, autant que les lettres de l’alphabet hébreu, puis neuf portes qui ont respectivement le nom d’un sefira de l’arbre de vie cabbalistique. Ils sont alors face à la conception suprême, au centre de l’idée. Ils ouvrent enfin involontairement la onzième porte qui donne sur Ain-Sof et regagnent ensuite la surface.
Se pourrait-il qu’il y ait ici une notion pythagoricienne cachée dans la remontée du 10 vers le 1, du tout vers l’unité, le Un si cher à nos Présocratiques ?
Nous voici pourtant plongés au cœur de la cabbale après une descente dans un puits !
Ce puits symbolise la porte d’entrée du voyage intérieur que le cherchant en quête de la vérité doit accomplir, c’est en quelque sorte la suite logique, la réponse au VITRIOL du cabinet de réflexion. C’est par le puits qu’on descend au centre de la terre pour y chercher la pierre philosophale.
La porte en bronze portant 22 points est un avertissement solennel. Elle signale qu’une fois franchie sa limite c’est un autre monde qui commence. Ces 22 points indiquent le nombre de sentiers, ou Cinerot, qui relient entre elles les Sephirot. Ils sont identiques aux 22 lettres, L’aleph-Beth, qui est une forme du verbe Divin, une manifestation du verbe Créateur.
Appelés chemins de la sagesse, ils permettent de circuler au travers des 4 mondes que sont Atzilut l’émanation, Briah la création, Yetsirah la formation et Assiah l’action, et ils permettent de circuler au travers des 4 mondes que sont Atzilut l’émanation, Briah la création, Yetsirah la formation et Assiah l’action, et des dix sephirot que sontMalkut, Yesod, Hod, Netzah, Tiferet , Din, Hesed, Binah, Hokmah et enfin Kether
Ces dix sephirot sont autant de mots de passe qui permettent à nos trois voyageurs de franchir les portes les séparant du nom ineffable.
La cabbale enseigne que pour comprendre cet arbre de vie, pour travailler spirituellement, il convient de choisir une sefira et de chercher à développer les qualités et l’énergie qu’elle contient. Les sephirot sont des émanations, des réceptacles de l’énergie émanée de Dieu, ce n’est qu’au travers d’elles que l’on peut accéder à une connaissance partielle de Dieu, de sa création.
II
Convenez, mes Frères, qu’il y a dès lors matière à faire, car remonter du Royaume à la Couronne en assimilant la splendeur Hod, la beauté Tipheret, la rigueur Din ,la miséricorde Hesed, l’intelligence Binah et la sagesse Hokmah, je crains qu’une seule vie ne suffise pas.
Après la dixième porte, on se retrouve devant Kether, la Couronne, la volonté suprême, la sefira ultime dont la compréhension est le but de la quête cabalistique.
Née de la contraction de l’Ain Sof, Kether est la lumière. Le Zohar dit qu’elle est la plus cachée des choses cachées. C’est l’expression du désir de Dieu de créer l’univers, la volonté divine originelle. Ceci correspond à la notion de conception suprême.
Quid du centre de l’idée ?
Chercher les Idées est la quête du philosophe.
Une idée est une représentation de l’esprit. C’est un objet de l’univers intérieur humain qui s’appuie et se construit à travers des images diffuses et oniriques. L’idée n’existe que si elle est exprimée, autrement elle reste une partie d’une élaboration mentale (proche de la conscience).
Pour Platon, il existe un monde intelligible, celui des idées éternelles et immuables, monde du Vrai, du Bien et du Beau qu’il oppose au monde sensible. Ainsi une idée objet de pensée sert de modèle idéal pour connaître et agir sur le monde sensible, copie du monde intelligible. Mais sous la voûte sacrée, il s’agit de l’Idée, et non d’une idée, et on se trouve au centre. Notons qu’il n’y a pas de référence à une forme géométrique, ce pourrait être le centre d’un carré, d’un triangle ou d’un cercle.
Je pense ici à l’idée sous le symbole exprimée dans le rituel. L’image de la pierre carrée portant un anneau qui bouche le puits est un beau symbole qui cacherait l’idée au fond du puits. Celle-ci est alors bien sous le symbole !
III
A force de réflexion me vient l’idéeque cette Idée est en fait un terme générique, une représentation. Et si c’était le Noûs,l’esprit, la partie la plus haute, la plus divine de l’âme ?
« L’Essence (qui possède l’existence réelle), celle qui est sans couleur, sans forme et impalpable ; celle qui ne peut être contemplée que par le seul guide de l’âme, (le noûs) l’intelligence ; celle qui est la source du savoir véritable, réside en cet endroit.
Cet extrait de Phèdre, de Platon, me semble particulièrement convenir. Ainsi se trouvent inextricablement associés un concept philosophique présocratique ( l’intellect ou intelligence) et le coeur de la pensée mystique juive !
Selon Plotin, pour rendre compte de la réalité, il faut partir de l’Un, unité souverainement réelle, cause de toutes choses : c’est la première hypostase plotinienne (hypostase = substance considérée comme réalité ontologique). À cet Un est liée la seconde hypostase, l’Intellect, multiplicité ordonnée dont l’Un est la cause.l’Intellect est le monde intelligible de Platon, qui renferme les essences éternelles des choses sensibles, l’univers des pensées et des relations, cause de l’unité foncière des esprits. La troisième hypostase est l’âme, principe actif organisateur de la diversité entre l’Intellect acte pur et la matière, semblable au feu des stoïciens : l’Intellect produit l’âme du monde (Platon) qui enfante les âmes individuelles ; au-dessous d’elle une deuxième âme, contenue dans le corps du monde, n’est autre que la Nature (la Phusis aristotélicienne), qui, incapable de la contemplation pure de l’âme du monde, se tourne vers la matière et se manifeste par son action dans le monde des corps sensibles.
Si nous devions dessiner la pensée de Plotin, nous aurions l’Un, cause de toute chose, au dessus de l’Intellect, monde intelligible, puis l’âme et enfin la Nature.
IV
Nous pourrions mettre ceci en face des 4 mondes de l’arbre de vie comme suit :
L’UnAtsilut monde de l’émanation, de l’énergie divine
L’intellectBeriahmonde de la création ( univers des pensées pour Platon)
L’âmeYetzirahmonde de la formation, ultime étape avant la formation de la terre(âme du monde pour Platon)
La NatureAssiahmonde de l’action
Convenez qu’il y a concordance entre ces deux systèmes de pensée.
Selon la cabbale de Louria, l’Ain-Sof , l’infini et sans limite, l’inconnaissable et inconnue source de toutes les émanations ne peut être liéà une quelconque chaine d’émanations telle que représenté par l’arbre de vie des Sephirot. Ce n’est pas la cause première car en dehors de toute causalité. Il ne peut rien émaner et il n’y a aucune place pour qu’autre chose que lui puisse exister.
C’est pourquoi l’ouverture involontaire de la onzième porte provoque un souffle qui éteint aussitôt les luminaires des trois aventuriers car rien, absolument rien ne peut seulement espérer contempler Ain-Sof.
Ceci me rappelle l’épisode de Moïse voulant contempler la face de Dieu durant l’exode en haut du mont Sinaï. L’Eternel lui dit: « Tu ne pourras pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre. » C’est une explication au signe du feu du 14°degré.
V
A ce stade , il ne me reste que des interrogations sur la raison d’un enième ternaire réalisé par les 3 Grands Maitres Architectes. Nulle part il est dit, ou écrit, qu’il s’agit de « mages », prélude à la légende des Rois Mages.
En serviteurs zélés du Roi Salomon, ils partent à la recherche du plus précieux des trésors dans un champ de ruines. C’est pourtant au cœur de celui-ci qu’ils découvrent l’accès au chemin qui va les conduire au centre de l’idée.
Et si ce tas de cailloux représentait un homme non initié, un ignorant de nos mystères mais néanmoins détenteur en son sein de l’étincelle divine ? Le ternaire prend alors tout son sens car nous savons qu’il faut au moins trois Maîtres pour pouvoir procéder à une initiation ! Et dans ce 13°degré, un des trois a l’ascendant sur les deux autres, c’est Guibulum qui descend le premier dans le puits, qui prononces les mots de passe et qui est reconnu comme un bon maçon par ses Frères. C’est lui encore qui leur explique l’histoire de la pierre d’agate et du mot ineffable. C’est lui enfin qui les met en garde de ne pas ouvrir la onzième porte et qui ensuite la referme grâce à eux. Symbolise-t-il le Vénérable Maitre assisté de ses deux Surveillants, l’initié initiant ?
Cette réflexion est confortée par l’escalier qui est au fond du puits. Composé de 3, 5, 7 et 9 marches, 3 comme l’âge de l’Apprenti, 5 comme l’âge du Compagnon, 7 comme l’âge du Maitre et 9 comme la batterie au 14°, voici tout le parcours depuis le début résumé !
Ainsi, mes Frères,malgré toute notre bonne volonté, tous nos efforts tendus vers le seul butde parvenir au Divin, d’effectuer le retour à l’Un, de réintégrer la multiplicité à l’unité, et uniquement si nous parvenons à remonter jusqu’au centre de l’Idée, nous resterons devant la dernière porte car telle n’est pas notre destination finale. L’avertissement reçu est clair. Une fois en présence du nom ineffable, cette parole perdue que certains disent être la Connaissance, nous devons regagner la surface et poursuivre notre œuvre humaine qui est de rayonner et de transmettre, nous les Initiés qui avons la chance d’avoir touché du doigt le trône du Grand Architecte.
J’ai dit.
JF G (Par)