De la pierre brute à la pierre d’agate
L∴ P∴ B∴
Il y a 17 ans j’entrais dans le cabinet de réflexion pendant que le F Expert prononçait ces mots : « Monsieur, c’est ici que vous allez subir votre première épreuve que les anciens appelaient l’épreuve de la Terre… »
J’ignorais alors la portée qu’allait avoir cette phrase dans ma vie.
De ce cabinet de réflexion qui m’a surpris au premier abord, puis intrigué surtout par cette formule VITRIOL qui en première lecture m’a fait penser au célèbre poison, m’est apparue ensuite comme une abréviation dont je n’ai absolument pas perçu la signification.
Ce n’est que plus tard, alors que l’on m’avait indiqué que j’étais une pierre brute, que je découvris le sens, pardon plutôt la signification de la formule VITRIOL : visite l’intérieur de la Terre et en rectifiant tu trouveras la Pierre cachée.
J’avais lu que la formule VITRIOL avait un lien avec l’alchimie, dans cette hypothèse la pierre brute se transmuerait-elle en pierre d’agate ?
Mes modestes connaissances en alchimie m’ont malgré tout conduit à des interprétations parallèles à nos méthodes symboliques. Esotérisme et alchimie conduisent par l’intermédiaire de la science d’HERMES à enrichir nos rituels.
Je vais donc emprunter les deux voies pour présenter mon travail.
Si l’œuvre au noir vise à débarrasser la matière de toutes ses impuretés, l’œuvre au blanc donne à la pierre un brillant éclatant. Le travail de perfectionnement est l’œuvre au rouge et la pierre philosophale, pierre cachée, se situe au plus profond de chacun d’entre nous. Elle ne se dévoilera qu’au prix d’un travail intérieur conduisant à rassembler ce qui est épars pour aboutir à l’unité. Schématiquement la formule VITRIOL nous ramène à la terre, à la materia prima. Adepte de l’art royal, je sais maintenant que ce n’est qu’au fond de moi que réside la pierre philosophale. La pierre brute que je suis est enfouie sous la terre afin que, débarrassée des scories du profane que j’étais elle s’inscrive sur le chantier comme une pierre de taille.
La visite intérieure de la terre permettra de rectifier imperfections et défauts. Cette pierre dégrossie de l’apprenti devient pierre cubique c’est çà dire une pierre à 6 faces dont cinq sont seulement visibles lorsqu’elle est posée. Ils symbolisent les cinq sens nécessaires à la réalisation du travail, la sixième face représentant l’intuition et le sixième sens soit la face cachée et secrète de l’homme.
Ce qu’a recherché le profane devenu apprenti, c’est précisément d’appréhender puis d’intégrer le sacré, c’est-à-dire le temple, l’édifice dans lequel il devra s’insérer puis devenir lui-même ce temple. Cette transformation constitue l’acte sacré nécessairement sacrificiel car « sacrifice » c’est justement « sacrum facere » : accomplir le sacré. Ce travail fondamental permettra de façonner la pierre cubique à pointe, chef d’œuvre du compagnon, naos de son temple. Là aussi le travail sera long car la pierre ne symbolise t’elle pas la rigueur, le dur labeur, la difficulté et un travail de longue haleine car tailler, je dirai transformer la pierre brute en pierre cubique à pointe c’est comprendre et appréhender le sens de la connaissance des lois de l’harmonie et des proportions.
Cette P C P parfois représentée avec une hache fichée à sa pointe m’interpelle car, pragmatique comme je le suis, j’ai beaucoup de mal à comprendre comment une hache de métal conçue pour travailler le bois, peut fendre la pierre, fusse pour en découvrir le contenu symbolique. A mon sens, cette découverte ne peut se faire que par un travail sur soi même et non dans la force et la violence (même sens que la mort d’HIRAM au 3ème degré).
Même si JP BAYARD pour lequel j’ai le plus grand respect dit « la hache de pierre ou pierre de foudre, peut être fichée au sommet de la pyramide ou de la pierre cubique à pointe : elle doit comme nous l’avons dit permettre l’ouverture du centre pour en découvrir le contenu ésotérique et ainsi initier celui qui a su ouvrir la bûche, cet homme sera illuminé » fin de citation.
Et mes F Si cette pierre cubique, nous désignant par sa pointe la nécessité de nous élever jusqu’au cœur ultime de l’unité contenait aussi la pierre cachée et que cette même pointe nous indiquerait où et comment la chercher ?
Cette pyramide qui surmonte le cube parfait semble renvoyer, selon le précepte de la table d’émeraude de Hermès TRIMEGISTE, « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut pour faire le miracle d’une seule et même chose ».
Si nous inversons cette pyramide, elle nous indique le centre précis de la pierre cubique, là où se trouve la pierre philosophale désignée par la pointe dite aussi pointe de diamant. Cette pierre philosophale, représentant l’œuvre au rouge, détient l’ultime perfection. C’est en effet, dans le devoir de transmission que réside cette lente transformation des vils métaux en or symbolisant la quête de la perfectibilité.
Cette P C P Renfermera le secret de la conscience et c’est peut être pour cela qu’elle demeure un chef d’œuvre inachevé. Pour devenir Maître, le compagnon doit reparaitre après la mort d’HIRAM « c’est ainsi que le Maître reparait plus radieux que jamais… »
Cette victoire masque un très grand drame car peu de temps avant n’avons-nous pas constaté que « la chair quitte les os », « tout se désunit », c’est la découverte du chaos ; le nouveau Maître reparait donc dans le désordre de son chantier, passant ainsi de l’inconscient à l’expliqué. Il ne s’agit pas là d’un aboutissement mais d’un nouveau départ.
Le nouveau Maître devra rassembler les forces vives qui sont en lui. N’oublions pas que transmission et passage sont inscrits dans notre devoir. Le Maître élargira son champ d’action afin d’augmenter le cercle de ses travaux et poursuivre ainsi l’œuvre d’HIRAM ABI.
Au 4ème degré, le M S prend conscience des devoirs qui désormais lui incombent.
Le chemin sera encore long pour accéder au Saint des Saints qui est en nous, mais cela m’incite à continuer mes recherches, non plus en rectifiant les aspérités mais en rassemblant les vertus nécessaires à la construction de mon temple. Il s’agit peut être de la lente évolution vers l’œuvre au blanc des alchimistes. Du 5ème au 8ème degré, nous allons travailler pour acquérir les qualités requises à la poursuite de la construction du temple, c’est-à-dire à notre propre transformation : remplir son devoir (5) avec curiosité et dévouement (6) en vérité, équité et justice (7) et ainsi mériter la confiance (8).
(5) Maître Parfait (6) Secrétaire Intime (7) Prévôt et Juge (8) Intendant des Bâtiments.
Puis les grades d’Elus où il me sera demandé de développer mes qualités de clairvoyance en maitrisant mes passions, m’approprier la notion de zèle (9) et ainsi trouver un idéal d’équité et de justice admise et partagée (10) pour atteindre le 11ème degré, premier degré de Chevalerie « homme vrai en toute circonstance dit le rituel », un homme qui a vaincu ses passions, un vrai Maçon dont nous retrouverons les qualités au 13ème degré en la personne de GUIBULUM.
(9) Maître Elu des Neuf (10) Illustre Elu des quinze (11) Sublime Chevalier Elu.
Le 12ème degré vient rappeler que l’art de bâtir est l’argument qui fonde l’ordre maçonnique et que, parallèlement à la construction de notre temple intérieur, nous travaillons à l’édification de l’œuvre commune.
Je croyais encore à ce moment qu’après être remonté à la surface de la terre et avoir reçu la lumière au 1er degré, il me faudrait m’élever pour atteindre la sérénité. Mon rêve s’est arrêté là. Il m’a fallu redescendre dans les entrailles de la terre, la visiter à nouveau à partir d’une verticale dont je suis le plomb du fil car la verticalité se situe dans un cercle figuré par le puits au fond duquel se trouve la vérité que nous cherchons depuis si longtemps, c’est-à-dire le centre de l’idée ou bien l’idée au centre du cercle.
Je compris alors que le M A ne peut plus se limiter à réduire la vérité à l’apparence d’une belle construction, fut elle d’un temple achevé.
Il lui faut descendre à nouveau, au fond du puits, seul, et vaincre ses peurs uniquement sur son intuition d’être sur la bonne voie.
Ce puits qui représente symboliquement le lien des 3 éléments, l’eau, la terre et l’air et qui permet la connaissance de soi en allant sous la surface des choses. C’est une porte entre deux mondes qui s’opposent et se complètent, le matériel et le spirituel, le divin et l’humain. Mais au fond, ce puits ne représente-t-il pas l’homme dans sa recherche de perfectionnement et de Vérité ?
A ce 12ème degré, le Maître Maçon a été érigé Chevalier, G M Architecte et comme tout Chevalier, il doit quitter la quiétude de ses terres pour aller expérimenter l’errance et découvrir des chemins inconnus. C’est ici que prend tout le sens de ce nous pouvons lire et comprendre dans les rituels et qui signifie que l’on s’initie d’abord seul, par soi même, par une démarche personnelle et volontaire mais qui ensuite évolue vers la construction de l’œuvre commune qui est le partage des connaissances où chaque F M devient un relais de la transmission de la Connaissance. Une définition qui me plait beaucoup est donnée dans l’ORDO AB CHAO N° 63 « La Connaissance est un bien héréditaire que chaque génération de FM augmente ».
GUIBULUM sera la parfaite illustration de ce Chevalier car en Maitrisant ses craintes par la Sagesse de la Connaissance du « je suis ce que je suis » qui est une prise de conscience de son état,il descendra avec l’aide de ses F JOHABEN et STOLKIN en ayant vaincu 3 fois sa peur jusqu’à la 9ème voute où son flambeau s’éteindra. Le soleil étant à son zénith, il découvrit sous une lumière éblouissante un delta d’or ou figurait gravée l’inscription du vrai nom de Dieu. Ce triangle était fixé sur une pierre d’agate. Je me retrouve, moi humble Chevalier Elu, M A au fond de la neuvième voute, dans les entrailles de la terre et de nouveau devant une pierre…d’agate cette fois.
Que signifie cette pierre d’agate ? Et pourquoi de l’agate ? Depuis mon initiation j’ai connu la pierre brute, la pierre plus ou moins bien taillée, la pierre cubique à pointe, la pierre polie, mais toujours cette pierre entrant dans la construction de l’édifice. Comment la pierre d’agate, cette pierre précieuse trouvera t elle sa place dans ma construction personnelle ? La colonne beauté au premier degré ne suffit elle pas à décorer le temple de ma construction ?
L’agate dont la dureté est de 7 sur une échelle de 10 repères (diamant) est une pierre apaisante et calmante, c’est une pierre de chance de respect et de fortune et, phénomène unique dans la nature, l’agate ne restitue jamais ce qu’elle a absorbé au cours de son évolution. Ces spécificités correspondent symboliquement aux qualités requises et nécessaires en tant que support du nom de l’ineffable. Ses qualités symboliques, sa dureté et sa mémoire permettent de garantir précision, équilibre et harmonie : en hébergeant le nom de l’ineffable, elle garantit l’éternité.
HENOCH, qui avait déposé cette pierre, symbolise pour nous la pensée créatrice contenue dans la tradition. Cette pierre ne pouvait être que parfaite pour recevoir le nom de l’ineffable. L’or du triangle rappelle les notions de perfection, vérité, grandeur et gloire. Il est aussi le symbole de la lumière spirituelle et de la connaissance. Comme la pierre d’agate reçoit le nom de l’ineffable, le Chevalier se doit de tout mettre en œuvre pour vivre en harmonie avec lui-même.
Pourrai-je être
moi-même cette pierre d’Agate ?
Parviendrai-je à l’œuvre au blanc dans
la démarche de mon alchimie ?
Il m’a été permis
d’épeler le nom de l’ineffable et non de
le prononcer. Ce qui est épars en moi,
c’était la parole perdue. Je me suis ainsi
retrouvé devant la barrière
inaccessible…
Triangle d’or, pierre d’agate, ZIZA, resplendeur.
Le 14ème degré, avec la destruction du temple, le martèlement du mot sacré et la mort de GALAAD nous renvoie dans la situation du 3ème degré mais avec un message différent.
La construction du temple matériel, symbole de notre propre construction, est achevée et avec elle s’achève la légende de SALOMON.
Que nous enseignent la mort d’HIRAM et celle de GALAAD, toutes les 2 sacrificielles ? HIRAM et GALAAD sont un seul et même personnage : c’est moi, c’est nous à des périodes différentes de notre vie maçonnique. Les deux morts constituent une nouvelle étape dans une recherche spirituelle plus approfondie. Après la mort d’HIRAM, le M commence à chercher le mot des M puis la parole perdue. Après la mort de GALAAD qui marque la destruction du temple matériel et l’attachement à la matière commence pour le G E P S M la construction de son temple spirituel.
Cette mort d’HIRAM et GALAAD nous enseigne la haute valeur du sacrifice, mais à aussi un autre sens caché : les 2 morts ont eu lieu à l’intérieur du temple matériel, HIRAM n’a-t-il pas vu ses erreurs, les 3 mauvais compagnons, ou n’a-t-il pas voulu les voir ? N’aurait-il pas compris que le temple à construire et à défendre n’est pas un temple matériel mais spirituel ? GALAAD adorait et contemplait le nom de l’ineffable, son idolâtrie comme celle de SALOMON a conduit à la destruction du temple et à sa propre mort ; ne nous dit-on pas au 4ème degré, comme une mise en garde « vous ne vous forgerez point d’idolâtrie… »
L’on peut déduire de ce raisonnement que la mort d’HIRAM et de GALAAD, en acceptant leur sacrifice, « ne voyait pas bien » encore à l’intérieur d’eux mêmes : HIRAM n’a pas vu les 3 mauvais compagnons à l’intérieur de sa construction et GALAAD n’a pas pressenti que le trésor qu’il gardait était en lui.
Ce constat m’amène à penser que malgré le chemin parcouru, ma construction spirituelle n’est pas achevée.
Partir du cabinet de réflexion, le Maçon cherche toujours sa voie vers le centre de la terre. Là, au plus profond de ce qui le constitue, il extraira la pierre qui le fonde. Seul un long travail incessant d’un juste frottement rendra à cette Pierre non dégrossie l’éclat incomparable de la lumière. Lumière de cette Pierre devenue sacrée depuis l’épisode du Mont SINAI ou le message reçu de l’Eternel par MOISE a été ciselé sur une pierre. Tout comme cette Pierre d’Agate, éclat de clarté rendu à l’entendement, au dévoilement du nom de l’Ineffable. La Vérité n’est pas humaine mais la recherche incessante de l’harmonie du devoir accompli nous permet d’avancer sur la voie de son éphémère rencontre.
Conclusion
« De la pierre brut à la pierre d’agate » soit du mot que l’on ne peut qu’épeler, à la parole que l’on a perdu et au nom que je ne puis prononcer, quelle progression ai-je réalisé dans mon parcours initiatique ?
Comprendre VITRIOL, descendre au fond de moi a été un long et laborieux travail.
Il m’a fallu de la ténacité pour me frayer un passage dans cet étroit boyau qui cheminait dans le labyrinthe de mon être intérieur.
La continuité de la voie que je me suis tracée n’a pu exister qu’au prix d’épreuves et de combats. Repousser mes passions désordonnées, éloigner les dragons couverts de métaux, enrichir mes émotions, fouler la materia prima de ma construction, m’éveiller à la fraternité, rester attentif à l’émerveillement du germe fondateur de la pierre qui me constitue.
Que de pierres confuses et lourdes il a fallu retourner, déplacer dans les ténèbres de mon ignorance comme autant d’obstacles mais aussi en regardant du fond de mon puits et avec le cœur suivant les dires de Victor HUGO : « Chose inouïe, c’est au-dedans de soi qu’il faut regarder le dehors. Le profond miroir sombre est au-dedans de l’homme ».Ces pierres ont été autant de signaux balisant le parcours du chaos de mon être pour enfin prendre conscience que la pierre philosophales est en moi.
Ce chemin, ce parcours m’a conduit à ma véritable initiation, celle de ma rencontre avec ce qui transcende, qui va pénétrer tout mon être et c’est au fond de cette 9ème voûte que j’ai, comme GUIBULUM, reçu la lumière, lumière qui va marquer le départ d’une nouvelle quête que j’ai contractée par l’Alliance au 14ème degré, qui comme au 3ème degré illustre une fin et un recommencement. Je suppose que GALAAD renaîtra aussi d’une manière ou d’une autre en la personne du GEPSM, puisque notre rite nous dit que la mort est suivie d’une renaissance et qu’il faut toujours reconstruire et progresser vers une autre dimension.
T F P G M, j’ai dit.