14° #411012

A142-51 : Jabulum

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Ce qui m’a particulièrement frappée dans les rituels tels que nous les avons vécus est une certaine incohérence chronologique et thématique de notre 13° degré qui conte une légende basée sur la kabbale, par rapport à la légende hiramique qui se développe par ailleurs harmonieusement quoique certes non sans soubresaut jusqu’au 14° degré. En tentant de me documenter pour le présent travail, j’ai trouvé d’autres versions du rituel du 13° degré, légendes basées sur la vision d’Enoch, qui sembleraient mieux s’insérer dans la continuité. En effet, le seul endroit où je retrouve Jabulum dans le rituel du 13° est lors de l’ouverture :
« 3xP : S Grand Inspecteur, qui êtes-vous ?
 GI : Je suis ce que je suis ! Mon nom est JABULUM et ma qualité Chevalier de Royal Arche.
 3xP : Comment avez-vous mérité cette qualité ?
 GI : En pénétrant dans le centre de l’endroit le plus sacré du monde.
 3xP : Qu’avez-vous trouvé ?
 GI : Le delta lumineux sur lequel ENOCH grava le nom mystérieux du Grand Architecte de  l’Univers.
 3xP : Quel est ce nom ?
 GI : J’en connais les lettres, mais j’en ignore la prononciation ».

Après cette ouverture, plus aucune mention de Jabulum, et la légende qui nous st contée mentionne que le nom ineffable a été gravé sur le delta lumineux par Hiram et non par Enoch. Il semble donc y avoir une ouverture des travaux qui correspond à un rituel et une légende qui correspond à un autre rituel. Pourquoi ? Je ne puis à ce jour l’expliquer, tout en trouvant présomptueux de ma part de discuter le choix fait par mes SS plus avancées. Peut-être une réponse plus tard ? Mais je doute.

En effectuant des recherches livresques donc, je suis frappée par une certaine incohérence et un certain chaos, qui engendre chez moi non pas une certaine confusion, mais bien une confusion certaine. Vu les déformations diverses et variées que subissent les termes hébreux de base de nos rituels, et tenant compte du fait que les langues sémitiques s’écrivent hors voyelles, je me vois proposer dans mes lectures de nombreux termes, similaires ou assimilés à Jabulum, dont la signification est divergente ou qui personnifient des acteurs diamétralement opposés de la légende. Jugez-en plutôt.

Je trouve, dans nos rituels, Jabulum dans l’ouverture du 13° déjà citée, puis comme mot couvert ou mot de passe au 14°, ainsi que comme nom du GTrés ; à ce degré. Je trouve aussi Zabulon, assimilé par certains à Jabulum, dans la réponse de l’attouchement au 13° degré.
Dans mes lectures (en l’occurrence le Tuileur de Vuillaume, La symbolique de la Loge de Perfection de Berteaux, Le Rite de Perfection de Guérillot, Rites et symboles de la FM – les Hauts Grades de Beresniak et enfin le Dictionnaire du REAA de Saint-Gall, ainsi bien sûr que la Bible dont je préfère utiliser la traduction de Chouraqui), je trouve en outre Jabulum comme 3ème officier, GTrés, au 13°, mais surtout comme le plus ancien des trois MM Architectes qui furent désignés par Salomon pour fouiller parmi les ruines d’un ancien Temple à la recherche du Delta lumineux gravé par Enoch, précisément celui des MM Arch qui descendit le premier dans la voûte souterraine.

Je trouve aussi Johabulum, Jibullum, Jibellum, Chibullum, Ichabulum, Guibelum, Guibulum, Ghiblim, Gebalim ou encore Zabulon, Zevouloun ou Zebouloun, dans les deux degrés déjà mentionnés. Mais je trouve aussi Yubelum au 9° degré, ainsi que Jubelus, Jubelos et Jubelum ou, dans d’autres rituels, Jubelum Akyrop, Jubello Gravelot et Jubella Guibs dans ce même degré et j’apprends avec surprise que ces noms désignent les trois frères de sang qui assassinèrent Hiram.

Pour ajouter encore à ma confusion, je lis dans l’instruction du 13° degré selon l’Ancienne Maitrise citée par Guérillot, à la question « Quel était le nom de l’étranger qui indiqua à Salomon l’endroit où s’était réfugié l’assassin ? », la réponse suivante : « Son nom était Pérignan, c’était un tailleur de pierre, à la carrière de Guibelim près de Joppa, entre le rameau d’acacia et la mer, là où fut trouvé le corps d’Hiram Abif, par delà la caverne du traître. Ce Pérignan n’était pas l’un des ouvriers du Temple, mais en reconnaissance de ce service, Salomon l’enrôla parmi les ouvriers et changea son nom en Guibelim puisqu’il continuait de travailler dans cette carrière ». Dans le Livre des Rois (Rois I, 5, 32), je retrouve ces  Guiblim, étrangers de passage associés à la construction du Temple : « Les maçons de Shelomo, les maçons de Hiram et les Guiblim sculptent et préparent les bois et les pierres pour bâtir la maison ». C’est d’ailleurs l’un des deux seuls endroits où je trouve dans la Bible, et singulièrement dans le premier Livre des Rois que nous mîment sur l’autel au 4° degré, un terme similaire à Jabulum. Qu’en penser ? J’y reviendrai. Quant à la signification de ce, ou plutôt de ces mots, je trouve « Je suis ce que je suis », mais aussi « ami, favori, chéri, zélé ». Je trouve encore sous le terme Guibul-Om, dérivé de Guibul qui signifie limite, borne, enclos, « la limitation ou la manifestation de la divinité » et enfin pour le terme Zabulon, j’entends « habitacle par excellence ».

Je trouve encore le neuvième et dernier nom du grade d’après un rituel du 18° siècle cité par Berteaux ; il se prononce Johabulum et signifie « Ma foi est en Dieu », tandis que le rituel d’Albert Pike parle de Yabul-Om qu’il interprète comme « Emanation de OM, de la divinité ».
Je retrouve plusieurs de ces notions dans l’instruction du 14° telle que citée par Guérillot : à la question « Qui êtes-vous ? », la réponse est « Je suis ce que je suis et, plus encore, je suis Grand Elu Parfait et Sublime Maçon, rien ne m’est inconnu, mon nom est Guibelum, ami zélé et favori du roi. » Tout un programme !

Ma Catherine me dit également avoir trouvé, dans un de ses lectures, l’interprétation « Je suis ce que je deviens », interprétation qui me plait assez, je dois dire, j’y reviendrai également.
Si je corse  la recherche en me référant aussi à l’expression « Je suis ce que je suis » en tant que telle, je retrouve ces termes comme signification partielle du 12ème et dernier nom qui compose le Nom mystérieux selon un manuscrit de Henry Francken de 1783 cité par Guérillot. Le dernier nom est inconnu, le manuscrit comportant un blanc et signifie « Le Seigneur Tout Puissant, Je suis ce que Je suis ». Et, d’après Guérillot, « le dernier de ces Noms est celui que nous utilisons, et que vous connaîtrez lorsque vous serez initié au Sublime Degré de Perfection » (c’est-à-dire le 14°).

Par ailleurs, j’apprends que Jabulum en tant que Grand Trésorier porte à sa boutonnière une clef d’or suspendue par un ruban moiré blanc, sur lequel figurent les initiales IOLIV ou IVIOL ce qui signifie In Ore Leonis Inversi Verbum / J’ai trouvé la clef dans la gueule du lion. Que vient donc faire un lion dans cette galère ? Cela viendrait de la légende selon laquelle l’arche d’alliance égarée aurait été retrouvée grâce à un lion qui a conservé la clé dans sa gueule et la dépose aux pieds du Grand Prêtre. Soit. Après toutes ces lectures, me voici étonnée, déroutée et légèrement irritée. Comment tirer un enseignement de bric et de broc de ce genre, de mots déformés par le temps, dont l’interprétation peut signifier tout et son contraire, ou toute autre chose encore ? Qu’en penser ? Mais je suis au pied du mur. J’ai résolu de fermer les livres et de m’interroger dans le profond de ma conscience et de mon cœur sans vouloir faire preuve d’une érudition de perroquet, de faire un travail symbolique réel, non pas sur un terme peu compréhensible, mais bien sur le contexte dans lequel il est employé ainsi que sur certaines des significations qui lui sont données.

Jabulum donc est d’après certains rituels un des trois MM Architectes mandatés par Salomon pour fouiller parmi les ruines d’un ancien Temple à la recherche du Delta lumineux gravé par Enoch. Avec ses compagnons Jhaoben et Stolkin, autres personnages que je rencontre dans les rituels à partir du 6° degré dans divers rôles, Jabulum découvrit une pierre cachée au milieu de laquelle est scellé un anneau de fer. La soulevant, ils découvrirent une voûte souterraine. Jabulum descendit et découvrit un passage donnant accès à une deuxième puis une troisième voûte. Il remonta et fit part de sa découverte à ses compagnons. Il leur proposa de descendre les uns après les autres afin de faire de nouvelles découvertes mais ses compagnons refusèrent et c’est ainsi que Jabulum redescendit par deux fois et arriva à la neuvième voûte. Après y avoir découvert le Delta lumineux, il remonta et redescendit une quatrième fois accompagné cette fois-ci de ses deux compagnons. Après s’être prosterné tous trois devant le Delta, Jhaoben et Stolkin puis plus tard Salomon et Hiram, roi de Tyr, dirent « Hamal aheck Guibelum », ce qui signifie « Guibelum est un bon     maçon ». C’est ainsi que cette exclamation devient la réponse à l’attouchement du 13° degré.

L’attitude de Jabulum vis-à-vis de ses FF me parait hautement respectable. N’est-ce pas la raison pour laquelle il est reconnu « bon maçon » ? Mandaté pour chercher le Delta avec ses FF, il part en avant-garde mais reste en étroit contact avec ceux-ci, il interrompt régulièrement ses recherches pour en conférer avec ses FF et leur proposer d’échanger les rôles. « Les ouvriers se lèvent et se remplacent ». Comme ni Jhaoben, ni Stolkin n’accepte son offre, il reprend son bâton de pèlerin et poursuit sa recherche, remplissant ainsi son devoir. Lorsqu’il parvient au Delta dans la neuvième crypte, il partage sa découverte avec ses FF et ils en apportent le fruit tous trois aux deux rois qui les avaient mandatés.

Recherche et partage, ne sont-ce pas là des concepts qui nous sont chers ? Perpendiculaire et niveau, il me semble avoir déjà vu cela quelque part. Est-ce la raison pour laquelle Jabulum, seul véritable acteur en fait de la découverte du Delta, est devenu le troisième officier du Temple au 13° degré, juste après le 3xP qui personnifie Salomon et le deuxième officier qui représente Hiram, roi de Tyr. Jabulum dont on dit dans le manuscrit de Francken qu’il est « le premier dépositaire du précieux trésor des Maçons » ? Peut-être est-ce la raison pour laquelle le terme Jabulum est interprété, entre autres, comme le « favori, l’ami ». Recherche et partage, n’est-ce pas aussi la procédure suivie par Guibelim, l’étranger venu révéler à Salomon la cachette de l’assassin d’Hiram ? N’est-ce pas la raison pour laquelle Salomon a eu confiance en Guibelim, parce qu’il a reconnu en cet étranger un homme dont la démarche était conforme à celle d’un initié ? Je ne reviendrai pas sur la notion de « confiance accordée » qu’il me fut demandé de développer au 9° degré, je me souviens néanmoins d’une supposition que j’avais faite, selon laquelle Salomon avait peut-être reconnu en l’étranger une attitude ou un signe qui lui permit d’accorder à celui-ci une confiance immédiate. Peut-être est-ce cette attitude d’initié qui le convainc.
Le terme Guiblim, par ailleurs mot de passe du troisième degré dans certains rites, est l’un des deux termes approchant Jabulum et existant réellement dans la Bible (I Rois 5,32) Il s’agit d’une catégorie d’ouvriers qui travaillent sur le chantier de construction de la maison d’Elohim, mais qui ne font pas partie des ouvriers propres au chantier. Il s’agit « d’étrangers » qui se joignent au chantier pour un temps. D’où, probablement le nom de Guibelim donné à l’étranger qui renseigne Salomon. Cet étranger qui, ayant gagné la confiance de Salomon, fut désigné pour partir à la recherche du Delta lumineux dans les ruines du Temple d’Enoch, cet étranger qui mène la quête des MM Architectes comme il a guidé les MM Elus des Neufs jusqu’à la caverne près de Joppa, près de la carrière où il travailla et dont Salomon lui donna le nom.

L’autre terme que je retrouve dans la Bible  (Entête 30,20) est celui de Zevouloum qui signifie « comblé », nom du sixième fils de Léa et Ia’acob et nom d’une des douze tribus d’Israël dont il fut l’ancêtre. Peut-être est-ce là une autre origine de la signification souvent citée de « ami, favori ». De manière étrange, j’ai trouvé également les termes Jubelum Akyrop, Jubello Gravelot et Jubella Guibs, assassins d’Hiram. Rappel du pavé mosaïque présent en chacun d’entre nous, dans lequel se côtoient le meilleur et le pire ? Comme Stolkin qui dans certains rituels est le confident de Salomon ou l’un des deux autres MM Arcitectes qui accompagnèrent Jabulum à la recherche su Delta, mais dans d’autres rituels est également un des trois assassins d’Hiram. Que de noms différents pour ces assassins ! Incohérence à nouveau ou ficelle, un peu grossière cependant, afin de nous convaincre que nous sommes tous duels, à la fois zélés maçons et assassins d’Hiram.

Jabulum est cité dans notre rituel comme « mot couvert ou couvrant » au 14°. Cette notion est nouvelle. Nous la trouvons pour la première fois à ce degré dans nos rituels, aux 13° et 14° degrés dans d’autres rituels. D’après Berteaux, « Il y a neuf Noms de la divinité qui sont employés comme mots à ce grade, en lieu et place du Nom Ineffable. Ils sont dénommés « Mots de couverture », parce qu’ils couvrent et cachent aux profanes le vrai Nom de Dieu, connu des premiers hommes et révélé par Dieu à Enoch et plus tard à Moïse ». Cette notion se rapproche fort de celle de Mot substitué que nous rencontrons au 3° degré.

Les différents noms de Dieu, que l’on retrouve par ailleurs comme mots sacrés, quand il en existe, du 4° au 14° degré, ne sont néanmoins pas ceux qui sont cités comme mots couverts par la plupart des rituels, dont le nôtre. Dans ceux-ci, on rencontre majoritairement Jabulum, Jibulum ou Guibulum comme premier mot couvert, Machobin, Moabon, Mokabin, ou encore Al Khanar ou El-Hhanan, ce qui signifierait Dieu miséricordieux, selon Albert Pike comme deuxième mot couvert et enfin unanimement Adonaï comme troisième mot couvert. Moabon ? La chair quitte les os ? Me voici à nouveau renvoyée au 3° degré. Mais il semblerait que cette interprétation du terme Mohabon est sans lien avec son sens réel. Moabon serait par contre le nom du plus zélé des MM de son temps, ami d’Hiram Abi. Me voici donc avec les noms de deux amis, favoris, l’un de Salomon, l’autre d’Hiram Abi – sans conteste deux grands initiés, qui me mènent à Adonaï, le nom de Dieu le plus couramment utilisé à la place du Nom Ineffable, tant dans la tradition hébraïque que dans la tradition maçonnique. Adonaï, mot sacré à plusieurs degrés de perfection, nom d’une des arches franchies par Jabulum et ses FF à la recherche du Delta lumineux est le possessif pluriel d’Adon – Seigneur, singulièrement pour un Dieu que les religions monothéistes veulent unique.

Comme je l’ai mentionné rapidement précédemment, j’ai rencontré également d’autres mots couverts, en l’occurrence les neuf noms de Dieu, noms inscrits, selon certains rituels, sur les neufs voûtes, balisant ainsi en quelque sorte e chemin vers le Delta lumineux, vers le tétragramme. Je ne m’attarderai pas sur ces neuf noms de Dieu qui pourraient sans aucun doute faire l’objet de nombreuses recherches spécifiques, recherches qui pourraient aussi porter sur les relations de correspondance entre les neuf noms inscrits sur les voûtes et le nom des neufs sephirot prononcés par le mage pour ouvrir les portes menant à la neuvième voûte dans notre rituel. Neuf noms de couverture pour mener au tétragramme imprononçable, neuf sephirot ou émanations de la divinité pour mener à Aïn Soph, infini, la divinité elle-même qui est, selon la tradition hébraïque, au-delà de la compréhension humaine, désigné par l’école kabbalistique de Gérone comme « celui qui n’est pas concevable par l’esprit », « la lumière cachée » ou « l’unité indiscutable ».

« Je suis ce que je suis ». Telle est l’interprétation associée à l’instruction du 13°, ou à celle du 14° dans certains rituels. Qu’est-ce à dire ? S’agit-il ici d’un constat tel celui si joliment mis en vers par Prévert :
« Je suis comme je suis 
Je suis faite comme ça.
Que voulez-vous de plus
Que voulez-vous de moi.
 Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais.
Pourquoi me questionner
Je suis là pour vous plaire
Et n’y puis rien changer. »

Est-ce bien ainsi que se caractérise un M du 14° degré ? On peut le craindre en entendant la réponse qu’il donne : « Je suis ce que je suis et, plus encore, je suis Grand Elu Parfait et Sublime Maçon, rien ne m’est inconnu, mon nom est Guibelum, ami zélé et favori du roi ».

Quel hymne à l’autosatisfaction ! Rien ne lui est inconnu. Diable, il est vrai que le Delta lumineux a été retrouvé, mais à ma connaissance, personne ne peut encore prononcer le nom ineffable. D’aucuns l’épellent, d’autres lisent selon leur intuition et à la question de savoir si un de ses noms lus explique le nom ineffable, la S Orat répond : J’ai entendu des sons, des mots qui n’expriment que des idées humaines, ou plutôt une seule idée, toujours la même : « Je cherche ». En effet, le « Je suis ce que je suis » ne peut être synonyme d’inertie. Je lui préfère de loin le « Je suis ce que je deviens » trouvé par ma S Catherine. La parole perdue, le nom ineffable, est toujours devant moi. Je n’aime pas l’idée d’avoir retrouvé le Delta lumineux, d’avoir retrouvé le tétragramme, même si le fait que nul ne peut le lire atténue cette sensation de finitude. Le chemin est encore devant moi, il est infini et c’est ce qui fait sa beauté.

Infini, j’ai dit Infini – Aïn Soph. Pourquoi la racine de l’arbre séphirotique mène-t-elle au désastre ? Quelle est en fait la véritable attitude condamnable : celle de celui qui tente de percer un mystère, d’ouvrir une porte à la recherche de la vérité ou celui qui empêche ses FF de poursuivre leur recherche, s’arrogeant seul le droit de juger celui qui est à ses côtés. Je ne crois nullement présomptueux d’un M Maç de continuer à chercher à percer les secrets, à ouvrir des portes, même si l’un d’entre eux le met en garde : « elle cache un mystère, un mystère terrible, un mystère de mort ». N’est-ce pas la caractéristique d’un esprit libre, d’un esprit de M Maç, que de refuser les dogmes et de toujours chercher ? Tel l’adolescent qui doit passer outre les limites établies par son père afin de s’émanciper, l’évolution ne peut se faire que si des limites ont été fixées et qu’elles sont transgressées. Aucune des deux attitudes n’est condamnable, ni celle du plus âgé des Mages qui met ses compagnons en garde et fixe des limites, ni celle des deux « curieux » qui passent outre cette mise en garde, provoquent le souffle furieux et les plongent dans les ténèbres. D’ailleurs sans vouloir culpabiliser l’un ou les autres, tous trois se prêtent mutuellement main fort pour refermer la porte. « Je suis ce que je suis » ne peut en aucun cas pour moi être statique. Il ne se conçoit que si l’usage du présent est générique et englobe le passé et le futur. Je suis ce que j’ai été, que je suis et que je serai. Le concept est dynamique, englobant le passé porteur d’enseignements, la succession des présents d’intensité variable et l’avenir, promesse de réalisation des potentialités et d’évolution.

« Je suis ce que je suis ». Je suis un être humain en pleine évolution et je ne veux pas être définie par mes avoirs – je ne suis pas ce que j’ai – avoir n’est pas être. Mon attitude de questionnement et de remise en question, mon refus des dogmes ou de la sclérose de l’acceptation indiscutée de l’ordre établi, ma qualité de Maç implique que j’approche mon F humain comme un être, dans le respect de cet être et non de son avoir. De même, je me refuse à limiter cet être à ses actes ; les nuances sont ce qui fait l’être humain. Tout acte a des raisons qui le tempèrent ou l’aggravent. Etre n’est pas nécessairement faire. Dans son livre « God – a biography », Jack Miles tente de cerner Dieu comme un personnage littéraire, mis en scène dans la Bible. Dieu, dans la Bible, n’existe qu’en fonction de son « œuvre », la création de l’humanité à sa propre image. « If God’s priority makes his human antagonist uniquely dependent on him, it is nonehteless also true that God is uniquely dependent on his human antagonist » (p.85) Dieu n’est donc pas en soi ; Dieu existe par ses actes, sans avoir de personnalité propre ; Dieu est mais dans la stricte limite de ce qu’il fait ; Dieu est ce qu’il fait et rien d’autre.

 Moi par contre, M Maç, je suis ce que je suis, je suis ce que je deviens, je ne me limite pas à être ce que j’ai ou à être ce que je fais. C’est ce qui me rend, dans une certaine mesure, supérieure à Dieu – ce Dieu que certains qualifient de Seigneur Tout Puissant – ce Dieu que certains voient dans le « ciel infini et ses luminaires hors de notre portée » – ce Dieu de la Bible qui n’existe que par la conscience que les humains ont de ses actes.

Moi, M Maç, en recherche permanente, refusant tout dogme et toute limite à ma recherche, je suis ce que je suis, je suis ce que je deviens, j’existe par ma démarche, par ma pensée et non seulement par mes avoirs ou mes actes, je ne suis pas un personnage littéraire mais bien un être de chair et de sang dont la vie est gage de devenir.

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