14°
#411012
Virtus Junxit Mors Non Séparabit
Non communiqué
A
la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Rite Écossais Ancien et Accepté
sous les auspices du
Suprême Conseil de France
Deus Meumque Jus
Ordo Ab Chao
LibertéÉgalitéFraternité
TFPGM
Et Vous tous mes FF :. Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons
Rite Écossais Ancien et Accepté
sous les auspices du
Suprême Conseil de France
Deus Meumque Jus
Ordo Ab Chao
LibertéÉgalitéFraternité
TFPGM
Et Vous tous mes FF :. Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons
Ma formation technoscientifique m‘ayant écarté d’une culture greco-latine, la formule « » symboliquement gravée à l’intérieur de l’anneau d’or d’alliance que m’a passé au doigt le TFPGM lors de mon accession au 14°,me paraît d’une préhension plus aisée dans sa traduction formelle « La vertu unit ce que la mort ne peut séparer ».
Souhaitant rester en phase avec ma progression maçonnique, ma première démarche a été de diriger mes réflexions et mes pas interrogatifs vers notre rituel.
A quoi nous conduit le dernier grade des Ateliers supérieurs ?
« A l’amour de la vertu » répond le rituel,
« A une assemblée d’hommes vertueux » dont cet anneau marque l’acceptation de cette sublime alliance,nourrie d’un zèle indestructible, afin que chaque Grand Elu Parfait Maçonpuisse parvenir à la perfection.
Et chaque mot de ce dernier rituel salomonien, nous rappelle avec force l’importance de l’amour de la vertu, en émaillant son symbolisme d’adjectifs multiples dont tous les sens concourent à bâtirau plus profond de chacun de nous « une perfection ultime. »
Ce rituel du 14éme degré concentre et résume en effet toute l’abondante richesse spirituelle symbolique développée lors des grades précédents.
On y retrouve toutes les facettes composantes et initiatrices de la vertu, c’est-à-dire ledevoir, l’obligation d’être toujours prêt à faire le bien, d’être zélé, d’avoir de la ferveur et du respect, de la constance, de pratiquer la charité, la bienveillance et la justice, de réfuter la trahison etla vengeance, de fuir la perfidie, l’impiété et le sacrilège.
Fermer en quelque sorte son cœur à tout sentiment,comme le disait HUGO : « au leurre, à l’imposture, au mensonge et à l’iniquité»
Ce rituel apparaît donc comme développant une ultime synthèse de la construction d’un nouvel homme, devenu libre fort et serein, et qui serait revêtu d’une vertu sublime dont la finalité serait une foi* en un contrat universaliste,réunissant tous les hommes vertueux et de bonne volonté, et que même la mortne peut séparer.
L’idée de foi s’identifiant à une croyance qui porterait en elle une totale conviction en la confiance nimbée de droiture et d’un engagement formel dans une authentique fidélité. C’est une sorte de promesse solennelle d’intégration
C’est donc une promesse qui induit un engagement solennel.Mais cette promesse demeure personnelle, et si elle est clairement ressentie elle éloigne du même coup l’indifférence.
Comment doit-oncomprendre cette idée de vertu qui devrait être portée jusqu’à son aspiration ultime ?
Comment peut-elle survivre à notre propre mort ?Est-elle universaliste ?
Quel regard portons-nous sur la mort, sur notre mort ?Est-ce que les regards portés par chacun de nous sur elle peut générer une vision commune ?
Autant de points à sonder avant que d’affirmer que« la vertu réunit ce que la mort ne peut séparer »
Tout le monde s’accorde pour conférer à la vertu une qualité humanisante.
Par contre,la multiplicité des sensphilosophiques qui lui sont accordés depuis l’antiquité, ne semblent pas la définir avec précision.
Par exemple :
« Supposer possible une définition de la vertu serait le fait d’hypocrites élevant le savoir au-dessus de la pratique, » disent les uns.
« Nul ne sait encore ce que sont le bien et le mal,nul,si ce n’est le créateur » disait ZARATHOUSTRA,
Pour KANT, la vertu est la source privilégiée du sublime, qui atteste chez l’homme l’existence d’un pouvoir qui « dépasse toute mesure des sens ».
Pour ARISTOTE, la vertu est ce par quoi « l’homme se sent supérieur au destin, grâce à la maîtrise de ses passions etl’exploitation de ses possibilités d’action ».
Pour J.J ROUSSEAU, son ressort est le courage moral. Dans l’EMILE il confirme que « la vertu n’appartient qu’à un être faible par sa nature et fort par sa volonté et ce serait la vie sociale et non la nature qui élève l’homme à un niveau supérieur en le forçant à devenir vertueux ». ROUSSEAU confirme d’ailleurs que « les principes de la vertu sont gravés dans tous les cœurs. »
A ce stade, il me vient une question embarrassante : si le mythe de la vertu procède de la seule démarche humaine, qu’en est-il alors de celle de Dieu ?
Ces quelques exemples n’attestent pas que nos actions doivent rester libres, égalitaires et fraternelles. En effet, sinous éliminons des essais de définitions, et les traces d’imprégnations dogmatiques ou politiques, survit quand même un facteur commun :c’est que la nomination d’une vertu idéale demeure universelle.
Aussi, la vertu étant marquée par un universalisme formel, le temps s’abolitet la mort effectivement n’a plus de prise sur elle.
De plus il émane de cet universalisme une notion de vertu cardinale, un investissement nécessaire et très courageux, une sorte d’engagement vers l’immortalité, c’est à dire vers le centre du cercle,peut être souvent perçu comme une virtualité.
Mais, on peut aussi voir ce cerclecomme l’axe d’une roue dont l’accession au centre, par la rotation des rayons de la vie, impliquent deux forces antagonistes, l’une centrifuge, négative,qui tend à éjecter le cherchant vers l’extérieur, et l’autre positive, centripète, qui tend à concentrer ses efforts vers le centre.
C’est une démarche constante vers la recherche d’un juste milieu, une sorte de situation idéale denon agir
Mais cette vertu réclame aussi une méditation qui tend avec le temps vers un enseignement à transmettre et qui éloigne d’autant l’oubli.
Le jeune Vénérable Maître par sa découverte de l’acacia reverdissant sur la tombe d’HIRAM, découvre dansl’étymologie même de ce mot (a, privatif associé à cacia assimilé àcorruption) sait qu’il doit aller au-delà de cette corruption et s’investir sur la voie durable de la vertu
Toute culture développe un dépassement de la mort.
Non pas parce qu’elle la nie, mais parce que l’être humain à partir de sa naissance doit prendre en compte son paramètre, et admettre une fois pour toute, que toutnaissant est condamné à mourir.
C’est après la reconnaissance de ce concept, que peuvent naître non seulementdes prolongements moraux ou religieux, mais surtout un sentiment qui entretient et dynamise le déroulement de la vie : c’est l’espoir.
Les affres de la mort, (appelées « les affres de l’humiliation » par BERNANOS) ne sont issues que de mon moi vital et de ses faiblesses,sinon de la peur à accepter cette fatalité.
Je crois que l’homme répugne à ne pas laisser derrière lui des traces de son passage.De plus, ilsupporte difficilement l’absence de certitude que lui impose la vie.
Confucius disait que : « l’homme est éternel en ce sens que,quand il est mort,il ne sait pas qu’il est mort. »
Qui de nous n’a jamais fantasmé sur un désir d’éternité ? Que d’œuvres musicales magistrales,depeintures ou d’écrits magnifiques et attachants n’ont-ils pas vu le jour portés par le souffle de ce vieux rêve ?
Notre civilisation vogue sur une « culture grinçante, violente et agressive » disait notre passé TCF :. Albert CHEVRILLON.Cette agressivité s’exprime dans la condamnation de la raison et de la morale de la condition humaine.
Aussi tout être humain qui envisage une démarche positive etsouhaite combattre cette négativité,ne peut que quêter une sorte d’ « âme ancienne et oubliée », avec probablement, la même force que nous recherchons ici la « parole perdue ». L’homme ressent naturellement en lui où le bien cesse et quand le mal commence !
Une empreinte sensible d’accession à la vertu c’est assurément l’initié qui se trouve ici, sous la voûte et au centre le plus sacré de la terre, protégé par toute la symbolique d’union qui y préside et qui génère sinon impose de développer une recherche vers l’espérance d’un amour ultime.
Ne vient-il pas à l’esprit de rapprocher l’inscription intérieure de l’anneau* avec celui que chaque frère a échangé un jour avec son épouse, où généralement sont gravés les deux prénoms du couple uni, et dont la symbolique première est de sceller leur union « à la vie à la mort » ? Comment ne pas penser au vide douloureux laissé par la disparition d’un être cher,qui ne trouve remède que dans l’amour qui se perpétue dans la mémoire des anciens souvenirs partagés, des joies et des peines, des épreuves vécues ensemble, des harmonies bâties avec la famille, de l’amitié des proches, et bien sûr de notre fraternité chaleureuse.
Mais la vertu peut-être aussi une contre vérité. Certains ont accordé en leurs temps des vertus à HITLER, à PINOCHET, à SADAM HUSSEIN,mais la vérité de l’histoire en a heureusement jugé autrement. Nombre de célébrités dites vertueuses ont été souvent qualifiées avec le temps,d’un « aurait pu mieux faire ».
C’est peut-être ce qui faisait dire à MARC-AURELE qu’il faut : « vivre chaque acte comme si c’était le dernier », c’est-à-dire tenter de donner à toutes nos actions le meilleur de nous même, avec humilité, et parfaire notre désir de perfection à chaque moment qui passe, avec l’efficacité de la pensée zen afin que « l’esprit précède la flèche vers le centre de notre cercle ».
Par cette démarche constante et volontaire, on construit « l’homme de qualité », « le sage », « l’homme de lumière et de vérité », qui devient un exemple, un rayonnement possible pour les autres, en surpassant sa mort bâtie par des sillons parfaits tracés avec le cœur durant toute sa vie.
La réalisation de la vertu passe par une différenciation éclairée du bien et du mal,issue de l’expérience la plus large possible de la vie, tout en étant filtrée par la raison.
Aussi il est indispensable d’avoir des démarches qui nous synchronisent et nous mettent en phase avec le monde. Un philosophe grec ne serait sûrement plus un modèle de vertu au XXI° siècle (esclavage!)
Cette conquête réclame un effort de tous les instants, et l’aboutissement du qualificatif « d’homme vertueux »,de cette « forme maîtresse » (MONTAIGNE)ne dépend que de ma volonté, un peu comme pour la recherche du bonheur qui m’intime à considérer mon verre à demi-plein plutôt qu’à moitié vide. Cette positivité est un état d’esprit et fait suite à la culture d’une volonté.
Je pense que tout franc-maçon, au fur et à mesure de sa progression (active) dans les grades, développe sa propre disposition mentale, qui s’appuie sur une sorte d’intuition qui élève son esprit vers des « idées originelles perdues » et qu’il a oubliées, faites de pureté et d’ouverture vers l’autre par une transcendance, une recherche d’amour et d’absolu, qui sont les clés uniques d’ouverture des portes du sacré.
Et cette redécouverte de la notion de sacré nous éloigne des directives de dieux hypothétiques,afin de sculpter librement la construction vertueuse de l’homme,réalisée par lui-même et pour lui-même.
Si un créateur a pu initialiser l’univers, c’est à chacun de nous qu’il appartient de le reconstruire vertueusement.
Reconnaître le principe d’un créateur est à la fois judicieux et pratique, et comme le disait VOLTAIRE, « si nous avons une horloge, nous avons besoin d’un horloger.»
Ainsi,même si l’image de Dieu a pu être conçue par l’homme, cela n’empêchera pas de la rechercher, de cultiver et d’énoncer des vérités universelles acceptables et communes à tous les hommes.
Car lier Dieu et spiritualité au Grand Architecte de l’Univers, c’est s’octroyer la liberté de rechercher une foi qui nous éloigne de l’indifférence, de l’égoïsme, de la trahison, et de l’injustice.
C’est dans ce sens que la mort n’a plus de prise sur les effets de la vertu.
Car celle-cipar son rayonnement, par ses qualités d’exemplarité, diffusées durant toute notre vie, survivra au-delà de notre fin.
DANTE disait que :
« celui qui, de son compas marqua les limites du monde et régla,au-dedans comme au-dehors,tout ce qui se voit et tout ce qui est caché,est semblable à l’esprit universel. »
Car notre esprit n’est pas matière, et nos vertus sont issues de l’esprit.
Et la pratique maçonnique recherche la vertu en faisant émerger dans le cœur de chaque frère, une spiritualité plus grande et universelle.
Personne ne peut dire que la mort donne un sens à la vie. (le sens ne peut l’emporter sur le contre-sens).
Par contre la mort oblige l’homme à s’inventer des raisons pour vivre.
Quand nous mourons nous quittons un monde en général composé d’attachements et d’investissements, qui sont le règne du pouvoir et de l’avoir pour soi-même,par rapport à nos proches et à notre environnement.
C’est ce qui dessine bien souvent le style de nos apparences, de notre vie, de nos comportements. Et pour certains même quelque fois leur survie.
Et c’est probablement là que se situe ce que j’appelais précédemment la « recherche de l’idée originelle ».
Nos ancêtres ne concevaient pas leur mort comme la mort qu’ils laissaient derrière eux ;maisconcevaient des états de vie, dans lesquels ils rangeaient séparément – la vie du mort-ou bien –la vie du défunt considéré comme défunt-.
La haute Égypte dans ce même sens,concevait la vie et la mort sans rupture de cycle,dans lequel s’imbriquaient des phases multiples avec des mutations possibles, mais toujours dans un processus sans fin et cyclique.
On pouvait alors graver toutes les vertus terrestres accordées au défunt dans des cartouches pour être transmises aux générations futures. Sous cet angle, la mémoire des vertus laissées par les dynasties dépassait bien celle de leur mort.
Je n’ai fait qu’esquisser ce sujet tant il peut être vaste et important, et le temps qui m’est imparti m’oblige à conclure.
Ma conviction essentielle est que mort et vie forment un tout, où chacun peut-être aussi facilement étincelle qu’éclaboussure selon(en citant Victor HUGO) :
« Que
l’âme,
aimante, humble, bonne, sereine,
Aspire à la lumière et tend vers l’idéal…
Dans la vie infinie on monte et l’on s’élance,
Ou l’on tombe ; et tout être est sa propre balance… »
Aspire à la lumière et tend vers l’idéal…
Dans la vie infinie on monte et l’on s’élance,
Ou l’on tombe ; et tout être est sa propre balance… »
La vision dutoutpersévère en chacun de nous et se regènére au même titre que la nature, cycle des saisons où ce qui a été enfoui est appelé à renaître. Mon imagination y trouve son compte, en m’éloignant de l’équivoque engagement des dogmes qui promettent (par exemple) la survie à un moi qui s’est mortifié.
Vaincre la mort c’est vivre avec plénitude son mythe.
Mais il faut d’abord avoir mis de l’ordre dans toutes les valeurs de son existence.
C’est le plus difficile.
De cette réussite dépendra la bonne ou la mauvaise préhension personnelle de notre vertu.
La bonne voie réunira, alors, ce que la mort ne pourra séparer.
J’ai dit TFPGM
S M
* La foi est une croyance qui a pour objet la conviction, la confiance, c’est aussi la droiture, l’engagement , la fidélité. C’est une promesse qui rejoint l’engagement solennel et éloigne de fait l’indifférence.
*
Dans un
ancien rituel, il est dit que cet anneau devait être
porté jusqu’à la mort,
puis ensuite remis soit à la femme du passé
frère,ou
à son fils aîné ou à son
meilleur ami.