14° #411012

De la Caverne à la Voûte

Auteur:

T∴ F∴ P∴ G∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Nous allons essayer de dépasser le plan de la matière et éviter le dogme, pour aborder, avec l’aide des symboles et du Rite, le plan métaphysique des deux matrices essentielles pour l’élévation spirituel de l’homme : la caverne et la voûte.

La caverne, puis la voûte ont accompagné l’évolution de l’homme depuis plusieurs dizaines de milliers d’années et la Bible introduira ensuite les notions d’Arche sacrée et de crypte.

Depuis son passage dans « le Cabinet de réflexion » semblable à une grotte de méditation pythagoricienne, la caverne accompagne la démarche du franc-maçon. La « Voûte étoilée » est très vite présente, symbole de l’unité éclatée en une multitude d’étoiles qu’il faudra rassembler pour retrouver l’unité. Cette voûte céleste conduit l’initié à dépasser ses limites et ses conditionnements individuels pour se lancer sur le chemin de l’homme primordial ou homme cosmique.

Au 9ème degré, c’est toujours dans une caverne que Johaben coupe la tête de son mauvais compagnon.

Au 10ème degré, les deux autres meurtriers sont découverts dans une carrière. Ils n’ont donc pas pu dépasser le stade symbolique de la caverne.

A partir du 13ème degré, ce même Johaben découvre une voûte…

Le symbole s’épanouit naturellement dans la dénomination Royal Arch et Grand Elu de la Voûte Sacrée aux 13ème et 14ème degrés.

Notre rituel rappelant que « ce qui importe c’est de pénétrer le sens de la légende », sous-entendu : ne pas la prendre à la lettre, nous allons essayer de comprendre ce que signifie le passage de la caverne à la voûte.

La caverne, fut le berceau de l’humanité balbutiante et favorisera le développement de la société, le groupe familial, en passant du monde extérieur à un monde intérieur.

Nous associons symboliquement à la caverne : le cabinet, le cœur, le crâne, le creuset…, qui sont des centres qui font partie de l’univers onirique des hommes d’aujourd’hui. C’est dans la caverne qu’on se ressource par le contact de la terre-mère, où germe et se développe la graine génératrice de l’être nouveau. Elle correspond à un monde clos. La lumière y pénétrant, n’éclaire qu’une zone très limitée, ne permettant pas de nous renseigner sur le monde extérieur. Cette lumière indique le chemin à suivre pour découvrir le monde et ses vérités.

La sortie de la caverne et de l’univers des apparences illusoires est la condition nécessaire pour découvrir le vrai monde, celui de « l’Idée ».

Le Cabinet de réflexion reproduit symboliquement la caverne des hommes primitifs, où seules les ombres sont visibles. Tous les éléments de l’élévation y sont déjà présents sous la forme des Principes de l’alchimie, des symboles et des phrases allégoriques. Nos ancêtres célébraient déjà des rites dans des cavernes, comme s’il était nécessaire de voir la nature de l’intérieur pour en percer le sens apparent. La démarche est la même ; il s’agit de voir le dehors avec les yeux du dedans, de ne pas percevoir que l’apparence, mais le cœur de la nature, de soulever, le voile d’Isis pour pénétrer dans le mystère et voir le secret de la création et de la vie.

Dans les mythes anciens, la caverne comporte un oculus, à son sommet. Ce trou central est destiné, en pratique, au passage de la fumée du foyer, ou symboliquement dans le cas d’une sépulture, à la sortie de l’âme du défunt. Cet oculus peut symboliser l’ouverture par laquelle passe le fil à plomb. C’est par elle aussi que se fait la descente de la lumière et l’élévation de l’esprit.

L’ouverture est étroite, comme celle de la matrice de la mère. L’intériorisation génératrice comme la remontée s’effectueront par la même voie difficile et labyrinthique.

Lao-Tseu et le Christ, initiateurs de l’humanité sont nés dans une grotte.

Mort et naissance sont deux faces d’un changement d’état qui ne peut se faire que dans l’obscurité.

Si la caverne est symboliquement le lieu intérieur où la lumière ne pénètre que très faiblement, c’est parce qu’en ce lieu, sont terrées toutes les pulsions et les erreurs inavouables cachées à la Lumière.

La caverne du Maître Elu des Neuf nous met face au problème de notre conscience, lié aux pulsions de notre inconscient. Johaben tue par vengeance celui qui pourrait être un autre lui-même auquel il a peur de ressembler, en référence au miroir du 1er degré.

Là où il y a l’égo meurtrier, il y a l’être insondable. Le meurtrier de notre nature est caché dans une grotte, au centre des apparences qui s’amoncellent autour de nous.

L’entrée de cette caverne est d’accès difficile car dissimulée par un « buisson ardent ».

L’intérieur est à peine éclairé mais la source est symbole de purification ; source de jouvence, « l’eau des sages » sortant de la caverne.

En pénétrant dans sa caverne, à la faible lumière de la conscience de son Etre, qui brûle comme la mèche d’une fragile lampe à huile, Johaben est confronté à son mental meurtrier. Rencontré aux 6ème et 9ème degrés, Johaben réapparaît au 13ème degré parmi les trois élus. Il est le personnage intime des secrets de nos profondeurs et cela nous amène au symbole de « lavoûte ».

Avec l’élaboration de La voûte, nous passons progressivement de la cavité brute à une construction architecturale élaborée.

Historiquement, les premières ébauches de voûte ont vu le jour au début du IIIème siècle avant Jésus-Christ pour la construction des tombes royales de la 1ère dynastie d’Our, puis les techniques du tracé et de la taille des pierres se perfectionnant, elles ont permis les constructions en plein cintre.

Mais tout l’intérêt de la voûte ne réside pas dans la technique construction, mais dans sa symbolique. Il a fallu acquérir des outils d’architecture, des compétences, un « savoir-faire », et avoir atteint un « savoir-être»  symbolisé par l’élévation spirituelle.

Il ne s’agit plus de philosopher, de critiquer et de dire ce qui devrait être…mais d’Etre. Au 12ème degré, le Grand Maître Architecte connaîtra l’usage de ce que contient l’étui de mathématique : équerre, compas, règle, aplomb et demi-cercle qui permettent la construction d’un arc ou d’une voûte. Sans ces instruments, cela lui était impossible.

La voûte est une métaphore de la voûte céleste, s’élevant au-dessus d’un espace terrestre auquel l’homme reste lié, créant un rapport « Terre-Ciel », comme dans la mythologie grecque où le monde résulte de la copulation établie entre ciel et terre (Ouranos et Gaïa).

En Loge symbolique, la Voûte étoilée n’est pas uniquement la représentation du ciel nocturne ; elle est le symbole du ciel des causes, c’est-à-dire le lieu où la Lumière crée la vie.

La voûte place l’homme entre le plan terrestre et le cercle de la voûte, entre le fini et l’infini.Cette voûte surmontée de l’ouverture dont nous avons parlé précédemment, permet physiquement et symboliquement le passage du carré au cercle, « de l’Equerre au Compas ». Par sa construction, l’homme élève son Temple, donc son esprit, en suivant la direction de verticalité induite par le fil à plomb suspendu à la voûte.

C’est au 13ème degré que la voûte évolue en « Arche ».

L’arche est un élément de structure venant du mot arc, forme architecturale évoluée de la voûte en arc plein cintre, nécessitant des appuis plus solides pour résister aux poussées latérales.

Elle signifie symboliquement un lieu protégé dans lequel on dépose ce qui est précieux comme « L’Arche de Noé » ou « L’Arche d’Alliance ».

Il pourrait y avoir confusion entre la « Crypte de Salomon » et la « Voûte du Temple d’Enoch » car nous sommes confrontés ici à une nouvelle sorte de cavité qui n’est autre qu’une marque de l’évolution spirituelle de l’humanité appartenant à une religion.

La crypte, anciennement appelée croute ou grotte, était taillée dans la roche ou maçonnée dans le sol pour cacher les défunts. Elle est la première sépulture construite par l’homme, et prendra sa signification actuelle par l’église chrétienne, avec les cryptes sacrées qui permettaient de cacher aux yeux des profanes les tombeaux des martyrs.

Les chapelles et les églises sont généralement élevées au-dessus de cryptes contenant les tombeaux des saints martyrs, et le chœur se situe dans l’axe du tombeau.

De même, la Crypte de Salomon serait un souterrain, une cave, sous le Saint des Saints du Temple, auquel il pouvait accéder à partir de son palais par un « Passage » étroit soutenu par neuf arches sur lesquelles figuraient neuf noms de Dieu. C’est dans cette crypte que Salomon avait habitude de « torturer les démons ». Il la dénomma « Voûte Secrète ».

Nous sommes dans la légende symbolique du « ciel d’en bas » représenté par « la crypte », domaine des puissances constructrices où se trouve le Temple idéel qui ne demande qu’à émerger des profondeurs pour être établi sur terre afin que soient reliées les deux rives, les deux ciels, les deux éternités.

La voûte, quant à elle, fait référence à la Voûte du Temple d’Enoch.

Dans la légende maçonnique qui en regroupe plusieurs, crypte, voûte et arche peuvent être considérées comme allant de pair et sont complémentaires. La « 9ème voûte d’Enoch » et la « crypte de Salomon » jouent le rôle d’Arche. Lorsqu’elles conservent un secret, elles sont dénommées « Arche Secrète » ; après consécration, elles deviennent « Arche Sacrée » et si l’Arche est utilisée comme symbole initiatique, elle devient « Arche Royale ». Ou « Royal Arch ».

Revenons maintenant à la légende qui nous intéresse, celle d’Hiram…

De la caverne à la voûte, nous rencontrons plusieurs personnages symboliques.

· Stolkin apparaît souvent. C’est lui qui retrouve le corps de Maître Hiram sous l’acacia et il est Inspecteur aux 9ème et 13ème degrés. Son nom sert de mot de passe au 11ème degré. Salomon lui ordonnera d’exécuter Johaben au 9ème degré et il accompagnera le même Johaben et Guibulum dans l’ancien Temple d’Enoch. Ancien ouvrier d’Hiram, il possède « l’initiation artisanale ».

· Johaben qui apparaît au 9ème degré, assassine le mauvais Compagnon terré dans la caverne, guidé par la méconnaissance (symbolisée par « l’Inconnu ») et la précipitation. Nommé « Sublime Chevalier Elu » (11ème degré), au 13ème degré, il fera partie de l’expédition et représentera « l’initiation chevaleresque ».

· Guibulum, n’apparaît qu’au 13ème degré, un peu plus courageux mais moins impétueux, il se propose de descendre dans la caverne avec une corde symbolisant le fil à plomb.

Il a reçu son initiation directement de Dieu, représentant ainsi le prêtre, « l’initiation sacerdotale » puisque sa réponse à la question d’ordre du 13ème degré : « je suis ce que je suis, mon nom est Guibulum », est calquée sur la réponse de YHWH à Moïse sur le Sinaï.

Cette nouvelle aventure d’intériorisation lui permettra de mener à bien sa mission. Mais par trois fois, devant l’inconnu, il demande à être remonté, de peur de perdre son identité terrestre (comme Simon-Pierre qui reniera aussi par trois fois le Christ). Cette parabole symbolise la difficulté que nous avons à plonger en nous, la crainte qui nous saisit devant notre propre obscurité et les diverses couches de notre inconscient. Mais dans cette descente introspective, Guibulum ne rencontre aucun monstre symbolique, aucun mauvais Compagnon, car ils ont été tués entre autre par Johaben.

Le seul repère pour Guibulum est le filet de lumière qui filtre à travers les ouvertures des premières voûtes et se rétrécit de plus en plus. Au moment où cette lumière extérieure disparaît, il est ébloui par la « grande lumière », sa lumière intérieure et « tombe sur les genoux, la main droite protégeant ses yeux ». Après cette descente, il remonte à l’inverse du chemin, riche et chargé d’ineffable, la corde, le fil à plomb, lui servant de « fil d’Ariane ».

Qui suis-je ? Stolkin, Johaben ou Guibulum ? Les trois bien-sûr ! …selon mon évolution. « Guibulum est un bon Maçon » parce qu’il a réalisé la plus belle des constructions qu’il soit ; lui-même. Il a franchi toutes les étapes.

Chaque Maître-maçon possède en lui la potentialité du ternaire qui représente l’ensemble des capacités humaines. Par la triple initiation il devient semblable à Salomon, détenteur de la triple puissance sur la matière (l’artisan), sur l’homme (le chevalier) et sur le spirituel (le prêtre), maîtrisant son corps, son âme et son esprit. Si un seul des trois personnages manque, le Maître restera inachevé.

Le Chevalier de Royal Arch n’a plus besoin de tuer car à l’idée de descente en soi (vers le Soi), le Chevalier ajoute l’idée que cette descente est orientée vers le spirituel.

La plaque triangulaire ornée de pierres précieuses est le symbole de notre divinité inscrite en nous. Depuis le Cabinet de Réflexion, l’initié la cherche au plus profond de lui comme une mystérieuse pierre cachée. Ainsi, peut-on considérer que la pierre d’agate serait celle promise par VITRIOL ? …Ou la « Chrysopée », des alchimistes ?

Les degrés de la Loge de Perfection évoquent le retour vers l’intérieur de l’être, le recueillement. Ce mouvement s’opère par des symboles évoluant vers la perfection depuis les grottes, en passant par les cavernes, carrières, cryptes, voûte, et enfin le coffre de l’Arche d’Alliance gardé par les Lévites, suggérant l’intériorisation. Mais cette introspection a toujours comme fil conducteur un rayon lumineux qui vient d’en haut et par lequel nous pouvons nous élever.

Au 13ème degré, le récipiendaire pénètre sous la Voûte Sacrée par une ouverture pratiquée au sommet, l’oculus dont nous avons parlé précédemment.

Il découvrira ce qu’il cherchait dans son nouveau Cabinet de Réflexion, en contemplant le triangle d’or sur lequel arrive une lumière provenant d’en haut. Ce triangle d’or est scellé sur une pierre qui est sa pierre, porteuse de son passé. Ce n’est plus son image qu’il y voit, car ce n’est pas un miroir ordinaire. Le triangle ne montre plus une apparence extérieure, mais la réalité profonde.

C’est ainsi que la « Trappe » d’accès reste l’un des symboles fondamentaux du grade rappelé sur le tablier du 14ème. Le « Nom Ineffable » représentant le secret du grade, ne pouvait être communiqué que sous cette Voûte Sacrée, et par trois initiés réunis, connaissant le Secret.
A la mort d’Hiram, il ne restait plus que deux personnes à connaître le « Nom Ineffable » (Salomon et le Roi de Tyr). Le secret ne pouvait donc plus être transmis. Seuls trois maîtres élus et éclairés par les degrés précédents pouvaient découvrir la trappe d’accès aux voûtes. Le triangle est ainsi reconstitué et la transmission de la connaissance du Nom peut être perpétrée.

Mais au 14ème degré, par la faiblesse des hommes le Temple matériel est détruit, les voûtes se sont écroulées, le « Triangle d’Or » d’Enoch a dû être martelé pour que les secrets de la « Connaissance du Nom » ne tombe pas entre toutes les mains. Il reste cependant quelques élus pour maintenir dans leur cœur et leur mémoire, une Tradition qu’ils ont pour mission de perpétuer.

Pour conclure

De la Caverne à la Voûte, le franc-maçon, vit dans une dualité. Sortant du Cabinet de Réflexion, il accède à la Voûte Etoilée. « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », mais, comme l’écrivit Antoine de Saint-Exupéry : « L’homme, a besoin de murs pour s’y enterrer et devenir comme la semence. Mais il a besoin aussi de grande Voie Lactée et de l’étendue de la mer, bien que, ni les constellations, ni les océans ne lui servent de rien pour l’instant ».

L’initié debout sous la voûte, relie dans la verticalité plusieurs voûtes superposées, sans en avoir conscience. Les voûtes de son corps, et la voûte de pierre, elle-même coiffée de la voûte étoilée. Se tenir dans l’axe des voûtes, comme il lui est conseillé par le fil à plomb, c’est se mettre en condition pour sortir du Moi, c’est dépasser la condition humaine, « relier le fini à l’infini », être « envoûté ». Sortir de la Caverne est la condition de sa libération.

Mais suivre le chemin tracé par les Voûtes, est-ce là le chemin de sa liberté ?

Les Temples construits de pierre s’effondreront les uns après les autres, le seul Temple qui pourra rester debout est celui de l’homme.

Nous avons fait des efforts pour nous connaître, nous purifier, assimiler la perfection, et malheureusement bon nombre d’entre nous ont quitté le chemin. Ils se sont assis sur le bord de la Voie, sous la faible lumière de leur ignorance et n’osent plus bouger. L’inconcevable les effraie, mais les hésitations, les alternances, les allers et retours du chercheur sont fort compréhensibles.

Tel Guibulum, nous sommes arrivés à la charnière entre l’homme-ordinaire et l’homme-sacré. Une étape nouvelle s’ouvre, le Temple matériel n’existe plus, la gangue a éclaté, projetant ses graines sur un nouvel espace, au-delà de la matière et de l’existence temporelle.

Dans la mythologie hébraïque, Dieu ne finit pas l’univers pour laisser à l’homme le soin de le faire…

Nous désirons atteindre la Vérité et la Lumière. Comme le grain de blé, nous avons souhaité disparaître et mourir dans la terre pour, le printemps venu, nous élever au-dessus de cette terre, la tête dans la lumière.

A force de travail, nous sommes devenus, une pierre carrée, presque parfaite, bien insérée dans le Temple. Ne prenons pas de repos, car derrière la pierre et le mur du Temple, un autre monde existe certainement, au-delà de la matière, au-delà de la lumière.

Donnons-nous la force de soulever par l’anneau scellé, avec l’aide du triangle énergétique que nous formons avec nos compagnons de voyage, la dalle carrée. Nous aspirons à vivre nos noces, symbolisées par cet anneau qui nous a été confié, entre la matière et la lumière éternelle.

Enfonçons nous encore plus profondément à l’intérieur de nous-même et c’est peut-être là que le nouveau Temple sera construit…dans le domaine de l’esprit.

J’ai dit.

Vous devez être abonné pour accéder à ce contenu


S'abonner

Retour à l'accueil