14° #411012

J’ai contracté une alliance avec la Vertu et les hommes vertueux

Auteur:

B∴ L∴

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A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS
Ordo ab Chao Deus Meumque Jus

Morceau d’Architecture au grade de G E V S XIVème du R E A A

Le degré de Grand Elu de la Voûte Sacrée (G E V S) marque une étape dans la progression des grades dits de perfection du rite Écossais Ancien et Accepté, et ceci par une consécration du Maître Maçon, et marque la fin des Petits Mystères en abordant la notion d’absolu et de perfection définis par l’Amour de la Vertu… (Vertù pour les Latins, Arèté pour les Grecs).

C’est la fin du mythe de la construction, de l’achèvement et de la destruction du temple de Salomon.

Le Temple est en même temps le symbole de l’Univers (autant dans sa finitude que dans son infinitude, la onzième porte) et le symbole de l’Homme à la recherche de sa perfection avec ce viatique qu’est encore et toujours V I T R I O L ; l’initiation restant à tout jamais un perpétuel voyage en soi-même.

Le G E V S se propose de rechercher l’ultime perfection…et s’engage à montrer l’exemple de l’Homme Moral par une alliance contractée avec les Hommes Vertueux. Rappel d’une des définitions de la franc-Maçonnerie : « C’est une alliance universelle d’hommes éclairés, réunis pour travailler en commun au perfectionnement moral, matériel et spirituel de l’humanité ».

Rappel de la légende du grade de G E V S

Le but et le thème du grade de G E V S est la recherche de la perfection par l’acquisition (partielle) de la connaissance, par progression sur la voie de la Sagesse et par l’alliance contractée avec la Vertu et les Hommes Vertueux.

Quelque chose a été définitivement perdu et détruit, d’où le mythe de la présence de la chose absente et la nostalgie de l’impossible retour en arrière… (Mythe d’Orphée…)

Nous avons vu – par la symbolique du puit (c.à.d. la connaissance) – que l’accès aux neufs voutes correspond à la découverte de son centre spirituel, de la conscience de son Moi, de la vérité intérieure en réponse à l’introspection ; d’où les interactions entre le Moi en tant qu’individu, l’Ego, et les hommes en tant que collectivité. Nous avons pris conscience par la construction séfirotique du passage du fini à l’infini, du concret du monde sensible à l’abstrait du monde intelligible, de Malkuth à En Soph.

Mais quel rapport y a t il entre connaissance de Soi et pratique de la Vertu ? Mais qu’est ce qui définit un homme parfait et la perfection ? Qu’est-ce que sont les vertus et la Vertu et que sont les Hommes Vertueux ?

La vertu : Justice et Vérité ; la loi morale.

La Vertu – dans le sens grec « Arèté » c’est l’efficience en tant qu’aptitude et potentialité, on parle de virtualité…le plus haut potentiel humain étant la connaissance et par analogie la sagesse, la Vertu grecque est donc assimilée à la Sagesse (Sophia).

La Vertu est avant tout une qualité, une capacité à faire quelque chose ; la Vertu suprême de l’homme est sa capacité à bien agir, elle implique donc la notion de Bien (et de Mal). Cette qualité dépend uniquement du choix décisionnel et puisque l’on décide de bien agir ou de mal agir de son plein gré le progrès moral devient possible !

En effet après le don Prométhéen, l’homme délivré de la nature devient libre de son choix ; il n’est plus soumit aux impératifs de l’instinct mais à celui de la décision et cela par la Raison. L’héritage du don Prométhéen est celui du doute, du choix, de la décision et du combat. C’est cette liberté du choix qui fonde l’humanité et qui définit la notion de dignité de l’homme. Pour cela l’homme a la possibilité de se fixer lui-même un Devoir grâce à la Raison, Devoir moral et contraignant.

Cette loi supérieure – volonté pure – pour être vertueuse ne doit vouloir rien d’autre que le bien détaché de toute forme de récompense (gratuité du bien), c’est la « volonté bonne » soutendue par aucune inclination ni aucune vue intéressée.

L’homme n’acquière sa liberté que s’il recherche le bien pour le bien et donc n’agit que par Devoir. L’Homme accepte ainsi de reconnaître une loi morale, et aussi une conscience un tribunal intérieur (entre notre être sensible et notre être intelligible), c’est « L’Homme libre et de bonne mœurs ».

Je vous rappelle l’une des définitions de la vertu déjà donnée au grade d’apprenti, « Qu’est-ce que la vertu ? C’est la recherche de la justice et de la vérité… ».

Mais toute recherche de Justice et de Vérité en tant que réalisation du Bien – que ce soit dans le monde sensible ou dans le monde intelligible – implique la notion de jugement, donc d’incertitude, donc de doute entre notre for intérieur et la loi morale ; c’est la notion de Doxa-l’opinion-opposée à la vérité… « Nous revînmes dans le monde des apparences mais nous savions que nous nous étions approchés de la vérité » rituel du XIIIème C R A.

L’impossibilité d’ouvrir la onzième porte « En Sof », celle de l’infini, de l’inaccessible balaye les illusions « vanité des vanités tout est vanité » énonce la Sagesse de l’Ecclésiaste. Donc in fine, importance du libre arbitre avec l’autonomie par rapport à l’hétéronomie de la loi morale, et donc différence entre éthique et morale !

La vertu et les Hommes vertueux

La Franc Maçonnerie est avant tout une communauté unie par la Fraternité « mes frères me reconnaissent comme tel », une communauté qui prône l’amour de la Vertu c’est à dire la politique du bien « tu ne feras pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît… ».

La notion de Bien (et de Mal) pouvant être appréciée différemment suivants les hommes, les époques ou les civilisations…la Vertu est avant tout le fait de « pouvoir accomplir » ce qui définit et unifie les perceptions du bien. Et j’insiste sur le terme de « pouvoir accomplir ».

Le bien n’est pas le vrai ; il n’y a pas de certitude quant à la conduite à tenir. En effet ni les bonnes intentions ni les bonnes actions ni l’obéissance à une loi ne suffisent pour constituer une action bonne et juste (différence entre l’Ethique et la Morale…). L’homme ne peut se contenter de connaitre des vérités théoriques ou spéculatives afin d’atteindre son plein épanouissement, il doit se heurter à l’action donc se forger une opinion et prendre ses responsabilités.

Il faut cependant reconnaître que la notion « d’Hommes Vertueux » amis du riche et du pauvre et dont l’objectif est de promouvoir le Bien est étrangère à l’Ancien Testament où être vertueux c’est essentiellement respecter la parole et craindre les commandements de Dieu (hétéronomie) et dont la loi réunit indissolublement morale et la religion.

« Ecoutons la fin du discours : crains dieu et observe ses commandements. C’est là ce que doit faire tout homme » : fin de l’Ecclésiaste…

Par opposition Le Philosophe-Roi de la cité idéale grecque et la notion de Bien dans la culture classique relèvent d’une autre nature.

La politique -au sens grec Aristotélicien – n’étant rien d’autre que l’art de faire régner la vertu dans la cité- Polis…d’où la politique – et ceci au service des autres ; c’est l’Homme Moral d’Aristote…éthique à Nicomaque). Sans contrat avec la société ou la Cité, la pratique de la Vertu devient impossible.

L’alliance, la notion de contrat – De la notion de subordonné à celle de contractant :

…Et Salomon leur remit un anneau d’Or en souvenir de cette alliance où était gravé « ce que la vertu a uni, la mort ne pourra le séparer » analogie encore entre l’alliance entre Dieu et Moïse devant le buisson ardent et l’anneau d’or en forme d’alliance comme symbole du contrat entre le GEVS et les hommes.

Rappel de l’instruction

1er attouchement : berith alliance.
2ème attouchement : neder (promesse vœu) contrat.
3ème attouchement selemoth (intègre pur inaltéré) vertueux.

« Je suis ce que je suis, mon nom est Guibulum » ; c’est la force d’être soi-même par moi-même et en pleine conscience et par rapport aux autres.

Ceci signifie que l’on est ce que l’on est par une multitude de choix successifs qui ont abouti « in fine » à ce que l’on est (que ce soit le Destin, la Providence ou la Prédestination…à vous de choisir).

Cela signifie aussi que nous avons le pouvoir de trouver en nous même, au centre, la véritable identité de qui nous sommes ; mais cela signifie aussi que la société nous définit en tant qu’individu social pour ce que nous représentons et nous asservit à ce statut ! Rechercher et contracter volontairement une alliance, c’est nous affranchir de cette servitude. C’est proclamer que cette alliance est universelle « …les G E V S voyagent par toute la terre…pour faire connaitre la Vérité et enseigner la pure morale de la Franc-maçonnerie ».

Cette alliance n’est plus contractée entre Dieu et les hommes comme dans la loi Mosaïque et les tables de la loi mais entre les hommes et les hommes par des hommes et pour des hommes. La vertu n’est plus de respecter intégralement la parole de Dieu (tel des Pharisiens ou des adeptes de la Charria) mais d’aborder le principe d’amour et de fraternité voire des vertus dites théologales (Esperance, Foi et Charité) ; on passe ainsi de l’Ancienne Alliance à la Nouvelle Alliance, et quelque part à l’abandon de la théocratie…comme refus de toute affirmation dogmatique.

« …et après la destruction du Temple, ils vécurent dans la Vertu…ne reconnaissant nul supérieur parmi eux, si ce n’est en Vertu ».

Ordo ab chao.

Il est illusoire de rechercher la vérité dans le monde de la manifestation et pour Platon seul le monde de l’idée approche la Vérité, (dans la kabbale Maklut-Yesod…) car suivant la définition de Platon « la Vérité est l’adéquation entre la chose et son entendementc’est-à-dire entre sa manifestation et son apparence et l’idée en elle-même ».

Rien n’est plus éphémère que la vie terrestre et tout est amené à périr que ce soit l’homme ou ses constructions les plus grandioses. Au grade de Chevalier Royal Arche nous avons appris cela ; aucune œuvre matérielle n’est à l’abri de la destruction, rien n’est plus éphémère que ce que l’on croit construire pour l’éternité. Dans ces conditions qu’elle est cette prétention à vouloir construire le Temple et à quoi cela sert-il si tout est voué ici-bas à la chute, la destruction et à l’oubli ? Qui suis-je ici pour prétendre à la perfection et quel est mon but ici-bas ?

Au grade de G E V S le temple est achevé, les ouvriers sont dispersés et tous les talents conjugués ne seront plus le moteur de la construction de l’œuvre. C’est l’achèvement tant attendu et annoncé (et redouté ?), c’est l’apothéose de l’œuvre et nous restons dans la béate contemplation du travail accompli. Or nous avons vu que ce triomphe entraine obligatoirement ruine et destruction (Némesis) que tout est éphémère et que le simple fait d’achever une œuvre ouvre la voie à la ruine, à la destruction et à l’oubli. Comment donc maintenir l’Ordre sur le Chao ?

Et bien en perdurant l’œuvre accomplit en contractant « une alliance avec la Vertu et avec des Hommes Vertueux » se reconnaissant dans cette vertu, alliance qui resituera l’œuvre qu’est le Temple sur le plan moral et peut être en redéfinissant la notion de perfection…

Conclusion :

Apres la chute de Salomon par l’ennemi intérieur, son oubli de la sagesse, l’ambition l’orgueil et le désir de puissance…et L’Hybris de la démesure qui réduit tout à néant, le temple est détruit. (Remarquons que cette destruction du Temple présente une certaine analogie avec le meurtre d’Hiram par les trois mauvais compagnons).

De cette destruction, il ne restera qu’un souvenir dans la mémoire des hommes : Un Temple imaginaire, un temple idéal reste donc à reconstruire… De même le nom ineffable sur le triangle d’Or, le tétragramme est effacé et les G E V S ne confiront qu’à leur mémoire le Nom et ne le transmettrons à la postérité que par la Tradition.

Seule perdure l’Egrégore des G E V S – comme entité psychique autonome de plusieurs individus unis dans un but commun – qui dépasse les âges et les temps et perdure à la mort par la survie de l’Alliance et la poursuite de l’idée. Ceci renvoi à l’immortalité de l’Ame et à la transcendance de la Raison.

En effet la bonté, le bien, ou l’éthique qui nous pousse au fond de nous ne peut être basée sur la raison mais participe du cœur et on peut parler dans ces circonstances d’Ethique de la Vertu.

« Le cœur a des raisons que la raison ignore – disait Blaise Pascal », c’est en effet par le cœur que l’on tente à atteindre la perfection, la raison pure (intellect) ne peut exister sans le cœur (l’être sensible) et en cela je pense que la vertu correspond à l’idée transcendantale de la raison.

Ce qui relie la sensibilité – le cœur – à la raison c’est le sentiment moral.

L’éthique individuelle, alliance de la sensibilité à la raison par le sentiment moral, est ainsi mise au service de l’éthique collective (la polis – la cité, l’humanité) par l’alliance contractée entre les hommes vertueux.

Cette Alliance est donc un Egrégore transcendantal « ce que la vertu a uni, la mort ne pourra le séparer » afin d’ériger un système de valeurs qui perdurent au-delà de la destruction de l’œuvre.

Nous accédons ainsi au domaine du Mythe, éternel et intemporel…allégorie de l’idée abstraite de perfection et d’Ethique…

Et pour conclure un extrait « du Palais », poème de R. Kipling.

…Quand j’étais Roi, et Maçon
Dans le plein zénith de ma vanité,
Ils m’envoyèrent une Parole du fond des ténèbres.
A voix basse, et me prenant à part
Ils m’ont dit : La fin ultime des choses t’est interdite.
Ils m’ont dit : Tu as maintenant joué tout ton rôle.
Et ton Palais deviendra comme celui de l’autre,
Des décombres, dont un roi à son tour, usera pour bâtir…

J’ai dit T F G P M

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