15° #412012

Quelles Réflexions Vous Inspirent Ces Trois Lettres du Rituel du 15ème Degré « L.D.P. ».

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Obédience:
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Loge:
:  NC 08/2018
ORDRE INTERNATIONAL DU RITE ANCIEN ET PRIMITIF DE MEMPHIS-MISRAÏM


SOUVERAIN SANCTUAIRE DU TOGO ET DES PAYS ASSOCIES


SUPREME CONSEIL DU TOGO ET DES PAYS ASSOCIES


SOUVERAIN CHAPITRE « OSIRIS » N°1


VALLÉE DE COTONOU







La Franc-Maçonnerie, pour instruire et élever ses membres, procède par initiations. Ceci est rappelé dans ses principes, (Extrait des Grandes Constitutions du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm Mai 1992) qui stipulent en son numéro 5 que « la Franc-Maçonnerie a pour but le perfectionnement moral et spirituel de l’Humanité, et pour moyen la propagation d’une vraie philanthropie, par l’emploi des usages et des formes symboliques et ésotériques, qui ne peuvent être révélées et expliquées que par l’INITIATION ».



Cette initiation s’appuyant souvent sur un psychodrame qui est mis en branle et qui se traduit dans une méthode dans laquelle le sujet joue un rôle dans une scène ou regarde d’autres personnes jouant différents rôles, laisse peu d’opportunité au récipiendaire pour prendre d’emblée la mesure de ce qu’il vit. Bien que souvent la conscience s’en inspire, il est des faits qui ne s’impriment que pour et par leur singularité. Revêtu au terme de mon élévation au 15ème degré du décor de mon grade, des lettres inscrites sur mon baudrier de Chevalier d’Orient et de l’épée au-dessus d’un Pont ont d’autant plus attiré mon attention que je n’ai vu ni cheval ni épée : L. D. P. ! Que veut-on dire ? Que dois-je comprendre ?



Pour répondre à ces questions je me propose de suivre le plan suivant :


1. Le décor situationnel ;


2. Le Pont ; 3. Quelles réflexions m’inspirent les lettres L. D. P. du 15ème degré ?


4. Mon vécu des lettres L. D. P.



1. Le décor situationnel : Ce décor situationnel est planté par l’ Orateur de la bouche de qui nous entendons : « longtemps après la mort d’ Hiram, de Salomon et de tous leurs contemporains, après que les armées de Nabuchodonosor eurent détruit le royaume de Juda, rasé la ville de Jérusalem, renversé le Temple, emmené en captivité ceux qui avaient survécu au massacre des populations, alors que la montagne de Sion n’ était plus qu’ un désert aride où paissaient quelques maigres chèvres gardées par des bédouins faméliques et pillards… ». Les Grands Maîtres Architectes ont dû être reconnus comme Chevaliers Royal Arche pour être sains et saufs après avoir effectué la descente au centre de l’Idée.



Le Temple de Jérusalem dont la sagesse, personnifiée par Salomon avait conçu le plan et qu’un architecte aussi habile qu’Hiram avait construit, secondé par des ouvriers pleinement instruits de tous les secrets de l’art, a donc été détruit. Cela n’a pu être possible que parce qu’il n’y avait plus à l’intérieur ni ordre ni cohésion, ce qui a permis à l’ennemi du dehors d’accomplir son œuvre de destruction. Le Temple détruit, nous voilà en captivité à Babylone, dans un foyer de civilisation situé à l’orient de Jérusalem.



Cette captivité correspond, au plan intellectuel, à la tyrannie des dogmes formulés et, au point de vue moral, à la perte de toute liberté provoquée par les abus de la licence, du dérèglement et de l’anarchie. Hantés par le souvenir d’une tradition perdue, nous avons été amenés à revenir vers l’occident pour apprendre du passé en nous approchant de ce qui en subsiste.



Ce voyage va nous amener à examiner les décombres du Temple détruit et à reconnaître les fragments provenant des colonnes J et B qui représentent les limites extrêmes que nous sommes obligés de concevoir pour tout ce qui rentre dans le domaine de nos connaissances. Chevaliers d’Orient et de l’Epée, captifs de Babylone, voilà que Zorobabel, Prince de Juda né en captivité et Néhémie son échanson obtiennent du roi de Cyrus pour nous le permis de retourner à Jérusalem et de rebâtir le Temple de Salomon. Le roi chargea son Général Satrabuzanes d’instruire Zorobabel dans l’art de la guerre…la marche fut facile jusqu’ à l’arrivée sur les bords du fleuve Starbuzanaï. Les chevaliers qui formaient l’avant-garde, parmi lesquels je me trouvais, rencontrèrent des troupes décidées à nous interdire le passage du Pont Gadara et à s’emparer du trésor du Temple.



C’est pourquoi le point suivant de mon propos va être de parler du Pont.



2. Le Pont


Le pont est défini par le dictionnaire Larousse de la langue française comme une construction en pierre, en bois ou en métal pour relier les deux rives d’un cours d’eau, pour franchir une voie ferrée, un estuaire ou un obstacle quelconque. Cette définition sous-entend une notion de déplacement, de franchissement d’un obstacle. Le déplacement s’il se fait à pieds comporte des pas qui peuvent s’articuler autour d’une figure comme la marche, la course… L’obstacle peut être perçu comme l’ensemble des facteurs qui s’opposent à passer d’un état initial à un état second. De ce point de vue, nous nous souvenons de la dissuasion que le cabinet de réflexion a suggéré au récipiendaire qui ne chercherait qu’à satisfaire une curiosité en venant à la Maçonnerie, des pas hésitants de l’Apprenti séjournant en silence au septentrion, du quatrième pas fait pour perdre le Compagnon qui n’aurait pas su garder le cap. Il en a été aussi ainsi du Maître face au cercueil de notre Vénéré Maître Hiram. De la balustrade au puits en passant par la caverne, la Franc-Maçonnerie distille un message qui n’est pas sans rappeler la sentence lancée à Adam au sortir du jardin d’Eden Genèse 3 :19 « A la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu’ à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise ; 21 « Yahvé Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit ».



Comment ne pas penser à ce contrat avec Yahvé au moment de ceindre notre tablier ? Il est donc tout à fait pertinent que Jean Chevalier le bien nommé et Alain Gheerbrant nous enseignent que le symbolisme du pont, comme permettant de passer d’une rive à l’autre, est l’un des plus universellement répandus. Ce passage, disent-ils, est de la terre au ciel identifiant le pont à l’arc-en-ciel, cette passerelle jetée par Zeus entre les deux mondes et que parcourt la belle Isis ; de l’état humain aux états suprahumains, de la contingence à l’immortalité, du monde sensible au monde suprasensible (Guénon).



Le pont peut donc être vu comme un obstacle, un passage, une épreuve à surmonter par le nouvel initié pour devenir un jour un Chevalier digne. Ce pont ici relie Babylone à Jérusalem, la matière et l’esprit, les ténèbres de l’erreur aux clartés de la Vérité. Ce pont, symbole des voyages initiatiques se retrouve dans la tradition chinoise, Islamique, indienne…Dans les sociétés secrètes chinoises, le voyage initiatique se fait par le passage de pont (kouokiao) qui peut parfois être symbolisé par l’épée. Dans les traditions islamiques, seuls les élus traversent le pont plus fin qu’un cheveu et plus tranchant qu’un sabre. Nichiren dit du Bouddha qu’il est pour tous les êtres vivants le Grand Pont, celui qui permet de franchir le carrefour des six voies. N’oublions pas que le titre de Pontiflex, qui Fut celui de l’empereur romain et demeure celui du Pape signifie constructeur de ponts. Le pontife est à la fois le constructeur du pont et le pont lui-même, ce qui ne manque pas de nous rappeler la Pierre Brute et son tailleur.



Nous voyons donc que dans toutes les traditions, le pont symbolise le passage, le lieu entre deux mondes, deux rives, deux domaines, la matière et l’esprit, l’homme et l’absolu. Il symbolise la jonction entre le monde manifesté et monde non-manifesté ; La notion de choix, de volonté et d’engagement qui en découle nous conduit à aborder quelles réflexions nous inspirent les trois lettres L D P du rituel du 15è degré. 3. Quelles réflexions minspirent les lettres L D P du 15ème degré ? L D P , ces lettres sont à la fois Sigle et Sentence que le Chevalier d’Orient et de l’Epée trouve gravés en lettres d’Or au-dessus du pont de Starbuzanaï sur son baudrier. D’après le Larousse de la langue française, le Sigle est le groupe de lettres initiales constituant l’abréviation d’un mot ou d’une expression et la Sentence est une opinion, un précepte de morale exprimés d’une manière dogmatique.



• Pour analyser les termes de ce sigle nous pouvons le traduire par « Liberté De Penser » ; « Liberté de Passer » ou « Liberté de Passage ». Mais nous pouvons aussi traduire ce sigle par « Liberté Devoir Pouvoir ».



Nous retiendrons dans le cadre de ce travail, « Liberté de Passage ». J’ai donc demandé la liberté de passage. Comment l’ai-je obtenue et qu’est-ce que je compte en faire ? Telles sont les réflexions que je soumets à votre analyse. Grâce à la preuve qu’il a donné de sa loyauté, de sa justice et de son courage, Zorobabel est autorisé à quitter le vêtement de la servitude. Revêtu du cordon des nobles de Médie et de Perse, il doit faire face à la mission à lui confié par Cyrus de reconstruire le Temple de son Dieu, le deuxième Temple de Jérusalem plus grand et plus beau que celui qui fut détruit. Les Yoruba ne disent-ils pas dans leur sagesse bien connue que « Ilé Oba t’ojo, èwa l’obusi » ce qui veut dire que l’incendie qui s’attaque au palais du roi lance un défi au peuple et lui donne prétexte pour un nouveau palais plus beau encore ?



L’incendie ici s’appelle ignorance et corruption des uns associés à la force brutale des autres. L’incendie nous incite à rester vigilants et à nous garder à la fois de nos ennemis et de certains de nos frères qui obnubilés par de nouvelles idolâtries pourraient inconsciemment nous entraver le chemin. Pour bien prendre la mesure de ces écueils, le rituel nous met en garde contre deux menaces essentielles à savoir :



– « Les hommes étant naturellement différents les uns des autres, il leur est impossible de s’accorder complètement sur des vérités fondamentales et, dans ces conditions, la vie doit être pour eux un effort permanent et serein de compréhension réciproque » ;



– « les œuvres humaines même les plus solides en apparence, étant inéluctablement vouées tôt ou tard, à la destruction, les hommes doivent être prêts, à tout moment, à rebâtir, grâce à un déploiement continu de courage, de sens social et d’oubli de soi ». En rentrant dans la peau de Zorobabel, c’est un homme éprouvé qui opère. En effet, après avoir célébré l’achèvement du temple dont la construction avait rempli toute une période de notre vie maçonnique, nous avons vu la mort du bâtisseur sauvagement frappé par l’action concertée de l’ignorance, du fanatisme et de l’ambition.



Maître secret, nous avons été confrontés avec la loi du Devoir, idéalisée par le symbole de la Parole perdue. Maître élu des neuf, nous avons compris l’inefficacité de la violence dans les rapports humains. Grand Maître Architecte nous avons animé les chantiers où se poursuivait l’édification du Temple. Chevalier Royal Arche, nous avons découvert, sous une voûte secrète, un mystérieux triangle de métal dont une antique tradition nous disait qu’il portait le nom divin et l’avons solennellement scellé dans le socle de la colonne beauté sur ordre du roi Salomon.



Reçu Grand Elu de la Voûte sacrée, Parfait et Sublime Maçon, nous n’avons permis à personne de s’interposer entre Dieu et notre raison. Ce faisant nous nous sommes engagés à défendre notre liberté et à ne porter atteinte à la liberté d’autrui et à ne nous élever en rien si ce n’est dans la mesure de notre propre méditation, de la rectitude de notre propre jugement et de la solidité de notre propre engagement spirituel. C’est fort de cette riche expérience que j’ai appelé à moi les fils de Benjamin, les fils de Juda, les fils de Leir et vous tous à qui l’Eternel en a inspiré la volonté de vous associer à moi pour rebâtir le Temple. Au fond de ma conscience des voix dissuasives se sont fait entendre : quelle folie ?



Quelle audace de vouloir reconstruire un Temple dont il ne reste que pierre sur pierre, de vouloir redonner vie à un pays retourné au désert ?


Pourquoi abandonner tant de richesses amassées pour les soumettre au péril d’un voyage ? Pourquoi quitter un pays si fertile et si doux et renoncer à voir prospérer sa progéniture ?


Le jeu en vaut la chandelle et le combat sera mené pour L. D.P., ces lettres objets de nos réflexions du jour par lesquelles j’ai demandé et obtenu la Liberté de Passage. Cette liberté de passage, je la veux sans me laisser corrompre et sans me prostituer. Nous la voulons, en préférant mourir dans la servitude que de violer nos serments.



Cette liberté de passage, nous la voulons pour hériter du bagage initiatique qui aura survécu aux dix semaines d’années qu’a nécessité la consommation de la justice de l’Eternel. Quand bien même tout aurait été perdu vu de l’extérieur, le passage reste l’opportunité idéale pour participer à la construction du temple de la liberté, de la tolérance et du courage. Pour moi, en effet, la vie doit s’opérer dans un esprit de compréhension jusqu’à pouvoir rester le disciple constant de Rudyard KLIPPING pour être un homme :  » si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie et sans dire un mot te mettre à rebâtir, si ……… ». Ceci m’amène à partager mon vécu des lettres L.D.P.



4. Mon vécu des lettres L.D.P.



Ce que j’ai compris des lettres L.D.P., c’est que rien de beau ni de durable ne peut s’obtenir sans peine. Ce que j’ai compris c’est que, l’épée dans une main, la truelle dans l’autre, si je peux obtenir la Liberté de passage (L.D.P.), alors, je serais libre de passer (L.D.P.).



Ce qui est bien plus que tout ça, c’est que je serai alors l’homme de Liberté, de Devoir et de Puissance (L.D.P.). Alors, la Pierre Brute, qu’Apprenti je me suis engagé à dégrossir pour la débarrasser de ses aspérités, aura bien une forme en rapport avec sa destination. Les épreuves que je rencontrerai sur le chemin seront à juste titre les récompenses de mon labeur.



Très Sage ATHIRSATA et vous tous mes Frères Chevaliers d’Orient et de l’Épée,



j’ai dit !



Y T


Références bibliographiques :


1. Rituels de l’Ordre International du rite ancien et primitif de MEMPHISMISRAÏM : du 1er au 15è degré ; 2. Livre d’instruction au 15ème


3. Extraits des Grandes Constitutions du rite ancien et primitif de MEMPHISMISRAÏM, 1992


4. CHEVALIER J, GHEERBRANT A, dictionnaire des symboles, éd. Robert LAFFONT, 1997

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